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Georges Vieillard : L’AFFAIRE
BULL (Texte intégral du livre) Annexe 22 Retour liste des annexes Histoire Bull et Aussedat Ce livre, paru en février 1969, avait été rédigé durant l’été
1965 par l’un des principaux dirigeants de la Compagnie des Machines Bull, et
l’un des principaux acteurs de cette « affaire ». Directeur Général
de la Compagnie Bull pendant 30 ans, Georges Vieillard était à la retraite
depuis peu lorsqu’éclate la crise que la presse de l’époque nomma l’
« affaire Bull ». En tant que l’un des meilleurs experts de
la situation, Georges Vieillard accepte de sortir de sa retraite à la demande
du Président Joseph Callies, pour participer en
direct à toutes les négociations qui vont aboutir à la cession partielle de
l’entreprise au groupe américain General Electric. La lecture de son livre
est donc, encore aujourd’hui, indispensable à qui veut comprendre cet épisode
fondamental de l’histoire de l’informatique française, européenne et
mondiale. A ce titre, il était souhaitable de le rendre accessible sur la
partie de ce site qui est consacrée à l’histoire commune des Papeteries
Aussedat et de la Compagnie des Machines Bull. Bien sûr, ce livre, témoignage à chaud d’un témoin et acteur de
premier plan, a les qualités et les limites d’un tel exercice.
Remarquablement documenté, il est en revanche possible qu’il focalise parfois
l’attention sur ses interventions personnelles et sous-estime le rôle de tel
ou tel autre acteur. De même, certaines phrases à connotation polémique
peuvent représenter plus le point de vue de l’auteur qu’une analyse
objective. Mais son rôle l’autorise parfaitement à émettre ce point de vue
personnel. Aujourd’hui encore, les passions concernant l’histoire à
rebondissements multiples de Bull ne sont pas tout à fait apaisées, et les
historiens peinent encore à démêler l’écheveau des témoignages et commentaires.
Sans doute nous manque-t-il encore quelques pièces du puzzle, témoignages,
documents et points de vue. L’exploitation des archives des Papeteries
Aussedat, commencée par François Paturle, peut apporter des éléments
intéressants, notamment le point de vue Callies.
Mais les archives du Ministre des Finances, du Premier Ministre, de la CGE,
la CSF, la Banque de Paris et des Pays-Bas, voire de General Electric devront également faire l’objet de
recherches. La version actuellement disponible sur ce site comprend
l’intégralité du texte, à l’exception des annexes qui seront disponibles
ultérieurement. Pour simplifier le téléchargement, tout a été mis dans un
seul fichier. Pour consulter un chapitre, cliquer sur son numéro dans le
sommaire. Alain
Aussedat 30
décembre 2004 Chapitre 1
La Compagnie des Machines
Bull. Chapitre 2 :
La Banque de Paris et des Pays
Bas. Chapitre 3 :
La General Electric Company Chapitre 4 :
Le Gouvernement Français Chapitre 5 :
L’alternative Chapitre 6 :
La
C.S.F. et la C.G.E. Chapitre 7 :
Convocation à l’Assemblée
Générale Chapitre 8 : Le
coup de théâtre Chapitre 9 :
Les actionnaires se prononcent Chapitre
10 : Commentaires et
réactions Chapitre 11 Le revirement Chapitre 12 L’Assemblée
Générale Extraordinaire Chapitre
13 : Les accords Chapitre
14 : La ratification Annexe 1 : Renseignements financiers Annexe 2 : Augmentations de capital Annexe 3 : Lettre de General Electric du
18.12.1963 Annexe 4 : Lettre de General Electric du
30.12.1963 Annexe 5 : Information sur l’exercice 1963 Annexe 6 : Assemblée Générale du 14 avril
1964 : discussions et vote Annexe 7 : Assemblée
Générale du 12 mai 1964 : rapport des Annexe 8 : Assemblée
générale du 12 novembre 1964 : rapport du Conseil d’Administration Annexe 9 : Assemblée générale du 12 novembre
1964 : vote des Retour liste des annexes Histoire Bull et Aussedat Ces pages ont été écrites
au cours de l'été 1965 et lorsque fut venu le moment de les publier débutait,
plus tôt que prévu, le second acte de l'affaire Bull. C'est en effet au
début de 1966 que 5 administrateurs faisant partie du groupe minoritaire des
actionnaires et qui, suivant les "directives" du gouvernement
formaient la majorité au Conseil d'Administration de la Compagnie des
Machines Bull, durent abandonner leurs sièges ainsi que ceux qu'ils
occupaient aux Conseils de la Cie Bull-General
Electric et de la Société Industrielle Bull-General
Electric. C'est aussi à la
même époque que l'on commençait de parler du Plan Calcul et de la constitution
d'une Société d'Informatique qui devait être 100 % française. Il parut alors
préférable de surseoir à l'édition de ce Livre. Mais aujourd'hui le
Plan Calcul est né, la Compagnie Internationale de l'Informatique (C.I.I.) a été constituée et vient de présenter ses
premières réalisations avec - comme l'écrivait Mr Nicolas Vichney
dans le journal Le Monde du 19/9/ 1968 - "une aide américaine
discrète." Il n'y a donc plus
de raisons pour retarder la publication de ces pages qui sont restées telles
qu'elles avaient été écrites il y a 3 ans. On y retrouvera le récit des
évènements de 1964, la reproduction des lettres échangées avec les Pouvoirs
Publics, le texte des protocoles intervenus, ainsi que les procès-verbaux des
Assemblées Générales. Ces documents, mieux
que tout commentaire, permettront au lecteur d'avoir une meilleure
compréhension de cette affaire Bull à laquelle on se réfère encore dès qu'il
est question d'accords industriels internationaux dans des domaines souvent
bien différents de celui de l'Informatique.
"Ce n'est pas assez d'avoir l'esprit bon, mais
le principal est de l'appliquer bien". DESCARTES. Discours de la Méthode Au mois de
Décembre 1964 le "Washington Post" annonçait
que le Gouvernement Américain avait
été saisi d'une demande française
en vue de l'achat d'un ordinateur d'un modèle
spécial, très puissant et très
perfectionné, pour être utilisé
lors des expériences nucléaires.
Sa vente, à un prix voisin de 8 mil!ions
de dollars, soulevait le
problème de savoir si
celle-ci était ou non contraire
aux clauses du traité de Moscou sur l'arrêt limité des essais
nucléaires et contre la dissémination de ces armes dans le monde. Le "Washington
Post" ajoutait que si la Commission de l'Energie Atomique (A.E.C.) semblait
favorable à cette vente, par contre
le Pentagone y voyait des inconvénients. Cette information
paraissait dans les journaux français au mois de Janvier 1965 mais elle aurait aussi bien pu paraître au
printemps 1963 car déjà à cette
date la réponse des autorités
américaines avait été négative. Ce refus devait être à l'origine de ce que l'on devait appeler: "L'AFFAIRE BULL" Il était logique de penser que si l'on ne pouvait
trouver en France un matériel répondant aux exigences techniques requises, que si, d'autre part,
on ne pouvait obtenir du seul
pays capable de le fournir les autorisations nécessaires à son exportation vers la France, il ne
restait plus qu'à essayer de
le fabriquer avec les moyens nationaux. Les seules
Sociétés auxquelles on pouvait songer pour cela, étaient la "Compagnie Générale
d'Electricité"(CGE), la "Compagnie Générale de Télégraphie sans
Fil" (CSF) et la "Compagnie des Machines Bull" ; mais aucune d'elles, prise séparément, ne
disposait des moyens techniques et financiers, ni de l'expérience, nécessaires pour mener seule à bien l'étude et
la réalisation d'un tel matériel. Le Gouvernement
n'ignorait pas qu'il lui faudrait financer la plus grande partie des travaux
dont il désirait la réalisation et il lui paraissait plus facile de passer
des marchés d'études portant sur des sommes considérables à un organisme commun a plusieurs sociétés plutôt qu’à une seule d'entre el!es qu'il aurait eu
l'air de favoriser au détriment des autres. C'est ainsi que
prit corps dans les sphères gouvernementales l'idée de réunir les dirigeants
des trois sociétés CGE - CSF -
et Bull et de leur demander
d'envisager la création d'une filiale commune à laquelle le Gouvernement pourrait
s'adresser pour l'étude et la réalisation des projets importants - et souvent confidentiels - qu'il envisageait. Il revenait à Monsieur Gaston Palewski,
Ministre d'Etat, chargé de la Recherche Scientifique et des Questions
Atomiques et Spatiales, de provoquer cette confrontation et le 7 Août 1963, assisté de Monsieur Malavard, son
conseiller technique, il réunissait à déjeuner à son
Ministère, Mr Ambroise ROUX, Directeur Général de la CGE, Mr Maurice PONTE Président-Directeur Général de la CSF, et Mr. Joseph
CALLIES, Président-Directeur Général de la Cie des
Machines Bull. Il était de
notoriété publique qu'à cette époque ces trois personnalités n'étaient pas
spécialement prêtes à s'entendre,
que bien des questions les séparaient et que l'appartenance de leurs sociétés
à des groupes financiers
différents ne pouvait faciliter leur rapprochement. On était à la veille des vacances : on pouvait
espérer, qu'éloignés pendant quelques semaines de leurs soucis habituels, ces
trois industriels auraient le loisir de réfléchir dans le calme et de trouver
les bases d'une entente. Rendez-vous fut pris pour le début du mois de
Septembre et c'est en effet le 19 de ce mois qu'ils devaient se rencontrer de nouveau, Mr Joseph Callies s'étant alors fait accompagner par Mr Georges
Vieillard, l'ancien Directeur Général de Bull qui avait pris sa retraite au
début de 1962 après avoir
rempli ces fonctions pendant 30 ans. Rien ne devait sortir de cette réunion. On
serait même tenté de dire qu'il était prévisible que rien n'en pouvait sortir. L'Affaire Bull
Commence LA COMPAGNIE DES
MACHINES BULL « Chaque industrie est la plus difficile de
toutes » Propos de Mr.
BARENTON recueilli par Monsieur DETOEUF Pour débuter il parait indispensable d'exposer la situation
de la Cie des Machines Bull telle qu'elle se présentait au moment où va
s'ouvrir pour elle une période critique ; trop de renseignements erronés ont
été répandus à son sujet. N'avait-on pas été jusqu'à prétendre que de graves
fautes de gestion avaient été commises alors que la société avait surtout
été victime d'abord de l'indifférence des Pouvoirs Publics, puis ensuite
d'une sollicitude envahissante. Que n'avaient-ils compris plus tôt
l'importance que représentait pour la France une industrie nationale aussi
primordiale que celle des calculateurs électroniques ! Qu'est-ce donc que la Compagnie des Machines BULL ? C'est une société anonyme, fondée en Mars 1931 au
capital de 3.600.000 francs anciens qui était devenue en 1963 une des plus
grandes sociétés françaises. Son capital social a été progressivement
augmenté par des souscriptions en espèces, par des apports (immobiliers pour
la presque totalité) et par la transformation en actions de réserves et de
primes d'émission, pour dépasser 140 millions de nouveaux francs. A fin
1962, sa capitalisation boursière atteignait 1 milliard 169 millions de NF,
ce qui la plaçait au 17ème rang des sociétés françaises cotées à la Bourse de
Paris. Il ne peut être
question de raconter ici l'histoire passionnante de cette compagnie qui
groupait moins de 50 personnes en 1931 et qui, en 1963, réussissait tant en
France que dans ses succursales et agences réparties dans 27 pays étrangers,
près de 18.000 collaborateurs. Développement
rapide, extraordinairement rapide, mais aussi peut-être trop rapide, surtout
dans cette période difficile où la monnaie subissait des dévaluations
dangereuses, où la technique se modifiait avec une vitesse vertigineuse et où
elle avait à lutter contre une concurrence étrangère aussi puissante
qu'agressive. En juillet 1950, la
Cie des Machines Bull avait pu conclure un accord de"cross-licence"
avec la société américaine Remington Rand (qui, après absorption, était
devenue en 1955 la société Sperry-Rand). Non
seulement la Cie des Machines Bull n'eut à aucun moment besoin d'utiliser les
licences américaines, mais Remington Rand préféra, plutôt que d'utiliser
pour ses fabrications les licences pour lesquelles elle payait néanmoins
d'importantes redevances, importer des machines Bull construites en France
par Bull, et qu'elle revendait aux Etats-Unis sous sa propre marque. Les machines Bull
trouvaient un large débouché en France comme à l'étranger et Monsieur
Lemaire, ancien Ministre du Commerce et de l'Industrie pouvait dire en 1957
: "La Cie des Machines Bull avait été fondée pour faire quelque chose de
national, pour libérer la France d'un monopole étranger et aujourd'hui on
doit constater que sur son chiffre d'affaires qui se monte à 12 milliards,
la société exporte 45 % de ce chiffre. Je voudrais bien savoir qui dit mieux
? " Lorsqu'en Juillet
1960 arriva la première échéance du contrat avec Sperry-Rand,
la Cie des Machines Bull refusa de le reconduire, une entente n'ayant pu se
faire sur les conditions de son renouvellement. Elle chercha alors un autre
correspondant aux Etats-Unis et en octobre 1961 signait un accord technique
et commercial avec la "Radio Corporation of America"
plus connue sous le vocable de RCA. Par cet accord, Bull
pouvait immédiatement disposer de certains modèles de machines dont elle
avait alors le plus urgent besoin pour s'opposer à la concurrence, comme il
le sera exposé à la fin de ce chapitre. Elle dut au
début importer quelques dizaines de ces machines en attendant qu'elles
fussent fabriquées dons l'usine qu'elle venait de faire construire à Angers. Malheureusement RCA
avait conclu des accords analogues avec la société concurrente anglaise ICT
(International Computer & Tabulating Cy) et la société japonaise Hitachi, et, satisfaite par
les 3 accords qu'elle avait ainsi signés, elle ne poursuivit pas comme elle
s'y était pourtant contractuellement engagée, son effort de recherches, ce
qui aurait pu et dû soulager le service des études de la Cie des Machines
Bull. Or dans le domaine des études il ne pouvait être question de s'arrêter. Le marché dans
lequel Bull travaillait avait connu au cours des dix années précédentes et
devait connaître dons les années suivantes une très rapide expansion. L'opinion des
experts américains (Rapport Diebold), européens
(Rapport hollandais à la C.E.E., Février 1963),
français (Livre Blanc du Commissariat au Plan, de Mai 1963) est unanime sur
ce point. L'Europe du Marché Commun doit avoir, en
1970, un nombre d'ensembles de gestion de l'ordre de celui des ensembles
actuellement installés aux U.S.A., soit environ
10.000, chiffre à comparer aux 1.500 existant en 1963. Ce chiffre devrait
être multiplié par 1,5 pour tenir compte des pays européens non compris dons
la C.E.E. Cette expansion est particulièrement
onéreuse car il s'agit d'une technique de pointe, très nouvelle, très
évolutive et qui fait appel à des disciplines très diverses (mécanique,
électronique, physique, chimie, mathématiques appliquées, sciences de
l'organisation...). Les frais d'études sont donc particulièrement élevés. La
Cie des Machines Bull y avait consacré environ 13% de son chiffre d'affaires
en 1963 ce qui représentait cependant bien peu par rapport aux sommes
consacrées par les sociétés américaines. En dehors même des
études et des recherches, cette activité nécessite un très grand nombre de
techniciens d'emploi. Le rapport hollandais mentionné plus haut, prévoyait
que le nombre des spécialistes directement attachés aux machines (directeurs
de centres de calcul, analystes, programmeurs, ingénieurs de méthodes,
ingénieurs et mécaniciens d'entretien) devait passer, pour la C.E.E., de 20.000 à 300.000. Les personnes indirectement
concernées par l'automation administrative seraient au moins dix fois plus
nombreuses, soit environ trois à quatre millions d'individus. Ces techniciens de
divers niveaux doivent être, encore aujourd'hui, recrutés, choisis, formés
essentiellement par les sociétés. Leur apprentissage nécessite l'assimilation
de connaissances techniques nouvelles, à laquelle doit s'ajouter une
expérience prolongée, et doit être, sans cesse, remis à jour pour tenir
compte des techniques nouvelles. Ces spécialistes sont rares et doivent être
engagés à des niveaux de rémunération élevés. La formation des équipes
nécessaires à la vente et à la bonne utilisation des machines constitue donc
un lourd et continuel investissement. Pour ce faire, la
Cie des Machines Bull ne pouvait compter que sur elle même, alors qu'aux
Etats-Unis, le Gouvernement Américain consent chaque année à l'industrie
privée des contrats de plusieurs centaines de millions de dollars pour
l'étude et la réalisation de matériels, certes destinés aux services de la
Défense Nationale, mais qui constituent en réalité de véritables subventions. Ce fut là une des
causes principales des difficultés financières que la Cie des Machines Bull
rencontrait depuis plusieurs années. On ne peut non plus négliger de signaler
la diminution progressive des marges bénéficiaires résultant de
l'augmentation continuelle des salaires alors que les prix restaient bloqués
par la règlementation officielle. Mais il est une
autre cause tout aussi importante qui résulte du phénomène"
location". L'usage établi dans la profession, et que tous les
constructeurs doivent respecter, est que les clients louent le plus souvent
leur machine au lieu de les acheter. Le pourcentage des locations par rapport
aux ventes varie suivant les lieux et les années ; il tend à augmenter et à
s'établir partout à près de 80 %. Bull n'était donc pas seulement un
industriel et un commerçant, il devait aussi avoir une activité de banquier
ou plus exactement, de société de "leasing" car il devait conserver
et financer le matériel loué à ses clients. Pour alléger les
charges résultant des locations en France, une société spéciale fut
constituée en 1963 (Locabull) dont le capital
avait été souscrit par moitié par la Cie des Machines Bull et l'autre moitié
par un groupe de banques et de compagnies d'assurances dont la Banque de
Paris et des Pays-Bas était le chef de file. Mais pour ses filiales
étrangères, la Cie des Machines Bull dut garder
une part importante du financement du matériel mis en location par celles-ci,
et cela en consentant de larges facilités de paiement pour le matériel
qu'elle leur fournissait. On peut suivre sur
le tableau de l'annexe I la progression du poste du bilan "Matériel de
location" de 1954 à 1963 et on pourra constater que l’augmentation
annuelle de ce poste, qui n'était que de 37 millions en 1960, est passée à
100 millions en 1961 pour atteindre 136 millions en 1962. Pour l'exercice
1963, ce poste n'a augmenté que de 58 millions grâce à l'aide de la Société Locabull ; sans elle l'augmentation aurait été de 138
millions. Le rapport hollandais
cité plus haut prévoit que d'ici 1970 les constructeurs, pour faire face à
l'accroissement du parc prévu, auront à investir environ 20 milliards de
florins, soit 30 milliards de nos francs actuels. Pour l'Europe entière, ce
chiffre devrait être augmenté de 50 %. Ceci montre bien l'ampleur du problème
financier qui se trouve posé. Pour le financement
de ses immobilisations industrielles et du matériel mis en 1ocation, la Cie
des Machines Bull avait du contracter différents emprunts obligataires de
1954 à 1962 pour un montant de 212.360.000 francs (voir le détail à l'annexe
I) et obtenir des prêts à court et moyen terme dont le total se montait au 31
décembre 1963 à 365 millions (voir le tableau de l'annexe I). Grâce au cours élevé
de ses actions à la Bourse de Paris, l'acquisition des usines nouvelles
nécessitées par l'extension des activités industrielles de la compagnie avait
pu être faite par voie d'apports dans des conditions particulièrement
avantageuses. Il s'est d'abord agi d'usines déjà construites qui ont été
achetées à différentes sociétés, mais pour l'usine d'Angers construite sur un
terrain acheté nu par la Cie des Machines Bull, une société spéciale
(L'Auxi1iaire Industrielle) fut constituée sous l'égide de la Banque de Paris
et des Pays-Bas par divers organismes financiers. Une fois construite,
l'usine d’Angers fut apportée à la Cie en 1963. Le total des
augmentations de capital résultant de ces différents apports s'élève à
9.624.500 francs. On en trouvera le détail dans l'annexe Il. D'autres
augmentations de capital eurent lieu pendant cette même période de 10 ans,
soit par souscription en espèces (pour une valeur de 73.843.150 NF plus
163.406.190 NF de primes d'émission, au total 237.249.340 NF) soit par
distribution d'actions gratuites. (Voir l'annexe II). En résumé, au cours
de cette période de dix années de 1954 à 1963, la trésorerie de la société a
dû avoir recours : - à des emprunts
obligataires pour 212
millions - à des prêts à
court et moyen terme pour 355
millions - à ses actionnaires
pour 237 millions Soit au total 804
millions Les nouvelles usines
ayant pu être acquises par voie d'apport. Mais ces moyens
n'ont pas été suffisants, l'augmentation de capital de 1962 n'a pas été assez
importante, et il aurait dû être fait appel encore aux actionnaires en 1963.
Cela n'avait pas paru possible au Conseil d'administration de la Compagnie
qui devait tenir compte du caractère familial de la société. Le groupe Callies-Michelin qui possédait en effet une part très
importante du capital, désirait maintenir sa position et conserver le
caractère unitaire de la Société. Ce groupe était
largement représenté au Conseil par : . Mr. Joseph Callies, gendre
de Mr. Edouard Michelin, qui avait succédé comme Président Directeur Général
à un de ses frères, Mr. Jacques Callies décédé en
Novembre 1948. . Mr. Pierre Callies, son
frère, qui avait succédé comme Vice-Président à
leur frère aîné, Mr. Jean Callies lui aussi gendre
de Mr. Edouard Michelin, décédé en janvier 1961. . Mr. Jacques Callies, fils
de Mr. Jean Callies et donc petit-fils de Mr.
Michelin. . La société des Papeteries Aussedat, représentée par
leur cousin Mr. François Paturle, société dont MM. Pierre et Joseph Callies sont administrateurs. Déjà pour souscrire
à l'augmentation de capital de 1962, le groupe Callies
et certains autres gros actionnaires avaient du réaliser en Bourse un assez
grand nombre d'actions de la Cie, ce qui avait lourdement pesé sur les cours
de bourse. Il semblait donc difficile de recommencer pareille opération en
1963 ; c'est ce que devait
dire Mr. Joseph Callies dans l'allocution qu'il
fit, comme Président, au cours de l' Assemblée Générale des actionnaires du 5
Juin 1963. A ces raisons
permanentes de besoins financiers - études, mise en location d'une partie
importante du matériel, développement industriel et commercial - devaient
s'ajouter à partir de 1961 deux autres rai- sons techniques et accidentelles. Il s'agit d'abord de
la mise au point des grands ensembles électroniques "Gamma 60" qui,
en dépenses comme en temps, devait largement dépasser les prévisions. Malgré
tout ce que la concurrence a pu dire à ce sujet (et elle a sur ce point
outrageusement dépassé les bornes de la loyauté) au point de vue technique,
le Gamma 60 a été et est encore aujourd'hui un succès. Si maintenant, par
suite des progrès technologiques de ces dernières années, des modèles plus
perfectionnés ont été mis sur le marché, il n'en reste pas moins que le Gamma
60 présentait lors de sa mise en service, des perfectionnements originaux et
importants et qu'encore à l'heure actuelle ses utilisants
reconnaissent qu'ils en tirent de très grands services dépassant leurs
prévisions les plus optimistes. Succès technique
certain, mais le Gamma 60 n'a pas eu le même succès commercial ; pour amortir
les frais d'études d'un tel matériel il aurait fallu que les commandes
fussent plus nombreuses. Or les Administrations d'Etat, les Services Publics
et les Sociétés Nationalisées se détournèrent de lui, préférant s'adresser à
des firmes étrangères et privant ainsi la Cie des Machines Bull d'un débouché
sur lequel elle était d'autant plus en droit de compter qu'elle avait financé
seule ses études et n'avait reçu aucune aide de l'Etat. Ecrivant dans le
Figaro (21 Novembre 1964) un article sur "La puissance scientifique
américaine et l'Europe" voici ce que disait Monsieur Raymond Aron : "Il importe
donc que l'Etat ait une politique de la science et cette politique ne
concerne pas seulement l'Enseignement Supérieur ou les Instituts de
recherche, mais le soutien aux entreprises. Pour plus des trois quarts les
commandes des Administrations Publiques allaient à IBM et non à la Cie des
Machines Bull. L'Etat Américain accorde, pour des
milliards de dollars des contrats de recherche. L’Etat
Français, dans la limite de ses moyens, pourrait et devrait faire de même.
S'il l'avait fait dans le cas des calculateurs, peut-être n'aurait-il pas eu
besoin d'intervenir, vainement d'ailleurs, au dernier moment." A coté de l'effort
qu'elle avait dû faire pour la sortie du Gamma60, la Cie des Machines Bull
avait dû surmonter une seconde difficulté résultant de son échec dans le
lancement d'une nouvelle gamme de machines, la série 300. Ce nouveau
matériel offrait pourtant de très réels avantages de souplesse, de capacité,
de flexibilité malgré une certaine difficulté de programmation. Mais il
arrivait trop tard sur le marché au moment où la concurrence américaine lançait
un matériel électronique nouveau, plus moderne et plus maniable. Pour
employer un langage sportif, on pourrait dire que Bull "était prise à
contre-pied et devait céder le point". Le mise au point des
machines de la série 300 avait été longue et coûteuse, son insuccès
commercial devait causer à la Cie une perte importante ; certes il y avait
bien alors à l'étude un autre matériel (le Gamma 10), mais on ne pouvait
espérer le mettre sur le marché avant un délai encore assez long. C'est ainsi
que Bull fut amenée à conclure fin 1961 un accord avec RCA qui devait lui permettre
de présenter sans plus attendre et avec un grand succès le Gamma 30 (qui
n'est autre que le modèle 301 RCA). Les premières machines furent importées
des Etats-Unis pendant que la fabrication en était lancée dans l'usine d'Angers. Il résulte de tout
ceci que Bull occupait sur le marché à la fin de 1963, une place à la fois
privilégiée et vulnérable. Les avantages acquis
par Bull étaient les suivants : 1°- Son ancienneté dans
la profession, Bull ayant commencé ses activités en 1931 ; son calculateur
Gamma 3 a été, en 1952, en avance sur ceux de ses concurrents. Elle s'était
mise, avec le Gamma 60, au niveau des plus grands ensembles électroniques.
Elle avait donc une connaissance longuement et solidement acquise des
possibilités des diverses machines aussi bien que des problèmes des clients.
Une telle expérience ne peut être rapidement rattrapée. 2°- L'étendue et la
solidité de ses réseaux commerciaux. Grâce à une croissance très rapide
(environ 20% par an), Bull avait pu, depuis les années 1950, s'installer très
solidement en France, où elle détenait environ le tiers du marché, et
acquérir des positions fortes dans la plupart des pays industriels,
notamment en Europe où elle représentait 10% du marché. Le personnel de ses
filiales ou agences était d'environ 4.000 personnes. Le montant de ses ventes
à l'étranger atteignait 160 millions de francs en 1963. Dans un métier où la
confiance du client dans la solidité et la permanence de son fournisseur
jouent un rôle capital, cette situation acquise constituait un atout
essentiel. Ces avantages
valaient d'ailleurs à Bull d'être considérée comme un partenaire intéressant
par nombre d'autres importantes sociétés ; soit comme un partenaire-fournisseur
pour les firmes susceptibles d'utiliser ses machines avec leur propre
matériel - c'est le cas de sociétés américaines comme Burroughs et National
Cash Register dont les contrats prenaient
progressivement une ampleur considérable - soit comme un partenaire-associé
pour les sociétés qui voyaient l' intérêt que présentait ce marché mais en
apercevaient aussi les difficultés. L'accord passé en 1961 avec R.C.A, qui lui donnait accès à ses études tout en lui
laissant une entière liberté commerciale, montrait l'avantage qui pouvait
être retiré d'une telle position. Mais en
contrepartie, la vulnérabilité de Bull était indéniable. Elle tenait d'abord
à la concurrence, surtout représentée par I.B.M.
dont la puissance et la valeur sont bien connues. Les dimensions d'I.B.M. étaient d'environ trente fois celles de Bull. La
position financière d'I.B.M. est extrêmement solide
; elle est due au fait que son portefeuille de locations est ancien et qu'une
très grande partie de ses matériels est amortie. Ses possibilités
d'autofinancement sont considérables et tout en consacrant quelque 300
millions de dollars à ses recherches (soit 3 fois le chiffre d'affaires de
Bull), elle pouvait annoncer pour 1962 un bénéfice net, après impôts, de 240
millions de dollars. Ajoutons encore qu’ I.B.M. bénéficie des contrats passés avec
l'administration américaine, soit sous forme de contrats d'études, soit sous
forme de commandes de matériels de gestion, et notons qu'elle a l'avantage de
pouvoir emprunter des fonds sur le marché américain avec des conditions de
durée - 50 ans et plus - et de bon marché - 3 à 3,5% - qui n'ont pas
d'équivalent en Europe. La deuxième grande
raison de la vulnérabilité de Bull tenait à 1'ampleur des charges auxquelles
elle devait faire face. Il faut souligner encore ici que le phénomène"
location" a une double conséquence financière. La première est celle
qui a été évoquée plus haut: il faut emprunter les fonds nécessaires et les
emprunter aux conditions du marché qui sont, en France, onéreuses. La
seconde, moins évidente, tient au fait que les locations constituent, pendant
les premières années de leur existence, une charge du compte d'exploitation
et non un bénéfice. Les frais qui naissent des locations nouvelles : - frais de mise en route dus à la présence d'équipes de techniciens
nombreux et coûteux - frais d'amortissements calculés sur une durée très rapide: 5 ans - frais financiers dus à l'ampleur et au coût des emprunts rendus
nécessaires dépassent le montant
des recettes pendant tout le temps que dure l'amortissement et spécialement
pendant la première année. Au-delà en revanche, les bénéfices sont
considérables. Mais quand le nombre des locations nouvelles dépasse très
sensiblement le nombre des locations anciennes, (ce qui était le cas de Bull
depuis 1960), le poids des charges, dans le domaine des locations considéré
isolément, l'emporte sur celui des bénéfices. Tout ceci était bien
connu des Dirigeants de la Cie des Machines Bull qui s'en préoccupaient
grandement et qui ne manquèrent pas d'en donner connaissance aux Pouvoirs
Publics. Une note à ce sujet fut rédigée par Mr. Ginier-Gillet,
ancien Inspecteur des Finances et Directeur-Général
Adjoint de la Compagnie dont les pages qui précèdent ne sont souvent que la
copie. Cette note fut remise en Octobre 1963 : d'abord au Ministère de l’Industrie, ministère de tutelle de la
compagnie, auprès duquel la Compagnie avait toujours trouvé beaucoup de
compréhension et d'appui. puis au Ministère des Finances et des Affaires Economiques, à la
Direction du Trésor. au Gouverneur de la Banque de France, au cabinet de Monsieur le Premier Ministre, au Secrétariat Général de la Présidence de la République. La conclusion de
cette note faisait ressortir l' intérêt qu'avait la Cie des Machines Bull à
profiter de son avance pour rechercher une alliance qui s'avérait
indispensable, qu'il ne lui semblait pas qu'avec les seules ressources
françaises puisse être constituée une entreprise de taille suffisante ; les
disponibilités offertes par la France, aussi bien sur le plan technique que
celui des hommes et des capitaux, ne lui paraissaient pas à la mesure des
développements nécessaires, et qu'enfin une telle solution devait intervenir
aussi rapidement que possible. En effet les concurrents actuels ou
potentiels de Bull étudiaient tous cette question d'entente de leur côté et
si les décisions n'étaient pas prises avec Bull, elles seraient alors
forcément prises contre elle. La Cie des Machines
Bull n'avait pas négligé de prendre contact avec d'autres sociétés
européennes avec lesquelles un accord de coopération aurait pu être conclu.
Mais, des conversations engagées dans ce sens il ressortait nettement que,
si ces sociétés pouvaient lui apporter des appuis financiers, voire même
commerciaux, au point de vue technique, étant donné l'avance américaine, on
ne pouvait espérer avec eux trouver de solutions efficaces aux problèmes qui
se posaient à elle comme à ses concurrentes. LA BANQUE DE PARIS ET DES PAYS-BAS "Me voilà bien chanceuse! Hélas, l'on dit bien
vrai Qui veut noyer son chien l'accuse de la rage, Et service d'autrui n'est pas un héritage. MOLIÈRE - Les femmes
savantes Pour surmonter ses
difficultés de trésorerie du second semestre 1963, la Cie des Machines Bull
avait prévu de contracter un emprunt obligataire de 100 millions de nouveaux
Francs que différentes banques européennes étaient prêtes à souscrire ; cet
emprunt aurait permis d'attendre le mois de Février 1964, date à laquelle
devait avoir lieu l'augmentation de capital dont le principe avait été voté
au cours de l'Assemblée Générale du 5 Juin 1963. Un tel emprunt, fait
hors de France, nécessitait l'autorisation du Ministre des Finances, mais
cette autorisation fut refusée. La Compagnie des Machines Bull se retourna
alors une fois de plus vers le Crédit National auprès duquel fut déposée une
demande de crédit à long et moyen terme de 45millions de Francs. Cette demande
remise en Octobre 1963 donna lieu aux enquêtes et vérifications habituelles,
le dossier fut mis régulièrement en état mais, sur les indications du
Ministre des Finances, la décision d'octroi de ce crédit était repoussée de
mois en mois. Pendant ce temps les
pourparlers préconisés par Mr. Gaston Palewski au
mois d'Août furent entamés ; aucun des interlocuteurs ne semblait avoir grand
désir d'aboutir tant les difficultés étaient grandes pour arriver à un
arrangement. Au cours d'une réunion (19 Septembre 1963) qui groupait Mr.
Ponte, Mr. Joseph Callies accompagné de Mr.
Vieillard et Mr. Ambroise Roux, ce dernier déclarait qu'il était bien décidé
à ne s'intéresser à la Cie des Machines Bull qu'au moment où celle-ci en
serait à l'heure du dépôt de bilan ! Par contre les
conversations entre la CSF et Bull se poursuivaient dans un climat, qui pour
n'être pas spécialement cordial, était cependant beaucoup moins tendu ;
et sous la pression de Mr. Reyre, Vice-Président et Directeur Général de la Banque de Paris
et des Pays-Bas, Messieurs Ponte et Joseph Callies
signaient fin Septembre un projet de protocole d'association nonobstant les
accords récemment conclus par Bull avec SEA. La Banque de Paris
et des Pays-Bas exerce une très grande influence dans la CSF ; elle n'en
possède pas la majorité mais sur les 11 membres de son Conseil
d'Administration, il y a 3 administrateurs communs (MM. Girardeau,
Reyre et de Vitry, administrateur également de la
CGE) 2 Directeurs de la Banque
(MM. Bricard et Rambaud)
et un ancien directeur de la Banque (Mr. Julien). Il ne fait pas de doute que
les buts de la Banque de Paris dépassaient largement ceux prévus dans le
protocole que Mr. Reyre avait fait signer et
qu'elle envisageait pour l'avenir, de faire reprendre la direction de Bull
par la CSF. Jusqu'alors la
Banque de Paris n'était représentée au Conseil d'administration de la
Compagnie des Machines Bull que par son Directeur Général Adjoint, Mr. Louis Bricard. Ce dernier venait de subir au printemps 1963 une
grave intervention chirurgicale dont il se remettait difficilement. Aussi Mr.
Reyre exigea-t-iI comme
condition de la continuation de l'appui financier de sa banque qu'un second
Administrateur vienne la représenter en la personne d'un de ses Directeurs,
Mr. Roger Schluz, et qu'en même temps soit désigné
comme Directeur Général Adjoint de Bull Mr. Jean Bigard, Directeur Général
Industriel de la CSF. Et c'est ainsi que
le 25 Octobre 1963, le Conseil d'Administration de Bull dut
coopter comme administrateur Mr. Schulz en remplacement de Mr. Philippe Brossollet dont la démission avait du être demandée et
désigner Mr. Bigard comme Directeur Général Adjoint. Contrairement à ce
qui avait été convenu, Mr. Bigard ne résilia pas, même temporairement, les
fonctions qu'il occupait à la CSF, et son action à Bull se limita uniquement
à la rédaction avec Mr. Schulz d'un rapport sur la situation technique et
financière de la Compagnie. Après avoir déposé ce rapport entre les mains de
Mr. Reyre en Décembre 1963, il donnait sa démission
de la Cie des Machines Bull. Ce rapport de 28
pages reconnaissait que "sur le plan technique, la mise au point du
calculateur Gamma 60, entièrement français, et réalisé sans l'aide de
l'Etat, était un succès" tout en notant
"qu'il n'en restait pas moins que sur le plan commercial c'était
un échec". Etudiant la
situation des nouvelles machines en cours de réalisation par les services
d'études, MM. Bigard et Schulz devaient ajouter: "La série Gamma 10,
présentée au SICOB 1963, avait connu un succès commercial immédiat, que 100
équipements seraient commandés en 1963, et que les prévisions de commandes de
1964 s'élèveraient à 200 appareils". Les prévisions de la Cie des Machines
Bull étaient beaucoup plus optimistes et ont été depuis vérifiées par les
faits, puisque la 500ème machine était commandée à la fin de 1964 et la
1.000ème fin 1965. Par ailleurs, sur le
plan financier, ce rapport faisait de grandes réserves sur la façon dont les
comptes étaient établis : par exemple il n'admettait pas que l'on fasse
rentrer dans le prix de revient du matériel un certain pourcentage des frais
d'études et des frais généraux. Pour le matériel vendu cela n'avait pas de
répercussion sur le compte de résultat, mais pour le matériel en location
c'était vouloir amortir dans l'année tous ces frais au lieu de les amortir
avec le reste du prix de revient de ces machines, c'est à dire en cinq ans.
Corrigeant de ce fait les résultats des bilans de la Cie, ce rapport
concluait que l'exploitation s'était régulièrement dégradée depuis 1959 et
qu'elle se trouvait déficitaire depuis 1961. Ceci en maintenant
l'amortissement du matériel de location en 5 ans mais en amortissant tous les
frais d'étude dans l'année, et sans tenir compte alors d'une revalorisation à
l'actif du matériel loué entièrement amorti (la durée moyenne du matériel
étant d'environ 10 ans) et dont la valeur était certaine eu égard à son
rendement. Toujours d'après MM.
