ORIGINES DUBURQUOIS

 

Notes de recherches de
Georges et Nicole Queyroi

 

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Nicole Queyroi, née Ruault,  petite-fille aînée d'Anne Barbe, née Duburquois, et son mari Georges ont effectué depuis une quinzaine d'années une grande quantité de recherches d'histoire familiale, mettant de l'ordre dans les archives héritées de leurs différentes familles, rédigeant de nombreuses notes de synthèses, et complétant ce travail par de nombreuses séances de recherches dans les services historiques des armées, principalement de la Marine, mais également du Musée de la Marine, et différentes archives départementales ou municipales. Une partie des informations de ce site d'histoire familiale relatives aux origines Duburquois, Bourayne, Mottais, Delécluse, Le Bescond de Coatpont provient de leurs dossiers.

 

Nicole est morte d'un cancer en 2005 à 71 ans, mais Georges continue ses recherches et m'a fait parvenir en 2008 divers documents extraits de ses dossiers, concernant principalement notre ancêtre commun le capitaine de vaisseau baron César de Bourayne. Certains de ces documents avaient déjà fait l'objet de consultations de la part d'Alfred et de Maurice Duburquois et ont été en partie repris dans le livre "A l'est du Cap des Tempêtes".

 

Georges Queyroi a complété cet envoi par des notices biographique concernant Jacques Noël Sané, oncle de César, Pierre  Rolland, oncle de l'épouse de son frère Baptiste, et la famille Pellegrin, belle-famille d'une de ses tantes.

 

Il a également joint un document tout à fait passionnant : les mémoires de l'Enseigne de vaisseau Delarouvraye (ou de la Rouvraye) fait malencontreusement prisonnier par les Anglais lors de l'escale de la Canonnière à Simon Baye, à proximité du Cap de Bonne Espérance, une semaine après son combat contre le Tremendous en avril 1806 sous le commandement de César Bourayne. Les multiples péripéties de sa période initiale de captivité en mer se prolongeront malheureusement comme pour des centaines de milliers de marins par un séjour de 5 ans en Angleterre dont une partie dans les sinistres pontons de Plymouth, camps de la mort particulièrement barbares évoqués dans plusieurs récits de ce site (Denis Paqué, Joseph Duburquois).

 

Nouvel envoi de trois documents en septembre 2009 par Georges Queyroi : une citation des mémoires du baron de Bonnefoux concernant les conditions de captivité (cautionnement) en Angleterre, un extrait d'une thèse de doctorat de 1901 donnant des précisions sur les voyages à Acapulco de la Sémillante et la Canonnière, et une notice biographique de César de Bourayne datant de 1900 environ.

 

 

 

César Bourayne

 

Concernant la captivité en Angleterre : extrait des mémoires du baron de Bonnefoux

 

Instructions du Capitaine général Decaen pour le capitaine de vaisseau Bourayne commandant la Canonnière – Avril 1806

 

Compte rendu du combat de la frégate la Canonnière contre le Tremendous escortant 12 vaisseaux de commerce en avril 1806 au large de Natal. Lettre de janvier 1807

 

Rapport du Capitaine de Vaisseau Bourayne au Général Decaen, juin 1806

 

Mission de la Canonnière à Acapulco 1807-1808

 

L'Ile de France sous Decaen (Thèse de doctorat de M. Henri Prentout – 1901) : extraits concernant la Sémillante et la Canonnière

 

Lettre patente nommant César Bourayne baron – 2 mai 1811

 

Lettre de César de Bourayne au Ministre de la Marine pour recommander son frère Baptiste – juillet 1814

 

Notice concernant César de Bourayne, Panthéon de la Légion d'honneur 1903 (Gallica- Bibliothèque nationale)

 

On peut ajouter à ces documents la longue notice consacrée à César de Bourayne dans le livre de Joseph François Gabriel Hennequin publié en 1835  : "Biographie Maritime ou notices historiques sur la vie et les campagnes des marins célèbres français et étrangers" , pages 264 à 278

 

 

 

Famille de César Bourayne

 

Acte de décès de Mary Morgan

 

Les frères de César et leur famille

 

Notice biographique de Jacques Noël Sané,  "le Vauban de la Marine", cousin issu de germains par alliance de César Bourayne

 

Recherches sur la famille Pellegrin, cousins issus de germains par alliance de César Bourayne

 

L'ingénieur du génie maritime Rolland, oncle d'une belle sœur de César Bourayne, créateur du navire qui transporta d'Egypte en France l'obélisque de Louxor.

Éléments sur le transport de l'obélisque de Louxor 
par Jean Marie Homet

dans la revue l’Histoire, février 2002.

 

 

Histoire de l'Enseigne de Vaisseau Delarouvraye

 

 

 

 

 

 

 

Concernant la captivité en Angleterre : extrait des mémoires du baron de Bonnefoux

 

 

MEMOIRES DU BARON de BONNEFOUX

Capitaine de vaisseau

1782-1855

 

La captivité en Grande Bretagne

 

 

 

Cautionnement : petites villes où étaient les divers dépôts des officiers prisonniers qui avaient la permission d’y résider après s’être engagés sur leur parole d’honneur à ne pas s’en écarter à plus d’un mille de distance, à rentrer tous les soirs chez eux au coucher du soleil et à comparaître 2 fois par semaine devant une commission du Gouvernement .

 

L’Angleterre accordait par jour 18 pences ( 36 sous ) à chaque officier, quel que fût son grade .

 

 

 

 

Recherches G. QueyroiGallica BN – 8-2009

Fichier 727

 

 

 

Instructions du Capitaine général Decaen pour le capitaine de vaisseau Bourayne commandant la Canonnière – 5 Avril 1806

 

 

 

Decaen – Dépêche N°89 du 5 avril 1806 An 14

 

Incertain du lieu où peut-être rencontré Monsieur le Contre-Amiral Linois, ses dernières opérations au Cap de Bonne Espérance pouvant peut-être le rappeler encore dans cet endroit, dès que vous aurez, Monsieur, fait embarquer à bord de votre frégate l’approvisionnement de légumes que vous devez prendre à St Paul, Ile de la Réunion où vous devez vous diriger en sortant de l’Ile de France, vous ferez voiles sur le champ pour vous rendre avec la plus grande célérité, dans celles des rades du Cap de Bonne Espérance, que dans les circonstances de la saison rendent la plus grande à la sûreté des vaisseaux.

 

Aussitôt que vous serez ancré, si ce général n’y était pas, vous communiquerez sans délais avec le Gouverneur Général de cette Colonie, et l’agent de l’Empire, pour savoir s’ils n’ont pas quelques communications à vous transmettre de la part du Contre-Amiral Linois, et vous n’aurez dès lors qu’à suivre les instructions que vous recevrez de sa part. 

 

Vous êtes autorisé à ouvrir tous les paquets officiels qu’il aurait adressé à tout officier de la marine de l’Empire.

 

Si, alors, ces communications vous laissaient incertain sur les probabilités de son retour au Cap du Bonne Espérance, ou de vous rallier à son Pavillon dans un prochain terme, l’intérêt du service de Sa Majesté exigeant l’emploi le plus actif et le plus utile des forces navales employées dans ces mers, vous voudrez bien, Monsieur, suivre les instructions de croisière suivantes qui m’ont parues le mieux convenir dans ce montant : mais dans le cas cependant où les circonstances que la plus sage combinaison ne peuvent toujours prévoir, en empêcheraient l’exécution, m’en rapportant alors à votre expérience et à votre dévouement au service de Sa Majesté, pour le succès des opérations de la frégate que vous commandez.

 

I/ Six mois de vivre ayant été embarqués à bord de cette frégate, vous compléterez  sous le plus bref délais, votre eau et le reste de vos approvisionnement, si vous en jugez convenable et que cela soit possible par les moyens qui pourraient être à la disposition de Monsieur l’Agent de l’Empire, et vous prendrez un supplément d’équipage dans les hommes provenant de la frégate et du corsaire qui ont eu le malheur de faire naufrage au Cap de Bonne Espérance, en combinant cependant cette augmentation d’équipage avec le temps qu’il vous faudra pour l’exécution de la croisière que vous avez à remplir.

 

II/ Dès que vous aurez satisfait à ces premières dispositions, vous mettrez en mer, vous vous dirigerez directement vers Sainte Hélène et vous établirez un mois de croisière à 60 lieues dans le SE de cette Isle en parcourant cependant alternativement 10 lieues au NE et 10 lieues au SO dans cette direction : cet espace étant celui que traversent généralement les vaisseaux de la Compagnie, pour aller à St Hélène, en faisant leur retour de l’Inde en Europe, soit en convoi ou isolément, une grande surveillance garantit de toute surprise de la part des vaisseaux d’escorte s’il y en a et les vaisseaux de la Compagnie, qu’on rencontre isolément, sont des captures d’autant plus faciles qu’ils se rendent toujours de l’Inde à St Hélène fort mal armés. Cette relâche ayant pour motif, outre celui de renouveler leurs provisions, celui d’échanger leur équipages Lascards pour des européens qui y arrivent sur des vaisseaux venant d’Europe.

 

Si dans cette croisière vous faisiez une ou plusieurs prises assez importantes pour les intérêts de Sa Majesté et par conséquent des captures vous feriez sur le champ votre retour aux Isle de France et de la Réunion en escortant vos prises sans toucher au Cap de Bonne Espérance, à moins que des circonstances impérieuses ne vous y obligent, et s’il vous est recommandé de préférer l’atterrage de la Rivière d’Abord de l’Isle de la Réunion d’où on vous informera si vous pouvez tenter votre retour au port NO de l’Isle de France.

 

III/ Après le mois de croisière qui vous est prescrit, si vous n’avez pas eu de succès importants vous vous rendrez le plus promptement possible vers la côte occidentale d’Afrique en vous dirigeant de manière à atterrer au Cap Nègre, ou très peu vers le Nord, de là, filant la côte à toute vue, favorisé de vents presque généralement au SSO, vous remonterez vers le N en prenant cependant connaissance d’Ambrizete, où l’on rencontre souvent des navires en traite – continuant ensuite la direction de la côte vers le Nord vous vous porterez dans la rade de Cabinda et de Malimba, où vous trouverez certainement plusieurs bâtiments en traite, mais tous les renseignements relatifs à la navigation de ces parages, qui est d’ailleurs sans danger prouvent la nécessité dès qu’on a connaissance du Cap Padaao de s’approcher de terre jusqu’à 10 ou 12 brasses de fond, pour y ancrer, dans le cas ou il survienne du calme, un vent passablement frais étant indispensable pour traverser l’ouverture du Zaïre ( Congo ) sans avoir à craindre d’être entraîné au large par l’influence des courants qui sortent de cette rivière et qui pourraient exposer à manquer Cabinda et Malimba.

 

La proximité de Cabinda et Malimba vous fera sentir la nécessité d’une prompte expédition sur les navires de Cabinda, pour être à temps de surprendre ceux de Malimba. Le premier de ces lieux offre une rade sûre et commode, sous tous les rapports, la seconde, quoique foraine  est également bonne et vous pourrez y prendre du bois et de l’eau, si vous croyez nécessaire.

Ce sera à vous, Monsieur, à juger en raison des succès que vous aurez eus, et de ceux qui vous auraient été possibles en remontant la côte, le nombre de jours qu’il conviendra de rester sur ces rades pour attendre des navires qui viendraient y traiter.

 

IV/ Vous expédierez successivement tous les navires que vous capturerez sur la côte d’Afrique, les dirigeant sur les Isles de France et de la Réunion en leur ordonnant les précautions qui vous sont recommandées pour vous-même, vous ferez transporter à bord de la frégate toutes les matières d’or et d’argent qu’on trouvera à bord des prises, il conviendra aussi que vous fassiez remplacer tout au moins en grande partie des hommes d’équipage que vous destinerez pour la conduite des prises, par les plus beaux noirs qu’elles contiendront, cette espèce d’Africains étant la plus convenable pour les différents ateliers des arsenaux.

 

V/ Au terme que votre prudence vous suggérera pour votre séjour à Cabinda ou Malimba, si vos succès n’avaient pas été aussi considérables qu’il est raisonnable de l’espérer vous feriez dès lors route pour celles des rades du Cap de Bonne Espérance, où la saison vous permettrait de séjourner, et toujours dans la supposition de l’absence ou d’ordre de Monsieur le Contre-Amiral Linois, vous feriez en sorte non seulement de remplacer votre eau et votre bois, mais aussi de vous faire fournir le complément général de vivres et d’approvisionnement de tout genre, pour une nouvelle campagne qui dans ce cas serait soumise à votre zèle pour le bien du service de Sa Majesté ; mais dans tous les cas, eu égard à la quantité de subsistance que vous aurez à votre disposition, ou que vous vous serez trouvée au Cap de Bonne Espérance, vous déterminerez votre retour aux Isles de France ou de la Réunion.

 

Le désir de bien vous pénétrer, Monsieur, de la nécessité comme de l’importance de la mission que vous avez à remplir, m’engage à vous faire part des motifs qui ont déterminé la croisière que je vous prescris.

 

Le premier est celui de la possibilité de vous réunir, par les premières dispositions à Monsieur le Contre Amiral Linois.

 

Le second, de procurer à l’Administration des Colonies qui sont confiées à mon commandement  par le succès que vous pourrez  avoir sur nos ennemis, les moyens de subvenir à l’entretien des forces navales dans ces mers, pour les tenir toujours en état d’une constante activité.

 

Les malheureux événements qui vous sont connus depuis votre arrivée dans ces mers, doivent Monsieur, vous fixer sur les précautions que vous aurez à prendre, soit pour votre séjour dans les rades du Cap de Bonne Espérance soit dans la manière dont vous devez y aborder.

Quant aux besoins que vous aurez, à votre arrivée à l’Isle de la Réunion, si les ennemis empêchaient votre retour au port NO de l’Isle de France, St Paul, qui est la rade que vous devez préférer sera en mesure de satisfaire au remplacement de vos vivres pour une nouvelle croisière et vous y trouverez sans doute des instructions.

