Papier et cartes pour machines électro-comptables

 

 

Par Marc Aussedat, responsable de la fabrication des cartes perforées au dépôt de la Plaine Saint-Denis des Papeteries Aussedat, de 1945 à 1960. Par la suite Directeur Commercial d’Aussedat Pont des Claix, puis Directeur Général d’Aussedat Rey.

 

Annexe 26

 

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Les Papeteries Aussedat, à la recherche de débouchés au sortir de la crise des années 1930, se sont orientées vers le papier utilisé pour les cartes de machines électro-comptables, dites plus tard "à statistiques". Devant les difficultés de fabrication, les machines utilisant ces cartes étant à l'époque très exigeantes, les Papeteries Aussedat ont acquis une licence auprès de la Racquette River aux USA, cette licence concernant la transformation de la machine à papier et le processus de fabrication.

 

Qu'est-il donc demandé à ce papier qui, à première vue, n'est qu'un simple "papier dossier" ?

 

-         Une grande régularité d'épaisseur ± 1/100ème mm. (voir note (1)en fin de ce document)

-         Une grande régularité de poids : 165 g/m2 ± 5

-         Absence de " motons", accumulation de pâtes formant une surépaisseur, ou de trous, dus à la fermentation de cellulose dans les conduites.

-         Absence de corps étrangers dans la pâte : fer, cuivre, charbon

-         Une faible sensibilité à l'humidité qui entraîne des déformations du papier, planéité, variation des dimensions.

-         Absence de charges abrasives (usure des outils de perforation)

-         Une grande résistance des tranches de papier

-         Un coefficient de frottement bien déterminé (obtenu par un satinage adéquat)

 

Ceci, sur des machines à papier de 3 à 4 mètres de largeur, et à une époque où les capteurs étaient loin d'être au point. Nous verrons plus loin les raisons de ces contraintes.

 

La carte

 

Comme pour le papier, la carte paraît à première vue comme un imprimé ordinaire, de grandes feuilles imprimées puis découpées au massicot. En quoi la carte est-elle différente de ces imprimés ?

 

         - La précision de la découpe (longueur, largeur,     )

         - La qualité de celle-ci pour avoir des tranches nettes, ce qui demande de découper
           les cartes une par une, sans emploi du massicot.

         - Le contrôle de la qualité du papier de la carte elle-même avec élimination de
            toute carte ayant un trou, une particule métallique, un point de carbone.

 

Les tirages selon un modèle déterminé pouvaient aller de quelques dizaines de milliers de cartes à des centaines de mille.

 

Pourquoi ces contraintes de papier et de façonnage ?

 

Les machines utilisatrices de cartes, de la perforatrice à la trieuse ou à la tabulatrice exigent des contraintes très précises.

 

a)     L'alimentation des cartes dans la machine se faisant par des couteaux poussoirs sur un paquet nécessite :


     - Une bonne planéité (pas de déformation de la carte en tuile ou en hélice), obtenue par un réglage fin de la formation de la feuille sur la machine à papier, ainsi qu'un bon réglage de la sècherie. Avant de maîtriser ce réglage, il était nécessaire de faire "mûrir" le papier en bobines pour que toutes les tensions internes s'amenuisent (près de 6 mois de mûrissement dans les premières années de cette fabrication).


     - Une épaisseur très régulière pour que le couteau d'alimentation soit le plus épais possible en regard de la tranche de la carte.

 

 

    - Une grande résistance sur la tranche nécessitait une coupe franche et unitaire (en une
       seule fois)


    - Une absence de poussière afin de ne pas encrasser les machines.

 

b)    Les dimensions :


 La lecture de la carte se faisant par l'intermédiaire d'un balai établissant le contact au passage de la perforation, la languette entre deux perforations était étroite. Il s'en suit la nécessité d'une grande précision, tant sur les perforatrices que sur les machines utilisant la carte (tabulatrice, trieuse, etc.) que sur la carte elle-même. Pour celle-ci, une norme AFNOR a été établie et imposée par les Etats-Unis vers 1950. Longueur = 187,32 mm ; largeur = 82,55 mm ± 2/10. Sachant que les variations de dimension dues à la nature du papier en fonction de l'humidité sont du même ordre de grandeur, il s'en suit qu'à la fabrication, la tolérance est pratiquement nulle, d'où la nécessité d'une machine spéciale.

 

c)     L'élimination des cartes possédant un point conducteur ou un trou.

 

Les points conducteurs sont de deux natures : particules métalliques et particules de carbone. Les cartes possédant l'un de ces défauts sont détectées automatiquement à la sortie de la machine de façonnage. Celles qui ont un trou sont éliminées manuellement. Celles qui ont une particule de carbone sont rectifiées grâce à une étincelle provenant de la décharge d'un condensateur, qui brûle cette particule. Il y a également élimination manuelle des cartes dont le coin arrondi n'est pas correctement taillé (toute carte doit normalement avoir un arrondi ou un biseau au coin supérieur gauche. Ceci permet de détecter en cours de travail sur machines mécanographiques si une carte a été mise à l'envers par erreur.)

 

La Fabrication

 

1ère opération : les bobines arrivant de l'usine ont un diamètre de 1 mètre et une largeur de 1 mètre ou 1, 30 mètre. Elles sont découpées en bobinettes de 82,55 mm de large, correspondant à la largeur de futures cartes.

 

2ème opération : la bobinette se dévide sur la machine où elle est imprimée puis découpée à plat unitairement (découpe de la longueur, puis découpe du coin).

 

3ème opération : test unitaire des cartes. Correction ou élimination des cartes défectueuses

 

4ème opération : les cartes ainsi obtenues sont groupées par paquet de 1000 et passent à l'emballage.

 

La machine qui effectue l'ensemble de ces opérations peut produire entre 45 000 et 60 000 cartes par heure

 

 

Machine rotative à découper et imprimer les cartes,
surnommée "mitrailleuse",
conçue par Marc Aussedat

 

Voir témoignage de Jean-Louis Guédé qui a utilisé et maintenu ce type d'appareil de 1961 à 1963 pour le compte de Bull Brésil à Rio de Janeiro.

 

Note (1) concernant la régularité de l'épaisseur : un programmeur américain raconte sur son blog qu'au début des années 1970 son employeur d'alors avait embauché un ancien programmeur russe qui avait pu fuir l'Union Soviétique. Un jour, on le trouva dans l'atelier en train de mesurer avec un micromètre l'épaisseur de plusieurs centaines de cartes perforées. On lui demanda ce qu'il faisait.

- Je mesure l'épaisseur de ces cartes. C'est extraordinaire : elles sont toutes d'épaisseur identique.

- Bien sûr, sinon cela ferait des bourrages.

- Dans notre atelier en Union Soviétique, les cartes étaient d'épaisseur très irrégulière et certaines contenaient même des éclats de bois.

- Et alors ?

- Nous avions beaucoup de bourrages !

 

Alain Aussedat, janvier 2008

 

 

 

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