Bigard et Schulz, il fallait « procéder à l'assainissement de l'actif en
faisant apparaître, principalement en ce qui concernait les
approvisionnements destinés au Gamma 60 et à la série 300, une dépréciation
de 54 millions pour les études et les stocks et de 25 millions environ sur
les titres de participations dans les filiales étrangères. » C'était
méconnaître d'une façon complète la valeur de l'organisation commerciale de
la Compagnie. Mais cela ne
paraissait pas encore suffisent aux rédacteurs de ce rapport qui, étudiant
les perspectives pour l'année 1964, concluaient que « le cumul des
pertes, dépréciations et provisions énumérées, sans parler des filiales,
conduirait à une perte de 170 millions pour les exercices 1963 et 1964 et que
si on voulait établir les résultats consolidés du groupe Bull en intégrant
les filiales, le chiffre s'élèverait à 206 millions. Après avoir encore
étudié les différentes mesures à prendre pour redresser la situation, le
rapport concluait dans les termes suivants reproduits ci-après in-extenso. CONCLUSIONS - Nous
avons vu que les résultats des exercices 1963 et 1964 doivent
se traduire par une perte globale de 170 M pour la Compagnie des MACHINES
BULL seule (3). Ce
chiffre peut être considéré aujourd'hui comme un ordre de grandeur inévitable
en raison du délai qu'exigera toute mesure de redressement. - Nous
pouvons observer que ces pertes sont d'ores et déjà acquises pour leur plus
grande part, ce qui explique en partie les importants besoins de trésorerie
et les charges financières qui en découlent ( 1
). Un
apurement de ces pertes par les réserves aurait pour effet de
déséquilibrer le rapport de l'endettement au fonds propres, montrant
la nécessité de couvrir une part importante des besoins nouveaux de trésorerie évalués à 180 M
en 1964, par une augmentation de capital (2). - En ce
qui concerne l'avenir, nous pensons nécessaire de préciser tout d'abord
que l'incidence du régime des amortissements et des locations, pour
importante qu'elle soit, n'est pas de nature à modifier profondément
la physionomie de l'exploitation en FRANCE. Les filiales récentes, en
expansion rapide souffrent par contre beaucoup de l'incidence des locations,
en l'absence d'un parc ancien entièrement amorti. - En
fait, pour la COMPAGNIE des MACHINES BULL, le vrai problème réside dans le
niveau de ses prix de revient par rapport aux prix de vente. Nous avons vu
qu'il n'a cessé d'augmenter depuis 1959 ; les analyses faites sur les
matériels nouveaux rendent peu vraisemblable l'équilibre de l'exploitation en
1965, compte tenu des retours probables de certains matériels non entièrement
amortis (Série 300). (1) Les
charges financières globales en 1964 représenteront 42 M (2) Au
30.9.1963: Capital 140 M. Réserve 260 M. Endettement vis-à-vis des tiers 677
M dont endettement financier 574 M. 3) - Les
filiales étrangères accusent des pertes substantielles, notamment en raison
de l'expansion rapide de certaines d'entre elles; mais la mise en place
éventuelle de sociétés de leasing serait sans doute de nature à améliorer
considérablement leurs résultats. Cette
dégradation de l'exploitation s'explique essentiellement par la
disproportion existant entre BULL et son principal concurrent I.B.M., qui l'oblige à étaler ses frais d'études sur une
production trop limitée et ses dépenses de fabrication sur des séries trop
faibles. Cette
opinion nous parait illustrée par quatre constatations : - BULL,
à l'encontre de ses concurrents américains, a toujours financé lui-même ses
études. - Le
niveau des prix de revient usine d'I.B.M. serait de
l'ordre de 30% de ses prix de vente; BULL est actuellement aux
environs de 60% et ses meilleures perspectives (Gamma 10) se
situent à plus de 40%. - Les
remises accordées par I.B.M. à ses filiales
étrangères seraient de l'ordre de 50 %, alors que la remise normale de
BULL est de 36,35. %, remise que la Compagnie n'arrive pas à pratiquer
sainement aujourd'hui. - Enfin,
le principal concurrent européen de BULL, I.C.T.,
dont le chiffre d'affaires est très voisin de celui de BULL, serait, selon de
nombreux indices, dans la même situation et aux prises avec les mêmes
problèmes. - Dans
le délai qui nous a été imparti, nous avons esquissé un programme des
économies qui paraissent vraisemblables. Il n'est pas impossible, sans qu'on
puisse l'affirmer, qu'une étude plus détaillée puisse conduire à un effort
plus grand. Dans l'état actuel des choses, ces mesures, dont certaines
risquent cependant de compromettre l'avenir à long et même à moyen terme,
risquent de ne pas être à l'échelle du problème à résoudre, malgré les effets
favorables qu'on est en droit d'espérer de l'expansion régulière du marché (1). (1) - Il
faut toutefois tenir compte de l'intention qu'auraient certains importants
groupes américains de faire un effort considérable pour briser le quasi
monopole d' I. B.M. dans le domaine des équipements
de gestion. - Dans
ces conditions, si l'on veut garder à BULL son caractère entièrement
français, il semble que l'équilibre de l'exploitation de la Compagnie soit très problématique sans un appui
déterminé des pouvoirs publics : - Financement
d'une part importante des études nécessaires à l'expansion de la
COMPAGNIE des MACHINES BULL dans le sens du marché et non selon les seuls
voeux des services techniques de l'Etat. - Commandes
importantes et suivies des Administrations et organismes publics français
(Ministères, Régies, Sociétés nationalisées), dans le cadre d'une
politique de protection de cette industrie nationale. - Si
cet appui ne pouvait être acquis, il faudrait dans les délais les plus courts
tirer part de l'actif que représentent le réseau
commercial, les équipes techniques et le service après- vente de BULL
pour procéder à de profonds accords internationaux. - Dans
le cadre européen, un regroupement entre les principales firmes intéressées,
I. C. T., Olivetti, et éventuellement Siemens, semble difficile
à réaliser rapidement. Le plus aisé serait probablement une mise en
commun de certains moyens de BULL et d'I.C.T.
Cependant la situation des deux Sociétés ne permet pas d'escompter les
heureux effets de leur conjonction avant plusieurs années. - Dans
le cadre international, un accord serait sans doute possible avec une des
puissantes sociétés américaines intéressées par cette activité,
vraisemblablement sous la forme d'une certaine intégration, étant donnée la
disproportion des moyens des deux partenaires. Ce rapport, comme il
l'avait été demandé, était établi pour mettre systématiquement en relief tout
ce qui pouvait apparaître comme négatif dans l'exploitation de la Cie des
Machines Bull et où, pour reprendre l'expression employée par Mr. Giscard
d'Estaing lors de la discussion du budget de 1966 (réponse à Mr. Tony Larue)
: « on pouvait percevoir une sorte de délectation morose à l'énumération
de ce qui ne marche pas. » Sans mettre aucunement
en doute la sincérité de ceux qui l'ont rédigé, on peut cependant faire
remarquer que ce rapport n'a pas tenu compte des nécessités du marché, ni de
la valeur commerciale qui, si elle n'apparaît pas en chiffre dans le bilan,
a une valeur très importante comme il est d'ailleurs dit dans les conclusions
citées plus haut et comme le prouveront les négociations avec la General
Electric Cy. On pourrait presque dire que ce
rapport dressait un véritable bilan de liquidation. Comme devait le
déclarer son destinataire Mr. Reyre, ce rapport ne
signalait aucune faute de gestion, mais faisait ressortir les difficultés
d'une exploitation délicate « sans un appui déterminé des Pouvoirs
Publics » et contre une concurrence particulièrement puissante. Mais les jours
passaient, les échéances devenaient de plus en plus difficiles, le crédit de
la Compagnie diminuait ; la confiance de la clientèle commençait à
s'ébranler, le personnel s'inquiétait... c'était la crise. LA
GENERAL ELECTRIC "Si c'est possible, c'est fait ; impossible,
cela se fera. CALONNE Pendant que se
déroulaient les évènements qui ont été résumés au chapitre précédent, et sans
qu'il puisse apparemment y avoir corrélation avec eux, la General Electric
demandait en Septembre 1963 à la Cie des Machines Bull de reprendre les
conversations entamées depuis plus de deux ans et interrompues fin 1962. Il est inutile de
rappeler ici la puissance de General Electric, qui fait un chiffre d'affaires
d'environ 5 milliards de dollars, qui emploie plus de 260.000 personnes et
qui depuis 1956 était entrée dans le domaine des machines électroniques à
traiter l'information. En 1963 le Département des calculateurs électroniques
comprenait déjà plus de 4.000 personnes, avait installé en clientèle environ
300 gros calculateurs et en avait plus de 100 en commande. Elle annonçait
pour 1964 le lancement commercial de nouveaux matériels (la série 400) et
laissait entendre la présentation très prochaine de matériels encore plus
puissants (la série 600). La Cie des Machines
Bull avait pris contact avec la General Electric dès le début de 1961, après
la fin du contrat qui la liait avec Remington-Rand
et lui avait même vendu quelques exemplaires de machines périphériques pour
les connecter à leurs calculateurs. Au mois de Juillet
1962, Mr. Strickland, Vice-Président
de General Electric en charge du Département électronique venait à Paris et
demandait à Mr. Joseph Callies si les pourparlers
ne pourraient pas s'engager d'une façon plus concrète en vue d'un accord
éventuel entre les deux sociétés, sur le plan technique et commercial comme
sur le plan financier, la General Electric désirant pouvoir acquérir une
participation dans le capital de la Cie des Machines Bull, même limitée au
besoin à 20 %. Avant de poursuivre
plus avant ces conversations, Mr. Joseph Callies
désirait être plus renseigné sur l'avancement des études de la General
Electric dans le domaine des calculateurs et sur ses intentions commerciales
en particulier en ce qui concernait la concurrence. C'est ainsi qu'il fut
décidé que 2 ingénieurs du service des études de Bull partiraient en mission
aux Etats-Unis dès le début de Septembre. Le rapport que firent ces deux
ingénieurs à leur retour à Paris donnait tous les renseignements que l'on
attendait, les techniciens de la General Electric ayant été très précis dans
leurs réponses et très ouverts sur la situation de leurs études comme sur
leurs projets d'avenir. Sans doute le souci
de rester dans le cadre des vues du Gouvernement poussait-il la Cie des
Machines Bull à n'avancer dans ces négociations que très prudemment, surtout
après la conclusion en 1961 de l'accord avec RCA ; enfin d'autres
pourparlers étaient alors en cours avec le groupe Schneider et la Compagnie
financière de Suez au sujet de S.E.A., pourparlers
qui devaient se concrétiser au début de 1963.
Mais des bruits
circulaient à Wall Street
concernant le rachat par General
Electric de la branche des calculateurs électroniques (Univac)
du groupe Sperry-Rand. La chose paraissait d'autant
plus vraisemblable qu'au mois de Mai précédent, Monsieur Bibby,
Vice-Président de Sperry-Rand
et Directeur général de Remington Rand dont dépendait le département Univac, était venu à Paris pour proposer cet achat à la
Cie des Machines Bull. Une jonction General
Electric – Univac apparaissait comme pouvant être
très dangereuse ; pratiquement elle interdisait tout espoir d'accord Bull -
General Electric et en même temps pouvait devenir rapidement une concurrence
aussi puissante qu'I.B.M. C'est dans ces
conditions que le Conseil d'Administration de Bull demandait à Mr. Vieillard,
bien qu'il eut pris sa retraite depuis plusieurs mois, de retourner une
nouvelle fois à New-York, de se renseigner aussi
exactement que possible sur les bruits qui circulaient, et de reprendre avec
General Electric les conversations qu'il avait lui-même engagées autrefois
quand il était encore Directeur Général de la Compagnie. Mr. Bibby devait lui affirmer que les bruits de cession du
Département Univac à General Electric étaient
"purement fantaisistes", tandis que Mr. Vickers, Chairman de Sperry-Rand devait déclarer que "cette vente n’ a jamais été sérieusement envisagée" . De son coté Mr. Strickland, de General Electric, confirmait que les
bruits qui circulaient étaient faux, ajoutant que, même si General Electric
avait désiré faire une telle acquisition, elle n'aurait pu le faire en
raison des lois américaines. De la conversation
qui suivit sur l'éventualité d'un rapprochement entre General Electric et
Bull, il ressortait clairement des déclarations de Mr. Strickland
: - que General Electric
avait la ferme volonté d'entrer en force dans le marché du "data processing" ; que la décision en avait été
officiellement prise par le conseil d'administration, ce que Mr. Cordiner, Chairman et Mr. Gérard Phillippe,
President, étaient prêts à confirmer à Mr.
Vieillard s'il le désirait. - que General
Electric connaissait l'existence de l'accord entre Bull et R.C.A. et était prête à examiner avec Bull dans quelles
conditions il y aurait lieu d'en tenir compte. - qu'en cas
d'accord, General Electric s'engagerait à développer les fabrications de Bull
en France et à intensifier ses exportations dans le monde entier, y compris
aux Etats-Unis. - qu'en demandant de
participer au capital de Bull, General Electric n'avait d'autre but que de
participer ainsi aux résultats bénéficiaires qui ne manqueraient pas de se
dégager à la suite de l'accord entre les deux compagnies. Mais quelques jours
plus tard, la rencontre - dont étaient convenus les deux interlocuteurs - de
leurs avocats, Mr. Warfield pour Bull et Mr. Birdzell pour General Electric, devait montrer que pour
l'avenir la société américaine avait d'autres prétentions au sujet de sa
participation dans le capital de la Cie des Machines Bull. Et c'est pourquoi
ces conversations prirent fin en Novembre 1962 pour ne reprendre, à la
demande de General Electric, que fin 1963. Mr. Joseph Callies en ayant alors accepté le principe, Mr. John D. Lockton, Treasurer
(c'est-à-dire un des membres importants de l'Executive
Office de General Electric) venait lui-même à Paris et les conversations se
déroulèrent les 10, 11 et 12 Décembre 1963 sous les auspices et dans les
bureaux de Mr. Richard Klehe, représentant en
France de Allen & Co, un des principaux Undewriters de New-York, et Adviser de General Electric pour l'Europe. Dès son retour à New-York, Mr. J.D. Lockton rendait compte de ses conversations parisiennes à
son Conseil d'Administration et quelques jours plus tard, le 18 Décembre, il
adressait à Mr. Joseph Callies une première lettre
dont on trouvera ci-après la traduction. (Voir la photographie de l'original
à l'annexe III). 18 Décembre 1963 General Electric Company Mr Joseph Callies Président du Conseil d'Administration 92, Avenue Gambetta Paris 20ème, France Cher Monsieur Callies, General Electric considère que l'automation est un important
facteur du développement industriel et commercial à travers le monde. La clé
de cette automation, tant dans le domaine de l'administration des
entreprises, que dans celui de l'automation industrielle, réside dans le
calculateur. Le marché mondial pour les calculateurs connaît une très grande
expansion. Les Etats-Unis ont une position dominante dans ce développement,
mais le potentiel européen est presque aussi grand et tout laisse à prévoir
que les possibilités du marché vont se développer en Europe encore plus
rapidement qu'aux Etats-Unis. General Electric a investi des sommes considérables, dont
l'ordre de grandeur dépasse 100 millions de dollars, dans la production, la
fabrication et la location des calculateurs aux Etats-Unis. Son principal
souci, aujourd'hui est de se développer sur le marché mondial et
particulièrement en Europe. Il y a pour General Electric plusieurs manières de développer
cette affaire en Europe. Actuellement General Electric vend ses calculateurs
sur ce marché par l'intermédiaire de son propre réseau de vente et est en
mesure d’y construire des usines pour y assurer ses propres fabrications.
Cependant, après une étude approfondie de la question, nous sommes arrivés à
la conclusion que la manière la plus efficace de pénétrer sur le marché
européen serait, grâce à une participation, de coopérer avec une société
européenne déjà engagée dans ce genre d'activité et ayant une base solide
facilitant son expansion ainsi qu'une organisation locale appropriée.
General Electric a une longue tradition de tels investissements et d'une
association avec des sociétés européennes. Les études faites sur les différents moyens de pénétrer sur le
marché européen montrent que la meilleure chance de General Electric réside
dans une association de General Electric avec les Machines Bull et qu'une
telle association aurait de très grands avantages pour chacune des sociétés.
L'idée de cette mutualité d'intérêts possible a été exprimée plusieurs fois
pans le passé ; elle est revenue, aujourd'hui, au premier plan du fait que
General Electric a reçu des offres de participation fondées sur l'idée de
coopération, d'importantes sociétés installées dans d'autres pays d'Europe et
qu'elle doit maintenant choisir, sans plus attendre entre elles. Les
problèmes d'exploitation et les difficultés financières, auxquels nous savons
que Bull doit faire face, nous semblent de nature à être surmontés avec
l'assistance sur le plan technique, et l'appui financier que General
Electric a à sa disposition. Ceci ne nous semble donc pas de nature à
empêcher une telle association. General Electric envisage de faire un investissement substantiel
dans la Compagnie des machines Bull en raison du fait que Bull a des
installations industrielles modernes en France et en Hollande, dans
lesquelles il serait facile de développer la fabrication de nouveaux
produits. En outre, Bull a un réseau de vente et de service en Europe et dans
d'autres pays qui est actuellement en place et prêt à fonctionner. Grâce à un
travail de plusieurs années, la réputation de Bull s'est affirmée comme
bonne, et ce bon renom serait d'un grand prix pour un effort commun. De plus,
les services de recherches et de fabrication dont dispose Bull seraient
disponibles pour la mise au point et la fabrication de nouveaux produits pour
les deux sociétés; elles ont fait la démonstration de leurs capacités en
créant le Gamma 60 et le CMC 7. L'expérience de General Electric lui a démontré qu'un
investissement minoritaire important dans le capital des sociétés affiliées
constitue une base satisfaisante pour prendre place sur un marché étranger et
pour donner droit à la société filiale de bénéficier de l'assistance et de la
coopération de General Electric dans la solution des problèmes qu'elle
rencontre, ceci incluant les échanges d'aide technique, de "know
how" en matière de fabrication, et le droits aux brevets et licences. General Electric a le sentiment qu'une participation de l'ordre
de 20%, en actions ayant le droit de vote, dans le total du capital de Bull,
constituerait une base du genre recherché. Cela pourrait conduire à la mise
au point d'un accord pour une participation proportionnelle au Conseil
d'Administration ainsi qu'aux décisions de la Direction. Nous avons la plus
haute estime pour vous personnellement, Monsieur Callies,
en tant que Chef de l'entreprise; nous avons une haute appréciation pour les
remarquables efforts que vous avez déployés pour diriger votre compagnie dans
cette période difficile et nous souhaiterions que vous continuiez dans vos
fonctions de Président. Si vous donnez à General Electric, grâce à de tels arrangements,
la possibilité de faire un investissement immédiat dans le capital de la
Compagnie, dans les conditions que nous venons d'exposer,General Electric
donnerait tout l'appui possible au maintien et, s'il le peut, au développement de la recherche et des études
faites par Bull. General Electric vous aiderait à renforcer et à étendre
votre réseau commercial et d'entretien en fournissant des produits nouveaux
à vendre, en donnant une assistance technique dans la mise au point des programmes
et autres travaux du même genre, et en vous aidant à financer les
augmentations de capital des filiales. Il est permis d'espérer que cela
donnerait à vos usines nouvelles et modernes en France un travail
supplémentaire, ce qui aurait pour résultat d'augmenter la productivité et
d'obtenir des prix de revient meilleurs grâce à une meilleure répartition des
frais généraux, ce qui provoquerait un développement de l'emploi. General Electric se plait également à penser que ses recherches
conduiront au développement de la fabrication dans les usines Bull, de
nouveaux types d'équipements et de composants destinés aux EtatsUnis. Nous avons parfaitement conscience qu'une
telle expansion, qui est envisagée pour les Machines Bull, nécessitera un
financement extrêmement important et General Electric est disposé à
participer à un tel financement, ou à le faciliter, sur une base équitable. General Electric se rend compte que la conclusion d'un accord
comme celui qui est proposé à Bull ne peut être faite sans être clairement
fixée sur la position que le Gouvernement Français serait susceptible de
prendre à son égard. Nous répugnerions à nous engager dans un tel
investissement s'il n'est pas bien accueilli par votre Gouvernement et s'il
ne reçoit pas un accord de principe. Il est essentiel que nous soyons
rapidement fixés sur ce point car nous devons décider rapidement si nous poursuivons
avec les Machines Bull ou si nous devons nous orienter ailleurs, en Europe;
nous savons que d'autres gouvernements européens seraient tout à fait désireux
de permettre une opération de ce genre. Nous sommes tout à fait convaincus
qu'il est pleinement de l'intérêt, à la fois, de la France et des Etats-Unis,
de participer au développement rapide de l'industrie des calculateurs sur le
marché européen. Dans la poursuite de cet objectif, nous croyons que nous pouvons apporter
une contribution de réelle valeur qui entraînera une rapide croissance à la
fois de General Electric et de Bull. L'accroissement du potentiel technique
de Bull lui permettra, nous en sommes conscients, d'être mieux en mesure de
satisfaire les besoins militaires du Gouvernements Français et, bien entendu,
General Electric respecterait le secret demandé pour de telles fabrications,
de même que les Machines Bull auraient à respecter le secret demandé pour les
propres fabrications de General Electric dans ce domaine pour les Etats-Unis. General Electric a été informé que Bull a un contrat avec R.C.A. qui porte sur les échanges d'informations
techniques et sur l'achat de certains calculateurs. General Electric ne
connaît pas tous les détails de ce contrat mais elle comprend qu'il n’a pas
un caractère exclusif. Nous aurons, naturellement, besoin d’étudier plus à
fond la nature de ce contrat avant de conclure l'arrangement envisagé, afin
de nous assurer qu'il ne soulève pas de problèmes inattendus sur le plan
technique, légal ou financier. Si le Gouvernement Français est favorable à ce projet, nous
sommes disposés à examiner la nature du contrat R.C.A.
; à faire le point des opérations courantes et de la situation financière, à
fixer dans le détail les conditions de l'investissement de General Electric
et de sa participation, ainsi que de régler toutes les questions légales qui
pourraient apparaître, et si ces points peuvent être réglés de façon
satisfaisante, à faire promptement l'investissement dont il est fait mention
dans cette lettre. Sincèrement vôtre. J.B. LOCKTON Il n'est pas douteux
que General Electric désirait pouvoir obtenir dans l'avenir une participation
majoritaire dans la Cie des Machines Bull, mais comme elle savait qu'il ne
pouvait en être question, son offre était rédigée pour répondre aux cinq
conditions qui avaient été posées dès le début des conversations par Mr.
Joseph Callies. - d'abord elle
limitait la participation de General Electric à 20 %. - elle garantissait
le développement des services d'études de Bull. - elle garantissait
le plein emploi des usines de Bull. - elle prévoyait le
développement des exportations dans tous les pays y compris les U.S.A. - elle admettait que
l'accord ne pourrait être conclu sans l'approbation du Gouvernement
Français. Les propositions de
General Electric du 18 Décembre étaient muettes sur les conditions dans
lesquelles sa participation au capital de la Cie des Machines Bull pourrait
être réalisée. Ce renseignement, demandé à New-York,
fait l'objet de la lettre du 30 Décembre, dont voici la traduction. (Voir la
photographie de l'original à l'annexe IV). General Electric Company Mr Joseph Callies 14, Avenue de Breteuil Paris 7ème, France Cher Monsieur Callies, Cette lettre fait suite à ma lettre du 18 Décembre 1963 qui vous
est adressée et qui définit les intérêts de la General Electric Company à investir dans son capital des actions de la Cie
des Machines Bull comme base de la poursuite de notre participation dans le
Marché Commun, et pour prêter à la Cie des Machines Bull le concours de ses
services d'études, de fabrication et de ses connaissances techniques. General Electric Cy a bien l'intention
de payer pour ces actions un prix raisonnable. A la date de ma lettre, le
prix des actions de la Cie des Machines Bull sur le marché, était environ 40$
U.S. Il fut entendu que ce
serait le prix de l'investissement de General Electric. Je suis certain que vous apprécierez que, comme je le dis dans ma
lettre du 18 Décembre, l'acquisition des actions par General Electric doit
faire l'objet d'une révision des conditions financières et des problèmes de
la Compagnie, un examen de la nature des accords avec R.C.A.
et une solution à tous les problèmes qui peuvent en découler; une révision
des usines, de la gamme des produits et des projets de la Compagnie;
l'établissement des clauses finales des investissements et des participations
de la General Electric et la solution à toute autre question qui pourrait se
poser. J'apprécie beaucoup votre désir d'aboutir rapidement, et nous
sommes prêts à vous envoyer nos spécialistes du traitement de l'information
et nos experts financiers immédiatement après le 1er Janvier 1964. Sincèrement vôtre. LE GOUVERNEMENT FRANCAIS "Souvent la peur d'un mal vous conduit dans un
pire." Au milieu des
difficultés dans lesquelles se débattait la Cie des Machines Bull, l'offre faite
par la General Electric apparaissait comme une heureuse solution. Non
seulement elle permettait de surmonter la crise financière, mais l'appui
technique de cette puissante société américaine offrait pour l'avenir des
perspectives séduisantes puisqu'il permettait non seulement de rattraper le
retard, mais aussi de remplacer l'aide que l'on avait espéré trouver chez R.C.A. Il ne s'agissait
nullement de poursuivre les pourparlers avec General Electric en dehors de la
Banque de Paris et des Pays-Bas, ni du Gouvernement Français ; Mr. Joseph Callies l'avait d'ailleurs dit clairement à Mr. Lockton au cours des conversations du mois de Décembre. C'est pourquoi dès
le 23 Décembre 1963, Mr. Joseph Callies écrivait à
Mr. Reyre pour le mettre complètement au courant
des pourparlers en cours. En même temps il demandait rendez-vous à Mr.
Giscard d'Estaing, Ministre des Finances et des Affaires Economiques qui le
recevait le 27 Décembre. Enfin il adressait le 2 Janvier 1964 à Monsieur le
Premier Ministre une lettre dont on trouvera la copie ci-après. PARIS, le 23 décembre 1963 COMPAGNIE DES MACHINES
BULL PARIS LE PRÉSIDENT Monsieur Jean REYRE BANQUE de PARIS et des PAYS-BAS 3, rue d'Antin PARIS (2ème) Monsieur le Directeur Général, Cette lettre a pour objet de vous confirmer et de vous préciser
le point de vue que je vous ai exposé au cours de la conversation que nous
avons eue jeudi dernier dans votre bureau. La Compagnie des machines BULL a été, vous le savez, fréquemment
sollicitée par diverses sociétés étrangères, de conclure, dans le domaine des
machines à traiter l'information, des accords plus ou moins étroits. Les représentants de votre banque au Conseil de la Compagnie ont
été tenus au courant de ces conversations. Ils en ont, généralement, admis le principe, ayant
conscience, comme nous, que de tels accords étaient inévitables dans le monde
où nous vivons, spécialement pour une société à vocation internationale,
comme la nôtre. Il se trouve,
cependant, qu'une grande société américaine qui a manifesté à plusieurs
reprises, dans le passé,
le désir de s'entendre avec BULL, vient, à nouveau, de marquer son désir de
conclure très rapidement avec nous un arrangement de portée plus générale.
Les circonstances l'ont incitée à faire cette offre sous la forme d'une
lettre d'intention que je viens de recevoir et qui précise formellement les
bases d'un accord possible et le subordonne
à la seule autorisation du Gouvernement français. En raison de l'extrême urgence et de la gravité des décisions que nous devrons prendre dans
les jours qui
viennent, je tiens à vous faire connaître immédiatement le texte de cette lettre
malgré son caractère confidentiel. Pour ces mêmes raisons, je dois vous faire
savoir, sans la moindre ambiguïté, quelle est la réponse que j'estime
souhaitable de faire à cette proposition. Vous êtes parfaitement au courant des problèmes difficiles et
nombreux que pose aujourd'hui l'avenir de la Compagnie. De façon immédiate, nous devons faire face à une situation de
trésorerie qui s'aggrave de jour en jour et restaurer auprès des banques,
tant françaises qu'étrangères, un crédit sans lequel nous ne pouvons
continuer à vivre et qui se détériore avec une dangereuse rapidité. Il n'est
pas exagéré de dire que nous sommes menacés, à chaque instant, d'incidents
qui peuvent avoir les plus graves conséquences. Dans un délai de quelques semaines, noue devrons prendre des
mesures pour rétablir de façon moins précaire le situation
de l'entreprise. Mais vous connaissez l'extrême difficulté du choix devant
lequel nous sommes placés. Si l'on veut ramener rapidement les dépenses au niveau des
ressources, il faudra procéder à des sacrifices d'une telle ampleur que notre
société en sortirait très profondément affaiblie. Certaines de ces mesures
risquent, même, de provoquer une grave crise de confiance chez les meilleurs
de nos collaborateur et chez beaucoup de nos clients français et étrangers ;
Cette crise entraînerait, à son tour, une diminution de nos forces de vente
et un ralentissement de nos commandes, par conséquent, une réduction de nos
ressources. Si l'on renonce aux opérations chirurgicales les plus
dangereuses, il faudra trouver des concours financiers massifs et stables
nous permettant de faire face, autrement qu'au jour le jour, au déficit probable
de l'exercice 1964. En supposant, même, que l'on puisse résoudre ce dilemme immédiat
de façon satisfaisante, nous retrouverons immanquablement, dans l'année 1965,
les problèmes que pose à BULL sa croissance même sous leur double aspect
technique et financier. En face d'une concurrence qui sera demain beaucoup plus
redoutable qu'aujourd'hui, il faudra nécessairement, pour survivre, prévoir
des frais d'études nous permettant, techniquement, de ne pas être trop dépassés.
Leur montant sera incomparablement plus élevé que celui qui, actuellement,
excède déjà nos forces. Il faudra aussi développer de façon rapide les
équipes qui assurent le bon service des machines. Nous connaissons le poids
et le prix d'un tel investissement. A cela viendra s'ajouter la charge de
location qui pèse à la fois sur la trésorerie et sur le compte d'exploitation
quand le taux de croissance est élevé. C'est au total, au moins 200 à 250 millions de francs qu'il
faudra trouver annuellement pour faire face aux besoins de la seule société
française ; à ce chiffre viendront s'ajouter les sommes rapidement
croissantes, nécessaires pour les filiales étrangères. Comment trouver des
capitaux d'un tel ordre de grandeur, sachant que la moitié, au moins; devra
l'être sous forme de fonds propres et que la rentabilité qui permettrait de
rémunérer ces fonds risque de ne pas être assurée avant longtemps ?
Là encore, nous serons en face d'un choix difficile : soit renoncer à
grandir c'est-à-dire se condamner à disparaître à plus ou moins brève
échéance, soit faire alliance avec d'autres sociétés, mais la Compagnie,
affaiblie par d'incessantes difficultés, ne sera plus, alors, un partenaire
très recherché. L'offre immédiate de la Société américaine doit être appréciée en
fonction de ces données qui ne peuvent être contestées. Il est clair, à mes
yeux, qu'elle apporte à nos problèmes une solution extrêmement positive. Dans l'immédiat, la nouvelle d'un tel accord, accompagné de
l'annonce d'une augmentation de capital réservée à cette Société et qui
serait aussitôt souscrite sous la forme de 700.000 actions émises à quatre
fois le nominal, suffirait à transformer instantanément, et du tout au tout,
le climat financier de la Compagnie. L'effort qu'il faudrait faire, dans de brefs délais, pour
améliorer notre exploitation, serait lui aussi sensiblement transformé.
L'objectif que poursuit la Société américaine en proposant de devenir notre
associé n'est pas de réaliser le plus vite possible des bénéfices très importants,
mais de développer au maximum les forces d'un partenaire considéré comme
solide et dynamique. Ce qu'elle vise, c'est un développement rapide sur le
marché européen. Pour ce faire, les forces que nous pouvons apporter dans ce
travail commun ne constituent qu'un point de départ à utiliser au plus vite. A plus long terme, enfin, il est clair que la coopération établie
entre BULL, qui aurait retrouvé sa pleine vitalité, et cet allié puissant,
permettrait de résoudre avec le maximum de chance tous les problèmes,
autrement insolubles, de sa croissance quelle qu'en soit sa rapidité. La conjonction de moyens qu'offrirait cette alliance sur le plan
technique et financier mettrait, enfin, notre Société à l'échelle du marché
qui s'offre à elle et la rapprocherait du niveau du plus important de ses
concurrents. La seule objection que l'on puisse faire à cette opération est
que BULL y perdrait une partie de son indépendance actuelle. Croyez bien que j'ai longtemps réfléchi à cet aspect du problème.
Les créateurs de BULL, dont je suis, ont, vous le savez, lutté pendant trente
ans, par tous les moyens, souvent dans les pires conditions (notamment sous
l'Occupation), au prix de multiples sacrifices imposés au personnel et aux
actionnaires. Ils l'ont fait jusqu'à une date récente sans le moindre appui
des pouvoirs publics, dans le seul dessein de sauvegarder l'indépendance
totale de la Société. Ils ne peuvent que trouver extrêmement amère la
perspective d'y renoncer. Mais il n'y a
pas, aujourd'hui, pour BULL, d'autre alternative que de perdre ce qui existe
ou de le valoriser par une aide venant de l'extérieur. L'ampleur et la
dimension internationale du problème posé excluent, malheureusement, la
possibilité de se contenter d'une aide qui serait fournie dans le seul cadre
français, à moins que cette aide ne soit celle de l'Etat lui-même. Le
problème capital est donc d'examiner si l'offre qui nous est faite respecte
ou non les intérêts nationaux essentiels. Un premier fait doit être souligné, c'est que si nous devions
renoncer à faire cette opération, elle serait faite sans nous et, par
conséquent, contre nous ; il n'y
a pas le moindre doute
à garder sur la détermination de cette Société américaine de pénétrer en
force sur le marché européen avec tous les moyens dont elle dispose. Nous
savons, de plusieurs sources, quel est le nom de l'autre Société européenne
sur laquelle elle s'appuiera si BULL, qui a aujourd'hui sa préférence, devait
être écartée. Ce partenaire nouveau n'est pas français mais il appartient au
Marché Commun. Non seulement, donc, dans cette hypothèse, une société française
perdrait tous les bénéfices attendus de cette alliance, mais nous serions
sûrs de trouver en face de nous un nouvel adversaire non français contre
lequel il n'existerait aucune protection et qui sera rapidement un concurrent
extrêmement puissant. Cet argument négatif me paraît, à lui seul, décisif : mais il
faut aussi mesurer exactement tous les avantages positifs que la Société américaine,
soucieuse d'obtenir la pleine adhésion du Gouvernement français, est prête à
assurer à notre pays. Le principal est la promesse de constituer en France, à partir de
nos services d'études, un centre de recherche du niveau le plus élevé. Aucun
spécialiste averti ne nie le retard que l'Europe a pris dans ce domaine sur
la technique américaine. Aucun ne s'illusionne, non plus, sur le temps, sur
le nombre de techniciens encore à former, sur l'énormité des moyens qu'il
faudra rassembler, pour combler ce retard. Cette Société nous offre le
raccourci susceptible de donner à la France, dans ce domaine, une avance sur
tout autre pays européen. Ce faisant, noue serions en mesure, dans les plus brefs délais,
et aux moindres frais pour la Communauté nationale, de répondre au souci du
Gouvernement d'avoir, dans un secteur jugé fondamental, un instrument à
prédominance nationale. Il va de soi que cet objectif serait d'autant mieux
atteint que les pouvoirs publics marqueraient davantage leur volonté de
maintenir avec notre Société, ainsi élargie, les rapports de coopération dont
ils avaient accepté le principe et que nous sommes prêts à faire accepter à
la Société américaine, eu égard aux intérêts fondamentaux dont le Gouvernement
à la charge. Un autre bénéfice, enfin, serait celui des devises que cette
combinaison permettrait d'assurer à l'entreprise. Les ventes actuelles de
BULL hors de France dépassent déjà 150 millions de francs. L'alliance
envisagée devrait accroître rapidement cette somme en raison des ventes
supplémentaires qu'elle permettrait, soit à des filiales européennes devenues
plus puissantes, soit au client considérable que deviendrait la Société
américaine elle-même. Que l'on fasse le bilan de l'opération sur le plan de la
Compagnie ou sur le plan national, il apparaît, avec une évidence aveuglante,
qu'elle constitue, dans la situation où nous sommes, une chance inespérée. Non seulement, elle consoliderait l'avenir immédiat de la
Compagnie, elle sauvegarderait la situation de son personnel, de ses 35.000
actionnaires en France et hors de France, elle renforcerait le prestige d'une
Société française internationalement connue, mais elle lui donnerait les
meilleures possibilités de prospérer. Non seulement, elle n'empêcherait pas la France de garder dans un
secteur essentiel l'avance que, grâce à BULL, elle avait prise, maie elle lui
permettrait de consolider sa position et d'en assurer à notre pays tous les
bénéfices, notamment sur le plan de la Défense Nationale, dans des cadres à
déterminer avec les Administrations intéressées. En tant que principal responsable de la Compagnie, je considère
donc qu'il est de mon devoir de tout faire pour que cette solution soit
retenue et mise en oeuvre dans les meilleurs délais. Je ne me sens pas le
droit de courir le moindre risque qu'une chance aussi exceptionnelle nous
échappe, à moins d'une intervention décidée très massive et immédiate des
pouvoirs publics, intervention dont on ne peut limiter la durée. Votre établissement, vos principaux collaborateurs et vous même,
monsieur le Directeur Général, avez apporté à notre Compagnie, tout au long
de son existence, et spécialement au cours de ces derniers mois, un appui si
total et si compétent que j'ai, personnellement, la conviction que sans lui
notre Société n'aurait pu surmonter les difficultés qu'elle a rencontrées. C'est cette oeuvre commune que je vous demande de défendre
aujourd'hui en m'aidant, de toute votre autorité, à faire aboutir, au mieux
de l'ensemble des intérêts français, les idées que j'ai exprimées dans cette
lettre. Je vous prie de croire, monsieur le Directeur Général,
l'assurance de ma considération très distinguée. Joseph Callies -------------------------------------------------------------- Paris, le 2 Janvier 1964. COMPAGNIE DES MACHINES
BULL PARIS LE PRÉSIDENT Monsieur le Premier Ministre 57, rue de Varenne Monsieur le Premier Ministre, Au moment où vous voulez bien vous saisir personnellement du
problème de Bull, je souhaiterais porter à votre connaissance deux documents
qui me paraissent propres à éclairer le Gouvernement. Le premier est la lettre que nous a adressée le 18 Décembre une
très grande société américaine. Elle contient une offre précise et définit
les principes d'une politique de coopération étroite avec Bull. Elle appelle,
certes, une mise au point minutieuse. Elle nécessite donc une négociation
complémentaire qui pourrait commencer immédiatement et s'achever à bref
délai. Mais ni notre interlocuteur ni nous-mêmes ne voulons l'aborder sans
connaître la position des autorités françaises. Nous sommes assurés de la
volonté des dirigeants de cette société d'aboutir à un accord qui soit non
seulement satisfaisant pour Bull mais agréable au Gouvernement dont les
préoccupations sont connues. Nous sommes certains, aussi, de leur
détermination de conclure sans retard une alliance de ce genre soit avec
nous, soit avec un autre partenaire européen momentanément tenu en réserve. Le second est la lettre que j'ai adressée à Monsieur Reyre, le 23 décembre, pour préciser mon attitude en face
de cette offre. Je n'aurais rien à y ajouter aujourd'hui si Monsieur Reyre ne m'avait fait part du souci que vous avez marqué,
au cours d'un récent entretien, de voir Bull conserver un caractère aussi
exclusivement français que possible. Cette déclaration précédait, il est
vrai, la proposition concrète de la société américaine qui tient compte de
cette préoccupation. Elle me conduit, cependant, à préciser mon opinion sur
les chances et difficultés d'une solution excluant cette offre. Cette opinion résulte non de vues théoriques mais d'une
expérience réelle car cette solution est celle-même
qu'au su des pouvoirs publics j'ai essayé de promouvoir. Mon but était de faire de Bull, préalablement consolidé en France
et dans ses filiales, le centre d'un groupement européen plus vaste. Ce
projet était ambitieux et je n'en ai jamais sous-estimé les difficultés. Mais
il me paraissait imposé à la fois par l'expansion prodigieuse du marché, par
l'ampleur des capitaux à mettre en jeu, par le retard technique de l'Europe
sur les Etats-Unis et, enfin, par la taille du principal concurrent. Cet objectif a été partiellement atteint. Bull possède
aujourd'hui un réseau commercial qui est le second en Europe par son
importance et par sa qualité. Elle a rassemblé des équipes de recherches
d'une valeur reconnue. Elle s'est dotée d'usines modernes. Elle a aussi
renforcé en France ses liens avec des sociétés amies. Dans le même temps,
elle a entamé, avec plusieurs grandes sociétés européennes qui partageaient
ses vues, des conversations qui se sont révélées encourageantes. Malheureusement, depuis quelques mois la situation de 1a
Compagnie s'est dégradée. Laissée à ses seules forces en face d'un adversaire
démesuré, elle paye aujourd'hui un développement accéléré et subit les effets
d'une évolution technique trop rapide. Elle connaît donc, comme d'ailleurs la
plupart de ses rivales européennes et américaines, de sérieuses difficultés,
en particulier sur le plan financier. Cette évolution, jointe au fait nouveau redoutable que constitue
l'entrée sur le marché de 1a grande société qui nous sollicite, a
considérablement affaibli les chances de succès de notre projet. Deux points méritent, au surplus, d'être soulignés : Le premier est q’un groupement comme celui envisagé est condamné
à devenir plus étroit ou à disparaître. Au début, il aurait, dans une très
large mesure, sauvegardé l'indépendance de Bull, du moins sur son territoire
national. Mais la mise en commun progressive et inéluctable des forces
d'études de chaque participant aurait fini par poser le même problème que la
participation américaine. Le second est que, dans notre esprit comme dans celui de nos
interlocuteurs, le groupement européen devait obligatoirement, dans un monde
où les frontières économiques tendent à disparaître, déboucher sur le marché
des Etats-Unis qui reste prépondérant. Nous n'envisagions pas de le faire autrement qu'on nous appuyant sur une
puissante société américaine. L'offre qui nous est faite aujourd’hui pourrait
donc renverser l'ordre des étapes sans modifier, nécessairement, le résultat
final. Bull et donc la France, restant le pivot de toute l'opération, ne
pourraient que gagner à ce changement. Si la proposition américaine devait, pour des raisons qui
dépassent notre niveau, être refusée, c'est en tout cas l'autre approche
qu'il faudrait reprendre. Aucune solution étroitement française n'a de
chances, j'en ai l'absolue conviction, de réussir durablement faute des
capitaux et surtout des ressources techniques nécessaires. On peut imaginer, dans cette hypothèse, qu'une intervention
massive et immédiate des pouvoirs publics, notamment sur le plan financier et
administratif, puisse permettre à Bull de retrouver une position assez solide
pour poursuivre ce dessein ? Je voudrais le croire et je
suis, naturellement, prêt à concourir de toutes mes forces à ce redressement. Mon expérience me porte à craindre que l'Etat n'éprouve de
grandes difficultés à exercer un tel rôle. L'aide modeste qu'il nous avait,
depuis quelques mois, laissé espérer - commandes d'études, contrats de
gestion, appui financier - demeure d'application lente et incertaine. Il n'y
a là, en y réfléchissant, rien que de normal. L'Etat,
c'est en fait les divers services qui ont à faire appliquer une décision. Ils
doivent obéir à des règles précises. Ils possèdent un pouvoir d'appréciation
qu'ils ont le devoir d'exercer. Les techniciens se prévalent dans leur
domaine propre d'une liberté de jugement qu'on peut difficilement enfreindre.