 

Il conviendra, Monsieur, de prendre à bord des prises tous les vivres qui pourraient vous être nécessaire et dont il ne résulterait pas d’inconvénient pour celles que vous auriez l’intention d’expédier.

 

L’atterrage   sur la Rivière d’Abord sans s’élever sur un parallèle plus nord, est fixé sur l’expérience que j’ai, de toute la durée de cette guerre ; que toutes les prises qui ont suivi cette direction n’ont éprouvé aucun événement, les ennemis se tenant toujours au nord de ces limites.

 

Si des circonstances décident votre retour direct du Cap à l’Isle de France, vous prendrez tout ce qu’il sera possible du nombre de naufragés qui y seront encore, et, dans tous les cas, ceux qui vous conviendrait et toujours en proportion des différentes armes.

 

Si une croisière anglaise devant le Cap de Bonne Espérance, ou tout autre événement vous mettaient dans l’impossibilité d’entrer dans l’une ou l’autre des rades, dans laquelle vous seriez déterminé d’entrer, eu égard à la saison, vous exécuteriez alors le 3ème article des présentes instructions.

 

J’ai maintenant à vous faire connaître, Monsieur le Capitaine, les ordres de Sa Majesté :

 

Sa Majesté Impériale et Royale veut que l’ennemi soit attaqué sans hésiter, partout où on le trouve en force inférieure et dans toutes les circonstances où on peut l’attaquer avec avantage

 

L’Empereur rejette à jamais toute circonspection timide dans le commandement de ses bâtiments  et ils sont prévenus qu’une grande détermination n’ a jamais besoin d’apologie auprès de Sa Majesté ; que tout ce qui portera le caractère de l’audace aura son approbation et donnera droit à ses grâces.

 

J’annexe aux présentes instructions :

 

I/ Un tableau des signaux de reconnaissance  avec les rades de Table- Baye, et False Baye.

 

II/ Un tableau des signaux pour indiquer la présence de l’ennemi devant l’Isle de France et les points vers lesquels il croise.

 

III/ Deux tableaux de signaux pour annoncer la présence de l’ennemi sur les côtes de l’Isle de la Réunion et la partie de l’Isle devant laquelle seraient les croisières ennemies.

 

IV/ Un tableau de signaux avec lesquels les corsaires de l’Isle de France peuvent se faire reconnaître avec les vaisseaux de Sa Majesté dans les mers à l’Est du Cap de Bonne Espérance.

 

Le paquet de dépêches, joint à la présente en contient une à l’adresse du Contre Amiral Linois, un autre pour Monsieur le Gouverneur du Cap de Bonne Espérance, une troisième pour le Sous Commissaire des relations commerciales de France dans cet Etablissement et enfin une 4ème pour Monsieur le Capitaine de Vaisseau Gandin Beauchêne.

Je vous invite à leur remettre à chacun d’eux.

 

                                    A l’Isle de France le 5 avril 1806

 

                                 Le Capitaine Général, signé Decaen.

 

 

 

Recherches G.Queyroi – SHM  - 01/2003 –F 526

 

 

 

 

 

Compte rendu du combat de la frégate la Canonnière contre le Tremendous en avril 1806 au large de Natal. Lettre de janvier 1807

 

Les récits de ce fameux combat sont généralement inspirés du rapport écrit sous la dictée de César Bourayne puis mis en forme et complété par un officier de plume. Le texte ci-dessous, plus bref, est une lettre de la main même de César Bourayne écrite quelques mois plus tard au Ministre de la Marine pour recommander certains hommes de son équipage qui ont eu dans ce combat une attitude particulièrement active. L'orthographe d'origine en a été respectée.

 

 

R. le 27 Janv.1807

 

Bourayne,capitaine de Vau officier de La Légion d’honneur Commandant la frégate de S M  La Canonnière

 

 

A l’honneur d’adresser à  Son Excellence Monseigneur le Ministre de la Marine et des Colonies.

 

 

Le résultat de l’Engagement qu’il a soutenu le 21 avril 1806 contre le Vau du Roi d’Angleterre le Tremendous de 74 canons escortant un convoi de douze Vaux de compagnie armés venant des Indes et faisant son retour pour l’Europe.

 

Par 32 d 45 de longitude sud

et 36 d 34  de latitude orient.

 

 

 

Les vents à l’est, la mer belle, joli frais gouvernant à l’O. sous toutes voiles à 6 h 30 m. du matin, vu 13 voiles dans le NE ¼   rentré les bonnettes et tenu le plus près pour les approcher et les reconnaître, à 8 h ces bâtiments nous restaient à l’E.N.E. L’un deux fesait la tête du convoi, était séparé des autres de deux lieues, il ma paru un bâtiment d’escorte, à 9 h ½  il a fait des signaux que je n’ai pas compris, il a laissé arriver pour couper ma route, je l’ai alors reconnu pour un Vau  de guerre.

 

J’ai continué de serrer le vent pour le gagner au vent et de l’avance, mais les vigies ont au même instant crié terre devant et au vent à nous, j’ai laisser arriver au N.O.1/2 O.

 

La pointe la plus près de la terre me restait au N.1/2 O. distante de 6 lieues ; à 10 h ½ le vaisseau était par notre hanche du vent à une lieue et demie, j’ai forcé de voiles en laissant arriver jusqu’au O. il me gagnait au plus près et largue, à midi j’ai pris chasse vent arrière sous toutes voiles possibles, envoyé de l’eau dans les hunes et gréé la pompe, arrosé nos voiles ; précautions que le Vau avait prise aussi car la brise commençait à mollir ; nous avons fait dans les cales et dans l’entrepont tous les transports de poids et tous changements qui paroissaient propres à accélérer notre vitesse.

 

Les épontilles avaient été levées dès le commencement de la chasse on avait aussi donné un peu d’aisance au grément et bien que j’ai apperçu du mieux dans notre marche à 9 h 40 m, le Vau était dans nos eaux à une petite portée de canon ; j’ai hissé le Pavillon et la flamme en commençant le feu de nos deux pièces de retraite,on a jeté à la mer la yole porte manteau à laquelle le feu venait de prendre ; le Vau a tiré ses canons de chasse et avait déjà son pavillon anglais et le guidon rouge au grand mat, le feu de chasse de son côté et de retraite du nôtre s’est continué vivement jusqu’à 4 h sans que nous nous soyons apperçu qu’aucun de nos boulets l’ayant incommodé,mais un des siens a riflé le mât d’artimon et l’a coupé au quart à 20 pieds au dessus du pont, j’ai fait amené les bonnettes de tribord, le Vau m’avait tellement rapproché que le combat m’a paru à cet instant inévitable, je suis venu au vent il en a fait autant et a gardé la position au vent. La brise a beaucoup fraichie, j’ai fait rentrer les bonnettes de babord et serré le vent pour doubler le Vau mais il courait une route paralèle à la mienne et la supériorité de sa marche m’en a bientôt ôté l’espoir ; j’ai commencé le feu par la pièce de l’arrière,il a répondu de tout le sien, j’étais à quart de portée de canon et toujours le vent sous toutes voiles et ce qui nous mit bientôt à demi-portée du mousquet du Vau.

 

Sa batterie basse jouait difficilement à cause de sa très grande inclinaison et de l’eau qui entroit en très grande quantité par ses sabords de l’avant,cependant il l’ouvroit par section de quatre canons en commençant par sa troisième pièce jusqu’à l’arrière, à aussi petite distance j’ai pu facilement distinguer que c’est un Vau de 74.

La vivacité d’une mousquetterie vigoureusement soutenue pendant tout le temps qu’il a gardé notre côté,celle du feu de ses canons ne me permet pas de douter qu’il ne soit très complet en monde, cependant il s’en faut de beaucoup que ces coups aient été aussi bien dirigés que les nôtres qui ont tous porté dans son bois où dans son grément, notre batterie servie avec autant d’intelligence que de courage et d’activité n’a pas perdu un boulet !

 

Les cris de Vive l’Empereur ! à l’abordage ! l’enthousiasme de l’équipage à chaque désemparée du Vau aurait fait croire que nous combattions plus pour le prendre que pour lui échapper, à 5 h 20 m ses focs ses voiles d’étai son petit hunier étaient tombés,son grand étai était coupé,un boulet à la tête de son petit mât d’hune avait fait sauter le petit mât de perroquet, ses cacatois et toutes ses bonnettes de tribord avaient été désemparées au commencement de l’action son grand mât parraissoit très maltraité, sa grande voile désemparée malgré qu’il m’ait démonté la 6ème caronnade de l’arrière,qu’il m’ait brisé notre grande ancre qui étoit postée sous les grands portes haubans à babord et rompu une ancre à jet dans les porte haubans d’artimon du même côté, que plusieurs de ses boulets aient porté à la flotaison un peu au dessus du cuivre et que nos voiles aient été criblées de coups de canon, plusieurs de ces haubans d’hune et de perroquet coupés et deux bas haubans.

 

J’ai moins souffert que lui à 5 h 25 m je le gagnais sensiblement,aussitôt qu’il s’en est apperçu il a laissé arriver tout, pendant ce moment j’ai serré le vent le plus possible et rangeant notre poupe extrêmement près il m’a lâché sa bordée d’enfilade à mesure que ses canons me découvraient ; un de ces boulets a coupé la vergue de misaine à babord à un tiers, il a continué de tirer sur moi en venant au vent et a tenu le plus près babord amure pour me rapprocher, à 5 h 35 j’étais hors de sa portée.

 

Le convoi l’avait rallié pendant le combat et parassoit vouloir couper ou du moins inquiéter ma retraite,à 5 h ¾ une grosse frégate de la compagnie qui avait pris la tête portant son nom ‘’Indépendant’’ m’a tiré deux volées auxquelles je n’ai pas voulu répondre car elle a mit trois fois différentes ses voiles de l’arrière sur le mât, elle se tenait en arrière de notre travers tiroit de fort loin et parrassoit ne pas vouloir tenter un engagement sérieux ; je me suis occupé à faire tenir mes mâts d’hune et de perroquet qui fatigoient beaucoup,  leur grément était  coupé en grande partie, j’ai fait établir l’écoute du petit hunier dans la poulaine et remédié du mieux possible le désordre de sa misaine.

 

Le Vau  de son côté travailloit à se réparer et faisait tous ses efforts pour me joindre, à 6 h j’étais hors de portée de l’ennemi, j’ai continué de tenir le plus près babord amures pour avoir le vent sur tout le convoi qui a continué à me chasser, j’ai présumé que perdant l’espoir de m’atteindre, il attendait la nuit pour reprendre sa route ; en effet à 8 h ½ le Vau qui était loin de nous sous le vent a brûlé cinq amorces, deux autres à 10 h ont été brûlées derrière moi et partoit sans doute du serre- file, dès cet instant je n’ai plus eu connoissance de ces bâtiments, au reste je puis assurer qu’à leur bonne tenue, à leurs forces et aux très bon ordre qui régnoit parmi eux on les auroit plutôt pris pour une escadre de Vaux de guerre que pour un convoi de bâtiments marchands.

 

Le grand sang froid et le courage de mes officiers ne m’ont rien laissé à désirer, ils ont pendant toute l’action maintenu le plus grand ordre et par leur exemple encouragé l’équipage qui de son côté a montré beaucoup d’intrépidité et d’audace, tous ceux dont les pièces ne pouvaient pas découvrir le Vau demandoient l’abordage : j’ai eu quatre hommes tués et vingt cinq blessés dont sept très gravement : je n’avoie en commençant le combat que trois cents hommes tout compris étant partie de l’ille de France avec vingt huit hommes au dessous du compte de mon équipage ; j’avois plusieurs malades, tous ceux qui ont se tenir sur le pont ont voulu partager avec leurs camarades les périls de l’action. 

 

Mes avaries les plus considérables, sont un boulet dans le grand mât qui en coupe la mèche et une jumelle et qui est cassée à 16 pouces dans le bois, la vergue de misaine coupée au tiers, une ancre de veille de 4, 000, brisée, le mât d’artimon coupé au quart, une ancre à jet de 1.800 brisée, une carronnade de 32 cassée par un boulet, quinze à vingt boulets dans le côté de la frégate dont beaucoup ont coupé des pièces de liaison.

 

Le Lieutenant de Vau Dubuisson mon second pour lequel j’ai sollicité de votre Excellence l’étoile de la légion d’honneur, s’y est par sa conduite créé de nouveaux titres, j’ai l’honneur de recommander aux grâces de Sa Majesté …      l’enseigne de Vau Prenat provenant de la frégate Lathalante,commandait la batterie en l’absence du Lieut. de Vau Moreau resté malade à l’ille de France ; il a été blessé grièvement pendant l’affaire et n’a quitté son poste qu’un instant pour se faire penser, il a repris son service sur le champ, l’a continué jusqu’à la fin de l’action de la manière la plus honorable ; l’aspirant Duplantes a été blessé aussi, je suis très content de sa conduite.

 

J’ai l’honneur de recommander aux grâces de Sa Majesté toutes les personnes sous mes ordres  il est impossible d’avoir un équipage plus complètement brave que le mien, je me loue surtout des hommes de l’artillerie qui ont tiré avec une justesse, une célérité, et une précision qui leur font le plus grand honneur.

 

J’ai l’honneur de rappeller au souvenir de votre Excellence les Enseignes de Vaisseau non entretenu Geffroi et Bellet qui n’ont cessé de mériter votre Bienveillance ; l’aspirant Frédéric Berna pour lequel j’avais sollicité près de vous de le faire de 1ère classe qui joint aujourd’hui à une grande théorie, de la pratique dans les circonstances je l’ai employé et emploie comme officier, il a répondu à ma confiance, je demande les grâces de votre Excellence pour lui.

 

 

                                                                                                              Bourayne

 

 

Recherches G. Queyroi- Archives Nationales Paris, cote marine PD 90--Service historique de la Défense- microfilm BB4-252

 

copie conforme à l’original écrit de la main du Capitaine de Vaisseau César Bourayne (orthographe de l’époque )

 

 

 

 

 

Rapport du Capitaine de Vaisseau Bourayne au Général Decaen, 5 juin 1806

 

 

Rade de St Paul – Isle de la Réunion-5 juin 1806.