Enfin, le Gouvernement a bien d'autres problèmes qui dépassent en importance
le nôtre et, parfois, le compliquent : par exemple, celui de la lutte contre
l'inflation avec les restrictions de crédit, les suspensions de commandes
qu'elle entraîne. Comment garantir, dans ces conditions, que l'action
nécessaire sera menée avec l'ampleur, la promptitude, la
continuité voulues ? Or, la
situation de la société dont j'ai la charge est grave au point d'imposer,
dans les tout prochains jours, une décision pleinement efficace quelle
qu'elle soit. Ce qui a été édifié en France et hors de France a, encore aujourd'hui, une valeur considérable. L'offre
américaine, l'empressement des sociétés européennes le prouvent. Mais
l'affaire Bull est plus vulnérable qu'une autre car elle repose sur une
triple confiance : celle de nos cadres, sollicités de toutes parts ; celle de
nos clients, légitimement épris de sécurité; celle de nos banquiers,
lourdement mis à contribution. Les signes de disparition de cette confiance commencent
à se multiplier de façon alarmante. Autant la construction a été lente,
autant la désagrégation peut être rapide. L'édifice entier risque de
s’abattre en entraînant de grands désordres en France et à l'étranger. Ce serait sans profit pour personne sinon pour nos
concurrents dont aucun n'est français. Cette menace
constitue pour moi l'unique préoccupation. L'offre de la société américaine
permet d'y faire face. Elle est concrète, positive et peut avoir un effet
immédiat. Elle est respectueuse de l'intérêt national. Elle est pleine de
promesse pour l'avenir. Elie peut
devenir dangereuse si l'Etat nous laisse agir en nous retirant tout appui. La
disproportion des forces des deux partenaires deviendrait trop évidente. Si,
au contraire, l'Etat nous apporte un soutien qui, dans ce cas, serait surtout
moral, nous pouvons espérer maintenir durablement la position européenne
prédominante que cette offre, fondée sur une participation minoritaire, nous
assure au départ. Combien plus
périlleuse, à mon avis, serait la situation où se trouveraient non seulement
Bull mais toute l'industrie française des calculateurs si nous devions
affronter demain, sans forces suffisantes, un nouvel adversaire géant,
suscité par notre refus, et luttant contre celui qui existe déjà ! La responsabilité qui m'incombe à l'égard des quinze mille
membres du personnel de la Compagnie, comme vis-à-vis de ses trente cinq
mille actionnaires, m'oblige, en tout cas, à faire connaître clairement mon
choix. J'ai donc l'honneur de demander, avec la plus extrême insistance,
que le Gouvernement ne nous oblige pas à rejeter cette offre, s'il n'a la
certitude de pouvoir mettre effectivement en place, dans les délais voulus et
aussi longtemps qu'il le faudra, une solution donnant les mêmes chances
d'avenir à Bull, tout en sauvegardant mieux l'intérêt supérieur du pays. Je vous prie de bien vouloir agréer, monsieur le Premier
ministre, les assurances de ma très haute considération. Joseph Callies -------------------------- MINISTERE DES FINANCES ET DES AFFAIRES ECONOMIQUES REPUBLIQUE FRANÇAISE LE CHARGÉ DE MISSION AUPRÈS DU MINISTRE PARIS, le 6 janvier 1964. PERSONNELLE Monsieur le Président, Comme suite à la conversation que j'ai eue ce matin avec votre Secrétaire
et à l'entrevue que vous avez eue, le 27 décembre dernier, avec M. GISCARD
d'ESTAING, j'ai l'honneur de vous rappeler que le Gouvernement manifeste les
plus grandes réserves à l'égard du projet de participation d'une grande
société américaine dans le capital de la Compagnie des Machines BULL. Je vous prie de bien vouloir noter et faire connaître à vos interlocuteurs que,
pour effectuer une telle opération, un accord du Ministre des Finances sera
nécessaire et qu'en l'état actuel des choses il n'est pas dans ses intentions
de le donner. Veuillez agréer, Monsieur le Président, l'expression de ma
considération distinguée. M. PONIATOWSKI Monsieur Joseph CALLIES. Président Directeur Général de la Compagnie des Machines BULL, 94, avenue Gambetta; PARIS (20°) ------------------------------- Cette réponse du
Ministère n'était pas formelle car Mr. Giscard d'Estaing voulait, avant de
donner une réponse définitive, recevoir le rapport qu'il avait demandé à Mr. J.P. Delcourt (Président
Directeur Général de la Sté Nationale des Pétroles d'Aquitaine), à Mr.
Dominique Leca (Président du groupe des Compagnies
d'Assurances de l'Union) et à Mr. Lauré (Directeur Général du Crédit
National) de lui présenter sur la situation de Bull, sur les conditions du
marché des calculateurs et connaître leurs suggestions sur les concours qui
devraient être apportés à la Cie des Machines Bull pour qu'elle puisse
poursuivre son exploitation et son développement en dehors de toute entente
avec un groupe américain. Il ne semble pas que
les conclusions de ce rapport aient été très positives car le Gouvernement ne
prenait toujours pas sa décision et retardait l'envoi de sa réponse. Pendant ce temps la
publicité faite autour des difficultés financières de la Compagnie
conduisait la clientèle, tant en France qu'à l'étranger, à se poser beaucoup
de questions et à manifester une méfiance croissante envers les propositions
qui lui étaient présentées. La crainte d'une intrusion trop marquée de
l'Etat Français sur la Direction de Bull avait une influence néfaste sur le
plan commercial, en particulier sur les marchés d'exportation. C'est dans ces conditions que Mr. Joseph Callies adressait le 25Janvier 1964 une nouvelle lettre à
Monsieur le Premier Ministre qui voulut bien lui répondre quelques jours
après. On trouvera ci-après
la reproduction de ces deux lettres. ----------------------------- Paris, le 25 Janvier 1964. COMPAGNIE DES MACHINES
BULL PARIS LE PRÉSIDENT Monsieur le Premier Ministre 57, rue de Varenne Monsieur le Premier Ministre, J'ai eu l'honneur, par ma lettre du 2 Janvier, de soumettre à
votre examen la proposition que nous avons reçue de la General Electric et
j'y attirais votre attention sur l'urgence des décisions à prendre, soit pour
défendre au mieux 1es intérêts français dans le cas d'un accord avec cette
société américaine, soit pour permettre la réalisation d'une solution
entièrement française. La seule réponse que j'ai reçue à ce jour est la lettre du 6
Janvier de Monsieur Poniatowski, Directeur du Cabinet du Ministre des
Finances, me demandant de « faire connaître à nos interlocuteurs que,
pour effectuer une telle opération, un accord du Ministre des Finances sera
nécessaire et qu'en l'état actuel des choses il n'est pas dans son intention
de 1e donner ». Depuis lors, j’ai sollicité des entretiens auprès des diverses
Administrations, car je n’ai jamais été convoqué depuis l’audience du 27
décembre où j’avais remis au Ministre des Finances la lettre de proposition
américaine. Au cours de ces entretiens, je n’ai jamais été saisi d’une
proposition tant soit peu formulée d’une solution entièrement française. Par contre, l’immobilisme auquel nous avons été conduits pendant
cette période, et les nombreux articles de presse plus ou moins fondés sur
notre situation et sur les intentions prêtées au Gouvernement, ont gravement altéré la confiance de nos clients et de nos
banquiers français et étrangers. Ils risquent de compromettre dangereusement
les conditions d’une association avec le groupe américain qui nous avait
pressentis. Tous ces atermoiements ont mis sur la place publique, en France
et à l’étranger, les graves difficultés rencontrées pour échafauder la
solution française valable que je sollicitais dans ma lettre du 2 janvier. La confiance dans l’aboutissement en temps voulu d’une solution
entièrement française valable est maintenant trop entamée pour que je puisse
penser qu’elle a encore une réelle chance de succès. L’édifice Bull commence à vaciller. Des cadres de valeur sont
débauchés par la concurrence. L’enregistrement des commandes baisse dans des
proportions dramatiques. Nous sommes exposés à un dépôt de bilan de notre
société et, corrélativement, à celui de plusieurs de nos filiales, ayant très
probablement pour conséquence la reprise du réseau commercial Bull à
l’étranger pour une somme dérisoire par le seul acheteur possible : la
General Electric. Etant donné l'extrême gravité de cette situation, je vous demande
l'autorisation de tenter de sauver ce qui peut encore être sauvé en
négociant, dans les délais les plus courts et aux meilleures conditions
possibles, un accord avec General Electric. Je me permets d'insister auprès
de vous pour que, grâce à votre appui et malgré les graves atteintes portées
ces dernières années à notre crédit et à notre fonds de commerce, vous
mettiez Bull dans la position la plus favorable pour aboutir dans ces accords
à la solution préservant au mieux l'ensemble des intérêts français en cause. Au cas où vous me refuseriez cette autorisation, ce qui ne me
permettrait plus d’exercer mes responsabilités essentielles de Président, et
ce du fait des décisions du Gouvernement qui aurait alors à prendre en charge
leurs conséquences, je serais contraint d’exposer immédiatement cette
situation à mon Conseil d’Administration convoqué pour le lundi 3 Février
pour qu’il en tire les conclusions qui en découlent, et d’en informer les
actionnaires. En effet, j'estime que toute autre solution que celle résultant
d'un accord avec la General Electric est maintenant dépassée Mais je ne puis
accepter que mon jugement ou ma personne soit un obstacle à la réalisation d’une autre solution et
encore moins que je sois rendu responsable des conséquences très graves pour
la Société du retard apporté du fait
du Gouvernement à la mise au point d’une solution satisfaisante. Je vous prie de bien vouloir agréer, Monsieur le Premier
Ministre, les assurances de ma très haute considération Joseph Callies ------------------------- N° 7085 Le Premier Ministre Paris, le 29 janvier 1964 Monsieur le Président, Par lettre en date du 25 janvier vous
vous étonnez que le Gouvernement n’ait pas encore donné une réponse positive
à la demande que vous lui aviez adressée le 2 janvier concernant l’entrée de
la Société General Electric dans le capital de la Compagnie des Machines
Bull. Vous soulignez les très graves conséquences qu’un tel retard pourrait
avoir sur la situation de cette dernière Société dont vous allez jusqu’à
envisager le dépôt de bilan. Ainsi que vous le savez, le
Gouvernement, dès qu’il a été informé de la situation, a entrepris une
enquête approfondie pour voir dans quelles conditions pourrait être résolue
la crise que traverse votre Compagnie. Pour des raisons sociales et
nationales, il est impossible en effet que nous nous désintéressions du sort
d’une entreprise de cette importance dans un secteur aussi capital que celui
des calculateurs électroniques. Toutefois, il importait à la fois de
mesurer toute la réalité de la crise et l’importance des moyens propres à la
conjurer. Vous voudrez bien ne pas vous étonner du fait qu’il ait fallu
quelque trois semaines au Gouvernement pour « faire le tour » d’une
situation dont il semble qu’il ait fallu des mois, sinon des années au
Président Directeur Général et au Conseil d’administration pour en prendre
conscience. J’ai attendu le retour de Monsieur le
Ministre des Finances en voyage en Union Soviétique, pour provoquer une
réunion qui fixera définitivement la position gouvernementale en la matière.
Je ne manquerai pas de vous tenir informé immédiatement de cette position. Veuillez agréer, Monsieur le Président,
l’assurance de mes sentiments distingués. Georges Pompidou A Monsieur Joseph Callies Président Directeur Général de la Compagnie des Machines Bull. ------------------- Dans
sa réponse, Monsieur le Premier Ministre semble oublier les différentes
démarches faites depuis plusieurs mois, tant auprès de lui qu’auprès du
Ministre des Finances ; en particulier il ne semble pas vouloir se
souvenir du rapport qui avait été remis à son Chef de Cabinet au mois
d’octobre 1963. Les
Administrateurs de la Compagnie des Machines Bull furent évidemment tenus au
courant de cet échange de correspondance ; ils se réunissaient en séance
officielle le 3 février 1964 pour examiner la situation et, pour couper court
aux bruits plus ou moins fantaisistes qui circulaient, décidèrent de publier
le communiqué suivant : « Le Président Directeur Général
de la Cie des Machines Bull a fait connaître au Conseil qu’il venait d’être
informé par le Ministre des Finances que celui-ci prendrait incessamment
position sur l’ensemble du problème Bull. « Le Conseil a décidé, dans ces
conditions, de se réunir à nouveau dès que cette prise de position lui aura
été communiquée. « Mr Joseph Callies
communique en outre que la General Electric a confirmé par câble le maintien
de ses propositions de collaboration. » C’est
le lendemain, 4 février 1964, que Mr Giscard d’Estaing écrivait à la Cie des
Machines Bull pour lui signifier son refus d’accorder l’autorisation qui avait
été sollicitée, « craignant qu’en autorisant aujourd’hui General
Electric à participer pour 20% dans le capital de la Cie des Machines Bull,
elle n’arrive en quelques années à en prendre la majorité. » Le
Ministre des Finances et des Affaires
Economiques Paris, le 4 février 1964 N° 8878 Monsieur
le Président, Au cours
des entretiens que vous avez eus récemment avec moi-même et mes Services,
ainsi que par votre lettre du 2 janvier adressée à Monsieur le Premier
Ministre, vous avez bien voulu exposer que vous vous proposiez de solliciter
l’autorisation administrative nécessaire pour que la GENERAL ELECTRIC COMPANY
prenne une participation dans la Compagnie des Machines Bull sous la forme
d’une augmentation de capital de 140 millions de francs entièrement réservée
à la Société américaine. Après
avoir procédé à un examen de cette proposition, compte tenu de l’ensemble des
problèmes actuellement étudiés par mon administration au sujet de l’avenir de
votre société, j’ai l’honneur de vous faire connaître qu’il ne me paraît pas
possible d’accorder l’autorisation sollicitée. Je vous
prie de bien vouloir faire part de cette décision à la Société GENERAL
ELECTRIC, en lui marquant que les Autorités françaises ont été sensibles à
l’esprit de parfaite correction dans lequel cette société avait été amenée à
vous faire sa proposition de prise de participation. Veuillez
agréer, Monsieur le Président, l’assurance de ma considération distinguée. V. Giscard d’Estaing Monsieur Joseph
CALLIES. Président Directeur Général de la Compagnie des Machines BULL, 94, avenue Gambetta; PARIS (20°) L’ALTERNATIVE « Et le chemin est
long du projet à la chose » Molière
– Le Tartuffe Après la réception
de la lettre du 5 Janvier 1964 du Ministère des Finances, on savait que
celui-ci "manifestait les plus grandes réserves" à l'égard du
projet de participation d'une grande société américaine dans le capital de la
Cie des Machines Bull et que dans ces conditions il y avait peu d'espoir
d'obtenir l'autorisation sollicitée. Mais il existait
d'autres moyens de conclure un accord avec General Electric qui, d'après la
réglementation en vigueur, ne nécessitaient pas d'autorisations
gouvernementales. C'est pour les
exposer à General Electric que Mr. Vieillard et Mr. Ginier-Gillet
partaient pour New-York le 21 Janvier afin d'y
rencontrer Mr. J.D. Lockton.
Plusieurs projets furent envisagés qui tenaient compte de la valeur attribuée
par General Electric aux différentes filiales de Bull hors de France dont le
capital pouvait être facilement augmenté sans nécessiter, évidemment,
d'autorisation du Gouvernement Français. Certaines opérations mobilières et
immobilières pouvaient aussi être conclues sans autorisations particulières.
Certes ces projets
étaient loin d'être au point et bien des difficultés restaient à surmonter,
notamment celles qui découlaient des accords en vigueur entre Bull et R.C.A. Les perspectives
d'accord étaient pourtant encourageantes. Mr. J.D. Lockton n'avait- il pas envoyé à Mr. Joseph Callies le câble suivant : (
traduction) Joseph Callies - 14, Avenue de
Breteuil - Paris General Electric vous confirme qu'elle est très impatiente
d'arriver à un accord avec
Bull, avec l'approbation du Gouvernement Français. Les problèmes qui se dressent devant un accord entre nos deux sociétés sont d'une telle
importance et d'une telle
complexité que, en dépit des
excellents progrès qui ont été faits dans le temps accordé, i1 reste encore
quelques questions à résoudre et nous espérons qu'une
solution favorable sera finalement
trouvée et qu'une décision
définitive pourra être rapidement
prise par notre Direction dès le 14 Février. Sincèrement vôtre - John Lockton. Messieurs Vieillard
et Ginier-Gillet revenaient à Paris au moment même
ou était reçue la lettre officielle de refus du 4 Février signée par Mr.
Giscard d'Estaing. C'est quelques jours
plus tard (le10 Février) que Bull devait seulement avoir connaissance de la
solution suggérée par la Banque de Paris et des Pays-Bas "pour résoudre
la crise financière de la Compagnie des Machines Bull dans un cadre
français", dont le texte avait été établi sans que les Dirigeants de
Bull aient été appelés à donner leurs avis. 10 février 1964 COMPAGNIE
DES MACHINES BULL ---------------------- SOLUTION
DECIDÉE par les POUVOIRS PUBLICS pour RÉSOUDRE la CRISE de la COMPAGNIE dans
un CADRE FRANCAIS. ---------------------- L'Etat français est prêt à apporter un
important concours à la COMPAGNIE des MACHINES BULL - celui-ci se situant à
la fois sur le plan de l'exploitation et sur celui du financement - pour
autant, d'une part, que la structure du capital de cette Compagnie et les
conditions de sa gestion soient modifiées et, d’autre part, que les banques
acceptent de geler une partie de leurs crédits, de réduire leurs agios et de
garantir une importante augmentation de capital en numéraire dans le public. Les dispositions essentielles sont les suivantes : 1/- Assemblée Générale Extraordinaire décidant : a)- Une augmentation de
capital au pair de 35 millions réservée à un Groupe comprenant
essentiellement la C.S.F., la C.G.E.,
la Banque de Paris et des Pays-Bas et la Caisse des Dépôts et Consignations. b)- Attribution de parts
bénéficiaires aux actionnaires actuels, d'une part, et à l'Etat, d'autre
part, leur donnant droit chacun pour moitié à 30% des superbénéfices. Ces parts n'auraient plus de valeur au bout de 15 ans et
pourraient être rachetées au bout de 5 ans par attribution de actions de la
COMPAGNIE des MACHINES BULL. c)- Aussitôt après,
augmentation de capital au pair dans le public, garantie par le pool bancaire de la Compagnie,
de 1 action pour 1. 2/- Remaniement du Conseil d'Administration
de BULL de façon à ce que celui-ci comporte désormais 4 membres du Conseil
actuel et 8 membres désignés par le Groupe auquel aura été réservée la
première augmentation de capital. Désignation sur proposition de ce Groupe du
Président et du Directeur général. 3/- Engagement des banques : a)- De geler pendant 5
ans leurs crédits à court et moyen termes à concurrence de 191 millions et de
réduire sur ces crédits le montant de leurs agios. b)- D'accorder à la
Compagnie un concours à moyen terme de 35 millions amortissable sur 5 ans. 4/- Engagement de l'Etat : a)- De donner sa
garantie aux financements nouveaux dont pourrait avoir besoin BULL pendant
les 5 ans à venir, et ce à concurrence de 650 millions. b)- De passer à la
Compagnie pendant 5 ans des marchés spéciaux d'études sans contrepartie, d'un
minimum annuel de 30 millions, ce montant pouvant être augmenté à partir de
1965 pour se rapprocher, si la situation de BULL le justifie, d’un montant
annuel de 45 millions considéré comme un objectif souhaitable. c)- De se substituer aux
banques étrangères qui pourraient éventuellement renoncer à financer en
partie ou en totalité le matériel importé et les filiales étrangères. d)- De ne pas faire
obstacle à l'exécution des mesures de concentration des usines et de
compression ou de conversion du personnel que la Direct1on jugerait
nécessaire et de prendre les dispositions en son pouvoir pour en atténuer les
répercussions. e)- D'encourager l'achat
ou la location par les Administrations françaises d'équipements français
pour le traitement de l'informa-tion. Les divers engagements pris par l'Etat et les banques ne seraient
maintenus que dans la mesure où la répartition du Conseil d’Administration de
la Compagnie prévue au paragraphe 2/ ne
serait pas modifiée. ----------------------- Etant donné la
décision et la ferme volonté de GeneraI Electric de
rentrer en force sur le marché des calculateurs électroniques aux Etats-Unis
comme en Europe, ne pas traiter avec elle, c'était pour la Cie des Machines
Bull non seulement se priver d'un appui technique des plus importants (que
les sommes qui devaient être mises à sa disposition par le Gouvernement
Français ne remplaçaient pas), mais encore de voir se dresser contre elle un
nouveau concurrent dont on ne pouvait sous-estimer la puissance. Il restait encore
quelques heures avant que ne fut reçu l'ultimatum du Ministre des Finances
d'avoir à signer un protocole basé sur la solution dite française dont on
venait d'avoir connaissance ; il fallait en profiter pour reprendre contact
avec General Electric et recevoir d'elle une offre ferme basée sur une des
solutions qui avaient été envisagées quelques jours plus tôt à New-York. Le 12 Février Mr. Vieillard repartait à New-York et revenait à Paris 48 heures après, porteur de
cette offre, signée par Mr. Lockton avec l'accord
du Chairman et du Président de General Electric. Mais cette offre ne devait
être remise au Conseil d’Administration de Bull que si auparavant celui-ci
admettait le principe de pouvoir refuser les conditions que le Ministre des
Finances voulait imposer. Le samedi 15 Février
1964, Mr. Joseph Callies était convoqué au
Ministère des Finances ou il devait retrouver Mr. Reyre,
Mr. Ambroise Roux et Mr. Ponte. On lui présentait un protocole qui n'était
que la mise en forme de la solution dont il avait eu connaissance quelques
jours avant. Etant donné la situation financière très grave de la Compagnie
et devant le refus du Ministre des Finances d'envisager toute autre solution,
Mr. Joseph Callies ne crut pas pouvoir prendre la
responsabilité de ne pas parapher avec les trois personnes citées plus haut,
le protocole suivant : PROTOCOLE
RELATIF à la COMPAGNIE DES MACHINES BULL A la suite d'une demande de concours financier présentée au
CREDIT NATIONAL en Décembre 1963 par la Compagnie des Machines BULL, ci-après
appelée "la Compagnie", les problèmes posés par la situation de
cette dernière ont été examinés en liaison avec les Pouvoirs Publics, par les
représentants de la Compagnie, de la Banque de Paris et des Pays-Bas agissant
comme chef de file de ses banquiers, de la Compagnie Générale de Télégraphie
sans Fil (C.S.F.), de la Compagnie Générale
d'Electricité (C.G.E.). Il a été convenu, entre les parties intéressées, qu'il était
nécessaire pour apporter, dans un cadre français, une solution aux problèmes
de la Compagnie : - de confier la gestion de la Compagnie à un nouveau groupe
détenant 20 % environ du capital, - d'assainir la situation financière de la Compagnie par
l'imputation sur ses réserves de ses pertes certaines et par une augmentation
substantielle de son capital, - d'assurer pendant cinq ans dans des conditions privilégiées, le
financement des besoins nouveaux de la Compagnie, - d'alléger, pendant la même période, par des dispositions de
caractère exceptionnel, les charges d'exploitation de la Compagnie. Dans cet esprit, un accord est intervenu entre les parties
intéressées, sur les dispositions suivantes : 1. Une assemblée générale des actionnaires de la Compagnie sera
réunie dans les délais les plus brefs, à laquelle il sera proposé de décider
: a)une augmentation de
capital au pair de 35 millions réservée aux Sociétés ou organismes suivants : - Groupe constitué par la C.S.F., la C.G.E., - Caisse des
Dépôts et Consignations ..... 10
" - Autres Etablissements
de crédit 5 "
-------------
35 millions b) la création de parts
bénéficiaires donnant droit à 30 % des superbénéfices de la Compagnie pendant
quinze années à l'expiration desquelles elles perdraient tout droit; ces
parts seraient attribuées pour moitié aux actionnaires actuels, en
contrepartie de l'abandon de leurs droits de souscription préférentiels à
l'augmentation du capital visée à l'alinéa a), et pour moitié à l'Etat en
contrepartie de divers concours qui lui sont demandés dans un document annexe
au présent protocole; ces parts pourraient être , au bout de cinq ans, échangées contre des actions de la Compagnie
suivant des conditions à déterminer à l'époque d'un commun accord entre les
représentants dûment mandatés des actionnaires visés à l'alinéa a), des
porteurs de parts et de l'Etat et qui seront soumises aux Assemblées compétentes. c) une deuxième
augmentation de capital au pair, en numéraire, de une action pour une,
garantie par les banques du pool, à laquelle les actionnaires visés au
paragraphe a) souscriraient pour leur part. Les actions détenues par le groupe d'actionnaires désignés à
l'alinéa a) seraient nominatives et ne pourraient, jusqu'au 31 Décembre 1968,
être cédées à des tiers qu'avec l'accord unanime des participants de ce
Groupe. Toutefois, les Etablissements de crédit et, à concurrence de 5
millions, la Caisse des Dépôts et Consignations, cèderaient, par priorité,
sous réserve de l'accord des autres actionnaires visés a l'alinéa a), les
actions qu'ils se trouveraient ainsi détenir aux entreprises industrielles
qui désireraient participer au capital de la Compagnie. Il sera proposé à l'Assemblée Générale des actionnaires de
remanier le Conseil d'Administration de telle sorts que les deux tiers des
membres représentent le groupe d'actionnaires prévu au paragraphe l.a) et un tiers le groupe qui détient actuellement le
contrôle de la Compagnie. Les divers engagements pris dans le présent protocole seraient
caducs si la composition du Conseil d’Administration était modifiée sans
l'agrément de tous les actionnaires visés au paragraphe l.a). 3. Les résultats de l'exercice 1963 seront arrêtés, compte tenu
des assainissements nécessaires, d'un commun accord entre les deux groupes d'
actionnaires visés au paragraphe précédent ou par un expert indépendant
auquel les deux groupes conviendraient de faire appel. 4. Les banques s'engagent à maintenir à leur niveau actuel,
pendant cinq ans, les crédits à court terme et à moyen terme qu'elles ont
consentis à la Compagnie avant le 1er Décembre 1963. a)elles s'engagent à renouveler jusqu'au 31 décembre 1968 les crédits
consentis pour le financement du fonds de roulement, soit : Crédit de trésorerie 30
millions Crédit de préfinancement à l'exportation ... 24 "
-------------- Total 54 millions Cet engagement
est subordonné à l'accord de la Banque de France sur le renouvellement de ces
crédits et leur mobilisation dans les conditions actuelles. b) les banques
s'engagent à consentir à la Compagnie de nouveaux crédits à moyen terme pour
le financement de ses immobilisations
ou du matériel nouveau mis en location à concurrence d'un montant
annuel égal aux amortissements des crédits à moyen terme actuellement
consentis, soit : En 1964 28 millions ------------ Total .... 137 millions Ces crédits à
moyen terme seront déterminés de façon que le montant total des crédits de ce
type mis à la disposition de la Compagnie soit maintenu au chiffre global de
137 millions jusqu'au 31 Décembre 1968, leur amortissement s'effectuera
ensuite sur une période de quatre ans. Cet engagement
des banques est subordonné à l'accord du CREDIT NATIONAL et de la Banque de
France sur l'octroi et la mobilisation des nouveaux crédits à moyen terme. c) le groupe visé au paragraphe l.a)
s'engage à recourir dans toute la mesure du possible, comme c'était le cas
jusqu'ici, au financement par les banques étrangères des filiales à
l'étranger et du matériel importé. Les banques françaises dont les succursales ou filiales à
l'étranger contribuent au financement des importations de matériel de la
Compagnie ou à des besoins de ses filiales étrangères s'engagent à faire tous
leurs efforts pour que ces concours continuent à être apportés dans le même
esprit que précédemment et sous réserve des mêmes facilités de mobilisation
locale. a) pendant les années 1964 et 1965, le coût des crédits visés au
paragraphe précédent sera calculé de la manière suivante : - le coût du crédit à court terme mobilisable et du crédit de
préfinancement à l'exportation sera au maximum supérieur de 0,50% du taux
d'escompte de la Banque de France (T.B.), - le taux du crédit à court terme non mobilisable sera au maximum
supérieur de 1 point à T.B., - le coût du crédit à moyen terme sera au maximum supérieur de
0,50% au taux de réescompte du Crédit National majoré de la commission de
confirmation perçue par cet Etablissement. b) à l'expiration de cette période, les banques se concerteront
avec l'Administration pour examiner si la situation de la Compagnie permet le
retour à des conditions de crédit normales, ou
justifie la prorogation pendant trois ans des conditions spéciales prévues à
l'alinéa précédent, ou l'application d'un régime intermédiaire à définir. Le concours à long et moyen terme de 45 millions sollicité par la
Compagnie en Décembre 1963 sera aménagé de la manière suivante : a) un montant de 10 millions sera accordé sous forme de prêt ou
emprunt à long terme, b) un montant de 35 millions sera accordé par les banques du pool
sous forme d'un crédit à moyen terme réescomptable auprès du Crédit
National, et dont le remboursement s'échelonnera linéairement jusqu'à fin
1968. Cet engagement des banques est subordonné à l'accord du Crédit
National et de la Banque de France sur l'octroi et la mobilisation de ce
crédit. Il sera demandé à la Banque de France que ce crédit ne soit pas
assujetti aux mesures actuellement prises, ou qui pourraient éventuellement
intervenir, en vue de limiter l'accroissement des crédits distribués par les
banques à leur clientèle. 7. La Compagnie engagera des négociations avec LOCABULL en vue
d'aboutir à la résiliation des contrats passés entre les deux Sociétés. 8. Les parties signataires du présent protocole demandent d'autre
part à l'Etat de bien vouloir prendre diverses dispositions destinées à
faciliter le fonctionnement de la Compagnie et le financement de ses besoins
au cours des cinq années à venir. Les engagements pris par les parties
signataires sont subordonnés à l'accord du Gouvernement sur ces dispositions,
qui sont énumérées dans un document annexe. Signatures : Compagnie des Machines BULL Banque de Paris et des Pays-Bas, tant pour elle-même qu'au nom du
pool bancaire dont elle est chef de file Compagnie Générale d'Electricité C.S.F.-Compagnie Générale de
Télégraphie sans Fil -------------------------- ENGAGEMENTS QUE LES SIGNATAIRES DU PROTOCOLE
RELATIF A LA 1° / a)-
L'Etat s'engagerait à accorder sa garantie, dans la
limite d'un montant de 650 millions, aux emprunts ou crédits émis au cours de
la période 1964-1968 pour le financement des immobilisations de la Compagnie
et des équipements nouveaux mis en location par celle-ci et restant sa
propriété. Ce montant comprend celui de dix millions de francs prévu au
paragraphe 6°/, alinéa a) du protocole. Le montant de
ces emprunts ou crédits a été calculé en supposant que leur amortissement
s'échelonnerait en moyenne sur une dizaine d'années; si la durée effective
d'amortissement s'avérait sensiblement différente, le montant des emprunts à
garantir par l'Etat pourrait être modifié en conséquence. b)-Au cas où des banques étrangères
refuseraient de renouveler les crédits qu'elles accordent à la Compagnie pour
le financement de ses filiales à l'étranger ou du matériel importé, le
financement de remplacement serait assuré, avec la garantie de l'Etat, en
supplément des 650 millions prévus à l'alinéa a), ou par des crédits
garantis par la COFACE, dans la mesure ou la transformation des
conditions de vente du matériel Bull à l'étranger le permettrait. c)-En sûreté des moyens de financement
ainsi apportés, l'Etat prendrait les garanties suivantes : . hypothèque de
premier rang sur tous les biens immeubles libres d'hypothèques de la
Compagnie et hypothèques de second rang sur les autres ; . nantissement du
fonds de commerce de la Compagnie, et chaque fois que ce sera possible, des
matériels de production et des matériels fabriqués et loués, . nantissement
des titres appartenant à la Compagnie et pouvant être nantis. L'Etat ne se refuserait pas à examiner la possibilité
de renoncer à certaines des sûretés et garanties prévues ci-dessus dans le
cas où cela serait nécessaire pour permettre des cessions d’éléments d’actifs
concourant à l’assainissement de la situation de la Compagnie. Ces garanties ne seront partagées qu'avec les créanciers de la
Compagnie bénéficiant d'une clause de partage des garanties du fait d'un
contrat antérieur à la date du présent protocole. 2°/- a) L’Etat s'engagerait à passer
avec la Compagnie pendant les années 1964 à 1968, en supplément des contrats
dont bénéficierait normalement l'industrie électronique des marchés
spéciaux d'études et de développement d'un montant annuel minimum de 30
millions de francs pour des objets conformes au programme des activités de la
Compagnie. Si la situation de la Compagnie le justifiait, l'Etat
s'efforcerait d'accroître au cours des exercices 1965 à 1968 le montant
annuel de ces marchés spéciaux, pour le rapprocher autant que possible du
chiffre de 45 millions considéré comme nécessaire par le groupe visé au
paragraphe 1°/ a) du protocole. b)- L'Etat renoncerait, en ce qui concerne ces marchés
spéciaux, à faire jouer les clauses qui lui permettraient éventuellement de
revendiquer tout ou partie de la propriété industrielle des études correspondantes. 3°/- L'Etat prendrait les mesures
nécessaires pour que les commandes de matériel électronique pour le
traitement de l'information passées par les administrations publiques et,
dans toute la mesure du possible, par les entreprises et établissements
publics nationaux, la Sécurité Sociale et les collectivités locales, soient
précédées d'une consultation des principaux constructeurs de ce type de
matériel et soient équitablement réparties entre ceux-ci, en prenant en
considération les soucis du Gouvernement de favoriser dans ce domaine le
développement du potentiel national de recherche technique et de création
industrielle. 4°/- L'Etat s'engagerait à ne pas faire
obstacle à l'exécution des mesures de concentration des usines et de
compression ou de conversion de personnel que la nouvelle direction jugerait
nécessaires, ainsi qu'à prendre toutes dispositions en son pouvoir pour
atténuer les répercussions sociales qui seraient la conséquence de ces
mesures. 5°/ L'Etat ferait en sorte que la
Caisse des Dépôts et Consignations et les Etablissements de crédit visés au
paragraphe 1 alinéa a, du protocole participent aux augmentations de capital
de la Compagnie à concurrence des montants prévus, pour chacun d'eux, au
paragraphe l dudit protocole. 6°/- Les divers engagements de l'Etat prévus au présent document
seraient caducs si la composition du Conseil d'Administration de la Compagnie
prévue au paragraphe 2°/ du
protocole était modifiée sans l'agrément de l'Etat. --------------------------- Sitôt après la signature
de ce protocole, le Ministère des Finances donnait à la presse le communiqué
suivant : LE
MINISTERE DES FINANCES COMMUNIQUE : Mr. Callies, Président Directeur
Général de la Compagnie des Machines Bull et Mr. Reyre,
Directeur Général de la Banque de Paris et des Pays-Bas, ont
été reçus aujourd'hui au Ministère des Finances. Ils ont exposé la solution qu'ils préconisent aux problèmes de
financement créés par le développement de la Compagnie des Machines Bull. Il est rappelé que le Ministère des Finances a été saisi de ces
problèmes le 6 Décembre 1963 par la société elle-même et par la Banque de
Paris et des Pays-Bas agissant comme chef de file de ses banquiers. Par la suite, la Compagnie des Machines Bull a présenté au
Gouvernement une demande tendant à autoriser une importante prise de
participation d'une firme américaine dans son capital. Pour des raisons
tenant à l'importance de l'industrie en cause et à son avenir, le
Gouvernement a estimé qu'il ne pouvait donner son accord à une telle
participation. Cette décision a été portée à la connaissance du Président
Directeur Général de la Compagnie des Machines Bull par le Ministre des
Finances le 4 Février 1964. Le nouveau projet exposé aujourd'hui au Ministre des Finances et
qui sera nécessairement soumis pour ratification aux Conseils d'
Administration des Sociétés intéressées, vise à régler les problèmes de la
Compagnie des Machines Bull dans un cadre français, sans méconnaître la
vocation mondiale de cette entreprise. Il repose sur l'introduction dans la
Société d'un nouveau groupe associant deux importantes entreprises du
secteur de l'électronique et divers établissements bancaires. Il suppose en
outre que des concours publics seraient apportés à la Société, notamment
sous forme de facilités financières et de contrats d'études. Il n'exclut pas
une collaboration ultérieure de la Compagnie avec des Sociétés industrielles
étrangères intéressées au même secteur d'activité. ------------------------------------------------------- On ne peut
s'empêcher de souligner le second
paragraphe de ce communiqué où la solution préparée par la Banque de Paris et
imposée par le Ministre des Finances est présentée comme ayan été aussi
préconisée par la Compagnie des Machines Bull. Immédiatement
convoqué par son Président, le Conseil d'administration de la Cie des
Machines Bull se réunissait le lundi 17 Février ; Mr. Joseph Callies mit ses collègues au courant du protocole qu'il avait dû signer
l'avant-veille au Ministère des Finances et du résultat du voyage de Mr.
Vieillard à New-York. Voici des extraits du procès
verbal de cette réunion : Monsieur
Joseph Callies passe alors au point principal de
l'ordre du jour qui concerne la situation de la Compagnie. Il
fait savoir que le Conseil d'Administration doit faire son choix maintenant
entre deux solutions, qui sont les suivantes : La
première est l'offre de participation de la Société américaine, General
Electric Company. (G.E) Il
donne alors la parole à Monsieur
Georges Vieillard qui revient des Etats-Unis et expose ainsi qu'il suit le
contenu de l'offre de G.E. : G.E. est prête à
souscrire immédiatement une augmentation de capital réservée de 700.000 actions au cours de 160 francs, ce qui lui donnerait
une participation de 20 % du capital. En même temps G.E. souscrirait au fur et à mesure des besoins et
dans les mêmes conditions que ci-dessus des obligations convertibles lui
permettant d'acquérir ainsi dans l'avenir 750.000 actions pour porter sa participation à 34 %. D'autre
part, G.E., pour doter les filiales commerciales étrangères -
y compris la Bull Holding S.A. - des
moyens financiers nécessaires à leur développement, serait prête à souscrire des augmentations de capital de ces dernières, de façon à doubler immédiatement leur capital social. Enfin G.E. consentirait à la Compagnie des Machines Bull ou à ses filiales et ce, au fur et à mesure de leurs
besoins, un prêt de 85 millions
de francs sous la forme d'obligations de deuxième rang. Dans
le cas où des
aménagements substantiels seraient obtenus concernant les obligations de
la Compagnie des Machines Bull résultant
d'accords précédents, G.E. serait prête à renoncer au remboursement de ce prêt, ce qui assimilerait cette somme à
une prime d'émission des actions
précédemment souscrites par elle. Par
ailleurs, G.E. accepte la constitution d'une
Société séparée, spécialement chargée de tous les marchés intéressant les matériels spéciaux destinés à
la Défense Nationale. G.E. a l'intention de confier
aux usines françaises de la Compagnie la fabrication pour la France, l'Europe
et les Etats-Unis de certains
matériels de grande série. Monsieur
Georges Vieillard ajoute qu'il s'agit d'une offre ferme et que, si le Conseil
acceptait cette proposition, il pourrait présenter immédiatement l'accord
écrit de G.E. ; il fait savoir en
outre que 3 membres de la Direction de G.E. sont prêts à partir dès le soir même pour Paris afin de
parapher cet accord, leur Consei1 d'Administration leur en ayant donné le pouvoir au cours de sa
séance du Vendredi 14 Février. Le Conseil,
à l'unanimité, remercie alors
chaleureusement Monsieur Georges Vieillard pour le splendide résultat de
ses négociations avec G.E. Monsieur
Joseph Callies fait observer que l'offre ainsi
reçue est la confirmation indiscutable de la place éminente que la Compagnie des Machines Bull a su acquérir
sur le plan mondial. Cette proposition est très intéressante pour le
personnel français de la
Compagnie ; elle assure une activité grandissante de ses filiales étrangères; elle donne à
la Compagnie des nouveaux moyens
techniques et financiers pour se placer sur le plan de la concurrence internationale et
poursuivre son essor. Monsieur
Joseph Callies ajoute alors que le Gouvernement
français lui a signifié officiellement son interdiction formelle d'accepter
cette offre de participation
américaine dans le capital social de la Compagnie et lui a imposé en revanche une autre solution. Cette
solution lui a été présentée le Samedi 15 Février
par Monsieur le Directeur de Cabinet
de Monsieur le Ministre des
Finances, sous la forme d'un protocole que Monsieur Joseph Callies a été obligé de parapher, conjointement avec les représentants de la Banque de Paris et des Pays-Bas, de la Compagnie Générale d'Electricité (C.G.E.)
et de la CSF - Compagnie Générale de Télégraphie sans Fil. Monsieur
Joseph Callies donne alors lecture au Conseil dudit
protocole. Monsieur
Joseph Callies fait observer au Conseil que la
solution ainsi imposée à la
Compagnie est, de beaucoup,
moins intéressante à tous
égards, spécialement sur le plan technique, que la solution "G.E.", aussi bien pour l'avenir de la Compagnie que pour son personnel, ses
créanciers ou ses actionnaires. Cependant, il considère qu'il faut se mettre
en face des réalités et, qu'en dépit des dommages ainsi causés à la
Compagnie, on ne peut faire autrement que d'accepter ce protocole. C'est dans
cet esprit qu'il l'a signé, étant observé que la position du Gouvernement lui a été signifiée
formellement tant par la lettre officielle en date du 4 Février 1964 du Ministre des Finances, que par la
confirmation verbale qui lui en fut faite le Samedi 15 Février 1964 au Ministère des Finances. Monsieur
Joseph Callies demande alors successivement à
Monsieur le Vice-Président
et aux administrateurs de faire
connaître personnellement leur avis. Monsieur
Pierre Callies, Vice-Président
du Conseil d'Administration prend alors la parole et déclare ce qui suit : « Messieurs
les Administrateurs, Vice-Président de la
Compagnie des Machines Bull, j'ai un devoir à remplir en votre nom à tous : celui de remercier notre Président Joseph Callies d'avoir abouti dans la transaction en cours avec
la General Electric et dont nous l'avions chargé dans notre réunion du 7
Janvier. Monsieur Georges Vieillard,
assisté de Monsieur Pierre Ginier-Gillet, a été le principal auteur de cette
réussite avec la compétence et l'adresse que nous lui connaissons. Cette
entrée à la
Compagnie des Machines Bull d'une
des plus importantes Sociétés
américaines assurait dans les meilleures conditions la poursuite de la magnifique expansion technique et commerciale de la Compagnie sur le plan mondial, ou elle est déjà fortement
établie. Monsieur
le Président, malgré les lettres pressantes des 2
et 25 Janvier à Monsieur le
Premier Ministre, n'a pu obtenir l'agrément des Pouvoirs Publics au bon fonctionnement de
cet accord. Plusieurs
entrevues ont eu lieu
dans les Ministères entre le Président et Monsieur Georges Vieillard et les
Ministres et les Fonctionnaires intéressés, sans succès. Le 15 Février a été signé par notre Président le protocole qu'il nous
propose de ratifier, sous la
forme d'un accord qui est bien loin d'avoir la solidité et l'efficacité de
celui que nous proposions. Mais
je ne vois pas comment notre Président dans les circonstances actuelles
pouvait se soustraire à cette
solution gouvernementale qui nous est imposée. Il faut
donc nous incliner ; néanmoins, vous permettrez à
un des fondateurs de la Compagnie,
dont il a suivi, année par année, le développement remarquable dans les
conditions parfois difficiles, sans l'aide à laquelle elle avait droit de la part de l'Etat pour les recherches
scientifiques, et souvent soumise durement par l'Administration à des concurrences fâcheuses, avec une
puissante société étrangère ancrée sur notre territoire, vous lui permettrez
donc, Messieurs, de protester contre la solution forcée qui lui est imposée. Nous
suivons notre Président dans la décision qu'il a dû prendre, et je forme les
voeux pour que la société se montre digne de l’immense effort accompli
depuis 30 années,
et donne travail et satisfaction au personnel que nous lui laissons. " Monsieur
Raoul Hermieu approuve avec émotion l'hommage ainsi
rendu et les compliments faits à Monsieur
Georges VieilIard et à toute l'équipe qui a concouru au succès de la Compagnie des Machines
Bull ; il regrette que la solution G.E. soit
inapplicable et donne à Monsieur
Joseph CalIies son entier accord sur ce qu'il a fait. Monsieur
Jacques Bassot évoque la fondation de la Compagnie,
il y a plus de trente ans, faite sous le signe d'une bataille industrielle
française contre un monopole américain. Il ne pourrait donc à
priori qu'être favorable à la solution dite française. Mais les
conditions de la compétition mondiale ont profondément changé et celle-ci
n'est plus viable. La proposition américaine apporte au contraire la consécration
de trente ans d'efforts et de victoires. C'est sous la contrainte qu'il se
déclare d'accord pour la solution Gouvernementale. Monsieur
Remy Schlumberger ratifie la position prise par Monsieur Joseph Callies pour le bien de la Compagnie. Il l'assure de sa
fidélité et de son respect dans les circonstances dramatiques d'aujourd'hui.
Il pense qu'une fois les passions apaisées, l'histoire confirmera que la
solution internationale était la meilleure, mais que devant la pression du
gouvernement, il était réaliste de
s’incliner. Monsieur
Guy Le Bret est d'accord avec Monsieur Joseph Callies. Toutefois, il regrette qu'on présente la seconde
solution comme un sauvetage de la Compagnie, alors que l'offre américaine
parlait à plus juste titre de l'expansion de Bull. Il félicite Monsieur
Joseph Callies de ses efforts et des résultats
obtenus. Monsieur
Georges Vieillard considère que Monsieur Joseph Callies
s'est trouvé placé sous la contrainte et ne pouvait faire autrement que de
signer. Monsieur
Louis Bricard remercie Monsieur Joseph Callies de ses efforts exceptionnels, car les deux
solutions présentées sont l’une et l'autre les meilleures que l'on pouvait
espérer, chacune dans son cadre. Il reste que l'offre de G.E.
était assurément beaucoup plus intéressante pour la Société ; mais comme la
position du Gouvernement français était extrêmement nette, il se rallie à
l'accord donné par Monsieur Joseph Callies et le
remercie d'avoir eu le courage
de prendre une décision aussi pénible. Monsieur
André Knutsen pense que l'offre de G.E. était la meilleure mais que la Compagnie n'a pas le
choix; i1 donne donc son accord sur le protocole et espère que la Bull
pourra, malgré tout, continuer son expansion passée. Monsieur
François Paturle représentant la S.A. Aussedat-Pont de Claix, est entièrement d'accord avec
Monsieur Joseph Callies. Monsieur
Jacques Callies fait remarquer que la solution dite
"française" est un grave préjudice causé à la Compagnie, que les
prêts du Gouvernement de plus de 1 milliard de F ne parviendront pas à diminuer l'avance que les
techniques américaines ont prises sur les françaises, et que ces sommes
représentent une dépense d'environ 100.000 F par employé ce qui est démesuré. Il estime que le paragraphe 2
du protocole devrait être amendé
pour que la Compagnie puisse garder une dynamique de progrès dans son
personnel, la nomination, sans contrôle de l'ancien groupe, de 8 Administrateurs du nouveau Groupe pouvant
entraîner des départs nombreux dans le personnel de la Compagnie, ce qui
serait la fin de la solution dite « française ». Monsieur
Roger Schulz déclare qu'il a vécu de très près les évènements
et les négociations de ces dernières
semaines, ce qui lui a permis de voir grandir tous les jours son estime et sa
respectueuse amitié pour Monsieur Joseph Callies.
Il partage l'avis des autres Administrateurs qu'on se trouve devant une
situation de fait ; en conséquence,
et en se plaçant sur un plan
concret, il estime que Monsieur Joseph Callies a eu
raison de signer le protocole. Monsieur
Joseph Callies remercie très vivement tous les
administrateurs. Il espère que le choix ainsi fait ne
sera pas préjudiciable à la Compagnie. Il croit en effet que la solution adoptée est viable,
mais il craint qu'elle n'apporte un ralentissement de l'expansion de la
Compagnie, s'il y a même une
expansion. Suspendue
à 18 h 30, la séance est reprise le Mercredi 19
Février à 16 heures 30 sous la présidence de Monsieur Joseph Callies. Tous
les Administrateurs sont présents, à l'exception de Monsieur Louis Bricard,
souffrant, qui s'est fait excuser. Le Comité d'Entreprise est représenté par
ses deux délégués, Messieurs Yves Brette et André Stepho. Monsieur
Joseph Callies déclare alors au Conseil qu'il se
considère comme n'étant plus en mesure
d'exercer son autorité du fait des décisions prises par Monsieur le Ministre
des Finances. Dans ces conditions, il demande au Conseil d'Administration de
le décharger de ses fonctions de Président Directeur Général. Monsieur
Georges Vieillard demande à Monsieur
Joseph Callies que, malgré le sacrifice moral que
cela représente, il accepte de rester provisoirement Président du Conseil
d'Administration. Sur la
pression amicale du Conseil tout entier, Monsieur Joseph Callies
veut bien accepter de, conserver la présidence du Conseil d'Administration,
jusqu'à la conclusion des prochaines Assemblées Générales des actionnaires. Il
fait savoir alors qu’il pourrait déléguer pendant cette période ses fonctions
de Directeur Général à un Administrateur en application de la clause de
l’article 15 des statuts ainsi rapportée : « Dans le cas où le
Président est dans l’impossibilité d’exercer ses fonctions, il peut déléguer
tout ou une partie de celles-ci à un Administrateur ; cette délégation
doit toujours être donnée pour une durée limitée. » Il demande au
Conseil de désigner cet Administrateur. Le
Conseil, après en avoir délibéré, approuve Monsieur Joseph Callies et décide, sur la proposition de ce dernier, que
cette délégation soit offerte à Monsieur Roger Schultz.
Cette décision est prise à l’unanimité des voix, sauf celle de ce dernier qui
s’est abstenu. Monsieur
Roger Schultz fait savoir qu’il ne lui est pas
possible d’accepter une telle délégation en raison des fonctions qu’il occupe
par ailleurs ; en revanche, il veut bien assumer une mission de
coordination générale des activités de la Compagnie et de liaison avec le
nouveau groupe des futurs actionnaires. Après
en avoir délibéré, le Conseil d’Administration décide alors à l’unanimité,
sur la proposition de Monsieur Joseph Callies, de
charger Monsieur Roger Schultz d’assurer, en
qualité de Conseil du Président, une mission de coordination générale des
activités de la Compagnie et de liaison avec le groupe des cosignataires du
protocole du 15 février. Monsieur
Roger Schultz déclare qu’il accepte cette mission,
qu’il accomplira au côté et comme Conseil de Monsieur Joseph Callies. -
- - - - - - - - - - - - - - A la fin de ce conseil
d’Administration, La Cie des Machines Bull donnait à la Presse le communiqué
suivant : COMMUNIQUÉ
DE LA COMPAGNIE DES MACHINES B U L L Le Conseil d'Administration, après avoir pris connaissance de la
proposition faite par une Société américaine, constate que, malgré son grand
intérêt, celle-ci ne peut être retenue an raison du refus signifié par le
Ministère des Finances. Le Conseil a approuvé le protocole paraphé par son Président
conjointement avec la C.S.F. (Compagnie Générale de
télégraphie sans Fil), la Compagnie Générale d'Electricité et la Banque de
Paris et des Pays-Bas. Par application de ce protocole, le Conseil a décidé de convoquer
très prochainement une Assemblée Générale Extraordinaire à l'effet de
statuer sur : 1°) Une augmentation de capital en numéraire de F. : 35.000.000
par l'émission au pair de 700.000 actions nouvelles dont la souscription sera
réservée à la C.S.F., à la C.G.E.,
à la Banque de Paris et des Pays-Bas, et à des Etablissements Publics et de
Crédit. 2°) La création de parts bénéficiaires, devant être réparties
moitié aux actions anciennes en contrepartie de l'abandon du droit de
souscription, et moitié à l'Etat en rémunération de divers concours, ces
parts donnant droit à 30% des superbénéfices pendant 15 ans. 3°) L'autorisation conférée au Conseil d'Administration, à
l'effet de réaliser une seconde augmentation de Capital de F. : 175.399.100
à F. : 350.798.200, par émission au pair, contre espèces, de 3.507.982
actions nouvelles, dont la souscription sera réservée aux propriétaires des
actions représentant le capital porté à 175.399.100 à raison d'une action
nouvelle pour une action ancienne possédée. D'autre part, Monsieur Roger SCHULZ, administrateur de la
Compagnie, a été chargé d'assurer, en qualité de Conseil du Président, une
mission temporaire de coordination générale des activités de la Compagnie et
de liaison avec le groupe des co-signataires du protocole. - - - - - - - - - - - La décision prise
par le Conseil d'Administration de la Cie des Machines Bull fut immédiatement
portée à la connaissance de Mr. J.D. Lockton, et la proposition écrite qu'il avait remise à
Mr. Vieillard fut renvoyée à General Electric, par l'intermédiaire de Mr. Warfield, avocat de Bull à New-York. Mr. J.D. Lockton devait lui
déclarer qu'il avait déjà eu connaissance de la décision du Gouvernement
Français et lui exprimer "la consternation que Messieurs, Phillippe, Borch, Cross et lui
même avaient ressentie en apprenant cette nouveI1e." "Bul devait ajouter Mr. J.D. Lockton, est une magnifique société et nous regretterons
toujours de n'avoir pu faire cette association. Telefunken
et Olivetti avec lesquels nous aurons à nous associer probablement très
prochainement, n'apportent pas à General Electric ce que Bull lui offrait,
c'est-à-dire une organisation hors de pair et des techniciens de valeur. "Bull,
continuait Mr. J.D. Lockton,
a prouvé par ses 1.300 installations de machines à cartes perforées en
France, en dépit du fait que le Gouvernement Français ait accordé 80% de ses
commandes à I.B.M., la qualité de ses équipements
et la supériorité sur I.B.M. de son service
d'entretien et de son organisation commerciale. "Les difficultés de Bull proviennent
de la transition des machines à cartes perforées aux calculateurs
électroniques. L'avance technique et technologique des USA, et en
particulier de General Electric, est telle qu'aucune autre société
européenne, par ses propres moyens, ne rattrapera ce retard. La chance des
sociétés américaines, reconnaît Mr. J.D. Lockton, est d'avoir été aidées dans leurs recherches
pendant ces quinze dernières années par le Gouvernement américain. Toutes les grandes sociétés
américaines peuvent faire concurrence à I.B.M.
dans le domaine du "data processing" car
techniquement elles en ont les moyens, mais beaucoup de ces sociétés n'ont
pas de capitaux suffisants. Or General Electric a aujourd'hui 600 millions de
dollars de trésorerie liquide et son programme consiste à les investir.
Notre décision est prise ; nous allons investir ces 600 millions de dollars
dans le data processing en Europe et nous serons
d'ici sept ans le deuxième dans ce domaine, immédiatement après I.B.M. "La magnifique
organisation commerciale de Bull, non seulement en France mais à l'étranger,
aurait pu nous assurer un développement plus rapide. Les usines Bull en
France auraient pu construire non seulement pour l'Europe mais aussi pour
les Etats-Unis, car General Electric, qui n'est pas spécialisée dans le
domaine de la carte perforée, a grandement besoin de ces équipements et, à
titre indicatif, Mr. J.D. Lockton
précise que General Electric paye à I.B.M. onze
millions de dollars par an de location ; ce matériel aurait pu être remplacé
par du matériel Bull. "Maintenant, ajoute
Mr. J.D. Lockton, que je
connais mieux Mr. Vieillard et les Dirigeants de la Cie des Machines Bull, je
vous demande de leur transmettre toute l'admiration et toute la grande estime
de General Electric pour leur oeuvre, ainsi que mon amitié personnelle. "Nous
regretterons ensemble que le Gouvernement Français nous ait enlevé cette
chance unique de faire de Bull une grande société internationale. C'est une
ironie du sort que de constater cette opposition à nos projets d'association,
alors que les précédents gouvernements semblent s'être complètement
désintéressés de Bull. Nous aurons le regret de nous retrouver dans d'autres
circonstances. Monsieur Warfield devait alors demander à Mr. J.D.
Lockton si, dans le cas ou la position du
Gouvernement Français devait prochainement évoluer et favoriser un
rapprochement Bull - General Electric, la porte de General Electric resterait
encore ouverte et Mr. J.D. Lockton
de répondre par l'affirmative mais en précisant bien que General Electric ne
pourrait pas attendre bien longtemps. LA C.S.F ET LA
C.G.E. "Que diable allai (en) t-il (s) faire dans
cette galère ? MOLIÈRE. Les fourberies
de Scapin Le 15 Février 1964, au
Ministère des Finances, Mr. Ponte pour la C.S.F. et
Mr. Ambroise Roux pour la C.G.E. avaient
donc signé avec Mr. Joseph Callies le protocole de
la solution "dite française". Personne ne niait que dans la course
technique effrénée des calculateurs électroniques de gestion, la Cie des
Machines Bull n'avait pas les moyens de soutenir seule la concurrence des
grands constructeurs américains et c'est d'ailleurs pour cette raison qu'elle
recherchait l'appui de la General Electric. Le Ministère des
Finances s'était opposé à la solution américaine envisagée, et par le
protocole du 15 Février avait cru trouver une solution française qui mettait
en réalité la Cie des Machines Bull sous la dépendance de la Banque de Paris
et des Pays-Bas. Quelle était donc
l'aide technique que la C.S.F. et la C.G.E. pouvaient apporter à Bull dans le domaine des
calculateurs électroniques de gestion ? A cette époque la C.S.F. ne touchait ce domaine, indirectement d'ailleurs,
que par l'intermédiaire d'une de ses filiales, la Compagnie européenne
d'Automation Electronique (C. A. E.) dont elle ne possédait que 42% des
actions. Une filiale de la Cie Financière de Suez en possédait 16 % et les
42 % restants avaient été attribués à la société américaine Thomson-Ramo-Wolldrige en rémunération de l'apport
qu'elle avait fait à cette société de ses brevets et de sa technique. Les
machines dont s'occupait la C.A.E. étaient
uniquement des machines d'automation industrielle c'est-à-dire toutes
différentes dans leur conception comme dans leur emploi des machines de
gestion que construisait la Cie des Machines Bull. De son côté, la C.G.E. ne s'intéressait aussi qu'aux machines
d'automation électroniques et ce par l'intermédiaire de sa sous-filiale la C.E.G.I.S. qui travaillait sous licence de la société
américaine "Scientific Data System". Ainsi donc pour
régler les problèmes de la Cie des Machines Bull "dans un cadre
français", lui imposait-on l'entrée de "deux importantes
entreprises du secteur électronique" en faisant une double erreur, sur
la nationalité de leurs apports techniques et sur le domaine de ces apports. Le concours
financier que devait apporter l'Etat à la Cie des Machines Bull était certes
très important, mais ne résolvait rien sur le plan technique ni sur le plan
commercial : il permettait de traverser une crise financière mais ne donnait
aucune perspective pour l'avenir car il ne permettait pas de rattraper le
retard technique. Comme il n'y avait aucune autre solution financière
possible, il fallait bien que la Cie des Machines Bull poursuive dans la voie
imposée par le fameux protocole. Ce dernier, paraphé
par Bull, la Banque de Paria et des Pays-Bas, la C.S.F.
et la C.G.E. ne portait ni paraphe, ni signature du
Ministre des Finances. Pour obtenir l'engagement formel de l'Etat, il fallut
donc que les quatre signataires du Protocole adressent au Ministère des
Finances une lettre officielle reprenant les différents points du protocole.
C'est ce qu'ils firent le 2 Mars et le Ministre des Finances devait leur
répondre deux jours après. Enfin le 12 Mars Monsieur le Premier Ministre
confirmait l'acceptation par l'Etat des engagements pris par le Ministre des
Finances. Monsieur le Ministre des Finances Paris, le 2 mars 1964, Monsieur le Ministre, A la suite d'une demande de concours financier de 45 millions de
francs qu'a présentée au Crédit National la Compagnie des Machines BULL, les
problèmes que pose la situation de cette Société vous ont été exposés le 6
Décembre I963. Le Président Directeur Général de la Compagnie des Machines BULL
vous a indiqué ultérieurement qu'une Société américaine se proposait de
prendre une participation au capital de la Compagnie ; il a exprimé le désir
que le Gouvernement donne son agrément à cette opération et il a déclaré que
celle-ci permettrait de résoudre sans l'aide de l'Etat les problèmes
techniques et financiers de cette Compagnie. Par lettre du 4 Février I964 vous avez fait connaître au
Président Directeur Général de la Compagnie des Machines BULL qu’il ne vous
paraissait pas possible d'accorder l’autorisation sollicitée pour la
réalisation de ce projet. Au surplus, le désir du Gouvernement de voir les problèmes de la
Compagnie résolus dans un cadre français a été maintes fois affirmé. Ces problèmes ont été examinés en liaison avec les Pouvoirs
Publics par les représentants de la Compagnie des MACHINES BULL, de la BANQUE
DE PARIS et des PAYS-BAS agissant comme chef de file du pool bancaire de la
Compagnie, de la C S F - Cie DE TELEGRAPHIE SANS FIL, et de la Cie
GENERALE d'ÉLECTRICITÉ. Nous avons l’honneur de vous faire connaître ci-après les mesures
qui nous paraissent devoir être prises pour sauvegarder l'avenir de la
Compagnie. Ces mesures ont recueilli l'accord de toutes les parties
intéressées, en raison de l'intérêt, souligné par le Gouvernement, que
présentent pour l'économie du pays le maintien et le développement de
l'activité de la Cie des MACHINES BULL. Toutefois, ces dispositions ne pourraient être appliquées que si
l'Etat acceptait de prêter son concours à la mise en oeuvre du programme de
redressement ainsi élaboré. I. Il a été convenu, entre les parties intéressées, qu'il était
nécessaire pour apporter, dans un cadre français, une solution aux problèmes
de la Compagnie : - de confier la gestion de la
Compagnie à un nouveau groupe détenant 20% environ du capital, - d'assainir la
situation financière de la Compagnie par l'imputation sur ses réserves de
ses pertes certaines et par une augmentation substantielle de son capital, - d'assurer
pendant cinq ans, dans des conditions privilégiées, le financement des
besoins nouveaux de la Compagnie, - d'alléger,
pendant la même période, par des dispositions de caractère exceptionnel, les
charges d'exploitation de la Compagnie. Dans cet esprit, un accord est intervenu entre intéressées, sur
les dispositions suivantes : 1. Une
assemblée générale des actionnaires de la Compagnie sera réunie dans les
délais les plus brefs, à laquelle il sera proposé de décider : a) une augmentation de capital au pair de 35 millions réservée
aux Sociétés ou organismes suivants : - Groupe constitué par
la C.S.F., la C.G.E.,
la Banque de Paris et des Pays-Bas 20
millions
- Caisse des Dépôts et Consignations et
autres Etablissements de Crédit 15
millions
-------------
35 millions. b) la création
de parts bénéficiaires donnant droit à 30 % des superbénéfices de la
Compagnie pendant quinze années à l'expiration desquelles elles perdraient
tout droit ; ces parts seraient attribuées pour moitié aux actionnaires actuels,
en contrepartie de l'abandon de leurs droits préférentiels de souscription à
l'augmentation du capital visée à l'alinéa a), et pour moitié à l'Etat en
contrepartie de divers concours qui lui sont demandés ci-après ; ces parts
pourraient être, à tout moment au cours de l'exercice 1969, échangées contre
des actions de la Compagnie suivant des conditions à déterminer à l'époque
d'un commun accord entre les représentants dûment mandatés des actionnaires
visés à l'alinéa a) , des porteurs de parts, et de l'Etat et qui seraient
soumises aux Assemblées compétentes. o) une deuxième
augmentation de capital au pair, en numéraire, de une action pour une,
garantie par les banques du pool, à laquelle les actionnaires visés au
paragraphe a) souscriraient pour leur part. Les actions
détenues par le groupe d'actionnaires désignés à l'alinéa a) seraient nominatives
et ne pourraient jusqu'au 31 décembre 1968, être cédées à des tiers qu'avec
l'accord unanime des participants de ce Groupe. Toutefois, les
Etablissements de crédit et la Caisse des Dépôts et Consignations cèderaient
par priorité, à concurrence de 15 millions, sous réserve de l'accord des
autres actionnaires visés à l'alinéa a), les actions qu'ils se trouveraient
ainsi détenir aux entreprises industrielles qui désireraient participer au
capital de la Compagnie. d) Cette
deuxième augmentation de capital sera effectuée dès que la Direction du
Trésor et les Banques estimeront que les conditions du marché le
permettront. Elle pourra avoir lieu en une ou deux tranches. Si elle est effectuée en une seule tranche, cette opération devra
avoir lieu au plus tard le 31 décembre 1964. Si elle est effectuée en deux tranches, une première tranche,
égale à la moitié au moins de l'opération totale, devra être émise au plus
tard le 31 octobre 1964, la seconde tranche devant dans cette hypothèse être
émise au plus tard le 31 décembre 1965. Ces dates limites pourront être reportées si la Direction du
Trésor et les Banques l'estiment d’un commun accord souhaitable. 2. Il sera proposé à l'Assemblée Générale des actionnaires de
remanier le Conseil d'Administration de telle sorte que les deux tiers des
membres représentent le groupe d’actionnaires prévu au paragraphe 1. a) et
un tiers le groupe qui détient actuellement le contrô1e de la Compagnie. 3. Les résultats de l'exercice 1963 seront arrêtés, compte tenu
des assainissements nécessaires, d'un commun accord entre les deux groupes
d'actionnaires visés au paragraphe précédent ou par un expert indépendant
auquel les deux groupes conviendraient de faire appel. 4. Les banques s'engagent à maintenir à leur niveau actuel,
pendant cinq ans, les crédits à court terme et à moyen terme qu'elles ont
consentis à la Compagnie avant le 1er décembre 1963. a) elles s'engagent à
renouveler jusqu'au 31 décembre 1968, les
crédits consentis pour le financement du fonds de roulement, soit :
Crédit de trésorerie 30 millions
Crédit de préfinancement à
l’exportation
24 millions
------------- total
54 millions Cet engagement est subordonné à
l'accord de Banque de France sur le renouvellement de ces crédits et leur
mobilisation dans les conditions actuelles.
b) les banques s'engagent à consentir à la Compagnie de nouveaux
crédits à moyen terme pour le financement de ses immobilisations ou du
matériel nouveau mis en location à concurrence d'un montant annuel égal aux
amortissements des crédits à moyen terme actuellement consentis, soit : En 1964 28 millions ------------ Total .... 137 millions Ces crédits à
moyen terme seront déterminés de façon que le montant total des crédits de ce
type mis à la disposition de la Compagnie soit maintenu au chiffre global de
137 millions jusqu'au 31 Décembre 1968, leur amortissement s'effectuera
ensuite sur une période de quatre ans. Cet engagement
des banques est subordonné à l'accord du CREDIT NATIONAL et de la Banque de
France sur l'octroi et la mobilisation des nouveaux crédits à moyen terme. c) le groupe visé au paragraphe l.a)
s'engage à recourir dans toute la mesure du possible, comme c'était le cas
jusqu'ici, au financement par les banques étrangères des filiales à
l'étranger et du matériel importé. Les banques françaises dont les succursales ou filiales à
l'étranger contribuent au financement des importations de matériel de la
Compagnie ou à des besoins de ses filiales étrangères s'engagent à faire tous
leurs efforts pour que ces concours continuent à être apportés dans le même
esprit que précédemment et sous réserve des mêmes facilités de mobilisation
locale. 5.a)
pendant les années 1964 et 1965, le coût des crédits visés au paragraphe précédent
sera calculé de la manière suivante : - le coût du crédit à court terme mobilisable et du crédit de
préfinancement à l'exportation sera au maximum supérieur de 0,50% du taux
d'escompte de la Banque de France (T.B.), - le taux du crédit à court terme non mobilisable sera au maximum
supérieur de 1 point à T.B., - le coût du crédit à moyen terme sera au maximum supérieur de
0,50% au taux de réescompte du Crédit National majoré de la commission de
confirmation perçue par cet Etablissement. b) à l'expiration de cette période, les banques se concerteront
avec l'Administration pour examiner si la situation de la Compagnie permet le
retour à des conditions de crédit normales, ou
justifie la prorogation pendant trois ans des conditions spéciales prévues à
l'alinéa précédent, ou l'application d'un régime intermédiaire à définir. 6. Le concours à long et moyen terme de 45 millions sollicité par
la Compagnie en Décembre 1963 sera aménagé de la manière suivante : a) un montant de 10 millions sera accordé sous forme de prêt ou
emprunt à long terme, b) un montant de 35 millions sera accordé par les banques du pool
sous forme d'un crédit à moyen terme réescomptable auprès du Crédit
National, et dont le remboursement s'échelonnera linéairement jusqu'à fin
1968. Cet engagement des banques est subordonné à l'accord du Crédit
National et de la Banque de France sur l'octroi et la mobilisation de ce
crédit. Il sera demandé à la Banque de France que ce crédit ne soit pas assujetti
aux mesures actuellement prises, ou qui pourraient éventuellement intervenir,
en vue de limiter l'accroissement des crédits distribués par les banques à
leur clientèle. 7. La Compagnie engagera des négociations avec LOCABULL en vue
d'aboutir à la résiliation des contrats passés entre les deux Sociétés. 8. Les divers engagements, prévus ci-dessus, des banques et des
actionnaires désignés au paragraphe I - l - a de la présente lettre seraient
caducs si la composition du Conseil d' Administration de la Compagnie prévue
au paragraphe I. 2 ci-dessus était modifiée sans l'agrément de ces mêmes
actionnaires. Toutefois, l'engagement de mettre en oeuvre le plan que nous
venons de vous exposer, est subordonné à l'accord du Gouvernement sur
diverses dispositions qui seraient prises par l'Etat en vue de faciliter le
fonctionnement de la Compagnie et le financement de ses besoins au cours des
cinq années à venir : 1. a)- L'Etat s'engagerait à accorder
sa garantie, dans la limite d'un montant de 650 millions, aux emprunts ou
crédits émis au cours de la période 1964-1968 pour le financement des
immobilisations de la Compagnie et des équipements nouveaux mis en location
par celle-ci et restant sa propriété. Ce montant comprend celui de dix
millions de francs prévu au § I,6 ci-dessus Le montant de ces emprunts ou crédits a été calculé en supposant
que leur amortissement s'échelonnerait en moyenne sur une dizaine d'années;
si la durée effective d'amortissement s'avérait sensiblement différente, le
montant des emprunts à garantir par l'Etat pourrait être modifié en
conséquence. b)-Au cas où
des banques étrangères refuseraient de renouveler les crédits qu'elles
accordent à la Compagnie pour le financement de ses filiales à l'étranger ou
du matériel importé, le financement de remplacement serait assuré, avec la
garantie de l'Etat, en supplément des 650 millions prévus à l'alinéa a), ou
par des crédits garantis par la COFACE, dans la mesure ou la
transformation des conditions de vente du matériel Bull à l'étranger le permettrait. c)-En sûreté des moyens de financement ainsi apportés, l'Etat
prendrait les garanties suivantes : . hypothèque de premier rang sur tous les biens immeubles libres
d'hypothèques de la Compagnie et hypothèques de second rang sur les autres ; . nantissement du fonds de commerce de la Compagnie, et chaque fois
que ce sera possible, des matériels de production et des matériels fabriqués
et loués, . nantissement des titres appartenant à la Compagnie et pouvant
être nantis. L'Etat ne se refuserait pas à examiner la possibilité
de renoncer à certaines des sûretés et garanties prévues ci-dessus dans le
cas où cela serait nécessaire pour permettre des cessions d’éléments d’actifs
concourant à l’assainissement de la situation de la Compagnie. Ces garanties ne seraient partagées qu'avec les créanciers de la
Compagnie bénéficiant d'une clause de partage des garanties du fait d'un
contrat antérieur aux présentes. L’Etat s'engagerait à passer avec la
Compagnie pendant les années 1964 à 1968, en supplément des contrats dont
bénéficierait normalement l'industrie électronique des marchés
spéciaux d'études et de développement d'un montant annuel minimum de 30
millions de francs pour des objets conformes au programme des activités de la
Compagnie. Si la situation de la Compagnie le justifiait, l'Etat
s'efforcerait d'accroître au cours des exercices 1965 à 1968 le montant
annuel de ces marchés spéciaux, pour le rapprocher autant que possible du
chiffre de 45 millions considéré comme nécessaire par le groupe visé au §
I,1,a ci-dessus. 3. L'Etat prendrait les mesures
nécessaires pour que les commandes de matériel électronique pour le
traitement de l'information passées par les administrations publiques et,
dans toute la mesure du possible, par les entreprises et établissements
publics nationaux, la Sécurité Sociale et les collectivités locales, soient
précédées d'une consultation des principaux constructeurs de ce type de
matériel et soient équitablement réparties entre ceux-ci, en prenant en
considération les soucis du Gouvernement de favoriser dans ce domaine le
développement du potentiel national de recherche technique et de création
industrielle. 4. Les divers engagements de l'Etat prévus au présent document
seraient caducs si la composition du Conseil d'Administration de la Compagnie
prévue au paragraphe 2°/ du
protocole était modifiée sans l'agrément de l'Etat. Nous vous serions reconnaissants de
bien vouloir nous faire connaître s’il vous paraît possible que l’Etat prenne
ces engagements. Nous vous prions d’agréer, Monsieur le
Ministre, l’expression de notre haute considération Signatures Compagnie des Machines BULL Banque de Paris et des Pays-Bas, tant pour elle-même qu'au nom du
pool bancaire dont elle est chef de file Compagnie Générale d'Electricité C.S.F.-Compagnie Générale de
Télégraphie sans Fil ------------------ MINISTÈRE DES
FINANCES ET DES AFFAIRES
ÉCONOMIQUES DIRECTION
DU TRÉSOR N° 03788 Paris le 4 mars 1964 Monsieur le
Président de la Compagnie des Machines Bull Monsieur le
Président de la Banque de Paris et des Pays-Bas Monsieur le
Président de la Compagnie Générale de Télégraphie sans Fil Monsieur le
Président de la Compagnie Générale d' Electricité. Messieurs, Par lettre du 2
Mars 1964, vous avez bien voulu me faire connaître les mesures qui seraient
prises pour apporter une solution, dans un cadre français, aux problèmes de
la Compagnie des Machines Bull. Vous m'avez
fait savoir que l'application des mesures que vous envisagez serait
subordonnée à l'octroi de certains concours de l'Etat, dont vous m'avez
indiqué les modalités dans cette même lettre. Vous souhaitez obtenir des
engagements de l'Etat sur ces concours. J'ai l'honneur
de vous informer que certains de ces engagements ne relèvent pas de la seule
responsabilité du Ministre des Finances et des Affaires Economiques. J'ai
transmis votre demande à Monsieur le Premier Ministre, en le priant de bien
vouloir vous répondre à ce sujet. En ce qui
concerne les emprunts ou crédits nécessaires au financement des
investissements de Bull, j'ai l'honneur de vous faire conna1tre que je suis
disposé à accepter une intervention de l'Etat dans les conditions décrites
au § II de votre lettre du 2 Mars 1964. En conséquence, a) l'Etat
s’engage à accorder sa garantie, dans la limite d'un montant de 650 millions,
aux emprunts ou crédits émis au cours de la période 1964-1968 pour le
financement des immobilisations de la Compagnie et des équipements nouveaux
mis en location par celle-ci et restant sa propriété. Ce montant comprend
celui de F. 10 millions au § l - 6 - a de votre lettre du 2 Mars 1964. Le montant de
ces emprunts ou crédits a été calculé en supposant que leur amortissement
s'échelonnerait en moyenne sur une dizaine d'années; si la durée effective
d'amortissement s'avérait sensiblement différente, le montant des emprunts à
garantir par l'Etat pourrait être modifié en conséquence. b)-En sûreté
des moyens de financement ainsi apportés, l'Etat prendrait les garanties
suivantes : . hypothèque de
premier rang sur tous les biens immeubles libres d'hypothèques de la
Compagnie et hypothèques de second rang sur les autres ; . nantissement du
fonds de commerce de la Compagnie, et chaque fois que ce sera possible, des matériels
de production et des matériels fabriqués et loués, . nantissement
des titres appartenant à la Compagnie et pouvant être nantis. Ces garanties ne seront partagées qu'avec les créanciers de la
Compagnie bénéficiant d'une clause de partage des garanties du fait d'un
contrat antérieur à la date des présentes. L'Etat ne se refusera pas à examiner la
possibilité de renoncer à certaines de ces sûretés et garanties pour
permettre la réalisation de certains éléments d'actif dans l'intérêt d'une
bonne gestion de la Compagnie. Je prends acte des engagements pris par vous, et je note, en
particulier, qu'il sera proposé à une Assemblée Générale des Actionnaires de
la Compagnie - à réunir dans les délais les plus brefs - de
décider la création de parts bénéficiaires donnant droit, pendant quinze
années, à 30 % des superbénéfices de la Compagnie, et dont la moitié serait attribuée à l'Etat. Veuillez agréer, Messieurs, l'assurance de ma considération distinguée. Valéry Giscard d’Estaing ----------------- 8363 Le Premier Ministre Paris, le 12 mars 1964 Messieurs, Par lettre en date du 2 Mare 1964, adressée au Ministre des Finances,
vous avez bien voulu faire connaître au Gouvernement les modalités de la
solution envisagée pour résoudre dans un cadre français les problèmes de la
Compagnie des Machines Bull. Les mesures prévues seraient complétées par certains concours de
l'Etat et vous souhaitez obtenir du Gouvernement l'assurance que ces
concours seront accordés. J'ai l'honneur de vous informer que l'ensemble des dispositions
envisagées n'appelle pas d'objection de ma part et que je suis disposé à accepter que l'Etat apporte son concours
aux mesures de redressement prévues. En conséquence : 1/ L'Etat s'engage à passer avec la
Compagnie pendant les années 1964 à 1968, en supplément des contrats dont
bénéficierait normalement l'industrie électronique, des marchés spéciaux
d'études et de développement d'un montant minimum de 30 millions de francs pour des objets conformes au
programme des activités de la Compagnie. Si la situation de la Compagnie le justifiait, l'Etat
s'efforcerait d’accroître au cours des exercices 1965 à 1968 le montant
annuel de ces marchés d'études et de développements, pour le rapprocher
autant que possible du chiffre de 45 millions considéré comme nécessaire par
le nouveau groupe chargé de la gestion de l'affaire. 2/ L'Etat prendra les mesures nécessaires
pour que les commandes de matériel électronique pour le traitement de l'information
passées par les administrations publiques et, dans toute la mesure du
possible, par les entreprises et établissements publics nationaux, la
Sécurité Sociale et les collectivités locales, soient précédées d'une
consultation des principaux constructeurs de ce type de matériel et soient
équitablement réparties entre ceux-ci, en prenant en considération les soucis
du Gouvernement de favoriser dans ce domaine le développement du potentiel
national de recherche technique et de création industrielle. En ce qui concerne la garantie des emprunts nécessaires au
financement des investissements de la Compagnie Bull, il appartient au
Ministre des Finances et des Affaires Economiques de vous faire connaître les
conditions de son accord sur ce point. Je précise que les divers engagements de l’Etat prévus par la
présente lettre, ainsi que ceux dont le Ministre des Finances et des Affaires
Economiques vous donnera connaissance seraient caducs si la composition du
Conseil d’Administration de la Compagnie était différente de celle qui est
prévue au paragraphe I-2 de votre lettre du 2 mars 1964 à Monsieur le
Ministre des Finances et des Affaires Economiques. Veuillez agréer, Messieurs, l’assurance de ma considération
distinguée. Georges POMPIDOU Compagnie des Machines BULL Banque de Paris et des Pays-Bas C.S.F. Compagnie
Générale de Télégraphie sans Fil Compagnie Générale d’Electricité C.G.E. ----------------------------------- 8362 Le Premier Ministre Paris, le 12 mars 1964 Messieurs, En complément des engagements de l'Etat que je vous ai notifiés
par lettre du 12 mars 1964, engagements concernant le concours de l'Etat aux mesures
prévues pour résoudre dans un cadre français les problèmes de la Compagnie
des Machines Bull , j'ai l' honneur de vous faire connaître que : a) En ce qui concerne les marchés spéciaux d'études et de
développement visés au paragraphe II de votre lettre du 2 mars 1964 à M. le
Ministre des Finances et des Affaires Economiques, l'Etat renonce à faire
jouer les clauses qui lui permettraient éventuellement de revendiquer tout ou
partie de la propriété industrielle des études correspondantes. b) L'Etat s’engage, pour faciliter
l’exécution des mesures de concentration des usines et de compression ou de
conversion du personnel que la nouvelle direction jugerait nécessaire, à
prendre toutes dispositions en son pouvoir pour atténuer les répercussions
sociales qui seraient la conséquence de ces mesures. Veuillez agréer, Messieurs, l’assurance de ma considération
distinguée. Georges POMPIDOU Compagnie des Machines BULL Banque de Paris et des Pays-Bas C.S.F. Compagnie
Générale de Télégraphie sans Fil Compagnie Générale d’Electricité C.G.E. -------------------- Conformément aux
stipulations du protocole, le bilan au 31 Décembre 1963 de la Cie des
Machines Bull devait être arrêté en accord avec les représentants de la C.S.F. et de la C.G.E. Ces derniers ignoraient
tout de la situation de Bull et voulurent s'en tenir uniquement aux
conclusions du rapport Bigard-Schulz ; le
recours à un tiers arbitre aurait demandé des délais incompatibles avec la
situation de trésorerie de la Compagnie. C'est ainsi qu'il
fut décidé de faire figurer au bilan une perte supplémentaire de 85.000.000 F
par la constitution d'une "Provision pour dépréciations
exceptionnelles". Le bilan ayant été
ainsi arrêté, le Conseil d'Administration n'avait plus qu'à l'entériner et,
tout ayant été préparé suivant les stipulations du protocole du 15 Février,
qu'à convoquer les actionnaires en Assemblée Générale Extraordinaire pour
leur soumettre ce protocole et leur demander de l'approuver. CHAPITRE VII LA CONVOCATION DE L’ASSEMBLEE
GENERALE "Pour tout citoyen, la difficulté majeure
consiste à échapper à la sollicitude de l'Administration.