 

Le Capitaine de vaisseau Bourayne, Officier de la Légion d’honneur,

commandant la Canonnière.

 

A Monsieur Decaen Général de Division, Grand Officier de la Légion d’Honneur, Capitaine Général des Ets Français à l’Est du Cap de Bonne Espérance.

 

 

            Monsieur le Capitaine Général,

 

 

Le mauvais état de ma santé ne m’ayant pas permis de profiter de l’occasion de l’Aviso parti de Ste Rose, j’ai l’honneur de vous annoncer que le brick l’Ecureuil qui doit partir incessamment de la Rivière d’Abord pour l’Isle de France, mon retour à St Paul et de vous rendre compte des raisons qui l’ont déterminé.

 

J’ai quitté cette rade le 12 avril au matin, j’ai dirigé ma route vers le Cap – tout me promettait une traversée aussi prompte que heureuse.

 

Le 21, au jour, j’ai eu connaissance de 13 voiles, j’ai manœuvré pour les distinguer et les reconnaître forcé d’en venir à une action avec un vaisseau anglais de 74 canons qui escortait ce convoi, je vous adresse sous ce pli le rapport de cette affaire.

 

Le 22 au matin, n’ayant plus connaissance de l’ennemi j’ai remis en route vers le Cap où je devais trouver les moyens de me réparer et de re compléter mes vivres et mon équipage – je me suis mis sur le champ en état de tenir la mer et j’ai mis ma vergue de misaine sur le pont, j’ai rajusté les deux bouts ensemble, je les ai soutenu par trois de mes épontilles en fer et des jumelles ; j’ai aussi jumelé le mât d’artimon et le grand mât qui fatiguait beaucoup dans les roulis  j’ai plaqué les trous des boulets dont plusieurs se trouvent à fleur d’eau.

 

Le 28 au soir j’étais en vue du Cap de Bonne Espérance, le 29, dans des petits vents de NNE au NNO me mirent à une lieue en dedans de la Baye de  False où je mouillais jusqu’au lendemain, que j’ai appareillé avec les mêmes vents et louvoyé pour gagner le mouillage de Simon Baye à 10 heures du matin.

 

Je découvrais bien l’Etablissement et les forts et les bâtiments, le pavillon Hollandais flottait à terre et en rade, je ne fis pas les signaux de reconnaissance parce que le Gouverneur invite à s’en abstenir, lorsque cette précaution n’est pas absolument indispensable et qu’on a aucune raison de défiance. J’étais dans ce cas, n’ayant communiqué avec personne à la mer et n’ayant reçu de vous Monsieur le Capitaine Général, aucun avis sur la véritable situation de cette possession Hollandaise.

 

Vers les 2 heures j’ai mouillé en dehors de l’Ile aux Pingouins dans le Sud de la Madeleine, j’ai envoyé sur le champ mon canot à terre avec un officier (l’Enseigne Delarouvraye) saluer Monsieur le Gouverneur Hollandais, le prévenir de mon arrivée, le pressentir de mes besoins et lui demander un pilote pour me mettre dedans ; vers 4 heures mon canot venait d’aborder à terre, un des forts tira sur moi un coup de canon à boulet, peu après un second et dans l’instant tous les forts tirèrent et envoyèrent des bombes qui me dépassaient ainsi que la plupart des boulets, les forts et les bâtiments avaient arboré les couleurs anglaises.

 

Cette Place m’a paru augmentée en moyens de défense et il paraissait que l’ennemi la possède depuis quelques temps déjà puisque j’ai reçu le feu de 2 forts que je ne connaissais pas et qui sans doute ont été construits depuis le changement de domination de cette place quoique je n’ai remarqué en rade aucun bâtiment de guerre.

 

Les risques évidents que je courrais sans but et sans apparence de succès, la crainte d’empirer ma position déjà embarrassante depuis ma rencontre avec le vaisseau, éloigné de toute espèces de ressources, ayant 2 ancres en moins, mon équipage affaibli, des avaries considérables dans ma mâture et enfin dans une situation dont vous jugerez facilement Monsieur le Capitaine Général d’après l’état des réparations à faire que vous trouverez ci-joint.

 

J’ai coupé mon câble et appareillé avec la plus grande célérité, la terre n’a cessé son feu que lorsque j’ai été absolument hors de portée, je n’ai été touché par aucun des boulets, plusieurs bombes sont éclatées entre mes mâts sans me causer aucun dommage, la brise très fraîche du Sud m’a forcé de louvoyer 2 jours à vue du Cap.

 

Quelques désirs que j’eusse de continuer ma mission, l’état de ma frégate me prescrivant impérieusement mon retour dans un Etablissement Français, j’ai été obligé d’y renoncer ou je devais faire mon retour pour y prendre des renseignements sur les croisières ennemies et attendre de nouveaux ordres.

 

A portée d’être reconnu j’ai fait le 26 mai des signaux de reconnaissance devant la Rivière d’Abord.

 

Dans l’après midi j’eu connaissance d’un bâtiment Américain au large de la baie de St Gilles et de deux grands bâtiments qui se trouvaient au large de moi à toute vue, près desquels on distinguait de petites embarcations.

 

J’ai présumé que ces bâtiments étaient des croiseurs ; toute la nuit le vent fut calme, je manoeuvrais pour me mettre à portée d’entrer à St Paul ; le 27 à la pointe du jour je me trouvais à 5 lieues au large de la baie de St Paul ; j’eus connaissance à environs 2 lieues et ½ au large de moi d’un bâtiment que je reconnus pour être de guerre et qui avait de petites embarcations, goélettes, chasses marées et péniches autour de lui, peu après j’eus connaissance à toutes vues d’un grand bâtiment ayant aussi de petites embarcations en son entour.

 

Je ne doutais nullement que ce fussent les 2 bâtiments en croisière qui avaient approché dans la nuit, ayant eu plus de vent que moi, le calme dura jusqu’à 9 heures ½, la brise étant venue du large je faisais route sur St Paul quoique je crusse reconnaître le bâtiment le plus près de moi pour la Psyché avec laquelle je ne me souciais pas de courir la chance d’un engagement et qui si je l’avais chassé aurait rallié le vaisseau au large avec lequel elle avait fait des signaux d’intelligence.

 

La position de ma frégate ne me permettait pas de risquer un engagement avec 2 bâtiments d’autant qu’ils eussent avec la brise du large conservé le vent sur moi et auraient pu m’empêcher de rallier St Paul.

 

La Psyché m’a suivi jusqu’à l’entrée de la baie, a repris le large, depuis cet instant je n’en ai point eu connaissance.

 

 

Dans ce moment je m’occupe à réparer d’une manière plus efficace que je ne l’ai pu à la mer les dommages que m’a causé le vaisseau et à compléter s’il est possible mes vivres.

 

Jusqu’à ce jour j’ai fait peu d’ouvrage par la difficulté que mettent les raz de marées au transport du bois.

 

Je vous instruirais des progrès de mon travail par la plus prochaine occasion et j’attendrais ici vos ordres.

 

J’ai l’honneur d’être avec respect Monsieur le Capitaine Général, votre très humble et très obéissant serviteur.

 

 

    

                                                                      BOURAYNE

 

 

 

En marge : Vu, le Capitaine Général Decaen.

 

 

 

NB : Dans un rapport au Ministre le Capitaine Général n’a pas manqué de se plaindre de la réflexion du Capitaine de vaisseau Bourayne.( italiques page 1 )

 

 

Recherches G.Queyroi SHM 01/2003 –BB4. F 531.

 

 

 

 

 

 

Mission de la Canonnière à Acapulco 1807-1808

 

 

MISSION EFFECTUEE POUR LE COMPTE DU

CAPITAINE GENERAL DES PHILIPPINES

 

Par le Capitaine de vaisseau Bourayne commandant la Canonnière

 

 

 

Appareillage en avril 1807 de Manille à destination d’Acapulco, Mexique (Nouvelle Espagne ).

 

Escorte un galion et une frégate Espagnols. Les vents les portent d’abord vers les Isles du Japon. Ils abordent une île inoccupée le 8 mai 1807, baptisée ‘’ île de la Canonnière ‘’. Position 24°37 de latitude nord et 129° 16  de longitude ouest.

 

Ils se dirigent ensuite sur les Iles Sandwich (Hawaï), et malgré les vents contraires arrivent à Acapulco le 21 juillet 1807 après 3 mois de navigation.

 

C’est le 23 octobre 1807, muni de l’argent nécessaire à la Colonie Espagnole des Philippines, que César Bourayne appareille pour son voyage de retour, en passant par Hawaï et les îles Mariannes.

 

Ils arrivent à Manille le 24 décembre 1807, le voyage de retour, porté par des vents favorables  n’a duré que 2 mois.

 

Pour remercier César Bourayne, le Capitaine Général Don Mariano Fernandez de Joqueraô offre une épée d’or enrichie de diamants …qu’il n’accepta pas.

 

Cette mission terminée, la Canonnière quitte les Philippines le 22 mars 1808 pour arriver à l’Isle de France le 13 juillet 1808, où une autre mission l’attend.

 

A cette date, il y a 2 ans et 9 mois qu’elle a appareillé de Cherbourg.

 

Ces traversées, d’environ 15 000 km chacune furent effectuées en trois mois à l’aller et deux mois seulement pour le retour.

 

La Canonnière est restée 4 mois au mouillage d’Acapulco. La durée totale de la mission fut donc de 9 mois environ.

 

 

NB : Nous possédons le Carnet de bord de la frégate la ‘’Canonnière’’ tenu par l’Agent Comptable Jean Baptiste Bourdon pour les soldes du  3ème trimestre de 1807. Mouillée en rade d’Acapulco, Nouvelle Espagne le 20 juillet 1807.

 

 

 

Recherches G.Queyroi – SHM – 01 / 2003 –F 525

 

 

L'Ile de France sous Decaen (Thèse de doctorat de M. Henri Prentout – 1901) : extraits concernant la Sémillante et la Canonnière

 

L’Ile de France

Sous DECAEN

*

Essai sur la Politique Coloniale du 1er Empire

et la rivalité de la France et de l’Angleterre dans les Indes Orientales

par Henri Prentout Professeur agrégé d’histoire au lycée de Caen

Thèse pour le Doctorat es lettres de Paris

Hachette 1901

*************

(Extraits)

 

Pages 478 à 482 et 498 à 500

Pour l’histoire des frégates la Sémillante et la Canonnière

 

 

 

 

………Le 7 ventôse, an XIII (26 février 1805) , Decaen écrivait à l’Amiral Linois qu’un bâtiment qui partirait sous peu de jours porterait à Manille la nouvelle de la guerre (entre l’Angleterre la France et donc l’Espagne)

Il demandait à l’Amiral de mettre à sa disposition, pour cette mission, la frégate "la Sémillante" , à défaut d’Avisos.

Cette frégate pourrait être ensuite employée à croiser dans les mers de Chine .

 Linois accepte cette proposition et, le 10 ventôse (1er mars), il traçait ses instructions au Capitaine de Vaisseau Motard commandant la Sémillante .

Elle mit à la voile le 8 mars et, après une navigation assez difficile, mouilla sur la rade de Manille le 31 mai .

 

La Colonie Espagnole se trouvait alors dans un grand embarras . Le galion d’Acapulco qui lui apportait chaque année les fonds nécessaires à son existence , n’avait pu sortir du Mexique faute de navires de guerre pour l’escorter .

Le manque de numéraire se faisait d’autant plus sentir qu’il était nécessaire de presser les préparatifs de défense . Dans une entrevue , puis par lettres, le Gouverneur Général , dépeignant au Capitaine français , la situation déplorable de la Colonie , lui demanda de se rendre avec sa frégate à Acapulco , Motard , qui sentait toute l’importance des Philippines , alarmé par les renseignements qu’il s’était procurés sur les moyens de défense de ces Colonies , redoutait pour elles les convoitises Anglaises .

Il crut qu’en remplissant la mission que lui offrait le Général d’Aguilar , il pourrait assurer leur salut et répondrait ainsi , sinon à la lettre , du moins aux intentions du Capitaine Général de l’Ile de France et de l’Amiral Linois , et il accepta cette mission . 

Mais il avait posé ses conditions , demandant des vivres , un officier de la marine espagnole pour interprète et un pilote , toutes choses qui lui furent accordées .

 

Le 21 juillet , Motard partait pour Acapulco ; son pilote le conduisit jusqu’à l’entrée du détroit de San Bernardino qu’il essaya de franchir le 28 , mais les vents alizés le repoussèrent , et il  vint mouiller dans la rade de San-Jacinto , sur la côte orientale de l’île de Ticao .

Cette baie n’a d’autres défenses qu’une batterie sur une pointe de terre près de l’église .

Motard prit soin de l’armer ; le 2 août  parurent deux navires de guerre anglais , le Phaëton , frégate de 44 , et le brick l’Harrier .

 La Sémillante qui était une petite frégate de 32 résiste à cette attaque . Après trois heures de combat , les navires anglais se retirèrent . Les deux adversaires avaient été très maltraités par son artillerie ; le Phaëton avait son mât de misaine hors de service , l’Harrier son beaupré coupé , les deux navires avaient perdu 40 hommes , cependant ils se montrèrent les deux jours suivants à l’entrée de la baie . Motard savait qu’à l’ile Balambanang , où ils venaient de fonder un Etablissement , les Anglais avaient de nombreux bâtiments avec des troupes à bord .

Son équipage était très affaibli . Les Anglais pouvaient avoir deviné sa mission et le poursuivre avec des forces supérieures ou l’intercepter au retour . Il la considéra comme trop compromise pour pouvoir être exécutée et il crut devoir y renoncer .

 

Le 18 thermidor (6 août) il avertissait le Capitaine Général des Philippines de sa nouvelle résolution et lui en fit connaître les raisons ; celui-ci les apprécia . Motard , s’il n’avait pas cru devoir exécuter , après le combat de San Jacinto , la mission qu’il avait d’abord acceptée n’en avait pas moins remporté un succès signalé sur l’ennemi commun .