" A.H. L'Assemblée Générale Extraordinaire fut ainsi convoquée le
mardi 14 Avril 1964 au Théâtre des Champs-Élysées. La Compagnie des Machines
Bull adressait à chacun des actionnaires qu’elle connaissait une convocation
individuelle et y joignait une communication de Mr. Joseph Callies ainsi qu'une note d'information sur l'exercice
1963, dont on trouvera le texte dans l'annexe VII. De leur côté, la Banque de Paris et des Pays-Bas
ainsi que les Banques nationalisées, adressaient à leurs clients une lettre
circulaire leur demandant de remplir "de leur main" les pouvoirs qui étaient joints en
désignant comme mandataire "Monsieur Schulz, Administrateur de la
Compagnie", mais en omettant de préciser qu'il n'occupait ce poste que
comme représentant de la Banque de Paris et des Pays-Bas ; pareil procédé est
assez inhabituel et méritait d'être signalé. A la circulaire des Banques était joint un
communiqué du Ministre des Finances dont on trouvera le texte plus loin
(début du chapitre VIII). -------------------- CRÉD1T
LYONNAIS FONDÉ EN 1863 CAPITAL :
CENT QUATRE VINGTS MILLIONS 19. BOULEVARD
DES ITALIENS Télégr :
CREDIONAIS R.C. Lyon
54 B 974 L.B.F. 54 ASSEMBLÉES - 51 "A". Téléphone :
OPEra 18 90 Postes
2208-2209 2191 PARIS, Avri1 1964 Communication aux actionnaires de la COMPAGNIE DES MACHINES BULL M , Etant donné l'importance exceptionnelle des décisions qui vont
vous être soumises en Assemblées Générales, votre banque a cru devoir ne pas
se borner à vous transmettre la convocation et la formule de pouvoir
ci-jointes, mais vous adresser le texte du communiqué du Ministère des
Finances et des Affaires Economiques qui met bien en évidence l'importance
des décisions soumises votre approbation. Si, étant empêché de participer vous-même aux votes, vous
souhaitez l'approbation du projet, nous vous conseillons de nous retourner
d'urgence votre pouvoir signé après l'avoir rempli de votre main au nom de
Monsieur Roger SCHULZ , Administrateur de la Compagnie. Veuillez agréer, M , l'expression de nos sentiments
distingués. CREDIT LYONNAIS ---------------- COMPAGNIE DES MACHINES BULL 94, AVENUE
GAMBETTA, PARIS 20° DIRECTION
COMMERCIALE France Communication de Monsieur Joseph
CALLIES, Président de la Compagnie des Machines
Bull, Les comptes de l’exercice 1963 vous seront soumis au cours de la
prochaine assemblée ordinaire. Il m’est apparu, toutefois, que pour vous permettre de statuer en
connaissance de cause sur les résolutions qui vous sont proposées
aujourd’hui, je devais vous faire connaître, dans leurs grandes lignes tout
au moins, les résultats de l’exercice qui vient de se clore, comparé à ceux
de l’exercice précédent.
EQUIPEMENTS
POUR LE TRAITEMENT DE L’INFORMATION L'exercice 1963 aura été pour votre Compagnie un exercice
difficile. La hausse du chiffre d'affaires, due pour moitié aux importantes
ventes à notre filiale, la Société Auxiliaire de Distribution d'Equipements à
Traiter l'Information "LOCABULL", n'a pas entraîné une hausse
correspondante des résultats d'exploitation dont la progression, par rapport
au niveau de 1962, est seulement de 12% L'importance
croissante des frais d'études, la hausse des charges salariales, les frais
exceptionnels de mise en route de notre nouvelle usine d'ANGERS, expliquent
cette insuffisance. Les
amortissements, pour leur part, établis sur les mêmes bases qu'en 1962,
marquent une hausse qui dépasse sensiblement celle du chiffre d'affaires (53%
contre 33%). Les frais financiers sont également en augmentation. Le solde du
Compte de Pertes et Profits de l'exercice 1963, qui n'a pas bénéficié de
profits exceptionnels aussi élevés qu'en 1962, fait ainsi apparaître une perte importante, alors
que l'exercice précédent avait été équilibré. L'assemblée
appelée à approuver les comptes de l'exercice 1963 sera
également invitée à inscrire des provisions pour dépréciations
exceptionnelles d'un montant global de F 85,6 millions. Le montant de
ces provisions a été déterminé en accord avec la Compagnie Générale de
Télégraphie sans Fil et la Compagnie Générale d'Electricité, ainsi que le
prévoyait le protocole signé le 15 Février au Ministère des Finances. Nos réserves,
qui atteignaient F 260 millions au 31 Décembre 1963, se trouveraient ramenées, après imputation des
pertes de l'exercice, des amortissements et des dépréciations, à environ F
131 millions. Le montant de
notre Capital est, je vous le rappelle, d'environ F 140 millions ------------- Pour être adoptées
par l'Assemblée Générale, les résolutions soumises aux actionnaires devaient
recueillir plus des deux tiers des voix. Les actions nominatives depuis plus
de 2 ans ayant un droit de vote double, les 2.807.982 actions existantes ne
devaient pas représenter plus de 3.600.000 voix au total, et il suffisait
donc de disposer de 1.200.000 voix
pour s’opposer à l’adoption des résolutions. Sans compter les voix
personnelles de Monsieur Joseph Cailles, les autres actionnaires - ceux que
Ion appelait « l’ancien groupe » - disposaient de 1.500.000 voix ;
et cela se savait. D'autre part, au fur et à
mesure que les jours passaient, on s'apercevait progressivement dans les milieux
financiers et officiels que la solution "dite française" imposée
par le Ministère des Finances était loin de résoudre la crise de la Cie des
Machines Bull et d'assurer son avenir. Mois on ne pouvait s'opposer utilement
à la solution du Gouvernement qu'en proposant une autre solution qui puisse
être réalisée sans nécessiter d'autorisations administratives. Des conversations eurent
alors lieu avec la General Electric à ce sujet et il ressortait de celles-ci
que General Electric, tout en renonçant à sa demande de souscrire à une
augmentation de capital qui lui serait réservée, accepterait néanmoins
d'apporter à la Cie des Machines Bull son aide technique, l'octroi de ses
licences et son appui, pour la poursuite de ses études comme pour la
fabrication de nouveaux matériels. General Electric, d'après
les pourparlers envisagés, aurait confié à Bull pour la France et à ses
filiales étrangères, la représentation de sa gamme de machines : consciente
de l'effort financier que ce programme nécessiterait, elle envisageait
d'aider au développement des filiales étrangères de Bull soit en participant
à l'augmentation de leur capital, soit en leur accordant des prêts et de
larges facilités de paiement. General Electric envisageait aussi de passer à
la Cie des Machines Bull d'importantes commandes de matériel Bull destinés à
sa propre organisation et de confier aux usines Bull la fabrication de
certains matériels alors construits aux USA, matériels aussi bien destinés à
l'Europe qu’aux Etats-Unis. Cette solution ne nécessitait aucune aide
financière de l’Etat, General Electric se chargeant, avec des banques de
France, de subvenir aux besoins de la Cie des Machines Bull. Enfin, si Bull
devait participer, même comme minoritaire, à une société spéciale à créer
avec la C.S.F. et la C.G.E.,
ou toutes autres sociétés françaises, pour réaliser les études
confidentielles que lui confierait le Gouvernement, General Electric pourrait
apporter à cette nouvelle société son concours le plus complet. Toujours dans le
cadre de la règlementation en vigueur, certains
actionnaires de Bull étaient disposés à faire à la Compagnie des avances
correspondant à des ventes de titres exécutées par application en Bourse de
Paris ; certaine banque était disposée à faire cette
opération. Cette solution
recevait l'accord des actionnaires de "l'ancien groupe" qui
disposait en fait d'un droit de veto à l'Assemblée Générale. Tout cela fut
porté à la connaissance du Ministère des Finances dont la Cie des Machines
Bull ainsi que la General Electric désiraient toujours recevoir l'agrément. La Cie des Machines
Bull n'avait pas négligé de s'entourer d'avis juridiques et de consulter sur
la valeur des obligations imposées par l'Etat. Maître Boissarie,
ancien Procureur Général d'un côté et Maître Jolly,
avocat auprès du Conseil d'Etat de l'autre, faisaient des réserves les plus
formelles sur la légalité de ces mesures et les conclusions de leurs
consultations furent communiquées aux Pouvoirs Publics. Pendant ce temps les
bruits les plus tendancieux ne cessaient de circuler ; le personnel de la
Cie des Machines Bull était inquiet. Un Directeur Technique écrivait au
Ministre pour rejeter l'entière responsabilité de la crise sur le Président-Directeur Général et pour poser sa candidature
afin de redresser la situation de Bull dans le cadre de la solution
française. Un autre cadre supérieur des services commerciaux profitait des
jours fériés de Pâques pour prendre l'avion à destination de New-York et pour se faire engager, ainsi que 2 de ses
collègues, par General Electric, pensant ainsi jouer sur les 2 tableaux. Ce
ne furent là cependant, que des cas isolés, la très grande majorité des
Cadres devait rester fidèle à Bull, et à sa Direction Générale. Bien que, sur la
demande du Ministère des Finances, la plus grande discrétion ait été observée
concernant l'engagement pris par l'Etat "de ne pas faire obstacle à
l'exécution des mesures de concentration des usines et de compression ou de
conversion de personnel" cet article du protocole avait été connu et
même publié dans la Presse. Les Syndicats ainsi alertés ne tardèrent pas
alors à se manifester. La C.G.T. et le Parti communiste publièrent un dépliant
largement diffusé proposant "une solution démocratique et nationale de
l'affaire Bull, la Nationalisation". Les Organisations
Syndicales C.F.D.T. et C.G.C.
dans une lettre ouverte aux actionnaires, attiraient leur attention sur les
décisions qu'ils allaient devoir prendre et qui, selon elles, devaient :
"garantir l'emploi menacé par le Protocole du Ministère des Finances,
garantir l'intégrité de l'entreprise, permettre de définir rapidement une
politique à long terme, et donner au personnel le moyen de s’informer sur la
marche de l'entreprise afin d'en assurer un contrôle réel . La Fédération des Syndicats
Indépendants des Métaux, dans une circulaire aux actionnaires rejetait
"la nationalisation qui entraînerait une chute verticale des
exportations, la solution dite française imposée par le Gouvernement et qui
pour l' imposer avait consenti des avantages exorbitants, qui coûteront cher
aux contribuables français, pour obliger à accepter cette solution les
divers participants qui entrent dans cette opération comme un âne qui recule,
pour reprendre l'expression du représentant du Ministre du Travail". La
Fédération des Syndicats Indépendants déclarait "n'être pas opposée à la
participation de la General Electric à la condition que les 5 points exigés
par Mr. Joseph Callies (cf
page 20, fin du chapitre III) soient respectés. De son côté la
Presse se faisait l'écho des bruits qui circulaient et du malaise boursier
qui en résultait. Ne pouvant citer tout ce qui a été imprimé à cette époque, voici seulement
quelques titres d'articles : "La vérité
sur Bull (8 colonnes}. Les dirigeants
avaient misé sur une seule machine; ils ont perdu. " Candide - 27 Février
1964 "Bull entaîne la Bourse dans la catastrophe. " Journal des Finances
- 27 Février 1964 "Bull au
pied du mur. " Paris Presse - 2
Avril 1964 "Bull vote
sous la menace. " Les Ecoutes - 9 AvriI 1964 "Des groupes d'actionnaires ne sont
pas d'accord. C'est l'épreuve de force. " Paris Presse - 12
Avril 1964 LE COUP DE THEATRE "L’espoir changea de camp, le combat changea
d’âme. " VICTOR HUGO – Les
Châtiments Tout laissait
prévoir que l'Assemblée Générale du 14 Avril serait mouvementée et que l'on
risquait de voir les actionnaires de "l'ancien groupe" voter contre
l'adoption du protocole imposé à son Président par les Pouvoirs Publics. Aussi le jeudi 2
Avril, Mr. Vieillard, que l'on savait foncièrement partisan d'une
association Bull-General Electric et tête de file
de cet "ancien groupe", fut-il convoqué rue de Rivoli ou il devait
être reçu par Mr. Poniatowski, Chargé de mission auprès du Ministre des
Finances, et par Mr. Pérouse, Directeur du Trésor. De la discussion qui eut
lieu, rien ne devait sortir, mais le Ministre des Finances donnait le soir
même à la Presse le communiqué suivant reproduit le lendemain matin par
presque tous les journaux : LE
MINISTERE DES FINANCES PRECISE A NOUVEAU SA POSITION SUR L'AVENIR DE LA COMPAGNIE DES MACHINES BULL A propos des perspectives d'avenir de la Cie des Machines Bull, les services intéressés du
Ministère des Finances ont donné hier soir les indications suivantes : Etant donné l'importance de l'industrie des calculateurs
électroniques et des équipements de traitement de l'information, le
gouvernement n'a pu accorder les autorisations
nécessaires à la prise de participation au capital de la Cie des Machines Bull,
seule entreprise française travaillant dans ce secteur, que se
proposait de prendre une très grande firme américaine, participation risquant
de conduire à une prise de contrôle ultérieure et que la firme en cause n'envisageait elle-même que si cette solution recevait l' agrément des autorités
françaises. En raison même des motifs qui l'ont inspirée, cette décision est
évidemment irrévocable. Désireux de faciliter la solution dans un cadre français des problèmes de la Cie des Machines Bull, le gouvernement a
suscité l'intervention d'un groupe comprenant la C.S.F.
- Cie Générale de Télégraphie sans Fil - la Compagnie Générale d'Electricité,
appuyé par un ensemble d'établissements financiers comportant la Banque de
Paris et des Pays-Bas et des banques, dont les quatre Banques nationalisées.
Pour compléter l'effort de financement, la Caisse des Dépôts et Consignations
a été conduite à apporter son concours. Ce groupe a élaboré un projet de
redressement échelonné sur cinq ans, c'est-à-dire jusqu'à 1968. Compte tenu de la situation
de la Compagnie (endettement, lourdes pertes de 1963, et possibilités de
pertes futures), des concours publics et des appuis apportés par le nouveau
groupe sur les plans financier,
industriel, technique et de la gestion qui serait confiée à celui-ci, c'est
au pair qu'est proposée l'augmentation de capital en espèces de 35 millions
de francs, réservée au nouveau groupe. Le projet respecte les intérêts des actionnaires actuels,
notamment par l'octroi à ceux-ci de parts bénéficiaires leur donnant droit,
pendant quinze ans, à 15% des superbénéfices que pourrait faire la Compagnie. Les concours publics, indépendamment de la garantie donnée par le
Trésor aux crédits consentis à la Compagnie dans la limite de 650 millions de
francs, porteraient sur la passation, au cours de cinq ans, de 150 millions à
210 millions de francs de marchés d'études et de développements, ainsi que
sur une aide apportée à la Compagnie, tendant à obtenir une part appropriée
des commandes de matériel pour le traitement de l'information passées par les
Administrations publiques et autres services publics. Ces concours publics ont pour objet de permettre, pendant une
période difficile, mais limitée, de son existence, le rétablissement, puis
l'expansion d'une entreprise privée qui devra assurer elle-même sa gestion,
son orientation et son avenir. Grâce à l'ensemble des mesures prévues qui forment un tout
indissociable, les conditions se trouveraient immédiatement réunies - en cas
d'approbation du projet par les Assemblées Générales des actionnaires de la
Compagnie - pour une action cohérente et prolongée de redressement. Celle-ci
comporterait une rationalisation et une concentration d'efforts industriels
et financiers français. Elle n'exclurait nullement une prise en considération
réaliste de la concurrence internationale et la recherche de nouvelles
collaborations qui pourraient venir renforcer ultérieurement, dans des
conditions admissibles, la Compagnie ainsi consolidée. - - - - - - - - - - - Les dirigeants de
General Electric devaient arriver à Paris le 6 Avril afin de préciser les
modalités du nouvel accord envisagé mais qui venait d'encourir un veto
"irrévocable" du Ministre des Finances. Mr. J.D. Lockton fut immédiatement
prévenu à New-York ; il décidait de venir cependant
à Paris. Nul ne pouvait ignorer que "la grande firme américaine"
dont parlait le communiqué du Ministère des Finances n'était autre que la
General Electric et il tenait à s'en expliquer avec le Gouvernement Français.
D'autre part, il avait donné rendez-vous à Paris aux Directeurs de la société
allemande Telefunken avec laquelle General Electric
envisageait de s'associer si tout accord s'avérait impossible avec Bull. Puisque toutes les
combinaisons jusqu'alors examinées avaient été repoussées par le
Gouvernement, il fallait absolument trouver une autre solution. Et c'est
ainsi qu'au cours de la journée du Dimanche 5 Avril, Mr. Schulz et Mr.
Vieillard se réunissaient et élaboraient le schéma d'un nouveau projet dont
Mr. Schulz avait déjà eu l'idée quelque temps auparavant. . Il s'agissait de
transformer la Cie des Machines Bull en Société Holding ayant des
participations dans 3 sociétés à créer : - une société de
recherche dons laquelle elle serait majoritaire et qu'elle constituerait avec
la C.S.F. et la C.G.E et
même, au besoin, avec d'autres sociétés française: - une seconde
société dite "industrielle" à laquelle Bull apporterait tous ses
moyens de production en contrepartie de quoi elle recevait 51 % des actions,
General Electric souscrivant en espèce les 49% restants. - une troisième société,
dite "commerciale" qui deviendrai propriétaire des participations
de Bull dans ses filiale étrangères et du service commercial français et dans
laquelle Bull déteindrait 49% du capital, et General Electric 51 %. Il fallait aller
très vite; on était à une semaine de l'Assemblée Générale. Dès le lundi 6
Avril, Mr. J.D. Lockton
fut mis ou courant des grandes lignes de ce nouveau projet et se laissa
convaincre de ne pas s'engager avec les dirigeants de Telefunken,
avec lesquels il avait rendez-vous, tant qu'il restait un espoir d'obtenir
enfin l'acquiescement du Gouvernement sur cette nouvelle proposition. Mr. J.D. Lockton avait bien voulu
admettre que celle-ci pouvait être prise en considération comme base de
discussion. Une fois obtenu cet
accord de principe, il fallait alors convaincre les participants du
"nouveau groupe", et en premier lieu Mr. Reyre
qui, en tant que Directeur Générai de la Banque de Paris, en était le chef de
file. Celui-ci, au fur et à mesure que les jours passaient se rendait de plus
en plus compte de l'insuffisance de la solution "dite française" et
de la nécessité pour l'avenir de Bull, de se rapprocher de General Electric. Mr. Schulz mit donc
Mr. Reyre au courant de l'accord de principe donné
par Mr. J.D. Lockton et
lui demandait d'en avertir Mr. Ponte et Mr. Ambroise Roux, ce qui put être
fait dans la journée du mardi 7 Avril. Dans la soirée, Mr. J.D. Lockton, entouré de ses
collaborateurs, de Mr. Klehe et de Mr. Bennahum, recevait à son Hotel
Mr. Reyre, Mr. Schulz, Mr. Joseph Callies et Mr. Vieillard. Au cours de cette conversation
Mr. Reyre devait longuement insister sur les
préoccupations de la C.S.F. quant à une concurrence
éventuelle de General Electric dans le domaine des machines d'automation
industrielle (qui n'est pas celui de Bull). Après avoir obtenu, sur ce point
les apaisements qu'il désirait, Mr. Reyre se
ralliait enfin au nouveau projet tant en ce qui concernait la Banque de Paris
qu'au nom des autres actionnaires du nouveau groupe. . Dans cette même journée
du mardi 7 Avril, Mr. J.D. Lockton
était reçu par Mr. Bokanowski, Ministre de
l'Industrie, et le lendemain 8 Avril il rendait visite au Ministère des
Finances où il était accueilli par Mr. Poniatowski avec lequel il s'entretint
du nouveau projet d'accord. Après en avoir référé à Mr. Giscard d'Estaing qui
était dans le bureau à côté et qui, par la porte de communication avec son
bureau laissée ouverte, avait pu suivre cette conversation, Mr. Poniatowski
pouvait donner à Mr. Lockton l'approbation de principe
du Ministre au projet qui venait de lui être présenté. Dans la soirée, le
principe de ce projet avait aussi été accepté par Mr. Mesmer, Ministre de la
Défense, au cours de la visite que lui rendait Mr. J.D.
Lockton. Pendant le même temps, Mr. Schulz prenait
contact avec Mr. Ortoli, Directeur du Cabinet du
Premier Ministre {alors en voyage au Japon) ainsi qu'avec Mr. Burin des Roziers, à la Présidence de la République. Le projet ne
soulevait nulle part d'objections. Il restait à rédiger
un Mémorandum traçant les grandes lignes de cette nouvelle solution, ce qui
fut fait dans la nuit du 8 au 9 Avril. Ce document fut signé par Mr.
Vieillard au nom de la Cie des Machines Bull et de l'ancien groupe, et par
Mr. Reyre au nom du nouveau groupe. Ce mémorandum fut
présenté le jeudi 9 Avril à la signature de Mr. J.D.
Lockton, mais celui-ci refusa d'y apposer sa
signature déclarant qu'il s'agissait là d'une proposition tout à fait
nouvelle qui n'avait pas été examinée à New-York et
que dans ces conditions il n'avait aucun pouvoir de son Conseil
d'Administration pour l'accepter et que par conséquent il ne pouvait donner
la signature qu'on lui demandait. Ce ne fut qu'après
une très longue et très difficile discussion, fertile en incidents divers,
que Mr. J.D. Lockton
devait enfin déclarer qu'il prenait l'engagement de présenter et de défendre
devant le Conseil d'Administration de General Electric la nouvelle
proposition qui lui était faite. Il fallut encore une nouvelle discussion
pour qu'il veuille bien inscrire de sa main, dans la marge du mémorandum, la
mention dont voici la traduction. Traduction: « Je dis qu'en principe
ces termes ont constitué la base de nos discussions. General Electric
les prendra sérieusement en considération à New- York et ne les
modifiera que si elle l’estime indispensable, et présentera cet
accord à l'approbation de la Société comme base de l'entrée de General Electric dans la
branche des calculateurs en Europe. » MEMORANDUM A la suite de la réunion tenue à PARIS entre M. LOCKTON, « Treasurer » de la GENERAL ELECTRIC C°, MM VIEILLARD
et SCHULTZ, Administrateurs de la Cie des MACHINES BULL, et, au cours d’une
dernière réunion, M.REYRE, Vice-Président
Directeur Général de la Banque de Paris et des Pays-Bas, il a été procédé à
un examen des possibilités d’accord entre la GECO et BUL, compte tenu des
préoccupations gouvernementales françaises. Le schéma suivant d’une solution d’ensemble s’est dégagé : I.
BULL serait organisé en holding et
constituerait trois filiales avec les domaines respectifs d’activité : - Défense
Nationale et autres besoins spéciaux de l’Etat - Technique
et industriel - Commercial a) Une
filiale dite « Besoins spéciaux de l’Etat » dont Bull
détiendrait, soit seule, soit en association avec d’autres groupes
électroniques français, la totalité du capital. Elle bénéficierait en totalité
de l’acquis technique de BULL et, sous la seule réserve des clauses de secret
militaire américain, de celui de la GECO.
b) Une filiale technique et industrielle
qui grouperait tous les moyens d’études et industriels de Bull, hormis ceux
évoqués ci-dessus, et fabriquerait des équipements de gestion. Elle serait
constituée de telle sorte que Bull détienne 51% du capital, et la GECO 49%.
c) Une
filiale commerciale réunissant tout le potentiel commercial et
d’entretien, de Bull en France et à l’étranger.
La prise de participation de la GECO dans les filiales b) et c)
sera calculé en tenant compte, d’une part de la valeur totale de Bull,
estimée à 56.000.000 de dollars, des augmentations de capital en numéraire
qui interviendraient avant la réalisation des accords, et enfin de la
répartition des actifs entre les diverses sociétés. o O o Ce schéma a été exposé au Ministre des Finances et des Affaires
économiques qui l’a considéré comme susceptible d’être accepté par le
Gouvernement, et a proposé que les modalités en soient précisées entre la
GECO et la direction de BULL aussitôt après les modifications du Conseil
d’Administration devant suivre l’Assemblée Générale Extraordinaire prévue
pour le 14 avril prochain. Pour leur part, MM REYRE et VIEILLARD s’engagent à exposer et à
préconiser cette solution aux différentes parties intéressées. De son côté, M.LOCKTON s’engage à agir
de même auprès des hautes instances de la GECO. Paris, le 9 Avril 1964. -------------- Quelques minutes
après avoir signé le memorandum, Mr. J.D. Lockton prenait l'avion
pour New-York ce qui lui permit de rendre compte à
son Conseil d'Administration dès le vendredi 10 Avril des conversations qu'il
venait d'avoir eues à Paris. Ce n'est que tard dans la soirée que l'on
apprenait, par câble à Paris que le Conseil de General Electric avait donné
son accord sur le memorandum et que confirmation
écrite allait en être donnée. On trouvera ci-après la traduction de cette lettre que Mr. J.D. Lockton adressait au nom
de General Electric aux deux signataires du memorandum,
MM. Reyre et Vieillard. Cette lettre fut remise à
midi le lundi 13Avril à Mr. Guy Severac, Directeur
de la filiale Bull de New-York. Celui-ci prit
immédiatement l'avion pour Paris, atterrissait à Orly le mardi matin 14
Avril, c'est à dire quatre heures avant que s'ouvre au Théâtre des Champs-Elysées l'Assemblée Générale des actionnaires de
Bull. A cette première lettre en était jointe une seconde, adressée aux mêmes
destinataires, énumérant les différents points restants à discuter avant
d'arriver à un accord définitif. New York le 13 Avril 1964 à Monsieur Georges Vieillard COMPAGNIE OES MACHINES BULL Monsieur Jean Reyre BANQUE DE PARIS ET DES PAYS-BAS General Electric Company a étudié le memorandum du 9 Avril 1964 indiquant les principes de
base de ses investissements et de son support technique à la Compagnie, des
Machines Bull, principes qui ont été élaborés à Paris entre vous deux et
Monsieur John Lockton, "treasurer". General Electric Company comprend que
ces principes ont l'agrément du Gouvernement français, sous la réserve que ce
dernier puisse procéder à l'examen des accords définitifs. General Electric Company accepte que
ces principes constituent une base satisfaisante en vue d'un accord qui
serait à la fois avantageux pour les actionnaires de Bull, pour les
actionnaires de General Electric Company et pour la
France. General Electric Company s'engage à
consacrer ses meilleurs efforts pour l'élaboration des nombreux détails et
précisions qui seront nécessaires pour compléter cet accord. General
Electric Company by John D.
Lockton LES ACTIONNAIRES SE PRONONCENT "Le silence est la plus grande persécution; jamais les
Saints ne se sont tus." PASCAL – Pensées Mardi 14 Avril 1964;
il est 14 heures 30, l'Assemblée Générale Extraordinaire et à forme
constitutive devrait commencer. Mais à la porte du Théâtre des Champs-Élysées
il y a encore plusieurs centaines d'actionnaires qui attendent de pouvoir
entrer. La signature des feuilles de présence est longue car i1 faut donner à
chacun un carnet de bulletins de vote et inscrire sur chaque bulletin le
nombre de ses voix. Tout se passe
cependant dans un calme relatif ; Avenue Montaigne les cars de police restent
paisiblement alignés et le service d'ordre n'aura jamais à intervenir. A leur entrée dans
la salle, les actionnaires reçoivent un exemplaire du rapport du Conseil
d'Administration ainsi que le texte des résolutions qui seront mises aux voix
; rien de bien neuf dans tout cela pour les actionnaires, la presse en ayant
publié l'essentiel Mais leur attention est retenue par un autre document qui
leur est aussi distribué: c'est "L'Exposé
complémentaire du Président" qui résume les dernières conversations qui
viennent d'avoir lieu avec la General Electric. COMPAGNIE
DES MACHINES BULL Société Anonyme au capital de 140 399 100 F Siège Social: 94 avenue Gambetta - PARIS XX° EXPOSÉ COMPLEMENTAIRE du Président à l'Assemblée Générale Extraordinaire du 14
Avril 1964 Etant donné l'importance du vote que vous aurez à émettre, il est
indispensable qu'avant que vous vous prononciez, je vous fasse une
déclaration pour vous mettre au courant de l'évolution des évènements. C'est dans cet esprit qu'il a été procédé à un examen des
possibilités d'accord entre la COMPAGNIE DES MACHINES BULL et GENERAL
ELECTRIC COMPANY, compte tenu des préoccupations gouvernementales. Le cadre de ces nouvelles conversations a été soumis aux Pouvoirs
Publics qui en ont admis le principe. Ces conversations ont abouti à un mémorandum qui a été paraphé
Jeudi dernier 9 Avril. Ce mémorandum prévoit que votre Société deviendrait une holding
possédant les actions de trois autres Sociétés. La première, constituée avec
d'autres Sociétés françaises,
s'occuperait des études et fabrications spéciales concernant la Défense
Nationale. A une seconde seraient apportés nos moyens d'étude et de fabrication,
et la troisième serait purement commerciale. Dans ces deux dernières, la
GENERAL ELECTRIC COMPANY prendrait une participation et nous apporterait son
concours technique. Nous avons reçu ce matin une lettre de Monsieur Lockton dont je vais vous donner lecture. New York le 13 Avril 1964 à Monsieur Georges Vieillard COMPAGNIE OES MACHINES BULL Monsieur Jean Reyre BANQUE DE PARIS ET DES PAYS-BAS General Electric Company a étudié le
mémorandum du 9 Avril 1964 indiquant les principes de base de ses
investissements et de son support technique à la Compagnie, des Machines
Bull, principes qui ont été élaborés à Paris entre vous deux et Monsieur John
Lockton, "treasurer". General Electric Company comprend que
ces principes ont l'agrément du Gouvernement français, sous la réserve que ce
dernier puisse procéder à l'examen des accords définitifs. General Electric Company accepte que
ces principes constituent une base satisfaisante en vue d'un accord qui
serait à la fois avantageux pour les actionnaires de Bull, pour les
actionnaires de General Electric Company et pour la
France. General Electric Company s'engage à
consacrer ses meilleurs efforts pour l'élaboration des nombreux détails et
précisions qui seront nécessaires pour compléter cet accord. General
Electric Company by John D.
Lockton Voici donc les lignes essentielles de l'accord qu'il est envisagé
de faire avec la GENERAL ELECTRIC COMPANY et que la future Direction de BULL
aura pour charge essentielle de mener à bien. Vous êtes maintenant entièrement informés de la situation et pourrez
ainsi prendre votre décision en connaissance de cause. - - - - - - - La salle du Théâtre
est maintenant archi-pleine ; près de 2.000 personnes sont là, parmi
lesquelles plus de 600 employés de la Banque de Paris et des Pays-Bas,
actionnaires d'occasion que la Banque a mobilisés pour former, le cas
échéant, les bruits de fond ; Mr. Reyre, le
Directeur Général de la Banque, est assis dons la première baignoire,
accompagné d'autres Directeurs de sa banque. Mr. Ponte, Président
Directeur Général de la C.S.F., a préféré se
perdre dans la foule et siège tout en haut de l'amphithéâtre, dans les
fauteuils du second balcon. Sur la scène, Mr.
Joseph Callies préside, entouré des deux
scrutateurs, son frère Mr. Pierre Callies et Mr.
Schulz, Directeur à la Banque de Paris et des Pays-Bas; Maître Leblond remplit les fonctions de Secrétaire. Il y a aussi
4 Huissiers de Justice qu'à la demande de Mr. Joseph Callies,
Monsieur le Président du Tribunal de Grande Instance de la Seine, a désignés
pour vérifier la régularité des opérations et dresser le procès-verbal de la
réunion. Ils sont entourés de nombreux sténographes et secrétaires. La feuille de
présence constate que 17.664 actionnaires sont présents ou représentés,
possédant 1.515.090 actions (sur un total de 2.807.982 actions existantes}.