 

 

 

 

En contraignant les Anglais à se rendre à Macao il se trouvait qu’il avait rendu à peu près à la Colonie le service que l’on attendait de lui . En effet , pendant ce temps arrivait de Lima un vaisseau de la Compagnie Espagnole , portant 500 000 piastres , lequel , inévitablement , fût tombé entre les mais des ennemis, sans ce combat .

 

Après une navigation difficile , dans des mers peu connues, qui mit en lumière les qualités professionnelles du commandant de la Sémillante et d’un de ses officiers , le futur amiral Roussin , alors lieutenant de vaisseau , la Sémillante rentra au Port Louis le cinq novembre .

Mais Decaen reprocha à Motard de n’avoir pas continué sa mission , puisqu’il l’avait acceptée C’était , disait-il avant d’entreprendre qu’il devait prévoir , autant que possible , les obstacles qu’il pouvait rencontrer . Motard essaya plus tard de le faire revenir à une plus juste appréciation des choses, en lui envoyant copie de la lettre si flatteuse du Capitaine Général des Philippines et en réfutant les gazettes anglaises qui essayaient d’atténuer la défaite essuyée à San Jacinto .

 

Decaen informa bientôt son Agent à Manille (Ducamper) de l’envoi d’une nouvelle frégate , la ‘’Canonnière’’ , Capitaine de Vaisseau Bourayne récemment arrivée de France .

Le 29 juin 1806 le Capitaine Général lui ordonnant d’aller croiser dans les mers de Chine , puis de se rendre à Manille .

La Canonnière qui avait livré de beaux combats dans l’océan Indien , n’avait pu , à cause de la Croisière Anglaise , toucher l’Ile de France et était restée à Saint Paul où les moyens lui avaient manqué pour se réparer . Decaen comptait qu’elle trouverait , dans l’arsenal de Cavite  toutes les ressources nécessaires . Elle devait aussi y prendre six mois de vivres qu’elle paierait avec le produit de ses prises . Manille lui fournirait des ressources pour une nouvelle croisière .

 

Bourayne partit de Saint Paul en juin 1806 et arriva à Manille en février 1807 . Il y trouva une situation identique à celle qui existait , deux ans auparavant , lors du voyage de la Sémillante .

Il y avait pénurie de numéraires, les galions du Mexique n’étant pas parvenus et deux bâtiments de la Compagnie Royale des Philippines ayant été pris .

L’arsenal de Cavite manquait d’approvisionnements maritimes , les vivres faisaient défaut à cause d’une mauvaise récolte . Il fallut tout le zèle de Ducamper , toute la bonne volonté de don Mariano Fernandez de Folgueras , ancien lieutenant du Roi , qui avait remplacé d’Aguilar  décédé , pour mettre Bourayne à même de radouber sa frégate .

Le nouveau Capitaine Général demanda au Commandant , le 28 février 1807 d’escorter le galion et le vaisseau de la Compagnie Royale qui allait quitter Manille pour le Mexique , jusqu’à 30 ou 40 lieues du Cap Engano , puis le 20 mars , d’escorter les deux navires espagnols jusqu’au Mexique . Bourayne accepta cette mission mais il proposa , afin d’en abréger la durée , de n’escorter les navires espagnols que jusqu’à 50 lieues du Cap Engano .

 Il se rendrait ensuite directement à Acapulco , où il ferait toute diligence pour informer le Vice Roi du Mexique de son arrivée et reprendre les fonds destinés par le Roi aux Philippines .

Le jour même , le Capitaine Général acceptait cet arrangement .

La Canonnière partit le 20 avril 1806 , arriva à Acapulco le 15 août , y fit un séjour de 3 mois pour attendre l’arrivée des fonds retardée par la saison des pluies , éprouva au retour de gros temps qui lui firent subir des avaries et rentra à Manille le 25 décembre ayant heureusement effectué sa mission .

 Le retour de la Canonnière tirait la Colonie de la détresse ; il excita , à Manille un enthousiasme plus vif encore que l’heureux combat de San Jacinto .

Le Capitaine Général informa le Roi du service rendu , demanda des récompenses à Decaen pour le Commandant .

Le Commerce fit don d’une somme de 30 000 piastres pour l’Etat Major et l’équipage de la Canonnière .

 Bourayne refusa d’être compris dans la distribution de cette somme .

 

Les Anglais savaient qu’il n’y avait point de bâtiments de guerre Espagnols aux ¨Philippines .

Deux de leurs frégates , la Caroline et le Fox entrèrent dans la rade de Manille dans la nuit du 22 au 23 février , louvoyant comme si elles se préparaient à attaquer Cavite . La frégate française se mit en état de défense , les bâtiments ennemis n’osèrent engager le combat et ressortirent la 24 février .

La Canonnière ayant complété son équipage avec des Indiens , quitta Manille le 19 mars .

 

Le souvenir du service qu’elle avait rendu allait être oublié bientôt .

 

Le 3 septembre 1808 , après une croisière de dix mois dans les mers de Chine , le brick ‘’le Curieux’’ de la marine de guerre , commandé par M. Perroud , mouillait dans la rade de Manille . Dès son arrivée , ce bâtiment demanda des secours pour se mettre en état de prendre la mer . 

M. de Folguéras les promit , mais deux jours plus tard , il fit savoir que les vivres ne seraient  fournis  qu’après que le prix en aurait été versé . Cette demande causa à l’Agent Commercial une grande surprise . Il remit toutefois à M. Perroud les fonds qui lui étaient nécessaires .

 

Decaen , en nommant un agent aux Philippines avait espéré établir un système d’échanges qui permettrait aux deux Colonies de se fournir l’une à l’autre ce qui manquerait à chacune .

Ducamper , très estimé à Manille , savait au dire de Mottard , faire aimer et respecter le nom français .

Reçu par d’Aguilar comme Agent français et reconnu comme tel , il s’était empressé de se mettre à la disposition de ses compatriotes .

Quelques jours après l’incident du Curieux , Folgueras apprit à Ducamper que le Roi désapprouvait le gouvernement des Philippines pour avoir reconnu un agent commercial français et lui enjoignait de quitter le pays l’assurant qu’il ferait cesser toute communication avec lui .

Ducamper , en informant Decaen de cette résolution du gouvernement espagnol, faisait ressortir combien elle lui semblait préjudiciable aux intérêts des deux Colonies , la Colonie espagnole ne pouvait guère se procurer , faute de marine , les marchandises de l’Inde que par les Français , et les navires de l’Ile de France trouvant en revanche à Manille des ressources appréciables en vivres et munitions navales .

Ducamper rendait un dernier service au gouvernement de l’Ile de France , en l’avertissant des tentatives anglaises sur Macao et du refus que  Folguéras  avait opposé aux demandes de secours du gouvernement Hollandais de Batavia , Daendels .

 

Perroud écrivant le même jour à Decaen , lui faisait part des mêmes incidents .

 

Comme Motard , comme Bourayne , il rendait hommage aux talents de Ducamper et affirmait la haute considération dont il jouissait à Manille . Il avait aussi trouvé beaucoup de bonne volonté de la part de M. Rauly , négociant qui s’efforçait d’acheter du salpêtre en Chine et de le faire envoyer à l’Ile de France .

 

***********

 

 

Dès le 8 février 1807 , l’infatigable ‘’Sémillante’’ reprit la mer , mais une tempête la démâta , et ce ne fut qu’en juin qu’elle repartit pour une croisière à l’est de Ceylan .

Elle y fit plusieurs prises que ramenèrent  les Enseignes Baudin et Fournier .

 

Le 15 mars 1807, il captura à 25 lieues de Ceylan , la Cécilia chargée de cordages .

Ce même jour , dans la soirée Motard engagea un combat avec la Terpsycore de 32 canons , commandée par le capitaine Montégu .

Après une heure de combat , presque vergue à vergue  , la Terpsycore ne tirait plus que par intervalles, lorsqu’un boulet frappa Motard à la tête et à l’épaule .

Le Second , Duburquois prit le commandement .

En s’éloignant la Terpsycore envoya ses derniers coups de canon , dont le dernier enlève le bras droit de l’Enseigne Baudin …

 

La Sémillante rentre à l’Ile de France après ce 5ème et dernier combat , où Motard avait de nouveau montré qu’il n’avait pas peur de se mesurer avec les frégates anglaises , mais il était blessé et malade et sa frégate n’était pas en meilleur état .

Il fallut la désarmer , la transformer en navire de commerce , elle s’appela ‘’le Charles’’ , revint en France sous le commandement de l’illustre Surcouf , ramenant à St Malo comme passager , Motard Baudin et Fournier . Motard termina le commandement qui l’a illustré par une fort belle lettre au Ministère de la Marine où il faisait ses adieux à son bâtiment .

 Il recommandait ses officiers , presque tous appelés au plus bel avenir .

 Dans un rapport à l’Empereur Decrès demanda pour le Capitaine de vaisseau Motard le grade de Commandant de la Légion d’honneur .

 

***************

Conclusion : en fait il y eut bien deux voyages vers Acapulco , le premier tenté par la Sémillante en 1805  mais qui échoua , le second effectué par la Canonnière en 1807 qui fut un grand succès .

 

 

Recherches G. Queyroi – fichier 725

8-2009

 

 

 

 

 

 

 

Lettre patente nommant César Bourayne baron – 2 mai 1811

 

    Ici

Armoiries

Napoléon par la grâce de Dieu

Empereur des Français, Roi d’Italie

Protecteur de la Confédération du Rhin

A tous présents et à venir  Salut

 

Par l’article treize du premier statut du premier mars mil huit cent huit, Nous nous sommes réservé la faculté d’accorder les Titres que Nous jugerions convenables à ceux de Nos sujets qui se seront distingués par des Services rendus à l’Etat et à Nous. La connaissance que Nous avons du Zèle et de la fidélité que Notre cher et amé le Sieur Bourayne a manifestés pour Notre Service, Nous a déterminé à faire usage en sa faveur de cette disposition. Dans cette vue, Nous avons par Notre Décret du deux mai mil huit cent onze nommé Notre cher et amé le sieur Bourayne, Baron de Notre Empire.

 

En conséquence et en vertu de ce Décret le dit sieur Bourayne s’étant retiré par devant Notre Cousin le Prince Archi-Chancelier de l’Empire à l’effet d’obtenir Notre grâce les Lettres patentes qui lui sont nécessaires pour jouir de son Titre Nous avons par ces présentes signées de Notre main Conféré et Conférons à Notre cher et amé le sieur César Joseph Bourayne, Capitaine de vaisseau et l’un des Commandant de la Légion d’honneur né à Brest Département du Finistère le vingt deux février mil sept cent soixante huit, le Titre de Baron de Notre Empire.

Le dit titre sera transmissible à sa descendance directe légitime, naturelle ou adoptive, de mâle en mâle par ordre de primogéniture.

Permettrons audit sieur Bourayne de se dire et qualifier Baron de Notre Empire, dans tous Actes et Contrats tant en jugement que dehors ; Voulons qu’il soit reconnu  partout en la dite qualité qu’il jouisse des honneurs attachés à ce Titre après qu’il aura prêté le serment prescrit en l’article trente sept de notre second statut, devant celui ou ceux par Nous délégués à cet effet, qu’il puisse porter en tous lieux les Armoiries telles qu’elles sont figurées aux présentes :  de Bourayned’argent au chevron de gueules, accompagné de trois croissants d’azur 2-1,au comble d’or chargé d’une ancre en pal de sable, en francs – quartier des barons militaires.

 

Chargeons Notre Cousin le Prince Archi-Chancelier de l’Empire de donner communication des présentes au Sénat et de les faire transcrire sur ses Registres ; Enjoignons à Notre Grand Juge Ministre de la Justice d’en surveiller l’insertion au Bulletin des Lois ; Mandons à Nos Procureurs Généraux près Nos Cours d’Appel et à Nos Procureurs Impériaux sur les lieux de faire publier et enregistrer les présentes à la Cour d’Appel et au Tribunal du domicile du Sieur Bourayne et partout où besoin sera, Car tel est Notre bon plaisir ; Et afin que ce soit chose ferme et stable à toujours Notre Cousin le Prince Archi- Chancelier de l’Empire y a fait apposer, par Nos ordres, Notre Grand Sceau en présence du Conseil des Sceaux des Titres.

Donné à …le deux du mois de mai de l’an de grâce mil huit cent onze de Notre Règne.

 

                                                                  Napoléon

Scellé le :

Le Prince Archi-Chancelier de l’Empire : Cambacérès

                                                                                                                                                                                               

Recherches GQ

 

 

RETOUR AUX SOURCES

 

1        Mémorial du 1er Empire ‘ Révérend 1974 ‘

2        Armorial du 1er Empire             ‘’

3        Dictionnaire des familles Françaises (Chaix)

4        Bibliographies Bretonnes ( Kerviller )

5        Institut Culturel de Bretagne ( Les noms qui ont fait l’histoire de la Bretagne )

 

 

***************

 

CESAR JOSEPH de BOURAYNE Capitaine de vaisseau

 

Commandeur de la Légion d’honneur, Chevalier de Saint Louis

 

 

 

Baron par lettres patentes du 2 mai 1811 – Donataire de l’Empire –Lettre du Procureur Général du Conseil du Sceau des Titres, le 21 7bre 1811 : à Monsieur le Baron,

 

Décret Impérial en date du 28 août 1811 – Donataire ( r – 4 000 ) en Hanovre, détaillé dans l’état n° 436 – d’un revenu de 4003 f 92 – Jouissance au 1er janvier 1811.

 

Membre du Collège Electoral du Finistère

 

 

Confirmé dans le titre de Baron héréditaire par lettres patentes du 25 novembre 1814.