Compte tenu des voix doubles des actions nominatives, le nombre total des
voix dont disposent les membres de l'assemblée s'élève à 2.243.500 voix. Le
quorum est largement atteint, l'assemblée est régulièrement constituée et
peut donc valablement délibérer. La séance est
ouverte avec un important retard et débute par la lecture du rapport du
Conseil d'Administration. ASSEMBLÉE GÉNÉRALE EXTRAORDINAIRE DU 14 AVRIL 1964 RAPPORT DU CONSEIL D'ADMINISTRATION MESDAMES, MESSIEURS, Nous vous avons réunis aujourd'hui en Assemblée Générale
Extraordinaire, afin de soumettre à votre approbation un certain nombre de
décisions importantes pour l'avenir de votre Société. Au cours de vos Assemblées Générales de juin dernier, nous vous
avons exposé l'ampleur des problèmes que posait le financement de l'activité
de votre Compagnie, et particulièrement le financement des matériels livrés
en " SERVICE BULL " et celui de nos services d'études et de
recherches. Au stade de développement actuel de la Compagnie, les livraisons
de matériels en" SERVICE BULL" représentent un investissement
annuel moyen de 150 millions de francs environ. C'est pour soulager notre
trésorerie d'une partie de cette charge que nous avons créé en 1963 la
Société LOCABULL. Quant à nos services d'études et de recherches, dont vous savez
combien le maintien est indispensable pour affronter la concurrence
internationale, leur coût annuel, bien que trop faible en valeur absolue,
représente environ 14% de notre chiffre d'affaires, pourcentage trop lourd
pour être supporté en permanence par nos prix de revient. Nous n'avons donc cessé de mener une action continue auprès des
Pouvoirs Publics en vue d'obtenir des marchés d'études, à l'instar de ceux
qu’obtiennent nos concurrents étrangers. Et c'est dans cette perspective que,
pressés par le Gouvernement, nous avons recherché dès l'année 1962 des
alliances avec d'autres sociétés
électroniques françaises. Conscient de la gravité de ces problèmes, votre Conseil
d'Administration a suivi de très près tout au long de l'année 1963
l’exécution du budget de dépenses qui avait été fixé, en sorte que celles-ci
ont pu se tenir à très peu près dans les limites qui avaient été arrêtées au
début de l’année. Pour faire face à ces besoins, nous avions établi un plan de
financement qui comportait un emprunt à long terme de 100 millions de francs
en juillet, permettant d’attendre une augmentation de capital prévue en
février 1964. A la même époque, nous étions convoqués par Monsieur le Ministre
d'Etat chargé de la Recherche Scientifique et des Questions Atomiques et
Spatiales à une réunion avec les Directeurs de la COMPAGNIE GÉNÉRALE D'ELECTRICITÉ (C.G.E.) et de la
CSF- COMPAGNIE GÉNÉRALE DE TÉLÉGRAPHIE SANS FIL, dans le but de rechercher
comment pourrait être constituée entre nous une association pour le
développement des recherches, en particulier dans le domaine des calculateurs
électroniques de haute performance, qui pourrait bénéficier de contrats de
recherche de la part du Gouvernement. Alors qu'au cours de l'été, un groupe de banques européennes
était disposé à étudier l'émission pour notre compte d'un emprunt à long
terme qui aurait assuré le financement de nos besoins, les autorisations
préalables nécessaires ne nous ont pas été accordées par la Direction du
Trésor. Nous savions que cette opposition nous mettrait dans une
situation difficile à partir du mois d'octobre et nous n'avions pas manqué
d'en faire part et au Ministre des Finances et à nos banquiers. Nous avons donc été dans l'obligation de solliciter du Crédit
National l'octroi d'un crédit à moyen terme de 45 millions de francs. Le
dossier fut déposé et donna lieu aux enquêtes et vérifications habituelles ;
mais l'octroi de ce crédit fut repoussé de mois en mois. Nous étions en pourparlers depuis plusieurs années avec la
GENERAL ELECTRIC COMPANY et, le 18 décembre, nous recevions de cette dernière
une offre de prise de participation. La GENERAL ELECTRIC COMPANY, est-il besoin de le rappeler, est
une des plus grandes Compagnies américaines : depuis quelques années, elle
est entrée dans le domaine des calculateurs électroniques et entend y prendre
une des premières places. Elle a récemment décidé d'entrer sur le marché
européen en liaison avec une firme européenne, et cela tant sur le plan
commercial que sur le plan industriel. II nous avait toujours semblé très
dangereux de voir se développer un second concurrent de cette envergure et nous
avions pensé que le mieux serait de trouver une entente avec lui. L'offre que nous avions reçue de la GENERAL ELECTRIC COMPANY
répondait exactement aux cinq conditions que nous avions imposées: - elle n'attribuait qu'une part minoritaire dans le capital
souscrit, - elle protégeait le développement de nos services d'études, - elle garantissait l'emploi dans nos usines, - elle s'engageait à favoriser nos exportations dans les pays
européens et aux Etats-Unis, - elle était subordonnée à l'accord du Gouvernement français. Cette offre était la confirmation indiscutable de la place
éminente que la COMPAGNIE DES MACHINES BULL avait su acquérir sur le plan
mondial. Elle était extrêmement intéressante pour la Compagnie, pour son
personnel et pour ses actionnaires. Elle permettait de résoudre les
difficultés actuelles de trésorerie, sans secours de l'Etat ; elle assurait
une activité grandissante de nos usines et de nos filiales étrangères ; elle
donnait à votre Société des nouveaux moyens techniques et financiers pour la
placer sur le terrain de la concurrence internationale et poursuivre son
essor. Monsieur le Ministre des Finances et des Affaires Economiques
nous a fait connaître, par lettre du 4 février 1964, que le Gouvernement
n'acceptait pas de donner l'autorisation sollicitée pour la réalisation de ce
projet. Au surplus, le Gouvernement décidait de résoudre autrement les
problèmes de la COMPAGNIE DES MACHINES BULL. Ces problèmes ont été examinés en liaison avec les Pouvoirs
Publics par la BANQUE DE PARIS ET DES PAYS BAS agissant comme chef de file du
pool bancaire, par la C.S.F. et par la COMPAGNIE
GÉNÉRALE D'ELECTRICITÉ. Ceci a abouti à un protocole qui a été présenté, le samedi 15
février dernier, par Monsieur le Ministre des Finances et des Affaires
Economiques, et que votre Président a été mis dans l'obligation de parapher,
conjointement avec les représentants de la BANQUE DE PARIS ET DES PAYS-BAS,
de la C.S.F. et de la COMPAGNIE GÉNÉRALE D'ELECTRICITÉ. Ce protocole a été précisé par un échange de lettres qui
définissent les différentes opérations, à savoir: 1° La réunion à très bref
délai des actionnaires de la COMPAGNIE DES MACHINES BULL en Assemblée
Générale Extraordinaire en vue d'augmenter le capital de F 35 000 000 par l'émission au pair, soit 50 F, d'actions
nouvelles de numéraire, dont la souscription serait entièrement réservée à la
C.S.F ., à la C.G.E., à la BANQUE DE PARIS ET DES PAYS-BAS et à des
Etablissements Publics et de Crédit. 2° La création de parts bénéficiaires donnant droit à 30% des super-bénéfices de la Compagnie, qui seront attribuées,
pour moitié aux actionnaires actuels en contrepartie de l'abandon de leurs
droits de souscription à cette première augmentation de capital, et pour
l'autre moitié à l'Etat, en contrepartie de son concours. Ces parts, d'une
durée limitée à 15 ans, pourront être échangées au cours de
l'exercice 1969 contre des actions de la Compagnie, dans des conditions qui
seront alors débattues entre les parties intéressées. 3° La réalisation d'une seconde augmentation de capital, garantie
par les banques du pool, en numéraire, par l'émission au pair, soit 50 F,
d'actions réservées aux actionnaires à raison d'une action nouvelle pour une
ancienne. 4 ° La proposition à l' Assemblée Générale des actionnaires de
remanier le Conseil d' Administration de façon à réserver au nouveau groupe
d'actionnaires les deux tiers des mandats d'administrateurs, bien qu'il ne
représente que 20 % du capital. Les engagements pris par l'Etat deviendraient
caducs si la composition du Conseil d'Administration était modifiée sans
l'agrément de tous les actionnaires du nouveau groupe. 5° L’arrêté des comptes de l’exercice 1963 compte tenu des
assainissements nécessaires, d’un commun accord entre les groupes
d’actionnaires anciens et nouveaux ou par un expert indépendant. 6° L’engagement par les banques de maintenir à leur niveau
actuel, pendant cinq ans, soit jusqu’au 31 décembre 1968, les crédits à court
terme et à moyen terme qu’elles ont consentis à la Compagnie avant le 1er
décembre 1963 pour le financement du fonds de roulement, des immobilisations
et du matériel mis en location, le tout à concurrence de F 191millions 7° La fixation du coût des crédits fixés ci-dessus à un taux
réduit pour les années1964-1965. 8° L’aménagement du concours à long et à moyen terme de 45
millions de francs sollicité par la Compagnie en décembre 1963 auprès du
Crédit National, de la manière suivante: a)
un montant de 10 millions sera accordé sous forme de prêt ou emprunt à
long terme, b) un montant de 35 millions sera
accordé par les banques du pool sous forme d’un crédit à moyen terme
réescomptable auprès du Crédit National, et dont le remboursement
s'échelonnera linéairement jusqu'à fin 1968. 9° L’ouverture de négociations avec LOCABULL en vue d'aboutir à
la résiliation des contrats passés entre les deux sociétés. 10° D’un autre côté,
l'Etat s'engage à garantir dans la limite de F 650 000 000 les emprunts ou crédits émis au cours de la période
1964/1968 pour le financement, Ies immobilisations
de la Compagnie, et des équipements nouveaux mis en location par celle-ci. 11° En contrepartie, l'Etat prendrait les garanties suivantes:
hypothèque sur tous Ies biens de la Compagnie, nantissement du fonds de commerce et des titres
appartenant à la Compagnie. 12° L’Etat s'engage à passer avec la
Compagnie, pendant les années 1964 à 1968. des marchés spéciaux d'études et
de développement d'un montant annuel minimum de F 30 000 000 qu'il s'efforcera d'accroître au cours des exercices
1965-1968 pour le rapprocher autant que possible de F 45 000 000. 13° L’Etat prendra les mesures
nécessaires pour que les commandes de matériel pour le traitement de
l'information passées par les administrations publiques et,
si possible, par les
Etablissements publics nationaux, la Sécurité Sociale et les collectivités
locales, soient équitablement réparties entre les principaux constructeurs. Votre Conseil
d’Administration, tout en estimant que la solution décidée par les Pouvoirs
Publics est beaucoup moins intéressante, tant pour le présent que pour
l’avenir, que celle offerte par la GENERAL ELECTRIC COMPANY, considérant que
l’offre de cette dernière a été formellement rejetée par le Ministre des
Finances et des Affaires Economiques, estime que, dans ces conditions, il
n'est pas d'autre solution que de se soumettre aux mesures qui lui sont
imposées. Nous vous avons donc réunis aujourd'hui pour soumettre à votre
approbation ces accords. Nous vous présentons d'abord le rapport prévu par l'article 6 du
décret-loi du 8 août 1935. D'après cet article 6, nous devons vous indiquer: 1° Les motifs de l'augmentation de capital de 35 millions de
francs: ce sont les besoins de trésorerie de la Société, dans le cadre du
plan d'ensemble qui vient de vous être exposé. 2° Les personnes auxquelles seront attribuées les actions
nouvelles sont : - LA CAISSE DES DÉPÔTS ET CONSIGNATIONS, 56, rue de Lille, PARIS, - LA COMPAGNIE GÉNÉRALE D'ELECTRICITÉ, 54, rue La Boétie, PARIS, Société au
capital de F 300 000 000, - LA C.S.F. - COMPAGNIE GÉNÉRALE DE
TÉLÉGRAPHIE SANS FIL, 79, boulevard Haussmann, PARIS, Société Anonyme au capital de F
85 747 000, - LA BANQUE DE PARIS ET DES PAYS-BAS, 3, rue d'Antin, PARIS, Société Anonyme au capital de F 202 680
000, - LE CRÉDIT LYONNAIS, 18, rue de la République, LYON, Société Anonyme au capital de F
180 000 000. - LE COMPTOIR NATIONAL D'ESCOMPTE DE
PARIS, 14, rue Bergère, PARIS, Société Anonyme au capital de F 90 000 000. - LA BANQUE NATIONALE POUR LE COMMERCE ET L'INDUSTRIE, 2 à 18, boulevard des Italiens. PARIS. Société Anonyme au capital
de Francs 120 000 000, - LA SOCIÉTÉ GÉNÉRALE POUR FAVORISER LE DÉVELOPPEMENT DU COMMERCE
ET DE L'INDUSTRIE EN FRANCE, 29, boulevard Haussmann. PARIS. Société Anonyme au capital de F
150 000 000. -- LA BANQUE DE L'UNION PARISIENNE. 6 et 8, boulevard Haussmann. PARIS, Société Anonyme au capital de
F 77 000 000, - LE CRÉDIT INDUSTRIEL ET COMMERCIAL, 66. rue de la Victoire, PARIS. Société Anonyme au Capital de F
80 000 000, - LA BANQUE DE LA COMPAGNIE FINANCIÈRE DE SUEZ. 1, rue d’Astorg. PARIS, Société Anonyme
au capital de F 10 000 000. - LA COMPAGNIE FINANCIÈRE DE SUEZ, I, rue d'Astorg, PARIS, Société Anonyme
au capital de F 149 102 400, - LE CRÉDIT COMMERCIAL DE FRANCE, 103, avenue des Champs-Elysées, PARIS,
Société Anonyme au capital de Francs 80 000 000, - LE CRÉDIT DU NORD, 28, place Rihour, LILLE, Société
Anonyme au capital de F 50 050 000. 3" Le nombre d'actions attribuées à chacune d'elles : ce
sont au total, 700 000 actions de 50 francs représentant une augmentation de
capital de 35 millions de francs répartie comme suit: -- LA CAISSE DES DÉPÔTS
ET CONSIGNATION, pour . . . .. . .................................................................. 200 000 actions - LA COMPAGNIE GÉNÉRALE
D'ELECTRICITÉ, pour . . . . . . ................. 162
500 actions - LA C.S.F. - COMPAGNIE GÉNÉRALE DE TÉLÉGRAPHIE SANS FIL, pour................................................... 162
500 actions - LA BANQUE DE PARIS ET
DES PAYS-BAS, pour . . . . . . .................................................................. 75
000 actions - LE CRÉDIT LYONNAIS,
pour.............. . 34 400 actions - LE COMPTOIR NATIONAL
D'ESCOMPTE DE PARIS, pour . . . .............................................................. 19200
actions - LA BANQUE NATIONALE
POUR LE COMMERCE ET L'INDUSTRIE, pour........................................................... 15
200 actions - LA SOCIÉTÉ GÉNÉRALE POUR FAVORISER LE
DÉVELOPPEMENT DU COMMERCE ET DE L'INDUSTRIE
EN FRANCE, pour . . . . ................................................................... 11200 actions - LA BANQUE DE L'UNION PARISIENNE, pour 5
000 actions - LE CRÉDIT INDUSTRIEL
ET COMMERCIAL, pour . . . . . . ................................................................... 5000 actions - LA BANQUE DE LA
COMPAGNIE FINANCIÈRE DE SUEZ, pour. .. .................................................................. 2 500 actions - LA COMPAGNIE
FINANCIÈRE DE SUEZ, pour 2
500 actions - LE CRÉDIT COMMERCIAL
DE FRANCE, pour 2
500 actions - LE CRÉDIT DU NORD,
pour................ . 2 500 actions 4° Le taux d'émission
et les bases sur lesquelles il a été déterminé: la solution décidée par les
Pouvoirs Publics comporte une souscription au pair, soit 50 F par action. Faisant abstraction des
cours de Bourse dont vous connaissez les variations, nous vous indiquons que
le bilan de l'exercice 1963 fait ressortir une perte et des dépréciations
exceptionnelles d'un montant total de 128 250 000 F. Après imputation de ces
pertes sur les réserves (260 millions), celles-ci seront ramenées à 131
millions environ pour un capital de 140 millions. Le taux d'émission au
pair a été fixé en tenant compte : D'une part des concours
importants liés à l'introduction du groupe nouveau, concours étayés par
l'aide des Pouvoirs Publics. D'autre part de l'évolution défavorable de la situation
financière depuis le 1er janvier 1964. Et aussi de l'attribution de parts bénéficiaires aux actionnaires
actuels à raison d'une part par action. Vous aurez à nommer un ou plusieurs Commissaires chargés de
vérifier et d'apprécier l'avantage particulier résultant de la réserve à
titre exclusif du droit de souscription au profit de certaines personnes
morales, à l'augmentation de capital en numéraire de 35 millions de francs
par création d'actions émises au pair. La cause de cet avantage particulier réside essentiellement dans
le fait par les bénéficiaires d'avoir permis, par leur concours, la mise sur
pied de l'opération qui vous est proposée. Vous aurez encore à décider la création de 5 615 964 parts
bénéficiaires donnant droit à 30% des super-bénéfices
de la Société pendant 15 années, à l'expiration desquelles elles perdront
tout droit. Ces parts seront attribuées pour moitié aux actionnaires actuels
en contrepartie de l'abandon de leur droit de souscription préférentiel à
l'augmentation de capital de 35 millions de francs sus-visée,
et pour moitié à l'Etat en contrepartie de divers concours. Elles pourront
être, au cours de l'exercice 1969, échangées contre des actions suivant des
conditions à déterminer à l'époque. Les statuts seront modifiés comme conséquence de la création des
parts bénéficiaires et un ou plusieurs Commissaires devront être nommés à
l'effet de vérifier et d'apprécier l'apport fait par l'Etat et la
rémunération de cet apport au moyen de l'attribution de parts bénéficiaires
(ces Commissaires pourront être les mêmes que ceux dont il a été question
plus haut). Enfin, il vous est proposé d'autoriser le Conseil
d'Administration à augmenter ultérieurement le capital social, à l'époque
qu'il déterminera, d'une somme de F 175 399 100, par l'émission au pair de 3
507 982 actions de 50 francs chacune, dont la souscription sera réservée aux
actionnaires de l'époque à raison d'une action nouvelle pour une action
ancienne, et sera garantie par les banques du pool. Votre Conseil
d'Administration attire votre attention sur l'importance et la gravité des
votes auxquels vous allez participer et sur les conséquences qui pourraient
résulter du rejet des propositions qui vont vous être soumises. Je pense vous avoir exposé
la situation en toute objectivité. Des pourparlers sont actuellement en cours, dont le principe a
été accepté par les Pouvoirs Publics, qui nous laissent espérer que, dans un
cadre conforme aux directives gouvernementales, en accord avec les
représentants des nouveaux souscripteurs, une solution pourra être trouvée
qui, non seulement nous permettrait de résoudre nos difficultés actuelles,
mais qui pourrait dans l'avenir permettre à notre Société de poursuivre
heureusement son développement au grand profit de son personnel, de ses
actionnaires et de notre pays. Après cette longue
lecture, le Président prend alors la parole pour lire lui-même l'Exposé
complémentaire dont le texte avait été distribué à l'entrée de la salle. Puis les
actionnaires doivent encore écouter le rapport spécial établi par le
Commissaire Mr. Sorlin, conformément à l'article 7
du Décret-Loi du 8 Août 1935 concernant
l'augmentation de capital prévue et le taux d'émission des nouvelles actions.
Enfin c'est au tour du Secrétaire de donner lecture des accords aux termes
desquels l'Etat apporte divers concours à la Société ainsi qu'une communication
du Président sur les résultats de l'exercice 1963. Une longue
discussion va alors commencer, le Président répondant au fur et à mesure aux
différentes questions qui lui sont posées. On trouvera à l'Annexe VI le
compte-rendu intégral de cette Assemblée tel qu'il a été dressé par les
Huissiers. Au début la réunion
a été assez houleuse ; certains auraient désiré que l'Assemblée Générale soit
ajournée, ce qui ne pouvait être accepté étant donné l'urgence de prendre des
décisions positives vu l'état de la Trésorerie. D'autres actionnaires
auraient voulu que soit proposé à l' Assemblée le vote de motions
préjudiciables ou que les textes des résolutions proposées par le Conseil
d'Administration soient modifiées, mais là on se heurtait à des
impossibilités juridiques. D'autres encore allaient jusqu'à mettre en doute
la validité des décisions qui pourraient être prises par l'Assemblée en raison
de modifications apportées par le Conseil d'Administration au texte de son
rapport. Un actionnaire proposait que: "Constatant
que l'ingérence des Pouvoirs Publics dans la vie de la Société revêtait un
caractère d'abus de pouvoirs, l'Assemblée protestait contre les pressions
exercées sur le Président et la mise devant le fait accompli ; avant que
soit réunie conformément à la Loi, une Assemblée informée, consultée et
libre de ses mouvements." Le président devait
alors donner la parole à Mr. Vieillard qui avait mené les conversations avec
General Electric et qui fit la déclaration suivante : "Je prends
la parole tant en mon nom
personnel qu'au nom "d'un grand nombre d'actionnaires, dont le seul
souci est d'assurer pour un long avenir la prospérité de la Compagnie. "Ils ont
pensé, qu'ayant assuré la Direction de BULL depuis 1932 jusqu'a ma retraite il y a deux ans et
demi, et qu'ayant été chargé par votre Conseil de mener les négociations avec
la General Electric Company, et ceci en raison des relations que j'entretiens
depuis longtemps avec les
dirigeants de celle-ci, je
devais vous donner mon opinion. "Messieurs,
nous devons avant tout être réalistes ;
la situation est telle qu'aujourd'hui il faut obligatoirement en sortir sans plus de délai "Je ne reviendrai
pas sur les efforts faits par votre Conseil pour obtenir les crédits dont la Compagnie avait besoin et
qui ont été refusés, et j'en arrive au protocole du 15
Février. "On
pourrait, certes, contester sur bien des points la force juridique de ce document. "L'éminent
spécialiste auquel votre Conseil
a demandé une consultation, Maître BOISSARIE, Avocat à la Cour, ne nous en a pas caché
les faiblesses. Nous les avons, bien entendu, signalées aux représentants des
Pouvoirs Publics. Mais nous avons dû nous incliner devant l'argument sans
réplique de « la raison
d'Etat » Au surplus, notre souci essentiel est de trouver une solution pratique et raisonnable aux multiples problèmes que
pose Bull. " J'ai
donc recherché une formule
qui, tout en respectant
intégralement ce protocole et en se conformant aux vues du Gouvernement, pût recevoir ensuite votre approbation et ouvrir des espoirs sérieux pour l'avenir de notre Compagnie, c'est-à-dire à ses actionnaires comme à son personnel. "C'est ainsi
que,
dans les tout derniers jours, a été
élaborée, discutée, présentée
et approuvée dans son
principe par les Pouvoirs Publics la solution qui vous a été exposée par notre Président. "Il est
évident que, dans
un si court délai, il n'a pu être établi qu'un schéma qui demandera de
nombreuses semaines pour être mis en
forme et discuté dans tous ses
détails. Ce n'est qu'après cette
période de négociation qu'il pourra être présenté à
l'agrément définitif des Pouvoirs
Publics et soumis à
votre ratification. "Veuillez
bien noter, Messieurs, que tout ceci ne
peut être mis en route que si, tout à l'heure, vous
approuvez les résolutions qui vous seront soumises. Ce vote est donc grave. "II
nécessite de votre part un acte de foi dans l'avenir, comme dans ceux qui
auront demain la responsabilité de la Direction de votre Compagnie. "Nous devons
être convaincus que ceux-ci n'auront pas d'autre préoccupation que l'intérêt
propre de votre Compagnie et la volonté de mener a bien cet accord
extrêmement prometteur dont les principes de base sont déjà acquis. "En conclusion,
je pense donc, qu'en fonction du mémorandum du 9 Avril, il faut voter "OUI" aux
résolutions qui vont être mises aux voix, et cela, quels que soient les
sentiments que vous puissiez avoir à leur sujet. Que ce soit un
"OUI" à l'Avenir, à un avenir meilleur pour tous. Ces paroles furent approuvées par la grande majorité de
l'Assemblée d'autant, comme le faisait remarquer un actionnaire que: "Si
le projet était écarté par le vote de
l'Assemblée, la Compagnie se trouverait
sur le champ dans une situation d'autant plus grave qu'aucune solution de rechange ne pouvait être
sérieusement évoquée"; Après une intervention de Mr. Alleaume,
Président du Groupement de Défense des Actionnaires, concluant à l'adoption
des résolutions proposées, et la décision prise par le Bureau de l'Assemblée
qui, ne pouvant modifier les
résolutions proposées et déposées comme le veut la Loi 15 jours avant
la réunion, avait préparé
la résolution supplémentaire suivante : "L'Assemblée Générale
décide de modifier le texte du 1er alinéa de la 1ère résolution en y ajoutant
les mots suivants : "et en fonction du mémorandum visé dans l'exposé
complémentaire du Président" Pour répondre à la demande d'un certain nombre
d'actionnaires, et conformément aux statuts de la Société, le vote eut lieu au scrutin secret.
Toutes les résolutions devaient être adoptées à une très large majorité (2
millions de voix pour, 140.000 voix contre
et 10.000 abstentions). Voir le Compte-rendu de cette assemblée à l'Annexe VI. COMMENTAIRES ET REACTIONS "J'en passe et des meilleurs". VICTOR HUGO. Hernani Il est impossible de
résumer ici, même brièvement, tous les commentaires de la Presse sur la
longue et nombreuse réunion du 14 Avril. Le procès-verbal dressé par les
Huissiers, dans la sécheresse de son exactitude, ne reflète nullement
l'atmosphère qui régnait dans la salle et passe entièrement sous silence les
interruptions et les bruits divers qui n'ont pourtant pas manqué. Il faut se
contenter de citer ici quelques titres d'articles de journaux : Le Théâtre des
Champs-Élysées affiche Bull France-Soir Bull: une assemblée très dure Finances Bull se ramifie en 3 Sociétés: la bombe éclate;
une discussion houleuse Figaro Cinq heures de débats tumultueux; Coup de théâtre : la General Electric entre en
scène ! Vie
française Affrontements
dramatiques à l'Assemblée Bull entre irrédentistes et partisans du compromis Les Echos Bull: tumulte mais accord ratifié par les
actionnaires L'Aurore Bull est mort: Vive
Bull. C'était l'épilogue de l'affaire
Bull. Tumulte aux Champs Elysées
; L 'accord s 'est fait au cri: A poil ! Paris-Presse Certains journaux
devaient donner à leurs papiers une tournure
politique. Le Gouvernement s'est
trompé L'Opinion Bull : Giscard est perforé France
Observateur La General Electric
fait reculer notre Général Minute Le Général de Gaulle
n'a pu faire cavalier seul Journal de Genève Beaucoup de journaux
étrangers faisaient suivre le compte rendu de l'Assemblée Générale de la
déclaration suivante que Mr. Borch, Président de la
General Electric avait faite à New-York : "Nos deux
compagnies sont en négociation en vue d'apporter un appui technique à la
construction des calculateurs par la Cie des Machines Bull et de réaliser un
investissement de la General
Electric dans certaines filiales de Bull. Ces négociations sont conformes à
la position du Gouvernement Français et leur aboutissement dépendra de
l'approbation du Gouvernement." D'autre part "Opera - Mundi" consacrait
entièrement sa "Lettre de la semaine" à l'affaire Bull et celle-ci
résume très objectivement la situation telle qu'elle apparaissait à ceux qui
n'étaient pas directement mêlés aux négociations en cours. Voici le texte de
cette lettre : LA LETTRE DE
LA SEMAINE Si l'on voulait emprunter à Shakespeare une définition appropriée
de l'affaire Bull, après l'Assemblée Générale extraordinaire quelque peu mouvementée
qui s'est tenue à Paris le 14 avril dernier (au Théâtre des Champs-Élysées
précisément), on pourrait hésiter entre "Beaucoup de bruit pour rien" et "La Comédie des erreurs", tout en écartant la forte
tentation de faire appel à "
Tout est bien qui finit bien" , au fond, rien n'est encore terminé
dans cette affaire, b1en qu'une espérance sérieuse commence à se faire jour
de voir le bon sens finir par prévaloir. Au demeurant, quelque jugement que
portent sur elle les générations futures, il est d'ores et déjà certain
qu'elle marquera dans les annales du Marché Commun. A l'ouverture de la séance, seuls quelques initiés connaissaient
la véritable situation, et pour cause, puisque celle-ci était demeurée mouvante
jusqu'à la dernière minute. Tous les
autres en étaient restés à la solution dite "la plus française",
que nous avons analysée en son temps (voir « Lettre » n° 240, du 20
février 1964), et ils s'étaient préparés à en faire la critique la plus
sévère. Au lieu de quoi, ils se trouvèrent brusquement en présence de
propositions substantiellement différentes, de nature à désamorcer les coups
les mieux ajustés. Il n'était plus question de renoncer purement et
simplement à la participation de la General Electric Co
américaine, mais d'accepter les grandes lignes d'un projet incluant cette
participation. Il s'agissait en bref
tout à la fois d’approuver l'entrée du nouveau groupe imposé par l'Etat et
d'adopter le principe d'une transformation fondamentale des structures de la
Compagnie ouvrant ainsi la porte à la venue de la General Electric. Le
Président de l'Assemblée exposa en effet que la Compagnie "deviendrait
un holding possédant les actions de trois autres sociétés. La première,
constituée avec d'autres sociétés françaises, s'occuperait des études et
fabrications spéciales concernant la Défense Nationale. A une seconde
seraient apportés nos moyens d'étude et de fabrication, et la troisième
serait purement commerciale. Dans ces deux dernières, la General Electric Company prendrait une participation et nous apporterait
son concours technique". En fait, il
apparaît que le nouveau holding aura le contrô1e majoritaire de la filiale
n°1, des participations minoritaires pouvant y être attribuées, mais à des
sociétés françaises seulement. La filiale n° 2 sera également sous son
contrô1e majoritaire, mais la participation
minoritaire sera cette fois détenue exclusivement par General Electric. Quant
à la filiale n° 3, c'est General Electric qui y sera sans doute majoritaire,
une forte minorité appartenant au holding Bull. La filiale n° 1 aura des
activités orientées exclusivement vers les productions militaires ; la
filiale n° 2 se consacrera aux productions civiles, et la filiale n° 3 sera à
vocation purement commerciale. Comment était-on arrivé à ce schéma apportant une solution
relativement simple au problème - sur lequel on avait buté si longtemps - de la nécessaire conciliation entre les impératifs du
développement technologique et économique de la Compagnie et ceux de l'intérêt
national ? A propos des communiqués publiés les l5 et 16 février derniers -
et surtout du second, dans lequel il était précisé qu'une éventuelle
"collaboration ultérieure avec des sociétés étrangères ... ne pourra prendre la forme d’une
participation mais seulement d'une collaboration technique" - qui
semblaient sceller le sort de Bull, nous écrivions à l'époque: "On peut
se demander si les bureaux gouvernementaux qui ont soutenu cette solution, en la croyant
"plus française", ne regretteront pas amèrement un jour d'avoir
ainsi brisé le développement naturel d'une grande firme française". Et
nous ajoutions: "Reste à savoir ce que la collaboration technique de la
CSF et la CGE - entreprises assez peu avancées sur le plan des ordinateurs -
apportera à Bull, et à quel stade la
question d’une prise de participation d’un groupe étranger se posera à
nouveau, malgré l’attitude négative manifestée pour l'instant à ce sujet
par le gouvernement français. Mais cela, c'est une autre histoire". Les regrets sont apparus plus rapidement qu’on
n’osait l’espérer. Ce fut d'abord le futur groupe de contrôle, essentiellement
les compagnies CSF et CGE ainsi que la Banque de Paris et des Pays-Bas - qui,
mis en face des responsabilités qu'il aurait à exercer, finit par appréhender
que celles-ci ne soient bien lourdes sans 1’appui de la General Electric. De
son côté, l'Elysée s'intéressa à
nouveau à la question, et dans un sens modérateur. Partout on commença à
comprendre que L'opération se présentait d'autant plus mal que la General Electric avait entre temps entamé
des négociations avec Telefunken, Siemens et
Olivetti, et confirmé son intention de disposer d'une base d'opérations
européennes, avec, pour conséquence inévitable, en vertu du Marché Commun, la
possibilité à terme pour elle d'introduire librement ses ordinateurs en
France. C'est alors que
s'échafauda, avec l'assentiment de l'ensemble du Conseil d'administration (y
compris les représentants du nouveau groupe), le projet des sociétés
multiples. Les pouvoirs publics, consultés ne dirent pas non. General
Electric semblait toujours intéressée, sans cacher que ses négociations avec
Olivetti étaient maintenant trop avancées pour qu'elle ne se trouve pas
obligée, en toute hypothèse, de comprendre dans ses calculs le potentiel
industriel et commercial de cette firme. Il y eut de nombreux
pourparlers; Georges Vieillard, l'un des fondateurs de Bull, et Pierre Ginier-Gillet,
directeur général adjoint, se rendirent à plusieurs
reprises à New York, tandis que John Lockton, Treasurer de la
General Electric, faisait le voyage en sens inverse. Des experts de la
compagnie américaine eurent l'occasion d'apprécier sur place l'ensemble des
installations Bull. Enfin, les grandes lignes d'un accord possible se
dégagèrent, qui reçut l'approbation de principe da gouvernement français.
Mais ce n'est que le 9 avril, cinq jours avant l'Assemblée Générale, que M. Lockton signa avec Bull et avec la Banque de Paris et des
Pays-Bas, chef de file des banquiers de la compagnie, un mémorandum fixant
les grandes lignes d'un futur accord définitif. Finalement, c'est le matin
même du 14 que Bull reçut une lettre de M. Lockton
confirmant que sa société approuvait ce mémorandum et s'engageait "à consacrer
ses meilleurs efforts pour l'élaboration des nombreux détails qui seront
nécessaires pour compléter ces accords". On aborda donc l'Assemblée générale dans une
atmosphère paradoxale. Le rapport, tel
qu'il avait été préparé par le Conseil avant la reprise des négociations avec
General Electric, contenait un jugement fort sévère ,sur la formule
préconisée par le gouvernement français, en recommandant néanmoins
l'acceptation, faute d'autre issue: "Votre Conseil d’administration,
tout en estimant que la solution décidée par les pouvoirs publics est
beaucoup moins intéressante, tant pour le présent que pour l'avenir, que
celle offerte par la General Electric Company, considérant que
l'offre le cette dernière a été formellement rejeté par le Ministre des Finances
et des Affaires Economiques, estime que dans ces conditions, il n'est pas
l'autre solution que de se soumettre aux mesures qui lui sont imposées. Votre
Conseil attire votre attention sur l’importance des votes auxquels vous allez
participer et sur les conséquences qui pourraient résulter du rejet des
propositions qui vont vous être soumises". Ces passages subsistèrent dans la version finale du rapport. En
revanche, d'autres considérations se trouvaient dépassées et furent supprimées
: "Votre Conseil estime qu'il doit encore une fois exprimer son regret
de n'avoir pu obtenir du Ministre des Finances et des Affaires Economiques
les autorisations nécessaires à la réalisation d'un projet qui aurait permis
à notre Compagnie, en bénéficiant du concours technique d’une société
éminente, de devenir l’une des plus grandes sociétés européennes, au profit
de son personnel, de ses actionnaires, et aussi de son pays". En outre,
une annexe vint donner quelques indications sommaires sur l'accord possible
avec la General Electric Co, "compte tenu des
préoccupations gouvernementales", ainsi qu'une brève définition de la
future structure de la compagnie, dont nous avons déjà parlé. Finalement, le
président donna la lecture de la lettre reçue de M. Lockton
le matin même. Les
actionnaires présents se trouvaient ainsi en porte à faux. Ils étaient
venus pour manifester leur indignation devant la solution qui leur était
imposée et le refus opposé à la participation de General Electric. Et voilà
que cette participation, sous une forme modifiée, il est vrai, semblait de
nouveau possible, en combinaison avec la formule préconisée par le gouvernement. Tout en s'en
réjouissant, ils ne comprenaient pas bien pourquoi, alors, il fallait voter
aussitôt, ni pourquoi il était nécessaire de changer le Conseil en y donnant
la majorité aux représentants, d'une minorité tout nouvellement entrée, après
que les accords de la dernière heure avec General Electric - un véritable
tour de force - aient été, après tout, l'oeuvre de l'ancien Conseil. Un
ajournement leur semblait donc préférable, ouvrant une période de
tranquillité favorable a la mise au point définitive des accords avec la
compagnie américaine, à la définition précise des structures à donner aux
nouvelles sociétés, à l'élaboration des ajustements devenus indispensables
dans le protocole signé avec le nouveau groupe de contrôle et l'Etat. Un tel
ajournement aurait de plus permis de savoir si vraiment un changement de
contrôle s'imposait encore, ce dont doutaient la plupart des actionnaires qui
intervinrent dans le débat. On leur demandait en somme d'approuver des
résolutions définitives alors que la situation était encore extrêmement
mouvante. Pour justifier une décision immédiate, le président de Bull, M. Callies
invoquait les échéances que la compagnie n'était pas en mesure d'assurer sans
le concours du nouveau groupe. Le motif est peu convaincant car, en raison
précisément de ces perspectives nouvelles, le crédit de la Compagnie se
trouve suffisamment amélioré pour que les concours nécessaires ne lui fassent
pas défaut. Il est plus vraisemblable de penser qu'au point où il en est, M. Callies a voulu éviter tout ce qui aurait risqué
d'ébranler le nouvel édifice qu'il est en train de construire : puisque le consentement de l’Etat à
l’accord avec General Electric est lié à l’entrée du nouveau groupe, autant
en finir avec cette dernière phase de l’opération, quitte à renégocier par la
suite sa structure exacte. M. Vieillard l'a d'ailleurs nettement dit au
cours de son intervention (qui, comme celle de M. Callies,
visait à obtenir l'approbation de la résolution) : "Il est certain que,
dans le cadre d'un accord avec la General Electric, dans lequel celle-ci nous
apportera des capitaux, les accords avec l'Etat devront être modifiés. En
contrepartie de l'effort qui a été prévu par le gouvernement, ce dernier a
pris des garanties qui nous laissent peu de liberté. Nous sommes obligés,
pour conclure l'accord avec la General Electric, de nous libérer de ces
entraves et, par conséquent, de ne pas accepter la totalité de l'appui
financier du gouvernement. Nous retrouverions, dans ce cas, un peu de notre
liberté". C'est après toutes ces assurances que fut votée la résolution
décidant une augmentation du capital réservé au nouveau groupe par 2.084.113
voix pour, 120.116 voix contre ou abstentions; les 2.204.229 voix exprimées
correspondent à 1.478.655 actions (les actions nominatives ayant une voix
double), sur un total de 2 807 982 actions. Les actionnaires réussirent
néanmoins à introduire une soupape de
sûreté en votant une résolution 1 bis dans laquelle il est précisé que
l'Assemblée a pris ses décisions "En fonction du mémorandum dont Il est
question dans l'exposé complémentaire du Président". Ces chiffres
reflètent mal le climat de la salle tout au long des délibérations :-Des
jugements très durs furent portés sur
l' "interventionnisme" de l'Etat dans les affaires d'une société
privée ("Le Gouvernement sort de son rô1e en intervenant", "L'Etat ne nous inspire aucune confiance etc.), et les
actionnaires manifestèrent nettement leur désaccord avec l'ostracisme
officiel qui pèse sur l'implantation de Compagnies étrangères, Les investisseurs comprennent apparemment
beaucoup mieux que certains milieux administratifs que le maintien dans la course de l’industrie française dépend dans
certains secteurs d’une collaboration étroite avec des industries étrangères
pour autant que celles-ci apportent des éléments valables dans la corbeille
de mariage. La direction actuelle de Bull mise maintenant sur les chances
qu'elle a de faire évoluer la nouvelle structure de la Compagnie en gardant
ce qu'il y a de bon dans les accords avec l'Etat et les nouveaux souscripteurs,
et en y superposant le holding et ses trois filiales. Il s'agit là d'un
effort tout empirique pour créer l'ordre à partir du chaos. Si le succès couronne cet effort, le résultat final sera peut-être meilleur pour Bull que si l'on
en était resté à la formule originelle d'une participation de 20% de la
General Electric, et cela pour deux raisons : (1) une consolidation des
appuis bancaires de la Compagnie est une bonne chose en soi, et on peut
considérer également comme une évolution heureuse que l'Etat donne finalement
son appui à une grande entreprise française d'ordinateurs, après s'en être si
complètement désintéressé auparavant ; (2) si la General Electric reste en
dehors du holding ainsi que de la filiale no 1, spécialisée dans les
problèmes de Défense, elle aura en revanche une participation nettement
supérieure à 20% dans les deux autres filiales, ce qui l'incitera sûrement à
les soutenir davantage. Comme Bull apporte à la filiale n° 2 tous ses moyens d'étude et
de fabrication (exception faite pour ceux qui iront à la filiale n° 1, mais
il est possible que ce soit peu de chose puisque celle-ci fera normalement
construire à façon la plupart de ses équipements par la filiale n° 2 travaillant
pour le secteur civil), elle aura intérêt à y réserver à son partenaire
américain une participation aussi
proche que possible de 49% pour que ce dernier lui apporte un maximum
d’actifs et d’appuis. Quant à la filiale n° 3, consacrée aux activités
commerciales, il est possible que Bull s'y contente d'une part minoritaire,
d'autant plus que General Electric lui fera sans doute apport de
l'organisation commerciale de la branche ordinateurs d'Olivetti (cette
branche est d'ailleurs issue d'une
alliance d'Olivetti avec Bull, bien que cette dernière n'y ait plus
que 5% contre 95% à la firme italienne), et peut-être même d'autres compagnies
européennes d'ordinateurs. Bull a fondé en Suisse, l'an dernier, un holding
qui devait détenir ses participations étrangères et faciliter ses financements
internationaux ; il se peut que ce soit ce holding qui devienne en fin de
compte la filiale n° 3, et qui, dans ce cas, reprendrait également la part de
Bull dans la société qu'elle avait créée en Grande-Bretagne avec le groupe De
La Rue. Si donc le partnership avec la General
Electric doit devenir plus étroit dans le cadre des filiales 2 et 3, -
ce qui constituera un véritable "challenge" pour IBM - en
revanche la filiale n° 1 pourrait, être formée en association avec certains
participants du nouveau groupe minoritaire, notamment les deux sociétés
françaises d'électronique. Si toutes ces transformations ont lieu demain, on peut se
demander comment fonctionnera Bull au plus haut échelon, el si notamment la
remise de la gestion au nouveau groupe minoritaire, du fait de sa majorité de
2/3 au Conseil, doit être prise à la lettre ? Il pourrait paraître illogique
que les actuels dirigeants, qui ont largement contribué à l'élaboration des
nouvelles structures, se trouvent éliminés de la gestion. M. Callies se
retirera sans doute de la présidence effective, tout en continuant à collaborer
aux travaux du Conseil, mais pour le reste il est probable qu'il n’y aura pas de véritable changement
de chevaux à mi-course et que le nouveau conseil essaiera de fonctionner en
bloc. Plusieurs banques, membres du nouveau groupe, laissent d'ailleurs
entendre qu'en raison de la modification de la situation consécutive à la
venue de General Electric, il serait peut-être normal de songer à une révision du prix d’émission des actions réservées au
groupe - et cela malgré l'accord de l'Assemblée pour l'émission au pair,
c'est-à-dire 50 F. - en les portant par exemple au double, ce qui,
serait encore de plus d'un tiers en dessous du cours de la Bourse. Il n'est
pas certain toutefois que de telles considérations d'ordre "moral"
seront approuvées par l'ensemble du groupe. : Quelle sera
l’attitude des syndicats ouvriers devant, cette évolution? Assez opposés
à l’origine a l'entrée de la General Electric, ils
espéraient d'abord que l'intrusion de l'Etat dans les affaires de Bull
finirait par se traduire par une nationalisation, grâce à laquelle ils
comptaient se trouver en position de force. Mais ils ont fini par découvrir
que le protocole paraphé par le président de la Compagnie ("que votre
Président a été mis dans l'obligation de parapher",dit
le rapport aux actionnaires) le 15 février dernier avec les Pouvoirs publics
et les représentants du nouveau groupe contenait, outre les 13 clauses
publiées, une 14ème clause restée secrète par laquelle le gouvernement
s'engageait à ne pas s’opposer aux licenciements qui s'avéreraient nécessaires.