 

Titre de Baron héréditaire et transmission de Majorat par Ordonnance du 15 février 1819 en faveur de  César Alexandre Marie de Bourayne, Capitaine de Frégate

 

 

Recherches G.Queyroi –Fichier 625 - 01/2006

 

 

 

Lettre de César de Bourayne au Ministre de la Marine pour recommander son frère Baptiste – juillet 1814

 

 

À SON EXCELLENCE MONSEIGNEUR LE MINISTRE

 DE LA MARINE ET DES COLONIES

 

 

J’ai l’honneur d’assurer à Votre Excellence la réception de sa dépêche en date du 11 courant, par laquelle elle m’annonce que Sa Majesté a bien voulu m’honorer de la Décoration de l’Ordre de Saint Louis.

 

C’est à la manière obligeante avec laquelle, Votre Excellence a bien voulu présenter mes services à Sa  Majesté que je dois cette honorable distinction et prie votre Excellence d’en agréer ma sincère reconnaissance et de vouloir bien assurer sa Majesté que je ferai tout ce qui dépendra de moi pour soutenir l’honneur de son Pavillon ; que j’attends avec impatience l’occasion de lui prouver mon dévouement, de mériter de nouvelles marques de sa bienveillance, ayant de plus vif désir d’obtenir un commandement pour me rendre utile au service de sa Majesté.

 

Veuillez bien, Monseigneur, me permettre de profiter de cette occasion pour mettre sous les yeux de Votre Excellence et recommande à sa bienveillance les services de mon frère Jean Baptiste Bourayne Enseigne de vaisseau depuis près de douze ans, ayant fait plusieurs campagnes, particulièrement du Général Comte de Linois, blessé grièvement dans son dernier engagement, été détenu prisonnier de guerre pendant six ans ; il a toujours mérité l’estime et la confiance de ses chefs ; j’ose assurer  Votre Excellence, de son zèle et de son dévouement pour le service de sa Majesté qu’il est capable par ses connaissances et son expérience de remplir le grade de Lieutenant de vaisseau que je prie votre Excellence de lui conférer.

 

En conformité des ordres de votre Excellence, le Général Préfet maritime m’a décoré de l’ordre de Saint Louis le 21 du courant, et j’aurai eu l’honneur de répondre plus tôt à la dépêche de votre Excellence si je n’avais pas été occupé d’une Commission.

 

Veuillez bien, Monseigneur, agréer l’hommage de profond respect, avec lequel j’ai l’honneur d’être, de Votre Excellence, Monseigneur, Le très humble et très obéissant serviteur.

 

Le Baron de Bourayne.

A Brest le 26 juillet 1814.

 

(en marge : M. Carpentier, M. Bourdon, 31 juillet - Demande d’avancement pour M. Bourayne Enseigne de vaisseau.)

 

 

 

Notice concernant César de Bourayne (rédigée vers 1900)
(Gallica- Bibliothèque nationale)

 

BOURAYNE ( Joseph-César , baron),

 

Naquit à Brest en 1768.

 

Il débuta comme volontaire sur l’Auguste, commandé par l’illustre Bougainville , et assista à cinq combats pendant la guerre de l’Indépendance américaine .

Après la conclusion de la paix , il continua de naviguer , tantôt sur les bâtiments de l’Etat , tantôt au commerce .

Promu lieutenant de vaisseau en 1773 , il embarqua sur l’Atalante , commandant Linois , et prit part au combat soutenu contre le vaisseau de 74 le Swiftsure , par cette frégate , qui ne succomba qu’après une résistance héroïque .

Bourayne avait reçu deux blessures dans cet engagement mémorable. De retour en France après dix-neuf mois de captivité et promu capitaine de frégate, il fut successivement second du Redoutable , du Républicain , commandant de la Fidèle et enfin de la Canonnière  comme capitaine de vaisseau .

En se dirigeant vers l’Ile de France pour rallier l’escadre de Linois , Bourayne soutint , le 21 avril 1806 , une lutte acharnée contre le vaisseau de ligne Trémendous , qui , malgré la supériorité de ses forces , dut abandonner le combat .

La Canonnière alla ensuite se radouber à Manille .

Pour reconnaître le généreux secours des Espagnols, Bourayne alla chercher à Acapulco un navire et un galion de cette nation , qu’il convoya , puis retourna chercher une cargaison de 3 millions de piastres , qu’il conduisit heureusement jusqu’à Manille .

Bien qu’il ne fût rien moins que riche, il refusa une gratification considérable offerte par les commerçants de Luçon .

En 1808, avec ce même bâtiment , chargé de protéger les communications de l’Ile de France , il s’empara , le 22 septembre , de la frégate anglaise le Laurel . Il reçut à cette occasion , du commerce de la colonie , l’hommage d’une paire de pistolets de prix , dont la boîte est ornée d’une inscription commémorative .

Il fit ensuite , dans les mers de Chine , du Japon et de l’Inde , une campagne dans laquelle il s’empara d’un grand nombre de navires de commerce anglais .

En 1809 la Canonnière fut désarmée, et Bourayne revenait comme passager à bord de ce navire , qui fut rencontré et pris sans résistance possible , par un bâtiment anglais .

Pendant sa captivité , il avait été promu commandeur de la Légion d’honneur et Baron de l’Empire .

A son retour en France , en 1814, il fut fait chevalier de Saint-Louis et appelé aux fonctions de major général , puis de commandant de la marine à Brest , où il mourut , en activité de service , en 1817.

Cette famille est aujourd’hui représentée par M. le baron Eugène-Charles de Bourayne , chef d’escadron d’artillerie coloniale , chevalier de la Légion d’honneur , seul survivant de ses trois petits fils .

 

 

 

Recherches G. Queyroi – Bibliothèque Nationale- Gallica . 8-2009

Fichier 727

 

 

 

Notices biographiques

 

 

LES FRÈRES DE CÉSAR ET LEURS FAMILLES

 

 

1 Charles Louis, né le 7 janvier 1763 à Brest, + 2 avril 1816.

Commissaire de la marine. Emigré à Bourbon en 1792.

Marié le mardi 11 juillet 1797 à St Pierre avec  Marie Anne Geneviève  Bardinon .

Ils ont eu 4 enfants :

Jeanne Louise Charlette née le 23 juillet 1803, + 1833

Légère Augustine née le 24 octobre 1804, +1806

Charles Henry François né le 7 avril 1806

Louise Eugénie née le 10 février 1811

 

2 Claude Louis, né le dimanche 9 février 1767, décédé en 1821 à l’Ile de la Réunion SP

 

3 François Marie, né le 16 février 1774 à Brest. +  le 24 février 1812 à Xéres (Espagne).

Il était Chef de Bataillon d’Infanterie. Il a eu 2 enfants :

Casimir Eleonorin né ?

Marie Léocadie née ?

 

4 Olivier Louis, né le vendredi 16 septembre 1774 à Brest, +  le mardi 19 mai 1868 à Brest

Commissaire Principal de la marine. Il a épousé Marie Waumann le 19 février 1816 à Anvers

Ils ont eu 3 enfants :

Augustine Marie Joseph née en 1816, +  le 27 mai 1845 SP

Joséphine née en 1818 + 1832

César Marie Joseph né le 27 janvier 1822, +  après 1868 à Marseille. Chirurgien de la marine

Chevalier de la Légion d’Honneur, Ordre d’Isabelle la Catholique et de la Valeur militaire de Sardaigne.

A épousé Rosalie Jeanne Léopoldine T’Kint, 1822-1865, fille de madame veuve T’Kint de Roodenbeck, propriétaire à Bruxelles. SP

 

5 Jean Baptiste, né le dimanche 10 mars 1782 à Brest, +  le 26 février 1839 à Brest.

Capitaine de Frégate. Chevalier de l’Ordre Royal et Militaire de St Louis.

A épousé le 11 novembre 1818 à Brest Catherine Perrine Rolland, née à Lorient le 17 mai 1793, +  le 17 février 1865. Etait la fille de Pierre Elisabeth Rolland, Ingénieur de la marine et de Marie Jeanne Deslongchamps . Elle était la nièce du Baron Rolland, Ingénieur Général du Génie maritime.

Ils ont eu 3 enfants :

5.1 Louis Pierre  né le 16 décembre 1819 à Brest, + 26 août 1857 en service, noyé en Guyane.

Chevalier de la Légion d’Honneur.

A épousé le lundi 6 juillet 1848 à Bréles, Athénaïs Constance Victorine Collas, née le 3 novembre 1818. Elle était la fille de François Nicolas Auguste Collas, Pharmacien de la marine et de Louise Pallier.

Ils ont eu 2 enfants :

Louis Paul Constant, né le 28 mars 1849 à Bréles. Déficient physique.

Auguste Jean Baptiste, né le 28 juin 1851 à Brest 13 rue JJ Rousseau.

 

 

 

 

5.2 Paul Marie, né le mercredi 5 mars 1823 à Brest, +  le samedi 4 septembre 1875 à Quimper.

Il était Pharmacien de la marine.

Il a épousé le mardi 2 août 1864 à Brest, Marie Mouise Thoraval née le 17 mars 1832 à Landivisiau. Son père Monsieur Thoraval était Receveur à cheval des Contributions Indirectes, sa mère Catherine Thérèse Lacage. SP

 

5.3 Adolphe Joseph, né le mercredi 27 juillet 1825 à Brest. +  Après 1877. SP

Particularité : a fait 2 carrières :

Engagé volontaire dans l’infanterie de marine le 25 avril 1845. Libéré du service le 25 avril 1856  Avec certificat de bonne conduite.

 

Nommé Aumônier de 2ème classe le 17 septembre 1861, après sa sortie du Séminaire de Quimper  Séjour nombreux dans les Colonies et Pénitenciers. Se retire le 5 février 1877.

 

NB : Son mémoire de proposition de retraite a été signé par Joseph Duburquois, Vice Amiral Préfet maritime, Commandant en Chef à Brest. (voir dossier )

 

Fichier 562 –Recherches G.Queyroi – Service Historique de la Défense

 

 

 

 

 

JACQUES NOEL SANÉ    18/2/1740 Brest / 22/8/1831 Paris

 

Fils de Noël Sané et de Marie Jeanne Pohon. Quatrième enfant d’une famille de neuf.

Origine des ascendants paternels : La Recouvrance – Brest – Maître Pilote.

Origine des ascendants maternels : Landerneau – Notaire.

 

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En mars 1755, élève au collège des Jésuites de Quimper. Retiré du Collège la même année pour être admis comme aspirant- élève constructeur à l’Arsenal.

Le 18 mai 1758, nommé élève constructeur des vaisseaux royaux, avec 360 livres par an. Admis à l’Ecole de Duhamel de Monceau à Paris pour accéder au titre d’ingénieur.

Le 1er octobre 1765, sous ingénieur constructeur

En 1769, mission de quatre ans en Martinique.

Le 1er janvier 1774 nommé ingénieur ordinaire constructeur – 2400 livres par an.

Le 19 avril 1783, mariage avec Marguerite Louise Le Vacher de Vaubrun, fille de Marguerite Françoise Le Vacher de Vaubrun, née Bourayne ( tante de César Joseph de Bourayne ) épouse de Jean-Baptiste Le Vacher de Vaubrun, Trésorier de la Marine et des Colonies à Brest.

Le 15 mars 1789, ingénieur, Sous Directeur du Port de Brest.

Le 1er octobre 1792 Chef d’Administration pour les travaux à Brest.

En 1793  Directeur du Port de Brest.

Le 26 janvier 1794, Ingénieur en Chef.

Le 21 mars 1796  Ordonnateur de la Marine.

En 1797, Membre de l’Institut.

Le 13 juillet 1798, Inspecteur Général des Constructions en Atlantique. De St Malo à Bayonne.

Le 23 septembre 1800, Inspecteur Général du Génie Maritime.

En 1807, Membre de l’Académie des Sciences sur proposition de Napoléon.

En octobre 1810, Créé Baron de l’Empire, Membre de l’Institut et de l’Académie des Sciences.

En 1811, Membre du Conseil des Constructions navales.

En 1817, retraite après 65 ans de services dans la marine dont 18 comme Inspecteur Général.

                 Nommé Inspecteur Général Honoraire, Ordonnance du 12 septembre 1817.

En 1819, Vice – Président de l’Institut.

En 1820, Président de l’Institut.

En 1825, Président de la Commission chargée d’établir les plans types des nouveaux bâtiments à voiles.

En 1831, le 22 août décès à Paris à l’âge de 91 ans.

Inhumé à Paris au cimetière de Montmartre le 24  août 1831. Monument situé Chemin Artot 19 D. 3L-11.

Lors de ses funérailles, l’éloge funèbre a été prononcé par le Baron Charles Dupin, Membre de l’Académie des Sciences et du Conseil de l’Amirauté. ( en annexe )

Décorations : Officier de l’Ordre de St Louis demandé le 21 mars 1791.

                       Officier de la Légion d’Honneur le 23 juin 1810.

                       Cordon de l’Ordre de Chevalier de St Michel le 31 décembre 1816.

                       Commandeur de la Légion d’Honneur le 19 juillet 1820.

                       Grand Officier de la Légion d’Honneur le 3 novembre 1828.

SOURCES : Musée de la Marine à Paris

                     Documents-Cols bleus n° 1729 du 30 octobre 1982

                     Histoire de la marine – Edition 1998

                     Dictionnaire des marins français, édition 1982

                    Archives Historiques de la Marine – Vincennes

                    Archives de l’Académie des Sciences – Quai de Conti à Paris 

-Surnommé le Vauban de la Marine par Napoléon

 

 

Recherches G.Queyroi 2002

Fichier 534

 

 

 

 

 

 

RECHERCHES SUR LA FAMILLE PELLEGRIN

Sources Site Internet Siège de Québec

 

Le Sieur Gabriel Pellegrin était natif de Toulon en Provence.Le 18 novembre 1738 il épouse à Québec Madeleine Boissy.

Dans l’acte de mariage il est dit ‘pilote du Roi ‘. Nous le voyons en effet l’année suivante occupé comme pilote à relever les côtes de Terreneuve (rapport archives 1904).

 

Né vers 1706, il était en 1759 d’un âge assez mûr et Bougainville dans une de ses lettres l’appelle le bon homme Pellegrin.

 

En avril 1756 il repasse de France en Canada sur la Licorne en même temps que le marquis de Montcalm qui dans son journal parait avoir une haute opinion de son expérience comme navigateur. Cette opinion semble avoir été partagée par plusieurs de Québec.

 

Nous verrons plus loin l’auteur du présent journal s’étonner que l’on emploie pas Monsieur Pellegrin .

Le Sieur Pellegrin Capitaine de brûlot fut fait Chevalier de l’Ordre Royal et Militaire de St Louis en 1770.

 

‘’ cet officier navigue depuis 44 ans dit le mémoire de proposition, il a depuis près de 20 ans fait 24 campagnes et rendu des services signalés dans l’Inde ‘’ (Mazas : l’histoire de l’ordre de St Louis )

 

Notre mémorialiste fait ici la même erreur que le journal de Montcalm en désignant le sieur Pellegrin comme Capitaine de Port. Il n’était que Lieutenant comme le marque d’ailleurs Monsieur de Foligné dans son journal.

 

Le Capitaine de Port était Philippe Marie d’Aillebout d’Argenteuil de Cerry, qui fut nommé à ce poste le 24 février  1748 à la place du Sieur Macarty.

 

Au conseil de guerre qui précède la reddition de Québec en septembre 1759 Monsieur de Cerry signe Capitaine de Port. Il est vrai que le Lieutenant de Port était quelques fois appelé Capitaine de Port en second.

 

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NB / Sur l’extrait du registre de baptême du 14 octobre 1752 – naissance de Michel Pellegrin fils de Gabriel Pellegrin et Magdeleine Boissy – le Sieur Pellegrin est cité en tant que Lieutenant de Port à Québec.

Michel Pellegrin s’est marié le 19 avril 1783 avec Marie Françoise le Vacher de Vaubrun, SP fille de Marguerite Françoise Bourayne,tante de César de Bourayne  et Jean Baptiste le Vacher de Vaubrun,Trésorier de la marine. 

C’est la famille Michel Pellegrin qui a pris en charge pendant quelques temps Fanny Bourayne, quintaïeule de Frédérique Queyroi, au décès de sa mère en 1800, dans leur propriété de Saint Renan près Brest.

 

Recherches G.Queyroi – 02-2006

 

 

 

 

Le Baron Rolland , Pierre Jacques Nicolas

 

Généalogie :

 

Pierre Nicolas Rolland ,Ingénieur Constructeur de la Marine ,marié avec Anne Nicole Payen dont 2 fils connus :

 

1) Pierre Elisabeth Rolland ,Ingénieur de la marine ,marié avec Marie Jeanne Delongchamps ,dont une fille : Catherine Perrine Rolland ,née en 1793  ,mariée avec Jean Baptiste Bourayne ,Lieutenant de vaisseau ,Chevalier de Saint Louis , frère de César de Bourayne Capitaine de Vaisseau ,Baron de l’Empire , fils de Louis Bourayne Ecrivain Principal de la Marine et Françoise Légère Motais .

 

2) Pierre Jacques Nicolas Rolland , 1769-1837 , Baron , Inspecteur Général du Génie Maritime . Marié en 1796 avec Louise Paule Charlotte Pouget Desmareilles née en 1775 à Luçon .

 

 

 

Né à Brest le 15 juin 1769 , mort en fonction à Paris le 10 décembre 1837. Fils de Pierre Nicolas Rolland Ingénieur au port de Brest et de Anne Nicole Payen .

Témoins : Pierre Elisabeth Rolland et Demoiselle Jeanne Payen veuve de Robert Séraphin Rolland .

 

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SERVICES

 

 

50 ANS 5 MOIS 26 JOURS .

Chevalier de la Légion d’Honneur

Officier de la Légion d’Honneur en 1814

Chevalier de l’Ordre royal et militaire de Saint Louis en 1817 (accord SANE )

Commandeur de la Légion d’Honneur le 26 avril 1831

Créé Baron par Ordonnance Royale le 18 septembre 1825

Nommé Inspecteur Général du Génie Maritime le 12 novembre 1817 (remplace J .N. SANE)

 

 

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Mariage le 5 avril 1796 avec Pouget Desmareilles Louise Paule Charlotte née le 5 octobre 1775 à Luçon ,Vendée .

 

Par lettre au Ministre le 22 août 1837 , fait don à l’Etat et à sa nièce , Perrine Rolland ,(fille de son frère Ingénieur de la Marine , marié à Jean Baptiste de Bourayne Lieutenant de vaisseau Chevalier de St Louis , frère de César de Bourayne ) de l’ensemble de ses collections de plans et dessins .

 

En remerciement le Ministre accorde une gratification de 2 500 francs à sa veuve.

 

 

 

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Est le concepteur du navire et du programme d’ensemble adoptés pour assurer le transport de l’Obélisque de Louxor d’Egypte à Paris . Le navire fut baptisé le ‘’Luxor’’ .

 

Voir ci-dessous l’article de Jean Marie Homet ,Capitaine au long cours et Docteur en Histoire dans le magazine l’Histoire N° 262 Février 2002 .

 

Recherches G.QUEYROI – avril 2006 – fichier 642

 

 

 

L’OBELISQUE DE LOUXOR

 

Complément à l’étude de Jean Marie Homet ,Capitaine au long cours et Docteur en Histoire  

parue en février 2002 dans la revue l’Histoire

 

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Détails complémentaires sur ‘’La longue marche de l’obélisque ‘’

 

Pour l’Ingénieur Rolland , Inspecteur Général du Génie Maritime et Baron , les précédents projets présentés avaient donné lieu à de nombreuses spéculations , en effet trois projets , peut-être plus , ont été mis en concurrence .

 

A : Une lettre du Vice Amiral Commandant en chef des forces navales de France au Levant en date du 12 novembre 1829 ,prévient :’’ que l’obélisque vulgairement désigné sous le nom de l’Aiguille de Cléopâtre ‘’ doit être transporté sur une embarcation spécialement conçue ,et comparable à une espèce de radeau . C’est les Romains dit-il , qui employant je pense un radeau puissant ,ont les premiers transporté des monuments d’Egypte pour orner leur Capitale

 

B : Une autre proposition a été présentée par un certain Deloche ,en date du 23 novembre 1829 . Ce personnage connaît bien l’Egypte ,y étant établi depuis environ 12 ans .

Il est fournisseur de bois et autres matériaux à l’Egypte (produits totalement absents du Pays )

et il est bien introduit dans les sphères du Pouvoir ‘’ Les radeaux ne peuvent se faire à Toulon dit-il ‘’ . Sa solution était évidemment fondée sur l’utilisation massive du bois…

 

C : Parmi les nombreux projets, celui de Monsieur Besson , Capitaine de frégate au service du Pacha d’Egypte . Il proposait la construction d’une ‘’drône ‘’ en bois de pin , qui serait remorquée par une frégate ou un bâtiment à vapeur d’Egypte à Toulon ; puis l’obélisque serait embarqué sur un bâtiment à construire , pour le conduire au port du Havre . Il faudrait évidemment construire une nouvelle embarcation capable de remonter la Seine !!.

 

 

 

L’Ingénieur Rolland démontra les vices de ces différents projets dans un rapport au Ministre le 15 février 1830 .’’  j’ai l’honneur de présenter à l’approbation du Ministre un plan pour servir à la construction du bâtiment de transport qui devra aller prendre et amener à Paris un des obélisques de Louxor ‘’ ;

 

Ce bâtiment prendra comme modèle celui des flûtes Hollandaises (tirent peu d’eau et naviguent fort mal ) . En conséquence choisir des marins de la région de Dunkerque .

L’équipage sera de 120 hommes en tout . Avec peu d’artillerie .

Ce bâtiment sera envoyé à Alexandrie et attendra la crue du Nil pour remonter jusqu’à Thèbes

Il s’approchera au plus près de l’obélisque et la décrue arrivant il s’échouera , facilitant le chargement de l’obélisque .

 

Caractéristiques du bateau .

Longueur 40  mètres

Largeur 8, 50 mètres

Creux de la cale 3,50 mètres

Tirant d’eau 2 mètres

 

Il sera construit en chêne et il aura un mât de misaine et un mât d’artimon .

Le poids supposé de l’obélisque , 200 tonneaux ?

Route Alexandrie – le Havre , remorqué par un bâtiment à voile ou à vapeur . De là il se rendrait seul à Paris avec un arrêt à Rouen afin de décharger le maximum , leste, mâts etc…pour diminuer le tirant d’eau – l’arche du pont le plus étroit étant celui de l’Ecole Militaire ,  8 mètres 45 .

 

Les dimensions de l’obélisque sont de 23 mètres 57 de longueur et 2 mètres 39 de côté ; son poids ? Monsieur Champollion dit 400 tonneaux , Monsieur Besson dit 172 682 kg ( qui croire ? ) en réalité 250 tonnes .

 

Monsieur Rolland indique que c’est dans une barque assez semblable qu’on a transporté à St Petersbourg , le rocher qui sert de base à la statue de Pierre le Grand .

 

Concernant le chargement de l’obélisque il est prévu que le pont sera installé de manière à pouvoir être démonté en Egypte , pour l’embarquement et son déchargement à Paris . On pourra utiliser des mâtures existantes à Toulon .

L’utilisation ultérieure est prévue comme ponton – Lorient et St Servan en réclament un .

 

Cet avant projet est le plus prompt , le plus sûr et le plus économique .’’

 

                                                                                      Rolland 29 janvier 1830 

AINSI FUT FAIT .

Le récit du magazine l’Histoire est extrêmement intéressant . On peut ajouter que le voyage de retour ne fut pas facile . Beaucoup de vents contraires . Le Sphinx , navire remorqueur à vapeur , commandé par le Lieutenant de vaisseau Sarlat , consomme beaucoup de charbon .

Il fallut s’arrêter pour le ravitailler , non seulement à Rhodes , Corfou et Toulon , mais ensuite à Gibraltar , puis à la Corogne où il chargea l’excellent charbon des Asturies . Les vents constamment contraires ont rendus inutiles les voiles de l’allège .

 

Le Luxor mit 18 jours à l’aller et 134 jours pour le retour , compte tenu de l’escale de 43 jours à Toulon . Mouillage à Sagrès et Lisbonne à cause des vents contraires .

 

Le trajet le Havre –Rouen dura un mois – trois mois après ce fut l’arrivée à Paris parfaitement décrite par Jean Marie Homet .

 

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NB : Il était prévu , au début des travaux , de ravitailler les hommes en liquide pour une consommation de 5 mois , soit 80 barriques de vin , soit 100 litres par jour pour 140 hommes .

Le climat aidant , le 14 mars 1832 , 80 barriques , soit 16 000 litres , furent envoyées .

Au mois d’août 1831 il fait 55° au soleil et 38° à l’ombre !!!

 

Remarques : lettre classée aux archives , le 8 mars 1831 . Le responsable des Magasins de Toulon  au Ministre de la marine ,’’ Il y a ici de nombreuses caisses contenant des momies , sarcophages, cadres , moules de bas relief, objets d’art , tombeau Egyptien . C’est un ensemble très volumineux ; qu’en fait-on ?

 

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Le 9 juin 1831 , le commandant Vernina St Maur écrit :’’ le Luxor gouverne avec difficultés , il roule beaucoup . Exige un bâtiment à vapeur pour le retour ‘’. Ce sera le Sphinx commandé par Monsieur Sarlat .

 

 

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 Recherches G.QUEYROI – 2003/2006 .  Voir le catalogue des plans des bâtiments à voile conservés dans les archives de la marine .Plan d’une allège propre à transporter directement de l’Egypte à Paris un des deux obélisques de Louxor près de Thèbes  estimée devoir peser environ 200 tonneaux .Signé ROLLAND  IGGM Paris 8 février 1830 . Plan de construction –appareil employé pour l’embarquement de l’obélisque occidental de Louxor . Cote BB4 -120 Cote 8 DDI -15 , n°4 . SHM Vincennes

Notons que la plupart des ouvrages publiés font mention de l’Ingénieur Le Bas chargé des opérations terrestres, le nom du concepteur du projet étant systématiquement ignoré.

Fichier 643

 

 

HISTOIRE DE L’ENSEIGNE DE VAISSEAU DELAROUVRAYE

 

Officier de manœuvre sur la frégate la Canonnière le 29 avril 1806, huit jours après la bataille  victorieuse contre le Trémendous.

 

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Le 29 avril 1806, lors de l’escale du Cap, prescrite par le Capitaine Général Decaen au Capitaine de vaisseau César Bourayne, il m’a semblé que le sort de l’officier qui avait été envoyé à terre dans un canot afin d’informer Monsieur le Gouverneur Hollandais de l’arrivée de la Canonnière, était digne d’intérêt, du fait de son malheureux abandon entre les mains de l’ennemi.

Lorsque les canons anglais tirèrent sur la frégate, le Capitaine de vaisseau Bourayne, coupant son câble, a sauvé la frégate d’une destruction certaine et par là même évité la perte de plus de 350 hommes, hélas au prix de 7 marins et d’un Enseigne de vaisseau, monsieur Charles Louis Victor Delarouvraye. Il faut ajouter que la frégate avait beaucoup souffert du combat du 21 avril au large de Natal. 

 

Cependant conformément aux ordres reçus du Capitaine Général Decaen, César Bourayne fit voiles sur Le Cap de Bonne Espérance à la recherche du Contre-Amiral Durand de Linois.

Sans méfiance particulière il mouilla dans False Baye, près du Cap de Bonne Espérance où chacun pu voir les Pavillons Hollandais flottants tant sur les bâtiments en rade que sur les forts environnants.

 

C’est donc en toute confiance que César Bourayne ordonna à l’Enseigne Delarouvraye de monter dans son canot avec 7 hommes d’équipage afin d’aller se présenter au Gouverneur Hollandais.

 

Ce fut le début d’une aventure extraordinaire écrite par Monsieur Delarouvraye, probablement pendant son séjour en Angleterre au cautionnement d’Alresford où il fut consigné de mai 1806 à juin 1811 année de sa libération (après 5 ans 1 mois et 10 jours)

Il faut cependant noter que son manuscrit est daté du 25 août 1831 à Cherbourg.