Cela les a évidemment refroidis, et ils ont tout lieu de penser que le
renforcement de la Compagnie par l'appui d'une grande société américaine
permettra de réduire le nombre des licenciements prévus malgré certaines
coordinations de production indispensables à l'échelle européenne. "Tout est bien qui finit bien" ? Demain nous le dira. La décision de
conclure un accord avec General Electric prise par l'Assemblée Générale du 14
Avril devait anéantir certains projets faits par ceux qui croyaient bientôt
devenir les associés, si ce n'est les maîtres de Bull. Si on avait du
mettre en oeuvre la solution " dite française", n'avaient-ils pas
prévu que ce serait Mr. Ponte qui prendrait la Présidence du Conseil
d'Administration de Bull et que la Direction Générale de la société serait
confiée à un de ses proches collaborateurs; on parlait de Mr. Dambon, Directeur Général Adjoint de la C.S.F. Monsieur Ponte ne faisait nul mystère de ce projet
; il l'avait annoncé à plusieurs personnes à Paris et même à différentes
personnalités à New York ou il était allé quelques jours avant l'assemblée
générale de Bull. Dans cette
perspective Mr. Ponte avait demandé à Mr. Bunker de venir le retrouver à
Paris. Ce dernier était le Président de la
Société américaine Bunker-Ramo Company, filiale de la Société américaine Martin-Marietta qui avait pris le contrôle de la Société
américaine Ramo-Wolldrige dont la C.S.F. était licenciée par l'intermédiaire de sa filiale
C.A.E. (voir page 51) C'est ainsi que Mr.
Bunker arrivait à Paris le 12 Avril pour participer à la direction de la Cie
des Machines Bull dès que l'Assemblée Générale des Actionnaires de Bull
aurait ratifié le Protocole du 15 Février et que le Conseil d’Administration
remanié aurait porté à sa présidence Mr. Ponte. Quelques heures plus
tard la décision des Actionnaires de Bull devait mettre un point final à tous
ces projets. On conçoit mieux
ainsi quel pouvait être l'état d'esprit de Mr. Ponte quand, le lendemain de
l'Assemblée Générale de Bull, il faisait parvenir à tous les Directeurs et
Chefs de Service de la C.S.F. et de ses filiales,
la note dont on trouvera ci-après le texte : Le 15 Avril 1964 P.D.G. - M. PONTE à Tous Directeurs, Chefs de Service Filiales BULL - C.S.F. Les derniers développements de l'affaire Bull, marqués par
l'Assemblée Extraordinaire de cette Compagnie, en date du 14 Avril, m’ amènent à vous préciser ma position. Je tiens en effet à conserver votre estime et votre confiance. Votre estime J'ai accepté un protocole, daté du 13 Février 1964, souhaité par
le ministère des Finances et établi avec lui dans le but d'aboutir à une
solution "française" de Bull. Nous n'étions nullement demandeurs mais, malgré les sacrifices
qui en résultaient pour nous, j'avais adopté cette solution qui aurait été
capable de défendre un potentiel technique français. Les dispositions présentées à l'Assemblée de Bull et votées par
elle font de nouveau appel à la General Electric, dans des conditions telles
que celle-ci s'introduit dans le schéma de réorganisation avec une
participation qui ne sera pas inférieure à celle des projets initiaux qu'il
nous avilit été demandé d’écarter. CSF n’a été
mêlée ni de près ni de loin aux négociations conduites derrière la scène pour
en arriver là. En fait, c'est par méfiance que j'ai mis fin dès le début de
janvier à la mission de M. Bigard à Bull et refusé que CSF prenne la
Direction Générale de Bull dès le 15 Février. Je veux donc que vous sachiez que CSF n'a nullement participé à
ce double jeu. Votre confiance Ne vous laissez pas aller au découragement qui pourrait résulter
de cette atmosphère de défaitisme devant la puissance étrangère. Il ne s'agit pas d'être nationaliste à tout prix mais il n'y a
pas au monde un potentiel technique et humain qui aurait pu réaliser ce que
vous avez fait avec des moyens matériels modestes devant ceux des grandes
puissances américaines. Cela fait des années que, grâce à vous, nous avons conquis une
position internationale éminente, malgré les prophéties du défaitisme qui a
trop souvent droit de cité dans notre pays. Faites moi encore confiance pour nous tirer au mieux de la
situation actuelle dans le domaine des applications du calcul électronique et
de leurs annexes, et de la recherche associée. Suivant ma politique constante, il vaut mieux naviguer sur un
navire rapide peuplé par un équipage splendide que sur une caserne flottante
sans âme. La technique française n'est pas morte à cause d'accords auxquels
n'ont pas participé ceux qui y croient : notre force à nous, à vous, est,
précisément, que nous lui faisions confiance parce que c'est l'honneur de
notre vie. Il en sera encore de même cette fois. Malgré le vote de l'
Assemblée Générale, les accords signés avec le Gouvernement par les 4
partenaires du protocole du 15 Février, restaient encore valables. Cependant
la C.G.E. et la C.S.F.
essayèrent de prendre prétexte du "fait nouveau" pour se dégager
des engagements financiers qu'ils avaient contractés. Après toute une série
d'incidents, de démarches et de compromis, Mr. Ponte et Mr. Marterer, Président de la C.G.E.
durent reconnaître qu'ils étaient bien liés encore par la signature donnée. Au fur et à mesure
que les semaines s'écoulaient, les échéances de Bull se succédaient de plus
en plus difficiles. Pour y faire face, il fallait obtenir des crédits
nouveaux ce qui ne pouvait se faire sans obtenir d'abord l'autorisation du
Ministère des Finances. A chaque demande, celui-ci augmentait sa pression et
ses prétentions et c'est ainsi qu'à fin Avril, il exigea que sans plus
tarder le Conseil d'Administration de Bull soit remanié conformément au
protocole du 15 Février, bien que juridiquement on eut dû attendre la seconde
Assemblée Générale, convoquée pour le 12 Mai, qui seule pouvait rendre
définitives les décisions de la première Assemblée, c'est-à-dire
l'acceptation du protocole. Celui-ci prévoyait
que le nouveau groupe, quoique minoritaire puisqu' i1 ne devait posséder que
20 % des actions, serai t néanmoins représenté au Conseil de Bull par 8
administrateurs sur 12 ; il est bien certain qu'au point de vue juridique,
c'est là une conception fort peu orthodoxe ! Mais Bull n'était pas en mesure
de résister aux exigences du Ministre des Finances et c'est donc, dans ces
conditions, que le Conseil d'Administration dut se
réunir le 28 Avril sous la présidence de Mr. Joseph Callies. Voici le Procès
Verbal de cette réunion au cours de laquelle, après avoir entendu
successivement les déclarations de chaque administrateur, devaient être
prises des décisions découlant des votes de l'Assemblée Générale. Mr. Joseph CALLIES expose au Conseil
que Mr. Georges VIEILLARD et Mr. Roger SCHULZ, entre qui règne une grande
confiance, lui paraissent les plus qualifiés pour mener au nom de la
Compagnie les importantes négociations qui vont s'ouvrir avec la GENERAL
ELECTRIC COMPANY; Mr. Georges VIEILLARD, notamment, entretient depuis de
nombreuses années des relations avec les dirigeants de cette Société. Mr.
Joseph CALLIES propose donc que l'un et l'autre soient nommés Vice-Présidents ; il propose en outre que Mr. Georges
VIEILLARD soit nommé Directeur Général. Après en avoir délibéré, le Conseil se
déclare d'accord sur ces propositions. En conséquence, il prend à l'unanimité les deux décisions suivantes : . Le Conseil décide, de nommer Mr.
Georges VIEILLARD et Mr. Roger SCHULZ Vice-Présidents
pour la durée de leur mandat d'Administrateurs. . Le Conseil décide, sur la proposition
du Président, de nommer Mr. Georges VIEILLARD Directeur Général. Puis, Mr. Roger SCHULZ rappelle la
question du nouveau crédit de F 10.000.000 avec la garantie de l'Etat, qui
avait été exposée au Conseil dans sa dernière réunion du 24 Avril. Il fait savoir que, avant de signer
l'arrêté de garantie, le Ministère des Finances a demandé que la composition
du Conseil d'Administration soit remaniée des maintenant dans l'esprit du
protocole du 15 Février. En
conséquence, des conversations viennent d'avoir lieu et, à leur issue, le futur groupe des nouveaux
actionnaires a proposé, Comme Administrateurs chargés de le représenter, les
huit personnes suivantes : . Mr. Henri MIRAMBEAU, Directeur des
Etudes Militaires à la C.S.F.
et Mr. Jean ROY Directeur de l'Organisation et du Contrôle de la C.S.F. . Mr. Alain WILLK, Directeur Général
Délégué de la C.I.T. Compagnie Industrielle des
Télécommunications et Mr. Guy MARCILLE, Directeur des Services Administratifs
de la Compagnie Générale d'Electricité. . Mr. Jacques JOLY, Président Directeur
Général de la Société Fives-LiIle-CaiI. . Mr. René HERVET, Ingénieur Conseil au Crédit Lyonnais. . Mr. Georges VIEILLARD et Mr. Roger SCHULZ Il est donc nécessaire que la
composition du Conseil soit préalablement réduite à quatre membres désignés, en application du protocole, par le groupe
des actionnaires actuels. Mr. Joseph CALLIES prend alors la
parole. Il remercie d'abord les Administrateurs qui ont bien voulu lui
remettre leur démission. Il dit l'émotion qu'il éprouve à considérer la situation présente de la Compagnie après de si nombreuses
années de développement considérable. La Compagnie a été mise en porte-à-faux
et les longs mois de pourparlers qui lui ont été imposés ont gravement
déprécié les atouts dont elle disposait. Maintenant, sa position pour
négocier avec G.E. est beaucoup moins bonne qu'en
Décembre dernier, puisque la solution dite "française" a conduit à
une impasse et que G.E. n'apparaît plus en demandeur. Par ailleurs, G.E. a entre temps
traité avec la Société italienne Olivetti qui dispose d'une forte marge de
moyens industriels disponibles ; La Compagnie devra donc nécessairement partager avec la Société Olivetti
les charges d'études et de fabrication. Mr. Joseph CALLIES considère cependant
que le Conseil doit s'incliner et exprime le souhait que les personnalités
proposées comme nouveaux Administrateurs, qu'il ne connaît pas encore ( leurs noms ne lui ayant été remis que le matin même}, apportent désormais tous leurs soins à
défendre les intérêts de la Compagnie des Machines Bull. Mr. Joseph CALLIES expose que, à son avis, il convient de conserver au
Conseil, en premier lieu, les
deux Administrateurs de sa famille qui représentent le plus grand nombre
d'actions, c'est à dire Mr.
Jacques CALLIES et lui-même. Pour les deux autres postes d'Administrateurs,
il pense que le choix doit porter sur les membres du Conseil actuel qui
pourront le mieux aider la
Compagnie sur les plans industriel et financier; en conséquence, il propose Mr. Guy LE BRET, en
raison des nombreuses relations
qu'il entretient dans le monde
industriel, et Mr. Rémy SCHLUMBERGER, dont la Maison de Banque a toujours été
pour la Compagnie et ses
actionnaires un conseiller précieux. Le Conseil, après en avoir délibéré,
se déclare entièrement d'accord sur les propositions de son Président. Il décide donc de conserver, comme
Administrateurs représentant le groupe des actionnaires actuels, MM. Joseph
CALLIES, Jacques CALLIES, Guy LE BRET et Rémy SCHLUMBERGER. Ces quatre
Administrateurs déclarent accepter le maintien de leur mandat. Mr. Raoul HERMIEU et Mr. André KNUTSEN
déclarent alors qu'ils remettent leur démission d'Administrateur pour
permettre l'introduction des Administrateurs du nouveau groupe. Mr. Joseph
CALLIES fait savoir que Mr. Pierre CALLIES, Mr. Jacques BASSOT, Mr. Louis
BRICARD et la S.A. Papeteries AUSSEDAT-PONT-DECLAIX
donnent également leur démission d'Administrateur dans les mêmes conditions. Mr. Roger SCHLUZ prend alors la
parole. Il
déclare que, pour lui, qui a participé
aux travaux du Conseil depuis le mois d'Octobre dernier, le départ aussi
brutal, d'un si grand nombre d'Administrateurs lui cause un réel
déchirement, et il demande à Mr.
Raoul HERMIEU et à Mr. André
KNUTSEN d'être les interprètes de ses sentiments auprès des Administrateurs
qui sont absents. Il indique:
qu'il a apprécié de la manière la plus complète l'esprit d'équipe qui animait
le Conseil, dont le seul objectif était vraiment l'avenir de Bull ; tous
unis, ils ont lutté pour essayer de convaincre les interlocuteurs publics et
privés de la Compagnie ; il est convaincu qu'il a été fait un travail d'une
réelle efficacité. Très conscient que les Administrateurs démissionnaires ont
accepté, pour le bien de la Compagnie, un sacrifice tout à fait inhabituel, il espère qu'ils resteront
toujours aussi attachés à la
Compagnie et que celle-ci pourra encore faire appel à eux quand le besoin s'en fera sentir.
Enfin, il forme des voeux pour que le Conseil remanié soit animé de la même
foi et de la même énergie, avec comme seul but le développement de la
Compagnie au grand profit de son personnel et de ses actionnaires. Mr. Guy LE BRET remercie ensuite le
Conseil de la confiance qu'il vient de lui témoigner. Il rappelle spécialement le magnifique esprit
d'équipe dont le Conseil a été constamment animé, et le développement
considérable qu'avaient pris les affaires de la Compagnie, jusqu'au jour où
le Gouvernement a pris la décision
que l'on sait, décision qui a déjà coûté à la Compagnie un certain nombre de milliards d'anciens francs. Il
témoigne son admiration et exprime
ses remerciements à Mr.
Joseph CALLIES qui au cours de ces derniers mois, et malgré son prochain
départ, a continué à conduire
la Compagnie avec la même autorité, le même dévouement et la même rare
conscience. Mr. Jacques CALLIES et Mr. Rémy
SCHLUMBERGER s'associent entièrement aux paroles prononcées par Mr. Guy LE BRET . Mr. Georges VIEILLARD rappelle qu'il
est, avec Mr. André KNUTSEN, un des plus anciens de la Compagnie. Il déclare
que, s'il a accepté de quitter sa retraite, ce n'est pas seulement pour le
bien de la Compagnie, mais aussi, pour beaucoup, en raison de l'estime et de
l'amitié qu'il a pour Mr. Joseph CALLIES. Par ailleurs, il ne voudrait pas,
maintenant qu'il est un des huit Administrateurs représentant le nouveau
groupe, qu'on pense qu'il s'agisse d'une opposition, alors que son amitié et
son estime pour les Administrateurs anciens restent absolument complètes. Il
considère que la Compagnie est placée en
face d'une situation extrêmement difficile, en raison d'une part de la crise
morale qui l'affecte, et d'autre part de l'importance des négociations qui
vont s'engager; en conséquence,
il estime indispensable que les nouvelles personnalités qui vont entrer au
Conseil laissent à la
Direction l'autorité nécessaire pour faire ce qui doit être fait. Mr. Roger SCHLUZ considère que la
tâche qui reste à accomplir est énorme. Mr. André KNUTSEN, après avoir rappelé
qu'il est le plus ancien des Administrateurs, remercie le président pour le
magnifique travail qu'il a accompli. Grâce à l'esprit
d'équipe et aux efforts de tous, BULL était devenue une grande Compagnie
française ; mais des circonstances extraordinaires l'ont conduite à une impasse. Il espère cependant que les
obstacles pourront progre1sivement s'aplanir et que la Compagnie reprendra
un essor nouveau. Il remercie Mr. Joseph CALLIES et les autres
Administrateurs et leur exprime ses sentiments de très fidèle attachement. Mr. Raoul HERMIEU s'associe aux
paroles prononcées par les autres Administrateurs et déclare qu'on ne dira
jamais un assez grand merci à Mr. Joseph
CALLIES et à toute sa
famille. Le Conseil délibère
ensuite sur la question de la nomination des nouveaux Administrateurs, Monsieur le Président note que les
six Administrateurs maintenus sont présents et que le Conseil ainsi composé
peut valablement délibérer. Il est procédé d'abord au tirage au sort afin de
répartir les six sièges d'Administrateurs devenus vacants entre les personnalités à nommer. Puis le Conseil prend à l'unanimité les décisions suivantes : Le Conseil nomme Mr. Henri MIRAMBEAU,
demeurant à
Antony (Seine) 16, rue du Vallon, Administrateur, à titre provisoire, en remplacement de Mr.
André KNUTSEN, démissionnaire. Mr. Henri MIRAMBEAU exercera ses fonctions
jusqu'au jour de la réunion de l'Assemblée
Générale Ordinaire qui statuera sur les comptes de l’exercice 1965. Le Conseil nomme Mr. Jean ROY,
demeurant à
Paris, 148 Avenue de Malakoff, Administrateur, à
titre provisoire, en remplacement de
Mr. Louis BRICARD démissionnaire. Mr. Jean ROY exercera ses fonctions
jusqu'au jour de la réunion de l'Assemblée
Générale Ordinaire qui statuera sur les comptes de l’exercice 1964. Le Conseil nomme Mr. Alain WILLK,
demeurant à
Paris, 53 rue de Boulainvilliers, Administrateur, à
titre provisoire, en remplacement de
Mr. Pierre CALLIES, démissionnaire, Mr. Alain WILLK exercera ses fonctions
jusqu'au jour de la réunion de l'Assemblée Générale Ordinaire qui statuera
sur les comptes de l' exercice 1965. Le Conseil nomme Mr. Guy MARCILLE,
demeurant à
Paris, 67 Avenue Kléber, Administrateur, à titre
provisoire, en remplacement de Mr. Jacques BASSOT, démissionnaire. Mr. Guy
MARCILLE exercera ses fonctions jusqu'au jour de la réunion de l'Assemblée
Générale Ordinaire qui statuera sur les comptes de l'exercice 1968: Le Conseil nomme Mr. René HERVET,
demeurant à Paris, 2 rue Scheffer,
Administrateur, à titre
provisoire, en remplacement de la S.A. AUSSEDAT
-PONT DE CLAIX, démissionnaire. Mr. René HERVET exercera ses fonctions
jusqu'au jour de la prochaine Assemblée Générale Ordinaire qui doit statuer
sur les Comptes de l'exercice 1963. Le Conseil nomme Mr. Jacques JOLY, demeurant à Paris, 5 Rue Alexandre Cabanel, Administrateur, à titre provisoire, en remplacement
de Mr. Raoul HERMIEU, démissionnaire. Mr. Jacques JOLY exercera ses fonctions
jusqu'au jour de la prochaine Assemblée Générale Ordinaire qui doit statuer
sur les comptes de l'exercice 1963. Le nouveau conseil
se réunissait 2 jours après et, s'adressant aux six administrateurs qui
siégeaient pour la première fois, Mr. Joseph Callies
en leur souhaitant la bienvenue leur disait : "Vous entrez dans une maison qui, en 33 ans a eu un
développement considérable et qui vient de traverser une crise de croissance. Actuellement la situation n'est pas bonne. Elle est aggravée par
une crise financière et morale due en grande partie à la longue période
d'incertitude que nous venons de traverser . II a fallu un moral extraordinaire pour que la désintégration ne
soit pas plus profonde. Le personnel fait confiance au Conseil et est resté à son poste
en faisant son devoir d'une façon remarquable, mais il a particulièrement
souffert de ce que, pendant cette période, il n'ait pas été possible de
donner des directives précises et même de prendre un certain nombre de
décisions, dont cependant l'intérêt était absolument évident. Cette
préoccupation du travail de notre personnel est un de nos soucis majeurs. Malgré
ces 8 mois, nous avons
conservé nos forces d'études, industrielles et
commerciales, et notre chiffre d'affaires pour les 3 premiers mois est le
même que celui de l'année dernière à la même époque. Je ne voudrais pas laisser passer cette séance, devant vous, sans
renouveler mes remerciements aux 6 Administrateurs qui ont toujours apporté
leur concours dévoué à la Cie et qui l'ont encore prouvé avant-hier mardi, en
acceptant de se retirer pour vous laisser la place. Je suis persuadé que, comme eux, vous vous dévouerez entièrement
au bien de la Cie des Machines Bull, car le Conseil ne doit avoir que ce seul
but, indépendamment des intérêts que chacun de nous peut représenter par
ailleurs. Après ces paroles de
bienvenue, Mr. Vieillard rappelait brièvement les différentes phases des
négociations avec General E1ectric et la solution à laquelle on était
finalement arrivé. Mr. Schulz prenait
alors la parole. Après avoir rappelé la mission de liaison qu'il venait
d'assumer entre la Compagnie et le "nouveau groupe d'actionnaires",
il souhaitait à son tour la bienvenue aux nouveaux administrateurs. Il
demandait que l'on s'abstienne désormais de parler de "nouveau
groupe"et "d'ancien groupe", car il ne devait subsister qu'une
Compagnie, entièrement unie, dont la tâche était de négocier avec General
Electric, et qui devait reprendre le plus tôt possible son développement. Il soulignait que
les négociations qui allaient s'ouvrir s'avéraient très difficiles et qu'il
faudrait chercher avant tout à les faire aboutir et à ménager l'avenir de
Bull. Ces négociations ne devraient
être compromises par aucune autre préoccupation étrangère aux intérêts de la
Compagnie. Le Conseil décidait
enfin que les négociations avec la General Electric seraient menées par Mr.
Schulz entouré de Mr. Vieillard, de Mr. Wilk et de
Mr. Roy. LE REVIREMENT "Rien n'est fait aujourd'hui, tout sera fait
demain." ANDRE CHENIER- Epîtres La lettre de Mr. Lockton du 13 Avril 1964 adressée à MM. Vieillard et Reyre, donnait l'accord de principe de General Electric
au schéma qui avait été retenu ; il restait aux quatre délégués du Conseil
d'Administration de Bull à préciser les structures des différentes filiales à
créer. Mr. J.D. Lockton revenait une
nouvelle fois à Paris 1e lundi 4 Mai afin de participer aux conversations qui
devaient avoir lieu à ce sujet : il ne semblait pas qu'il dut
y avoir, du côté du Gouvernement, de difficultés puisque le projet était
connu par les différents ministères et qu'il n'avait été repoussé par aucun
d'eux. Au moment ou la
conversation allait s'ouvrir avec Mr. Lockton,
Monsieur le Ministre des Finances faisait savoir qu'il ne pouvait plus
admettre maintenant que General Electric possédât la majorité de la société
dite commerciale, tout au moins en ce qui concernait le marché français,
celui des autres pays du Marché commun et des pays d'influence française. Il est difficile
d'expliquer ce revirement du Ministre des Finances autrement que par le
retour à Paris de Mr. le Premier Ministre qui, en voyage au Japon, n'était
revenu à Paris qu'à fin Avril et auquel alors avait été présenté le nouveau
projet dont il ne restait plus qu'à préciser les détails. Son Directeur de
Cabinet, Mr. Ortoli, n'avait pas fait d'objections
lorsque ce projet lui avait été présenté par Mr. Schulz, mais Mr. le Premier
Ministre n'était pas très satisfait de l'accord si vite donné par son
Ministre des Finances à une association Bull-General
Electric contre laquelle ce dernier s'était si vigoureusement opposé depuis
plusieurs mois. Ce revirement
provoqua chez Mr. J.D. Lockton,
et les autres délégués de General Electric qui l'entouraient, stupeur,
indignation et colère. Ils ne pouvaient comprendre comment un Ministre
pouvait ainsi revenir sur la parole donnée. La nouvelle exigence du Ministre
des Finances détruisait tout l'équilibre du projet si laborieusement mis sur
pied et elle apparaissait d'autant plus inacceptable aux américains que,
constituant une sorte de partage des marchés, ce projet devenait ainsi
contraire aux lois des U.S.A. On en était arrivé
au point de rupture et il a fallu toute la diplomatie de ses interlocuteurs
pour empêcher Mr. Lockton de reprendre
immédiatement l'avion pour New-York, comme il en
manifestait la volonté. Il fallait absolument gagner du temps, laisser le
calme revenir, reprendre contact avec les Pouvoirs Publics, leur expliquer la
situation et leur faire préciser d'une façon définitive leur position. De nouveaux contacts
furent pris avec la rue de Rivoli, mais la réponse du Ministre des Finances
se faisait toujours attendre : promise pour le matin, puis pour 18 heures,
puis pour 22 heures, elle ne fut connue qu'une heure plus tard, dans la nuit
du vendredi 8 Mai : le gouvernement maintenait toutes ses prétentions. Il semblait bien
alors que tout fût terminé. Alertés au milieu de la
nuit, Mr. Reyre et Mr. Ambroise Roux rejoignirent à
son hôtel Mr. J.D. Lockton
qui depuis le début de la soirée était là, entouré de ses conseillers et des
négociateurs français. Il ne restait plus
d'autres possibilités de poursuivre les négociations que de convaincre le
Ministre des Finances de la nécessité d'atténuer ses exigences et de proposer
à Mr. J.D. Lockton les
aménagements nécessaires pour donner satisfaction au Gouvernement Français,
tout en restant dans le cadre prévu. Et c'est ainsi, que
rédigée au petit jour, pouvait être présentée au Ministre des Finances le
samedi matin 9 Mai, la note ci-après. NOTE relative aux accords BULL-GENERAL
ELECTRIC en ce qui concerne la Société Commerciale Afin de répondre au désir du Gouvernement français, la Compagnie
des Machines BULL proposera à la General Electric les modifications suivantes
au mémorandum du 9 Avril 1%4 qui sert actuellement de base de négociation
pour l'association projetée entre les deux Compagnies: La (ou les) société commerciale qui doit être créée conformément
au mémorandum et qui doit être détenue à raison de 51 % par General Electric
et 49% par BULL, vendra en France les matériels produits par la société de
fabrication française, à travers une nouvelle société qui sera constituée en
tant qu'agent de vente aussi bien vis-à-vis des administrations publiques que
de la clientèle privée. L'intention des parties n'est pas de limiter
l'activité de cette agence aux seuls produits fabriqués en France mais de
l'étendre en tant que de besoin à tous les autres produits vendus par la
société commerciale internationale. L'agence française sera détenue à raison de 51% par des sociétés
françaises et 49% par la General Electric. Elle bénéficiera de l'aide
technique et commerciale de la Société commerciale internationale. Elle sera
organisée de manière à réduire au minimum les incidences fiscales qui
pourraient provenir de la création d'une société nouvelle. 11 est entendu par
ailleurs que l'agence agira en tant que mandataire de la société commerciale
internationale qui fixera la politique de vente et sera chargée de la
coordination commerciale. General Electric s'efforcera de distribuer aux Etats-Unis
d'Amérique et dans d'autres pays les matériels de la Compagnie des Machines
BULL qui se révèleront adaptés aux marchés correspondants. Elle s'efforcera, de plus, de distribuer les mêmes matériels par
le canal de l'agence française dans les pays d'influence française. Afin de pouvoir poursuivre les négociations avec la General
Electric, la Compagnie des Machines BULL demande l'agrément des pouvoirs
publics sur les bases constituées par les points essentiels énumérés dans le
mémorandum du 9 avril complétés par les aménagements précisés dans la
présente note. 9 Mai 1964 Le dimanche 10 Mai,
Mr. Poniatowski adressait la réponse de son Ministre à Mr. Reyre en y joignant une seconde lettre, celle-ci adressée
à la Banque de Paris et des Pays-Bas, à la C.S.F.
et à la C.G.E. La Compagnie des
Machines Bull ne figure pas parmi les destinataires de cette lettre et c'est
pourtant elle qui est la principale
intéressée à toute cette affaire. Cette lettre fut forcément présentée
à Mr. J.D. Lockton et par
cela même connue de tous les négociateurs français et américains. En voilà le
texte : REPUBLIQUE
FRANCAISE MINISTERE DES
FINANCES et des AFFAIRES ECONOMIQUES Le Chargé de Mission auprès du Ministre Paris, le 10 Mai 1964, Messieurs, Vous avez bien voulu me
communiquer une note en date du 9 mai apportant un certain nombre de
précisions complémentaires aux accords Bull-General
Electric et sur les orientations desquelles je ne me propose pas de soulever
d'objection. J'ai pris note du fait que, conformément au désir que j'en avais
exprimé, ce document prévoit la création d'une société à majorité française
agissant comme agent général de vente, non seulement pour les produits
fabriqués en France mais en tant que de besoin pour tous autres produits
vendus par la Société commerciale Bull. J'ai également pris note de ce que General Electric s'efforcerait
d'assurer la distribution aux Etats-l1nis d'Amérique et dans d'autres pays
des matériels de la Compagnie des Machine Bull qui se révèleront adaptés aux
marchés correspondants. Je dois enfin souligner que le Gouvernement Français attache la
plus grande importance à la déclaration de la General Electric aux termes de
laquelle les parties contractantes s'efforceront de distribuer par
l'intermédiaire de l'Agence française dans les pays d'influence française les
matériels analogues à ceux qu'elles distribueront en France. Le Gouvernement Français souhaite que, dans ce domaine, vous vous
efforciez d'obtenir de votre côté et dans le cadre des négociations qui vont
maintenant s'ouvrir pour la mise au point du contrat, d'appréciables satisfactions
concernant les marchés des pays d'influence française ou voisins de notre
pays. Veuillez agréer, Messieurs, l'assurance de ma
considération distinguée. M. PONIATOWSKI. Banque de Paris et des Pays-Bas Compagnie Générale d'Electricité Compagnie Générale de Télégraphie Sans Fil. Cette lettre, malgré
le ton plus atténué dans lequel étaient présentées les nouvelles demandes du
Gouvernement Français, constituait cependant une modification assez profonde
des bases de l'accord dont le principe avait été accepté un mois auparavant. Mr. Lockton et Mr. Cross, Vice-President
Group Executive, de General Electric qui était venu
le retrouver à Paris, déclarèrent qu'ifs n'avaient pas les pouvoirs pour accepter
ces nouvelles demandes et qu'ils devaient en référer à leur Conseil
d'Administration. Avant de quitter Paris, ils rendirent visite à Mr.
Poniatowski : théoriquement il ne devait s'agir là que d'une visite
protocolaire de politesse, mois il y fut néanmoins question de la lettre de
l'avant veille au sujet de laquelle ils disaient ne pouvoir préjuger des
décisions qui seraient prises à New-York. Le mardi 12 Mai,
Messieurs Lockton et Cross quittaient Paris pour
les USA, quelques heures avant que les actionnaires se retrouvent pour la
deuxième fois ou Théâtre des Champs-Élysées en Assemblée Générale
Extraordinaire pour confirmer les décisions prises le 14 Avril. L’ASSEMBLEE
GENERALE EXTRAORDINAIRE "Des malheurs évités, le bonheur se
compose." ALPHDNSE KARR - Les
guêpes Quatre semaines sont
passées depuis le 14 Avril, les options ont été prises, le calme est revenu
et l'Assemblée Générale du 12 Mai 1964 n'a à son ordre du jour que l'approbation
des rapports des Commissaires désignés lors de la précédente assemblée, sur
les avantages particuliers réservés aux nouveaux souscripteurs et à l'Etat. A
moins d'incidents de séance toujours possibles, il n'y a pas de surprise à prévoir . Cette fois-ci le
Théâtre des Champs-Elysées est loin d'être
plein ; on ne compte guère plus de 850 personnes parmi lesquelles
le bataillon des employés de la Banque de Paris et des Pays-Bas - 400
environ- mobilisés une nouvelle fois. Il est vrai que pour cette deuxième
assemblée, le nombre des voix par actionnaire est limité à dix. Mr. Callies préside la séance, entouré des assesseurs :
Mr. Schulz et Mr. Vieillard qui remplace aujourd'hui Mr. Pierre Callies, et de Maître Leblond
qui remplit encore les fonctions de secrétaire. On retrouve les quatre
huissiers avec leurs sténographes et leurs secrétaires. Un cinquième
huissier est venu se joindre à eux; il a été commis par Monsieur le Président
du Tribunal de Commerce de la Seine à la requête d'un actionnaire, Mr. Stern,
qui conteste la validité de l'Assemblée Générale du 14 Avril et qui vient
d'assigner la Compagnie elle-même ainsi que chacun de ses administrateurs, en
vue d'obtenir la nullité de cette assemblée. La séance commence
par la lecture des deux rapports des deux Commissaires, Messieurs Cunin et Passérieux désignés le
14 Avril. Ceux-ci n'omettent
pas de faire remarquer que : "La cession du droit préférentiel de
souscription demandée aux actionnaires constitue en elle-même un avantage
puisque les actions sont émises au pair alors que la cotation actuelle en
Bourse est très supérieure et que l'examen des éléments du patrimoine fait
ressortir une valeur intrinsèque de celui-ci plus élevée que le capital
social nominal et compte tenu d'un assainissement rigoureux du bilan. Les nouveaux actionnaires entrent donc dans la
Compagnie sans payer la fraction des réserves comptables ou occultes qui
reviennent aux actions émises avec assimilation aux anciennes." Après l'intervention
de quelques actionnaires, le Président mettait aux voix les différentes
résolutions. Comme lors de l'Assemblée du 14 Avril le scrutin eut lieu au
vote secret, le nombre de voix étant limité à 10 par actionnaire, les
résolutions furent adoptées par 5.400 voix contre 1.200 voix. On trouvera à
l'Annexe VII le Procès-Verbal de cette réunion. Aussitôt terminée
l'Assemblée Générale Extraordinaire, s'ouvrait l'Assemblée Générale Ordinaire
qui avait à statuer sur les comptes de l'exercice 1963. Le rapport du
Conseil d'Administration était présenté dans les mêmes formes que les années
précédentes, les seules allusions à "l'affaire Bull" concernaient
l'arrêté du bilan qui avait du être établi par la C.S.F.
et la C.G.E. et ou apparaissait une provision pour
"dépréciations exceptionnelles" de 85.600.000 francs qui venait
s'ajouter à la perte de l'exercice se montant à 42.654.918 francs. Il devait
être décidé par l'assemblée que ces pertes seraient apurées par un
prélèvement sur les réserves constituées les années précédentes. L'Assemblée avait
encore à ratifier la nomination des nouveaux administrateurs. Après la lecture des
rapports du Conseil d'Administration et des Commissaires aux comptes, le
Président, Mr. Joseph Callies devait prononcer
l'allocution suivante. "Le rapport
du Conseil qui vient de vous être distribué a été mis à
votre disposition il y a 15 jours,
conformément à la loi. Depuis, de
nombreux évènements se sont produits et je vais vous
les exposer. "La
situation de la Compagnie depuis le début de 1964 a été très affectée par
les évènements et par une
crise morale qui a été souvent exagérée par la presse. "Toutefois notre chiffre d'affaires pour le 1er trimestre 1964 a été supérieur de 12 % à celui
qu i avait été prévu, et
de 13, 2 % à celui du 1er trimestre de l'année 1963. Ces
chiffres ne sont d'ailleurs pas tout
à fait comparables du fait
qu'au premier trimestre 1963, LOCABULL
n'existait pas. "Les
commandes enregistrées pendant ce premier trimestre sont en augmentation de 20% environ sur celles du 1er Trimestre 1963.
Cette augmentation est due
essentiellement au succès du Gamma 10. Quant à nos loyers
mensuels pour le Service Bull et la Maintenance, ils s'élèvent maintenant à
14,5 millions par mois, soit 174
millions par an, représentant une
augmentation de 14,2 % sur 1963. "Mais notre
situation de trésorerie reste précaire, et exige une attention constante.
Nous avons pu faire face à nos
besoins grâce à l'appui de
l'Etat dans l'esprit du protocole du 15 Février. Cet appui a eu pour contrepartie la mise en nantissement de
certains de nos actifs mobiliers. "Dans un
souci de rapidité, nous avons été amenés à mettre en place les différentes mesures prévues par le protocole dans
des délais plus courts que ceux qui avaient été envisagés. C'est la raison pour laquelle
en particulier, les nouveaux administrateurs ont été cooptés alors que, d'après le protocole,
votre ancien Conseil devait rester en fonction jusqu'à l'Assemblée Générale
Ordinaire. "C'est
pourquoi six de vos administrateurs ont donné leur démission lors de la
séance du 28 Avril;
ce sont Messieurs André KNUTSEN, Pierre CALLIES, Raoul HERMIEU, Jacques
BASSOT, Louis BRICARD, et la Société AUSSEDAT-PONT
de CLAIX. "Je tiens à les remercier publiquement de cette
nouvelle marque de dévouement qu'ils ont bien voulu donner à la Compagnie. "Vous aurez
ensuite à voter
pour compléter le Conseil qui vous propose d'abord de renouveler le mandat de
Monsieur Georges VIEILLARD, entré au Conseil en 1962 après avoir assuré pendant 30 années la Direction Générale de votre
Compagnie, puis de ratifier les nominations comme Administrateurs de Mr.
Roger SCHULZ représentant la Banque de Paris et des Pays-Bas, de MM. Henri
MARCILLE et Jean ROY, représentant la C.S.F., de
MM. Alain WILK et Guy MARCILLE, représentant la C.S.F.
de Mr. René HERVET représentant le Crédit Lyonnais, et de Mr. Jacques JOLY
Président Directeur Général de la Compagnie Fives-Lille. "Le Conseil s'est réuni
pour la première fois le 30 Avril, et a désigné Monsieur
Georges VIEILLARD Vice-Président Directeur Général, Monsieur SCHULZ Vice-Président,
et Monsieur WILLK pour
poursuivre les négociations avec la General Electric Cy. "Les négociations
avec General Electric Cy sont en
cours. On s'efforce de résoudre dans les meilleurs délais les
problèmes nombreux et difficiles
que cet accord soulève. "Mon exposé est maintenant terminé. Il
me reste néanmoins à vous
annoncer que je remettrai au
prochain Conseil, ma démission
de Président Directeur
Général de la Compagnie des Machines
Bull. "En effet, tous ces changements dans la structure de la Compagnie, dans la composition de
son Conseil, dans son orientation générale, marquent une étape nouvelle extrêmement importante. "Notre croissance a été si rapide qu'il y a eu
peu d'années où elle ne se soit traduite par de profondes
modifications internes. Mais
les transformations auxquelles vous allez donner votre approbation
correspondent à quelque chose
de plus. C'est un ensemble véritablement nouveau qui est
en train de surgir de cette longue et pénible crise qui est
en voie d'être surmontée. "II est
conforme à la logique, aux usages et
à une sorte de loi, qui, pour n'être
pas écrite, n'en est pas moins pleine de sagesse,
qu'une telle mutation s'accompagne
d'un changement de la
Présidence. "Faisant
abstraction de toute autre considération que le bien
de la Société, je vais remettre au Conseil ma démission de mes fonctions de Président Directeur Général. La Compagnie sera
ainsi pleinement assurée de recevoir dans les négociations avec
la General Electric Cy que j'ai moi-même
réengagées fin 1963, les appuis officiels qui leur donneront
les meilleures chances
de succès. "Je m'efface
donc après quinze années de présidence et je vous remercie de la confiance et
du soutien que vous m'avez si longtemps
manifestés et dont j'ai reçu dans ces jours difficiles maints témoignages
individuels qui m'ont profondément touché. "Je me
retire aussi après 28 années
de travail au milieu des
différents collaborateurs de la Compagnie des Machines Bull. Je voudrais ici encore manifester la
solidarité et le sentiment de communauté que j'ai éprouvé à participer avec
eux aux efforts très rudes que, tous, nous avons fournis pour créer et
développer la Compagnie. "Je souhaite
très vivement contribuer ainsi à faciliter la mise en place des nouvelles
structures d'une Maison qui s'oriente maintenant vers un nouveau devenir, qui
peut être plein de possibi1ités. (Cette lecture est saluée de vifs applaudissements). Monsieur Philippe BROSSOLLET prend ensuite la parole dans les termes suivants
: "Mesdames,
Messieurs, "Je n'ai
que quelques mots à dire. "Les
applaudissements qui ont salué la déclaration de Monsieur Joseph CALLIES
m'ont fait penser que, peut-être, certains auditeurs n'avaient pu se défendre
d'une certaine émotion, que j'ai éprouvée mo-même,
en entendant les paroles simples et dignes par lesquelles Monsieur Joseph
CALLIES a annoncé à l'Assemblée qu'il devait abandonner son poste après 28 ans de travail dont 15 de Présidence. "II y a dans la situation de cet homme un côté
vraiment poignant qui n'a sûrement pas échappé à la plupart d'entre vous. "J'ai été
pendant quinze ans, Administrateur de la Compagnie des Machines Bull. A ce titre, i'ai vu de près Monsieur Joseph
CALLIES à 1'oeuvre.