 

 

 

NOTE AU LECTEUR

 

 

 

Monsieur Delarouvraye avait une écriture très fine, très difficile à déchiffrer, son texte est en outre agrémenté de termes marins et de formules en usage à l’époque qui compliquent beaucoup la tâche. Il a donc été nécessaire de passer plusieurs jours au SHM de Vincennes pour essayer de faire la copie la plus exacte possible.

Il faut dire que le talent de conteur de Monsieur Delarouvraye et les situations tantôt cocasses,  tantôt tragiques m’ont fort encouragé.

Ajoutons que le héros de cette histoire n’avait que 23 ans à l’époque.

 

 

Ma prise dans un canot de la frégate la Canonnière le 29 avril 1806

 

‘’ événement subséquent ‘’

 

 

 

 

Lorsque je quittai la frégate la Canonnière dans un canot, rien ne pouvait me donner le plus léger soupçon, qu’au lieu d’arriver chez les Hollandais, dont je voyais les pavillons flottants en toutes parts, j’allais tout droit chez les Anglais, tout récemment les nouveaux propriétaires de cette belle colonie.

 

Près d’arriver à l’embarcadère, un canot m’accosta, il portait un officier qui avait l’uniforme hollandais. Comme il paraissait vouloir me parler, je fis lever les rames  il sembla désirer venir dans mon canot, je lui donnais la main pour l’aider, nous échangeâmes d’abord des politesses, à ce que je  suppose, car il en était ainsi de ma part.

 

Pourtant un air plus sérieux de la part de cet officier et un attouchement subit et peu mesuré sur mon habit, à l’endroit où l’on place ordinairement des papiers dans une poche de côté me déplut  au point que je le renversai dans mon canot et tirai mon épée, pensant qu’il allait vouloir se servir de la sienne, ce fut l’affaire d’un clin d’œil, il se releva cependant sans montrer beaucoup d’humeur, mais, jetant les yeux autour de moi, je me trouvai en face d’une compagnie d’infanterie qui se démasquait à vingt pas et longée par six canots armés qui arrivaient sur moi à force de rames ; ne comprenant pas encore bien ce dont il était question, car tout ce qui m’entourait portait la livrée hollandaise.

 

Je mis pied à terre et alors seulement, monsieur le Major Tuker m’apprit qu’il était anglais ! ainsi que tout ceux qui m’entouraient.

 

Certainement les précautions étaient prises dans la supposition de l’arrivée d’une division française que l’on croyait dans les parages et dont on supposait que nous faisions partie ?

 

En un mot j’étais prisonnier de guerre !! La foudre est je crois, moins violente, que la sensation que j’éprouvai, mais que faire ? J’étais seul au milieu de l’ennemi, je fus donc prisonnier, mais prisonnier enragé.

 

Sans doute mes réponses ressemblaient peu aux choses que m’adressaient le Major Tuker, car changeant tout à coup de ton, il m’ordonna de rendre mon épée, je la jetai loin de moi, je ne songeai pas à la baiser, elle fut attrapée par l’officier qui était dans son rang, qui comprit ce que j’éprouvais et qui la ramassa sans se fâcher.

 

Je fus aussitôt conduit entre une double haie de soldats à la caserne des officiers du 72ième  Ecossais que commandait Tuker, on y fut poli pour moi, mais qu’importaient les politesses en pareil cas, au marin le plus fanatique de son métier qu’il y eut peut-être alors dans la marine ….

 

Bientôt, changeant de pavillon, toutes les batteries firent feu sur notre frégate, je la voyais très bien et suivais tous les mouvements, malgré tout le temps que ces messieurs avaient ensemble vérifié leur pointage, pas un boulet ne la toucha, elle appareilla et s’éloigna ; une fois qu’elle fut hors de danger, ne voyant plus que moi de malheureux, j’eus assez de force d’âme pour surmonter les vives émotions que j’éprouvais, et alors, plus traitable, je causais avec les officiers anglais qui parlaient le français. 

 

L’heure du dîner arrivée, je fus invité par les officiers du 72ème ; tout allait bien jusqu’à l’arrivée du magistrat hollandais pour lequel on avait réservé une place près de moi ; le bonhomme qui avait eu la peur de voir tout Simon Bay rasé par la frégate s’en était guéri en buvant plus que son cerveau en supportait, il était ivre, en s’asseyant il tira des poches de son large habit, une paire de pistolets, et en plaqua un de chaque côté de son assiette.

 

Cette cérémonie me parut assez bizarre mais elle ne m’inquiétait guère jusque là ; monsieur Moussel me déclara qu’il était le plus cruel ennemi de Napoléon et voulut, saisissant avec fureur un de ses pistolets, me faire voir comment il tuerait l’Empereur au premier voyage qu’il ferait à Paris.

 

Quoique je tiens peut-être moins à ma vie dans ce moment, que dans beaucoup d’autres, je me sentis néanmoins assez peu disposé à jouer le rôle de Napoléon, assassiné par monsieur Moussel. J’écartai donc aussi vivement le pistolet dont le bout se dirigeait sur moi, et la scène fût peut-être devenue tragique si les officiers du 72ème n’eussent à l’instant entraîné mon adversaire hors de la salle ou pour mieux dire l’eussent mis à la porte.

 

Le Major Tukel arriva au second service, on lui conta la scène, il en rit, me fit des excuses pour le docte magistrat et à la fin du dîner il fut chercher mon épée qu’on avait apportée dans la salle, et en son nom et celui de tous les officiers me pria de l’accepter, comme un témoignage destiné pour le caractère que j’avais montré dans une rencontre assez pénible pour le cœur d’un soldat.

 

J’acceptai le compliment, l’épée, et nous sortîmes ensemble ; il me conduisit chez monsieur Moussel où je devais loger, et dont deux demoiselles assez bien ne me parurent pas avoir le cœur aussi féroce que leur père, que je ne revis plus.

 

Le lendemain matin de bonne heure je partis pour la ville du Cap à cheval, escorté par un Lieutenant de vaisseau ; à mon arrivée je fus déposé chez monsieur Delâtre, français établi dans le pays qui me reçut en compatriote malheureux.

 

Le jour suivant on me conduisit à la Parade où monsieur le Gouverneur Sir David Baires vint à moi et m’invita fort poliment à dîner avec lui, il ne parlait pas le français, ni moi l’anglais, mais des aides de camp nous servirent d’interprètes.

 

A table je fus placé vis-à-vis de lui et nous causâmes beaucoup. Son Excellence était très volontiers de savoir ce que c’était que ma frégate, je lui dit volontiers, je lui conte même le combat du vaisseau, mais en retour il m’apprit la prise du vaisseau le Marengo et de l’Amiral Linois, que nous étions venu chercher et à cause duquel je venais d’être fait prisonnier.

 

Il voulut aussi savoir des nouvelles des Divisions Willaumetz et Lhermite qu’il supposait être dans les parages. Puisque ce fut les premières nouvelles que j’en eus moi-même je lui dit qu’il ne devait pas attendre de moi d’autre réponse à sa question que celle qu’il ferait lui-même s’il était à ma place et moi à la sienne, il la trouva très judicieuse et ne demanda plus rien ; il me parla alors de la France, de l’Empereur et de Paris.

 

Dans l’espoir de me faire échanger je manifestai le désir de rester le moins possible au Cap. J’en fus pris au mot. Pendant le dîner même, il fut résolu que je partirais trois jours après avec le Lieutenant d’Infanterie Frigot (Ecossais comme le Général et attaché à sa personne ). Il devait aller prendre des dépêches à l’Ile de Sainte Hélène.

 

En rentrant chez moi on m’apprit qu’un domestique anglais et inconnu avait apporté à mon adresse une petite malle ; elle contenait du linge, cela me fit grand plaisir car je n’en avais pas changé depuis trois jours. Je fus sensible à ces marques d’attention, sans avoir jamais pu savoir de qui elles venaient. J’ai toujours pensé que c’était le résultat d’une contribution parmi les officiers de la garnison.

 

Je dînai encore une fois chez le Gouverneur qui fut toujours fort aimable avec moi et le quatrième jour après mon aventure, Frigot vint me prendre chez monsieur Delâtre et nous nous embarquâmes dans un petit canot qui nous conduisit à bord d’un petit sloop d’une trentaine de tonneaux qui appareilla de suite.

 

Ce bâtiment frété par le Gouverneur appartenait à un négociant du Cap et était commandé par un Américain ; l’équipage était de toutes sortes de nations, hollandais, anglais, américains, africains, portugais … Nous étions en tout quatorze. C’était une vraie tour de Babel, pour les langues.

 

Le bâtiment me parut fort mal outillé, dans les voiles et son gréement. Le capitaine fort ignorant, et tout disposé à se laisser conduire par mes soins, ce qui me fit concevoir le projet de lui faire manquer Saint Hélène ….et de le faire relâcher au continent d’Amérique chez les Espagnols ou les Portugais ; mais après un plus ample examen des objets nécessaires à la conduite du navire, je fus bien convaincu que non seulement nous n’irions pas à Sainte Hélène mais encore que l’Amérique n’avait pas trop d’étendue du sud au nord pour être sûr de ne pas la manquer ; il n’existait à bord ni l’horloge, ni bassin (?) ni quartiers (?) ni almanach, il y avait seulement un vieux sextant dont les vis étaient détournés (?)  et deux compas de route.

 

A cet instant je ne pus m’empêcher de rire d’un pareil équipement qui me parut je l’avoue pas trop favorable à mes projets. J’aurais aimé connaître avec quelque approximation notre position sur la carte, mais c’était impossible.

 

Trois jours durant nous fîmes bonne route, nous courrions devant le vent mais le quatrième je trouvai que l’on poussait bien souvent. Je m’avisai de calculer combien nous faisions d’eau par heure, je trouvais 45 pouces (12 cm). Ceci n’entrait plus dans mes projets, il n’y avait pas moyen de s’aventurer à faire le trajet d’Afrique en Amérique avec une pareille voie d’eau, et d’aussi faibles moyens pour y parer que deux mauvaises pompes à main, il fallut d’abord donner de la sûreté avant la liberté.

 

Ainsi donc au moyen d’un matelot américain nommé George, je m’entendis sur le pont avec Frigot qui fit appeler le capitaine dans la chambre et là il fut maintenant résolu qu’on allait s’occuper immédiatement de rechercher la voie d’eau, et d’y remédier s’il y avait lieu et qu’au cas où nos recherches fussent vaines, on retournerait au Cap.

 

En effet, tous nos soins furent inutiles pendant 24 heures de calme que nous employâmes à cette besogne, la voie d’eau au contraire augmentait et nous annonçait que notre situation était grave.

 

Frigot alors serrait de nouveau le capitaine et moi et décacheta en notre présence une lettre du Gouverneur qui enjoignait au capitaine et à tout le monde en cas de danger en ma présence, de suivre mon avis en tous points …

Je fus étonné de cette précision qui venait de ce que deux autres bâtiments exposés de la même manière n’avaient encore atteint leur destination ; je m’en prévalus donc pour faire profiter des vents de NO qui descendirent à ceux du SE qui nous avaient amenés, pour nous diriger à peu près sur le Cap.

 

Au bout de deux jours nous n’étions qu’à 6 lieues de terre, je suppose de Salot Bay, et nous allions la prolonger lorsque le calme nous prit et nous reporta rapidement au NO par des courants que nous pûmes juger très violents à la manière dont la terre nous dépassait et s’éloignait. Le soir la terre était déjà loin mais on la voyait encore très bien parce qu’elle était haute.

 

George vînt me trouver et à voix basse me communiqua le projet qu’il avait formé avec trois autres de ses camarades, de s’emparer du canot aussitôt que la capitaine serait couché (il y mit des vivres) et d’abandonner le navire qui probablement coulerait dans la nuit.

Je remerciai Georges d’avoir eu la bonté de me comprendre, doutant qu’il désirait ne pas se noyer, mais je l’assurai que je brûlerais la cervelle au premier qui chercherait à s’emparer du canot. Je lui dit qu’il fallait nous sauver ou périr tous ensemble.

 

J’instruisis aussitôt Frigot et le capitaine de ce complot, et ces messieurs promirent de veiller strictement, quant à moi, enveloppé dans une capote avec mon épée et une paire de pistolets, je résolus de ne plus quitter le pont et je fis fort sagement ce  qu’on croira à peine, je veillai tout droit …..

 

Le lendemain le calme continua et dès le point du jour, nous ne voyions plus la terre.

 

L’équipage murmurait beaucoup, surtout ceux qui devaient ne pas réussir à s’échapper la veille.

 

La voie d’eau augmentait et les bras se fatiguaient aux pompes, enfin le troisième jour les vents se rétablirent au SE et parfois assez fort. Dans l’un d’eux, plus violent que les autres, le capitaine abandonna la barre, l’équipage et les pompes, et tout le monde poussa un cri de désespoir.

Heureusement la grand voile se trouva amenée, un portugais nommé Antonio tomba près de moi à genoux au pied du mât, je le relevai d’un grand soufflet qui lui donna du courage, et je courus avec lui amarrer la barre dessous et rentrer le gréement de la grande voile pendante à l’eau,  qui nous ‘enchavirait’, ou eut défoncé si une lame se fut embarqué dedans.

 

Pendant ce temps que le frais se passa chacun revint à son poste, il fallut seulement pomper un peu plus fort pour regagner le temps perdu.

 

Malgré que nous fissions bon chemin courant vers la terre la plus proche, nous ne la vîmes pas au coucher du soleil, ce qui nous prouva qu’elle était encore loin. Pendant la nuit l’équipage, lent, menaça souvent d’abandonner les pompes prêts à notre perte, étant certain que c’était peine inutile.

Je les ranimais par mon exemple, par des caresses ou des menaces.

 

Je veillais seul, le capitaine était ivre, Frigot dormait  ….

 

Le lendemain matin le temps était assez beau et il y avait de la brise mais pas de terre en vue. Je commençais à mon tour à être sérieusement inquiet, je craignais de prolonger la terre au lieu d’aller tout droit dessus.