Aujourd'hui, où il se retire
dans les conditions... au moins particulières, que vous connaissez,je considère comme un devoir de venir le saluer et, tant en
mon nom qu'au nom de tous mes
anciens collègues du Conseil d'Administration, de lui apporter le témoignage
de notre affection d'abord, et aussi celui de notre admiration et de notre
reconnaissance pour l'oeuvre qu'il a accomplie à la Compagnie des Machines Bull. "Par
ailleurs il ne me
parait pas inutile de rappeler que depuis trente ans le nom de CALLIES a été
inséparable de celui de BULL, que 3 membres de cette famille, 3 frères, ont successivement présidé aux destinées de Bull, et que
cette affaire, qui était devenue une des plus belles affaires de France, est
incontestablement leur oeuvre. "II me reste
encore un devoir à remplir.
En cette heure si grave pour
lui, je désire rendre hommage à l'abnégation
dont fait preuve Monsieur Joseph CALLIES en acceptant de s'effacer pour
permettre et faciliter la réorganisation de la Compagnie. "Monsieur le
Président Joseph CALLIES, mon Cher Président, c'est avec une grande émotion
que je vous salue très respectueusement. ( nombreux applaudissements). - Mr. Maurice STERN s'associe à
l'hommage rendu par Monsieur
BROSSOLLET mais estime que Monsieur Joseph CALLIES ne doit pas se retirer et
qu'il fallait faire appel aux actionnaires pour résoudre les problèmes
financiers. -
Mr. Roger SCHULZ s'associe également à cet hommage en ces termes : "Voilà six mois
que j'ai été appelé à collaborer
au Conseil de la Compagnie Bull sous la présidence de Mr. Joseph
CALLIES. Je dois dire que je m'associe pleinement aux paroles qu'a
prononcées tout à l'heure Mr. BROSSOLLET et que c'est avec un serrement
de coeur que j'ai appris la décision de Mr. CALLIES de quitter la
Présidence. "Je crois
pouvoir dire qu'au cours de ces six mois nous avons ensemble lutté, compte tenu des impératifs
qui nous étaient fixés, compte tenu des lignes dans lesquelles nous devions
évoluer. Nous avons cherché ensemble à résoudre au mieux les problèmes de la Compagnie des Machines Bull. "Il est certain que les conditions qui nous ont
été imposées par les circonstances et les difficultés que nous avons
rencontrées ne nous ont
pas permis d'aboutir à un ensemble de résultats qui soient satisfaisants pour
tout le monde. "Mais je
crois vraiment que nous avons travaillé les uns les autres dans l'esprit de
sauver cette affaire,
de lui assurer avec toutes les meilleures chances un développement ultérieur, et c'est pourquoi aujourd'hui, au moment où Monsieur CALLIES a fait connaître son intention de donner sa
démission, je tiens à dire
publiquement toute l'estime que j'ai eue pour lui, pour la force de caractère qui a été la sienne dans ces moments particulièrement pénibles. " - Mr. Elie POLITI, se déclarant ému par les
paroles de Mr. SCHULZ, rappelle que Mr. Joseph CALLIES reste administrateur et propose de le nommer Président d'Honneur
du Conserl d'Administration. - Mr. Pierre MONVOISIN reconnaissant
l'estime générale que l'Assemblée porte à Mr. Joseph CALLIES, indique que la situation aurait été renversée si on avait suivi sa proposition
du 14 Avril et demandé aux
actionna ires de faire eux-mêmes l'effort de souscrire à une augmentation de capital. - Mr. Yves LYON s'associe aux regrets
exprimés à l'occasion du
départ de Mr. Joseph CALLIES et le félicite pour la vitalité de la Compagnie
en dépit des difficultés rencontrées. Bien qu' i1 n'approuve pas la gestion
de la Compagnie, il n'est pas d'accord sur la démission de Mr. Joseph CALLIES
et déclare qu’un Conseil d'Administration doit être le reflet de ses
actionnaires. Il signale en outre que, dans le bilan, on a mal comptabilisé la plus
value dégagée sur les cessions d'immobilisations faites à la
Société LOCABULL, et il demande que, l'année prochaine, la Compagnie tienne à
la disposition de ses actionnaires
les bilans et rapports des Commissaires aux Comptes de ses filiales les plus
importantes. - Mr. Charles RUHLMANN dit que le rapport
général signale à plusieurs
reprises des omissions ou des erreurs; il considère que les Commissaires aux
Comptes auraient dû prendre la responsabilité de dire que le bilan était
inexact. Monsieur Joseph CALLIES répond qu'il ne s'agit que d'erreurs de
présentation. Personne ne demandant plus la parole, Mr. le Président met
alors aux voix les résolutions. Les résolutions relatives aux comptes de
l'exercice 1963 ont été adoptées à la majorité des voix exprimées: 1.648.792
actions présentes ou représentées
correspondant à 2.386.267 voix
ayant voté pour et 7.202 voix
ayant voté contre. Quant à la
nomination des nouveaux administrateurs, elle fut adoptée, 25 voix s'étant prononcées contre la nomination de Mr. Schulz, 952 contre celle de Mr. Vieillard, et 1.802
voix contre celle des 6 nouveaux administrateurs du nouveau
groupe. Quelques jours après, le Conseil d'Administration se réunissait et
décidait devant notaire l'augmentation de capital votée par l'Assemblée
Générale, puis entendait l'allocution suivante prononcée par Mr.
Joseph Callies. "Après la
signature du Protocole du 15 Février,
j'ai remis ma démission au Conseil, mais celui-ci m'a demandé de conserver
mes fonctions jusqu'à l'Assemblée Générale Ordinaire pour éviter la désagrégation
de la Compagnie pendant cette période intérimaire "J'ai fait tous mes efforts pour
maintenir le moral de tous, et je crois y être bien arrivé. Le potentiel
humain de la Compagnie est sensiblement intact, car, sauf à la Direction
Commerciale Exportation, nous n'avons eu que peu de démissions. "Dans mon
allocution à l'Assemblée Générale Ordinaire, j'ai dû rester volontairement
très discret pour ne pas gêner les négociateurs; ceux-ci m'ont même fait
modifier certaines phrases. "Je tiens
donc à bien expliquer ma position. "Tous les
gens informés savent maintenant que l'accord avec General Electric constitue
pour Bull la meilleure solution, et même, si on regarde l'avenir lointain, la
seule véritable. "Nous devons
donc tout foire pour qu'elle aboutisse et je crois savoir que tout le monde
autour de cette table en est maintenant convaincu. " Je sais
tous les trésors de patience, d'énergie et d'imagination que les
négociateurs ont dû dépenser pour surmonter les obstacles imprévus qu'ont
fait naître les malencontreuses initiatives des pouvoirs publics au cours de
ces derniers jours. "J'ai aussi
le devoir en ce qui me concerne d'apporter toute la contribution qui est en
mon pouvoir pour le succès de cette négociation. Celle que m'impose le
Gouvernement lui-même est de me retirer. C'est pour cela que conformément à ce que i'ai dit à l'Assemblée
Générale Ordinaire, je vous demande d'entériner ma démission. "II va de
soi que je n'en continuerai pas moins à appuyer de toutes mes forces,
jusqu'au complet aboutissement de cette négociation, les efforts de ceux qui
vont la poursuivre. " Je m'efforcerai
en particulier de
conserver le contact avec tous les cadres de la Compagnie avec lesquels j'ai des liens personnels et anciens pour essayer de remédier
à leur désarroi et leur découragement qui prennent de jour en jour des proportions plus inquiétantes. "Je vais
passer la parole à Monsieur Vieillard, notre doyen d'âge, mais avant de le faire et sur sa demande, je vais vous lire la lettre qu'il m'a adressée par
laquelle il déclare qu'il ne lui
convient pas, dans les conditions actuelles, de voir renouveler son mandat de Directeur-Général ni sa nomination à la Vice-Présidence. Après la lecture de cette lettre, Mr.Joseph
Callies ajoutait : "Monsieur Vieillard et
Monsieur Schulz ayant vu leur mandat de Vice-Président se terminer avec leur
mandat d'Administrateur au cours de l'Assemblée Générale du 12 Mai, je demande donc au doyen d'âge, Monsieur Vieillard de présider la suite de cette séance pour la nomination de mon successeur. Monsieur Vieillard prend alors la parole. Il commence par rappeler
en quelques mots le dévouement
inlassable de Mr. Joseph Callies
qui pendant de si nombreuses années consacrées à la Compagnie, avait mené celle-ci à un développement exceptionnel. Il propose qu'en reconnaissance le Conseil nomme Monsieur Joseph Callies
Président d'Honneur. A l'unanimité, le Conseil approuve
cette proposition. Mr. Georges Vieillard exprime alors personnellement à
Monsieur Joseph Callies
son immense estime et son
amitié que rien ne pourra altérer. Puis il expose au Conseil qu'il y a lieu, conformément
à la loi, de nommer un nouveau Président Directeur Général. Dans les conditions actuelles il pense
que le choix ne peut se
porter que sur Monsieur Schulz et
il souligne toute l'estime et la considération qui l'entourent, après
ses quelques mois de présence
à la compagnie. Monsieur Joseph Callies considère
qu'actuellement, la Compagnie doit avant tout avoir en vue les négociations
avec General Electric et que, pour les réussir, elle doit s'entourer du
maximum de garanties. Dans ces circonstances il propose Monsieur Roger Schulz
qui lui parait le plus désigné pour prendre la Présidence, car il connaît
bien les problèmes de la Compagnie et a en outre l'audience des Pouvoirs
Publics. Le Conseil, à l'unanimité, demande à Mr. Schulz d'accepter d'être nommé
Président Directeur Général. Mr. Roger Schulz remercie ses collègues de leur marque de confiance,
mais il tient à préciser qu'il ne lui est possible d'accepter cette Présidence qu'à
titre personnel et pour la durée des négociations avec la General Electric Cy ainsi que
pour la mise en place des accords qui en résulteraient. Le Conseil prenant acte de cette déclaration, renouvelle sa demande
et dans ces conditions Monsieur Schulz donne son acceptation. La fin de la séance est présidée par Mr. Roger Schulz. Prenant la parole, le nouveau Président tient d'abord à rappeler
ce qu'il avait dit à l'Assemblée Ordinaire, avec quel serrement de coeur il
voit Mr. Joseph Callies abandonner aujourd'hui la
Présidence, après avoir lutté pendant
plusieurs mois dans des conditions particulièrement pénibles en n'ayant comme
seul impératif l'avenir de la Compagnie. Ayant été à ses côtés pendant cette période, il peut aujourd'hui porter témoignage de ce
combat où Mr. Joseph Callies a gardé un sang froid et un calme admirables. Monsieur Roger Schulz rappelle ensuite l'oeuvre accomplie par Mr.
Vieillard, revenu de sa retraite malgré son âge, et souligne ses innombrables
démarches pour faire comprendre à ses interlocuteurs la véritable nature
des problèmes qui se posaient. Il considère qu'on ne lui rendra jamais assez
hommage, car, si la Compagnie sort de cette impasse, comme il l'espère, il
est incontestable que Monsieur Vieillard aura joué un rôle majeur. Il regrette très vivement que Mr. Vieillard estime que son age ne lui
permette plus d'exercer une activité quotidienne à la Compagnie, car il aurait été pour tous
et pour lui-même un inestimable appui. Il le remercie d'avoir cependant
accepté de continuer à donner
son aide, en particulier dans les difficiles négociations avec la General Electric. Mr. Alain Wilk rappelle qu'à la dernière séance
du Conseil, Mr. Joseph Callies avait souhaité que tous les administrateurs
fissent bloc pour défendre au mieux les intérêts de la Compagnie. S'il n'a
pas immédiatement répondu à ce souhait,
c'est parce que sa réponse aurait pu être interprétée comme n'ayant qu'un caractère
de politesse. Mais aujourd'hui sa
réponse aura un poids tout différent car, pendant ces 15 jours, il a eu l'occasion d'agir et de
travailler au sein du groupe chargé des négociations avec General Electric.
Il confirme donc son adhésion et son appui total à l'action entreprise par la Compagnie. Il s'associe pleinement à
l'hommage que Mr. Roger Schulz a
rendu à Mr. Joseph Callies pour la façon dont il a servi les intérêts
de la Compagnie. Il rend aussi
hommage à l'action accomplie
par Monsieur Georges Vieillard et regrette que son âge ne lui permette pas de
jouer quotidiennement le rôle actif que tous souhaiteraient. Enfin, avec tous
les autres administrateurs, il consacrera ses efforts pour maintenir au sein
du Conseille climat d'unité et de travail. A ces hommages rendus à Mr. Joseph Callies
par ses collègues du Conseil
d'Administration, il faut ajouter celui qui lui a été rendu au cours d'une Assemblée Générale
par un de ses interpellateurs qui avait constaté en consultant la feuille de
présence, que malgré toutes les vicissitudes de la Cie des Machines Bull et
des répercussions qui en étaient résultées à la
Bourse, Mr. Joseph Callies n'avait vendu aucune des
actions dont il était propriétaire. Les journaux rendirent compte des Assemblées du I2 Mai et
de la démission de Mr. Joseph
Callies comme Président Directeur Général de Bull. Quelques uns
avaient eu vent des difficultés rencontrées dans les jours précédant la réunion des actionnaires et des nouvelles
exigences du Ministre des Finances (Le Monde Paris Presse...). Les mois de Mai sont ceux où toutes les sociétés réunissent leurs
actionnaires en Assemblée Générale et on retrouve dans les allocutions des
Présidents des différentes société du nouveau groupe
d'actionnaires de Bull mention des évènements qui viennent de se dérouler. Assemblée Générale de la
Banque de Paris et des Pays-Bas ; 24 Mai 1964- Allocution de Mr. Henri Deroy, Président : ... La Banque
de Paris et des Pays-Bas, non comme actionnaire, car la participation de
notre groupe dans le capital de l'affaire a toujours été des plus réduites,
mais en sa qualité de chef de file du pool bancaire, a pris une part
importante dans les négociations délicates qui ont été rendues nécessaires
par les problèmes posés à la
Cie des Machines Bull. Cette société dont vous avez pu suivre le
développement depuis quelques années, a eu, en effet, à surmonter durant lès derniers mois de
graves difficultés provoquées par une croissance extrêmement rapide, ainsi
que par l'obligation où elle
se trouve de faire face à une
concurrence internationale particulièrement vive, tout en renouvelant sans
cesse ses techniques en fonction des progrès de la recherché. Ces
négociations ont abouti à l'adoption
de décisions qui ont été définitivement ratifiées la semaine dernière par les
actionnaires de la Compagnie: un nouveau groupe, qui réunit les deux
principales sociétés françaises d'électronique, la Banque de Paris et des
Pays-Bas et divers établissements
publics et privés de crédit, apportera son concours technique et financier à
la Compagnie; il doit souscrire à une première augmentation de capital et conduire les conversations
actuellement engagées, avec une des plus grandes compagnies étrangères de
cette branche industrielle. Assemblée Générale de la
Compagnie Générale d'Électricité. 27 Mai 1964- Allocution de Mr. Marterer, Président : Le développement
de ce qu'il est convenu
d'appeler "l'affaire Bull" m'incite à faire devant
vous le point d'une situation imparfaitement connue des actionnaires.
Lorsque pour remédier aux embarras financiers de la Cie des Machines Bull, le
gouvernement a suggéré, en Février dernier, que les problèmes de cette
société fussent résolus dans un cadre français,la
Cie Générale d'Electricité qui ne s'est jamais désolidarisée d'une ouvre
d'intérêt national, n'a pas hésité à apporter le concours qui lui était demandé. Je vous
rappelle en quoi il consistait. Il s'agissait
symétriquement aux garanties fournies par l'Etat, de participer à une augmentation de capital réservée, à
concurrence de 35 millions de francs, à un nouveau groupe bancaire et industriel
dont la part devait être doublée par la suite au moyen d'une augmentation de
capital ouverte à tous les
actionnaires à raison d'une
action nouvelle pour une ancienne. La mise de notre Cie, soit 8.1.25.000
F a été effectivement apportée lors de la première
opération qui est en cours de réalisation. Son second apport, d'un même montant, doit être effectué à
une échéance non encore fixée. Cet
appui financier devait en outre s'accompagner, conformément aux désirs du
Gouvernement, d'une participation du nouveau groupe à l'administration de la Cie des Machines
Bull au moyen de l'attribution soumise à l'assemblée de ses actionnaires de huit mandats d'administrateurs
sur douze. C'est également chose faite, le nouveau collège des
administrateurs de la Cie des Machines Bull comprend maintenant deux
représentants de votre Compagnie. Ces mesures n'ont
pas été sans inquiéter certains
esprits quant aux incidences qu'elles pourraient avoir sur l'avenir de notre
compagnie. Il m'appartient de les rassurer. La participation
qui nous a été demandée
ne constitue pas un facteur susceptible de compromettre l'équilibre de votre
bilan. Je suis très à l'aise pour vous confirmer l'assurance
déjà donnée par la voie de la presse que le financement de cette
participation ne nécessite pas l'appel de fonds à nos actionnaires. J'ajoute que la
structure de la Cie des Machines Bull s'oriente vers
la forme d'une société holding, à l'égard de laquelle nos engagements ne dépassent pas ceux que notre
compagnie a souscrits dans le cadre du protocole conclu avec l'Etat. Assemblée Générale de la C.S.F. 19 Ju in 1964 - AIlocution de
Mr. Mauri ce Ponte, Prés ident
: ... L'année
écoulée n'aurait pu s'inscrire dans l'histoire de notreCompagnie
qu'avec un caractère de développement raisonné, grâce à la solution de nos propres problèmes. Nous
avons dû cependant faire face aux conséquences des difficultés de la Cie des
Machines Bull, dans laquelle nous n'avions aucune responsabilité. Lorsqu'en
Février dernier, le Gouvernement a suggéré de rechercher une solution
française à la crise créée,
la CSF a souscrit dans ce but à un
protocole avec d'autres partenaires français. Cette participation nous a paru
en effet être une oeuvre d'intérêt national en même temps qu'elle était
propre à éviter à notre Cie les conséquences indirectes
d'une détérioration menaçante. A l'heure actuelle la CSF a souscrit à
8 millions 125.000 F dans le capital des Machines Bull, avec
une représentation au Conseil par deux administrateurs. Il est vraisemblable
que la Compagnie prendra une structure de holding. Un second apport, du même
montant doit être effectué à une
échéance qui n'est pas encore fixée. Les obligations de votre Compagnie se
limitent à cette
participation que nous nous emploierons à préserver, mais qui ne doit pas susciter d'inquiétudes pour notre
bilan. LES ACCORDS "C'est bien taillé, mon fils ; maintenant il
faut coudre." MARIE de MEDICIS à son
fils Henri III Repartis pour New-York le 12 Mai, Messieurs Lockton
et Cross devaient mettre le Conseil de General Electric au courant des
évènements qui venaient de se passer à Paris et des nouvelles exigences du
Ministre des Finances. Dans le climat de méfiance qui devait nécessairement
en résulter, il était inévitable que les positions américaines se durcissent;
General Electric exigea qu'on restât intégralement dans le cadre des accords
d'Avril et d'avoir l'assurance, juridiquement parlant, de conserver le commandement
des deux sociétés à créer, c'est à dire non seulement de la société
commerciale ou elle aurait 51% du capital, mais aussi de la société
industrielle bien que sa position y soit minoritaire. C'est dans ces
conditions que durent s'ouvrir au mois de Juin 1964 de nouvelles discussions
entre Bull et General Electric pour la mise au point des accords définitifs. Le résultat de ces
discussions fut résumé dans un "Mémorandum" signé entre les parties
le 26 Juin. Il prévoyait que la société commerciale serait une société
anonyme "Bull-General Electric" dans
laquelle les américains détiendraient, comme prévu, 51 % des actions. Pour la
société industrielle on prévoyait une société en commandite par actions dite
"Société industrielle Bull - General Electric" dans laquelle
General Electric n'aurait que 49% des parts, mais où la société
commerciale" Bull-General Electric"
serait désignée comme gérant statutaire, donc inamovible. On prévoyait en plus
la création d'une troisième société qui aurait pour principal objet d'exister
pour répondre aux désirs du Ministre des Finances, et accessoirement pour
l'étude et la promotion de la commercialisation en France et dans les pays
d'influence française. Ce Mémorandum
prévoyait les différents apports qui seraient faits par Bull à chacune de ces
sociétés, l'organisation de la direction des affaires pendant la période
transitoire, les contrats de licence et de direction à intervenir entre ces
sociétés et General Electric etc. et fixait à 210 Millions de francs la
valeur totale des apports de Bull dans les différentes sociétés et par voie
de conséquence, à 210 Millions de francs l'apport en numéraire que General
Electric devrait faire de son côté. Ce montant de 210
Millions de francs pour les apports de Bull correspondait à une valeur des
actions de la Compagnie des Machines Bull de 75 francs. On était loin du prix
de 200 francs qui avait été offert au mois de décembre 1963, mais les
conditions n'étaient plus les mêmes et General Electric ne manquait pas de
faire remarquer que le Gouvernement Français avait fixé à 50 francs le prix
auquel le nouveau groupe allait souscrire à l'augmentation de capital qui lui
était réservée. En communiquant ce
Mémorandum au Ministre des Finances, les négociateurs lui faisaient remarquer
que les possibilités d'accord qui venaient de se dégager n'étaient peut-être
pas pleinement satisfaisantes, mais qu'ils étaient convaincus que le résultat
de leurs négociations n'étaient susceptible, tant au regard du Gouvernement
Français qu'au regard de Bull, d'aucune amélioration. Au cours des
négociations difficiles qui venaient d'avoir lieu, des contre-propositions
françaises avaient permis d'améliorer de façon importante le projet américain
de General Electric, mais il apparaissait de façon évidente que toute
amélioration supplémentaire demandée maintenant provoquerait sur le champ
une rupture définitive. Dans ces conditions il ne restait plus qu'à accepter
l'élaboration des contrats définitifs dans le cadre précis défini par le
mémorandum ou de renoncer définitivement à tout accord avec la firme
américaine. Le Gouvernement fut donc obligé de se rendre à l'évidente
obligation de donner son acquiescement. C'est alors que
commença en Juillet une longue semaine de discussions pour la mise au point
des différents accords à intervenir; ces textes devaient être conformes aux
législations française et américaine, être rédigés en français et en anglais
avec une concordance parfaite entre les deux textes, être conformes aux directives
du Commissariat au Plan, enfin se présenter au point de vue fiscal dans les
meilleures conditions. C'est dire que les difficultés furent nombreuses et
que les négociateurs devaient être constamment entourés de leurs conseillers
juridiques et fiscaux. La seule
modification importante qui fut apportée au mémorandum du 26 Juin, fut que
la "Société industrielle Bull-General
Electric" (SI BGE) prendrait la forme d'une société anonyme au lieu
d'une société en commandite par actions ou d'une société à responsabilité
limitée. De ce fait 1a clause
statutaire prévue de confier la gérance de cette société à la société" Bull-General Electric" (BGE) n'avait , plus de sens
et il fallait trouver un autre moyen pour que General Electric ait
l'assurance de conserver le commandement de la société industrielle bien
qu'elle y fut minoritaire. On introduisit alors
une clause par laquelle chaque partie, en cas de désaccord sur la direction
des affaires, pouvait notifier à l'autre partie le prix auquel elle
consentirait soit à lui vendre sa participation, soit à lui acheter la
sienne, laissant à l'autre partie le choix entre ces deux propositions. C'est
ce que les négociateurs devaient appeler la clause de la "roulette
russe". C'est au total 14
documents qui furent établis et signés le 22 Juillet 1964 : un accord de
base, les statuts des 3 sociétés (BGE - SIBGE , Sté de promotion
commerciale), le contrat entre Bull et BGE et SIBGE, réglant les modalités de
fonctionnement pendant la période intermédiaire, la liste des actifs et
passifs que Bull aurait à transférer aux nouvelles sociétés, l'accord de
licence, plus encore différentes lettres concernant Locabull,
la filiale américaine de Bull, et l'application des accords avec l'Etat
Français. On a vu que
l'obtention de l'agrément du Gouvernement avait été fort difficile à obtenir
avant d'en arriver à la signature du 22 Juillet; mais il avait fallu régler
préalablement la délicate question de la modification des accords signés en
1961 entre Bull et RCA. A cet effet, Mr.
Schulz avait du au mois de Juin faire plusieurs voyages aux Etats-Unis pour
discuter de cette épineuse question avec les Dirigeants de RCA et, avec
beaucoup de diplomatie et d'adresse, obtenir d'abord une lettre par laquelle
RCA acceptait le principe de modifier ce contrat, ce qui avait alors permis
de continuer les discussions avec General Electric, puis au cours de discussions
ultérieures, de rédiger un avenant aux conventions de 1961. Là encore, avant
la signature définitive de ce document (28 Octobre 1964) fallut-il obtenir
l'agrément du Gouvernement Français. Il restait aussi à
modifier les accords conclus avec l'Etat à la suite du protocole du 15
Février. Certes, en donnant son agrément au contrat signé avec General
Electric, le Ministre des Finances avait-il par cela même accepté de
modifier ces conventions. Cela donna lieu au moi s d'octobre à toute une
série de lettres entre l'Etat et la Compagnie des Machines Bull et les
différents actionnaires du nouveau groupe. Enfin tous ces
documents furent soumis au Commissariat au Plan qui donnait l'accord final le
4 Novembre 1964. LA RATIFICATION " Hélas! On voit que de tout temps " L es petits ont pâti des sottises des grands.
" LA FONTAINE Dès réception de la
lettre du Ministre des Finances donnant l'accord définitif du Gouvernement;
le Conseil d'Administration de Bull pouvait ratifier les conventions signées
avec General Electric et RCA et décidait alors de convoquer les actionnaires
en Assemblée Générale. Cette assemblée
s'est tenue le 12 Novembre 1964, au Palais de la Mutualité; elle réunissait
337 actionnaires. La feuille de présence faisait ressortir que 2.327.148
actions étaient présentes ou représentées correspondant à 3.163.464 voix. C'est Mr. Schulz
qui, comme Président du Conseil d'Administration,
présidait la séance, entouré de Mr. Joseph Callies
et de Mr. Guy Marcille comme scrutateurs. Maître Leblond remplissait toujours les fonctions de secrétaire
; messieurs les huissiers étaient là également. Les négociations
avec General Electric commencées en Décembre 1963 sont maintenant terminées;
il ne manque plus que l'accord des actionnaires auxquels sont soumis
aujourd'hui les accords dont il va leur être donné connaissance. Avant d'ouvrir la
discussion et de mettre les résolutions aux voix, Mr. Roger Schulz devait
prononcer l'allocution suivante : Allocution du
Président à l'Assemblée
Générale Extraordinaire des actionnaires
de la COMPAGNIE DES MACHINES BULL du 12 Novembre 1964 Mesdames et
Messieurs, Je crois
devoir vous rappeler la gravité de la situation de
votre Société à la fin de 1963
en ce qui concerne à la fois la trésorerie et les résultats.
Les grandes difficultés de trésorerie étaient dues principalement à l'importance des investissements
nécessités dans ce secteur
industriel par l'accroissement rapide du volume des matériels mis en
location. Les lourdes pertes d'exploitation - telles qu'elles sont apparues, d'ailleurs, dans les comptes de
clôture de l'exercice 1963- étaient
liées à la concurrence
particulièrement vive existant dans le domaine d'activité de la Compagnie, en
particulier de la part de Groupes étrangers disposant de moyens beaucoup plus
puissants. Toutefois, dans la recherche d'une solution à ces graves problèmes, les dirigeants de
votre Société ont dû tenir compte des impératifs fixés par les Pouvoirs
Publics qui, sans s'opposer à des accords avec des Groupes étrangers, n'acceptaient pas de donner
leur agrément à une participation
directe de ceux-ci ou capital de la Compagnie. Il est donc
apparu indispensable, pour résoudre les problèmes dont certains avaient une urgence vitale, d'élaborer dans des délais extrêmement courts une solution assurant à votre Socié1é un ensemble de
concours importants. C'est ainsi, vous le savez, qu'ont été réalisés entre l'Etat, la Compagnie, ses Banques et certains Groupes industriels et financiers, les accords de Février-Mars 1964, qui ont été soumis à
votre approbation lors de l'Assemblée Générale Extraordinaire du 14
Avri11964. Parallèlement,
étaient poursuivies des négociations, selon une orientation nouvelle, avec la GENERAL ELECTRIC COMPANY, aboutissant ou
mémorandum dont il vous a été
donné connaissance ou cours de cette même Assemblée Générale. Vous-mêmes avez é1é
parfaitement conscients des
perspectives que pouvait
offrir la réalisation d'un accord avec cette grande firme américaine, et c'est pourquoi, tout en donnant
votre approbation à l'ensemble
des concours évoqués plus haut, vous avez tenu à marquer votre désir de voir s'élaborer, selon les lignes mêmes
du mémorandum, un accord financier, technique et commercial avec la GENERAL ELECTRIC COMPANY. Lorsque votre
Conseil m'a demandé d'assumer la
présidence de votre Société
durant cette période
particulièrement critique, j'ai considéré, en pleine communion de vues
avec lui, qu'il était de mon
devoir de rechercher dans les
délais les plus courts un tel
accord selon des modalités susceptibles de recueillir l'agrément des Pouvoirs Publics. Il fallait agir vite, car
si la mise en vigueur des accords de Février-Mars 1964 permettait à votre
Compagnie de poursuivre son
exploitation et de foire face à ses échéances, les mesures à prendre de tous ordres, notamment technique et commercial, dépendaient du contenu
de l'accord susceptible d'être
conclu définitivement avec la
GENERAL ELECTRIC COMPANY. C'est ainsi
qu'à la fin de Juillet - et
sous réserve de l'approbation
qui vous est demandée aujourd'hui
même - a été signé avec les
représentants de cette Compagnie
un protocole complet dont les points les plus marquants ont été rendus publics par la Presse. Pour
préparer la ratification et
la mise en application de telles dispositions, un travail considérable a été
nécessaire, notamment sur les plans
comptable, juridique et fiscal ; travail comportant une suite inévitablement
très lourde d'opérations et formalités (approbations multiples par votre
Conseil d'Administration et ceux de filiales, assemblées extraordinaires de
SIBGE et de BGE, agréments du Commissariat Général du Plan d'Equipement et
de la Productivité, accords de certains créanciers ou partenaires dans des
filiales, aménagements des accords avec l'Etat comportant l'approbation des
autres contractants de Février-Mars 1964, aménagements enfin de certains accords
industriels, tant en France qu'à l'étranger). Grâce à la bonne volonté de tous, ce travail
considérable a pu être effectué et les difficultés ont pu être surmontées
dans des délais aussi brefs que le permet la Loi. C'est ainsi que nous sommes
à même, aujourd'hui 12
Novembre, de soumettre à votre approbation ces accords dont la
date d'effet serait le 1er Juillet 1964, ainsi que les remaniements des accords de Février-Mars
1964, et les autres mesures
inséparables des précédentes. C'est pour moi un
agréable devoir d'attirer votre attention sur l'effort d'une intensité et
d'une qualité exceptionnelles exercé pendant toute cette période par les
cadres de la Compagnie, les services juridiques, financiers et fiscaux ainsi
que par les membres des services techniques et commerciaux : ils ont fait la
preuve de leur
dévouement remarquable et de leur foi en la Compagnie en conservant
un bon moral malgré des incertitudes combien pesantes. C'est, du reste, grâce
à l'attitude des services au
contact de la clientèle que celle-ci a maintenu sa confiance en votre
société. Sans méconnaître
que, dans le domaine d'activité très complexe et concurrentiel de votre
Compagnie, le redressement de ses affaires sociales nécessitera tout un
ensemble de mesures d'organisation et d'adaptation, qui demanderont
inévitablement un certain délai pour porter leurs fruits, je vous propose
avec votre Conseil de ratifier ces accords avec la GENERAL ELECTRIC COMPANY
qui, non seulement nous paraissent apporter une solution aux problèmes
actuels, mais qui doivent aussi permettre à votre Compagnie, grâce à des dispositions d'une grande ampleur, de se mesurer à des concurrents
extrêmement vigoureux. Diverses questions sont alors posées par des actionnaires, auxquelles
il est répondu par Mr. Roger SCHULZ. Notamment : . Mr. Roger SCHULZ indique
tout d'abord pourquoi les augmentations de capital des nouvelles filiales
ont été assorties de primes d'apport et de primes d'émission. Les premières
s'expliquent par le fait qu'on a jugé préférable de ne pas rémunérer par des
actions d'apport les "primes de remboursement d'emprunts
obligataires" faisant partie de l'actif apporté par BULL. Il en est
résulté une réduction du montant des augmentations de capital représentées
par les actions d'apport. Cela a entraîné une réduction du montant des
augmentations de capital en numéraire, qui étaient réservées parallèlement à la GENERAL ELECTRIC dans des proportions arrêtées
à l'avance; la différence avec les
apports en numéraire de
celle-ci, dont le montant global avait été convenu dans le protocole, a donc été convertie en primes d'émission. . Il répond, par ailleurs,
que l'impression des parts bénéficiaires est en cours et que celles-ci seront
avant la fin de l'année à la disposition des ayants droit. . Monsieur le Président
confirme qu'il s'emploiera à obtenir du Conseil d'Administration et des
associés de la Compagnie dans
les filiales communes, qu'il soir donné aux Assemblées d'actionnaires de
BULL le maximum de renseignements sur la vie de ces filiales, . Il répond à divers
interpellateurs que les actionnaires qui en ont fait la demande ont eu toute possibilité de prendre connaissance, au siège
social, dans les délais légaux, des documents très volumineux actuellement
déposés sur le bureau. . Un actionnaire demandant
ce que deviendront les marchés spéciaux d'études, prévus dans les accords de Février-Mars 1964 avec l'Etat, Mr. Roger SCHULZ répond que
ces accords, et notamment les marchés spéciaux d'études dus à BULL pendant
toute la période antérieure aux nouveaux accords avec GENERAL ELECTRIC, ont été
respectés. Pour l'avenir, BULL
devenant une société holding, ne pourra plus bénéficier de ces marchés
spéciaux. . Il fait savoir que la
SOCIETE DE PROMOTION COMMERCIALE BULL, prévue par les accords, était en voie
de constitution par transformation de la Société "BULL INDUSTRIE ET
TECHNIQUES". . Il fait savoir qu'il ne
sera certainement pas distribué de dividendes en 1965. . Faisant allusion aux
critiques formulées par certains actionnaires rappelant un passé récent, et
répondant aux questions posées sur l'avenir de la Compagnie, Mr. Roger SCHULZ
rappelle l'évolution technique extraordinairement rapide de ces dernières
années et la puissance considérable des concurrents étrangers. Les accords de
Février-Mars 1964
ont permis à la Compagnie de
franchir une période extrêmement critique et l'ont mise en mesure de
négocier avec la GENERAL. ELECTRIC les accords soumis aujourd'hui à cette
Assemblée. Il considère, avec le Conseil d'Administration, que ces nouveaux
accords doivent mettre la Compagnie à l'échelle des problèmes de demain dans un domaine où les possibi1ités
de développement sont considérables. . Il indique, ensuite,
qu'étant donné 1'urgence des problèmes d'importance primordiale qui se
posaient, il n'a pas encore été possible d'engager avec LOCABULL les
conversations prévues dans le protocole à propos de cette société de leasing. . Le contrat avec R.C.A. n'a nullement été annulé; mais il a fallu
l'aménager de façon à rendre possible les accords avec GENERAL ELECTRIC. S.I.B.G.E. continuera
donc à fabriquer le Gamma 30 et
conservera intégralement pour ce
matériel le bénéfice de
l’assistance technique de R.C.A. et des
perfectionnements apportés.
Par ailleurs, les accords de licences prévus sont maintenus jusqu'à
expiration du contrat
d'origine. . Monsieur le
Président fait savoir
que les accords avec GENERAL ELECTRIC prévoient de n'avoir par pays qu'une représentation commerciale, chaque fois que ce sera possible. Divers actionnaires soulèvent la question
de la prochaine augmentation de capital. Monsieur le Président rappelle, en réponse, que l'une des raisons de l'accord avec la GENERAL ELECTRIC était l'existence d'un problème financier, le régime
de location entraînant en période d'expansion des besoins considérables. C'est pourquoi il a été jugé nécessaire de pouvoir
réaliser cette augmentation de capital dons un délai relativement court. Cependant, dons les accords précités
de Février-Mars
1964, celle-ci devait se réaliser avant
la fin de 1964 et correspondait à la souscription d'une action nouvelle pour une
ancienne; or, les nouveaux accords prévoient seulement une augmentation de une pour deux, l'autre moitié des fonds propres étant versée directement par la GENERAL ELECTRIC
dans les sociétés B.G.E. et
S.I.B.G.E.; outre cet avantage important, cette augmentation doit être effectuée seulement avant la fin de 1965. Monsieur SCHULZ précise que, dans le cas où l'on serait amené à la réaliser rapidement, en tenant
compte à la fois des besoins financiers de la Compagnie et
de ses filiales et de la situation du marché financier, l'intention du
Conseil serait de ne demander qu'une libération partielle des actions lors de
la souscription. Puis, le Président met aux voix les différentes résolutions qui ont été adoptées par la quasi unanimité des actionnaires (voir le procès-verbal de cette réunion à
l'annexe IX). L'adoption des
résolutions par les actionnaires termine " l'Affaire Bull" pour
l'année 1964. On ne parle plus de la société prévue "pour les besoins de
l'Etat" (mémorandum du 9 Avril), on ne reparlera plus guère de la
société de promotion commerciale (lettre du 10 Mai). L'avenir dira si
l'on n'a franchi aujourd'hui qu'une première étape et si on ne verra pas
s'ouvrir demain une seconde" Affaire Bull", lorsque deviendra
évidente pour tout le monde la nécessité de revenir à une conception plus
simple de la coopération de Bull avec General Electric sans que viennent
intervenir des tiers dont la présence ne peut plus maintenant se justifier. Mais, comme dirait
KIPLING, ce sera là une autre histoire. "Diomède, êtes-vous prêt à aller jusqu'au bout
de vos théories ? "Jusqu'au bout? Non, pas aujourd'hui. Il y a
trop loin." Remy de GOURMONT - Les
Chevaux de Diomède. 4 Février 1964- Le Ministre des Finances refuse l'autorisation qui lui est demandée
pour que la General Electric prenne une participation de 20 % dans le capital
de la Cie des Machines Bull, en souscrivant des actions au prix de 200
francs. 12 Février 1964. Le Gouvernement impose à la Cie des Machines Bull de faire une
augmentation de capital réservée à un groupe de nouveaux actionnaires qui
souscriront les actions au pair, soit à 50 francs. 2 Avril 1964.
Le Ministre des Finances confirme sa décision "irrévocable" de na
pas autoriser la General Electric à prendre dans la Compagnie des Machines
Bull une participation, même minoritaire, qui risquerait de conduire à une
prise de contrôle ultérieure. Novembre 1964.
Avec l'accord du Gouvernement, la Cie des Machines Bull et General Electric
constituent deux filiales, l'une commerciale où General Electric a la majorité, l'autre industrielle où, bien que
minoritaire, General Electric a cependant en fait le commandement. La participation
de la General Electric est basée sur une valeur de l'action Bull de 75
francs. Qui a gagné ? Qui a perdu ? A vous de conclure! "Et maintenant, O Rois! Comprenez,
instruisez-vous, vous qui jugez la terre." Psaume 11 cité par
BOSSUET dans l'Oraison funèbre d'Henriette d'Angleterre , Retour liste des annexes Histoire Bull et Aussedat |