 

Nos forces étaient épuisées, nos pompes déjà réparées dix fois menaçaient ruine, tout m’annonçait une triste fin si nous ne voyions pas la terre avant midi. Midi vint et pas de terre alors le capitaine et Frigot m’envoyèrent chercher par le mousse pour manger avec eux un morceau sur le pont. Je ne pus m’empêcher de lui répondre par un coup de pied au derrière, en lui disant, misérable vous mangez ! car tu boiras bientôt !!

 

A l’instant même j’aperçus une pointe noire à l’horizon, je montai au mât et distinguai la terre ; j’annonçai promptement la bonne nouvelle qui rendit un peu de vigueur à tout notre monde qui néanmoins la voyait encore si loin. Les pompes en si mauvais état, l’eau qui gagnait toujours un peu, qu’ils étaient bien convaincus qu’ils n’arriveraient jamais jusqu’à elle. Quant à moi, je repris courage, je mangeais et je pompais.

 

Au soleil couchant nous vîmes parfaitement la terre dont nous approchions rapidement, la lune éclairant l’horizon. Un naufrage étant désormais l’unique but de nos désirs, il ne s’agissait plus que de le rendre le moins périlleux possible.

Je convins donc avec le capitaine que nous allions continuer de courir droit à terre et qu’à l’aide du clair de lune nous cherchions une plage de sable pour y échouer le navire.

 

Les choses étant convenues ainsi, je voulu me préparer à cette nouvelle et peut-être dernière catastrophe, en prenant un peu de repos et pour la première fois depuis huit jours je descendis en bas. Je me jetais sur une cabane et m’endormis du plus profond sommeil.

 

Je dormis trop car vers minuit je fus réveillé par un cri général de tout l’équipage qui était sur le pont : Nous sommes perdus ! je me jetais en bas de la cabane, je tombai sur la tête, je m’étourdis, me relevai, je fus voir si ,comme je le croyais, la cale était entièrement pleine. elle ne l’était pas encore ; je remontai sur le pont où régnait le plus grand désordre.

L’équipage ne pompait plus, l’une des pompes était encore cassée, le navire courait au large la terre était plus éloignée et personne ne gouvernait car le second, ivre mort, était tombé près de la barre ! d’abord je virai cap à terre, moitié paix moitié guerre, je fis encore une fois réparer la pompe tant bien que mal et m’emparai du gouvernail que je ne quittai plus.

 

Heureusement pour nous que le navire tirait beaucoup moins d’une tribord encore qu’il était actuellement que bâbord, nous pûmes étaler l’eau, j’encourageais, je menaçais et nous achevâmes la nuit.

 

Au point du jour j’étais près de la terre, je gouvernai entre deux pointes dans une passe qui me conduisit à une énorme bay.

Vers 9 heures du matin j’accostai une crique sur tribord qui me parut bonne, je fis sonder et mouilla par 3 brasses car je ne voulais abandonner le navire qu’à la dernière extrémité pour en tirer tout le parti possible pour notre sort futur ; mais comme si le ciel eut attendu le moment pour nous montrer l’abîme qui était près de nous engloutir ,à peine l’ancre touchait-elle le fond que nos deux pompes se brisèrent à la fois, d’une manière imparable. Pour nos faibles moyens il n’y eu plus à balancer.

 

Je fis fixer les câbles et actionner le navire toutes voiles hautes – enfin ! enfin ! nous fûmes sauvés après la plus cruelle agonie, et de peines innomées, nous pûmes descendre sur terre que nous croyons bien que nos pieds ne toucheraient plus. Nous n’étions plus obligés de pomper et nous pouvions nous reposer avec sécurité.

 

Ce n’est peut-être pas le mot mais nous croyions. Chacun se félicitait et rendait grâce à ma persévérance et à ma fermeté, mais sur quelle terre étions-nous ? et qu’allait-il nous arriver. C’était à quoi nous ne songions guère et qui devait pourtant furieusement nous occuper le lendemain, du moins pour ce jour là.

 

Nous ne nous occupâmes qu’à nous établir sur une plage qui était bordée par des dunes de sable recouvertes de …. ?.. ; de toutes parts le terrain s’élevait en amphithéâtre jusqu’à de hautes montagnes plus ou moins rapprochées, tout était couvert de bois et nulle trace d’habitation ne s’offrait à nos regards.

 

Le temps se couvrit, il fit mauvais temps au large, tandis que joyeux d’avoir échappé à notre perte certaine qu’il eut causé, nous dressions à la hâte une tente avec nos vergues et nos voiles ; nous fîmes du feu, nous rassemblâmes toutes nos provisions fraîches consistant en trois montures, quelques poules, nous fîmes une légère pause, nous mangeâmes et anticipant sur la nuit que le temps couvert amenait pourtant de bonne heure, nous nous livrâmes à un sommeil réparateur.

 

Toutefois nous plaçâmes un factionnaire à l’entrée de la tente avec l’intention de le relever toutes les heures, mais le factionnaire et le poste s’endormirent si profondément que personne ne songea à se réveiller avant que la fraîcheur du point du jour ne vienne changer l’atmosphère dans laquelle nous reposions.

 

J’ouvris les yeux le premier, j’étais étouffé par un mouton qui était venu se coucher en travers sur moi !!!

Tous le monde vomissait le factionnaire, toujours le même, qui était couché la face dans le sable.

Rien de tout cela me surprit, mais mon attention fût vivement attirée par la vue de beaucoup de traces autour de la tente, d’un animal dont les pattes devaient être presque aussi large que les deux mains !!!

 

Je me suis mis à appeler tout le monde et chacun regardait avec une extrême surprise les traces si voisines de nous ….Convaincus qu’il était fort heureux que deux de nos moutons et nos poules, dont les lambeaux de laine et de plumes nous apprenant la fin tragique, nous eussent probablement préservés du même sort.

 

De la grande rumeur et grande épouvante dans tous les esprits, nous eussions voulu pouvoir nous loger à bord du bâtiment jusqu’à ce que nous eussions prit un parti, mais il donnait une forte bande, la cale et la chambre étaient pleines d’eau et sur le pont nous eussions été moins en défense contre toute attaque que dans une baraque un peu éloignée.

 

Nous parvîmes donc de nous baraquer, malgré la fatigue dont nous n’étions encore bien remis.

 

C’est étonnant tout l’ouvrage qui se fit ce jour là ; je pensais que la peur d’être dévoré fût plus puissante que celle d’être noyé, car eux-mêmes qui avaient ’’cabalé’’  vingt fois pour abandonner les pompes étaient ici les plus diligents, ils ne songeaient plus à boire non plus …

Les uns furent prendre à bord tout ce qui était nécessaire, d’autres se mirent à l’abri de toute attaque semblable à celle dont nous avions couru les chances la nuit précédente, nous avions des armes qui furent mises en bon état et nous commençâmes à nous garder militairement ; du mouvement, du feu, et quelques coups de fusils écartèrent probablement nos visiteurs car ils ne revinrent plus.

 

Une fois établis avec quelques sécurités, tous les vivres à l’abri, la cargaison même débarquée, elle consistait en vin, rhum et raisins secs, toutes choses qui pouvaient nous être fort utiles dans notre position.

 

On vint tout naturellement à la grande question de savoir où nous étions ? comment nous en retirer ? malgré l’incertitude de notre navigation, je supposais que la grande bay à l’entrée de laquelle nous avions fait côte devait être celle de Sainte Hélène (Baie de St Hélène près de Saldanha, Afrique du sud, à environ 200 km / 300 km au nord du Cap)

 

Alors nous étions sur la lisière de la Colonie, dans la bande des Hottentots libres, gens assez doux, mais d’après ce que dit le vaisseau dans son voyage, les hautes montagnes du fond de la bay devaient être habitées par les Gonaqwi ?? l’une des plus mauvaises races d’hommes dans les environs

 

 

D’après toutes ces présomptions, mon avis était de prendre le plus de vivres possible et de suivre la côte en remontant vers Saldam ? où il y a une espèce de bourg et où nous trouverions nécessairement quelques secours.

C’était également l’avis du Lieutenant de frégate, mais le capitaine qui était intéressé dans la cargaison qu’on avait débarquée saine et sauve repoussait toute idée de l’abandonner ainsi que son sloop.

Dans tous les cas il penchait pour construire une chaloupe des débris du bâtiment et s’en aller par mer, il se supposait opiniâtrement beaucoup plus au nord que nous n’étions.

Les avis ainsi partagés, le temps se passait et rien ne se décidait.

 

Quand le navire fut une fois déchargé, nous pûmes reconnaître que la cause de la voie d’eau était tout bonnement qu’en carénant, on avait broyé bâbord et pris tout tribord  ( ?)

Cela ne pouvait être un oubli, cela avait dû et c’était effectivement une atroce méchanceté de la part du charpentier chargé en cours d’opération et que nous ne pouvions réparer faute de Bay ( ?)

 

Il se trouvait parmi nous une espèce de maître d’Ecole, escale du Cap, dont la poltronnerie nous égayait souvent, qui pendant que nous étions à la mer était allé se blottir dans un coin de la cale ou on n’avait pu le dénicher et y avait vécu d’un énorme pâté dont le Gouverneur avait eu la bonté d’augmenter nos provisions de campagne.

Il parlait le Hottentot et nous devint fort utile, car un jour l’officier anglais et moi étions à courir dans le canot après des pingouins et de superbes pélicans, qui se promenaient majestueusement dans la Bay, nous avisons deux hommes armés de fusils et suivis d’une douzaine de gros chiens qui se dirigèrent sur notre baraque ; nous revinment au plus vite.

Chacun prit ses armes et nous expédions le Maître d’Ecole escorté de deux hommes plus braves que lui, reconnaître les individus.

 

C’était deux Hottentots libres avec lesquels il s’entendit très bien. Ils déposèrent volontiers leurs armes et vinrent à nous sans défiance, ils nous confirmèrent dans notre position présumée( ?) et l’un d’eux moyennant de l’argent et des effets en présents consenti à partir immédiatement pour Saldham porter une lettre dont Frigot se chargea pour l’officier anglais qui y commandait. La suite prouva qu’ils s’étaient bien acquitté de la commission.

 

Mais en attendant nous restâmes une dizaine de jours sans entendre parler de personne…

 

Pendant ce temps là nos vivres diminuaient, du moins de vivres frais, nous eussions bien voulu renouveler aux dépens des boucs sauvages qui nous entouraient, mais les rugissements fréquents des lions épouvantaient nos gens.

 

Personne n’allait à l’affût du soir et du matin. Un soir, pendant que deux d’entre eux s’étaient dévoués pour la cause commune, ils furent si épouvantés de l’apparition d’un lion qu’ils revinrent en courant de toutes leurs jambes et se précipitèrent dans la baraque en passant sans s’arrêter au milieu de nous qui étions assis devant la porte !!!! il faisait déjà si brun que nous ne les distinguions pas bien, nous nous crûmes attaqués et nous précipitâmes l’épée à la main sur ces pauvres diables que nous reconnûmes assez à temps pour ne pas leur faire de mal, mais eux et nous avons eu bonne alerte … !!!

 

Après une quinzaine de jours de résidence dans ce lieu sauvage et sans nouvelles de notre lettre, la question du départ revint plus pressante que jamais, elle était agitée pendant le dîner que nous faisions en plein air lorsque nous vîmes venir vers nous un chariot attelé de bœufs, conduit par deux Hottentots et escorté par trois dragons dont un officier.

 

Pour le moment je crus la question tranchée et ne m’occupais comme Frigot que de féliciter un jeune officier de dragons qui avait reçu la lettre de Frigot et qui sur les bons renseignements du Hottentot s’était mis aussitôt lui-même à notre recherche et était venu droit sur nous.

Il partagea notre frugal repas qu’il augmenta des provisions qu’il apportait dans son chariot.

 

Le dîner terminé, au lieu de prendre le parti le plus sage qui était de partir tous ensemble, le capitaine voyant une occasion assurée de communiquer avec le … ? et la possibilité de recevoir des secours, ne voulut plus partir et engagea son équipage à rester avec lui, prétendant qu’on enverrait un bâtiment avec tout ce qu’il fallait pour réparer et qu’il n’y aurait rien de perdu.

Dans un sens son intention était louable, mais malheureusement nos provisions étaient justes.

 

 

Frigot et moi partis, j’étais sûr qu’ils ne se garderaient plus, que leurs armes ne seraient plus en état, qu’ils ne feraient que boire et qu’ils seraient attaqués et massacrés sans se défendre.

Je fis donc tout mon possible pour les conserver, je montais sur un bout de table et aidé de George je pérorais l’équipage, je leur représentais tous les dangers qu’ils allaient courir, je les conjurais de suivre encore une fois mon avis.

Le capitaine monta à l’autre bout et pérora de son côté, il leur offrit de l’argent et du rhum dans les barriques qui étaient devant leurs yeux, si elles eussent été vides j’aurais gagné mon procès, mais cet argument liquide ….l’emporta !!

Il fut conclu que Frigot et moi partirions seuls et ferions toutes les démarches nécessaires pour qu’ils reçussent promptement des secours.

 

Les militaires sont expéditifs, aussitôt dit, aussitôt fait et nous fûmes en route, je fus comblé de témoignages de reconnaissance, quelques uns vinrent les larmes aux yeux, m’embrassèrent et nous nous quittions pour toujours.

 

Nous cheminâmes de compagnie avec un singulier visiteur qui nous était arrivé un peu avant le dîner. C’était une espèce de Hollandais à figure de tigre, qui vivait à ce qu’il parait depuis longtemps avec les Hottentots et probablement en malfaiteur, son accoutrement répondait à sa physionomie, il était monté sur un mauvais cheval mais était tout bonnement venu pour voir s’il n’y avait rien à prendre à bord de notre bâtiment qu’il avait vu de loin, échoué à la côte,et, si on l’eut laissé faire il aurait commencé par charger son cheval de tout ce qui lui convenait, et de suite à table, se servit et mangea sans invitation comme s’il eut été chez lui, je suis persuadé que le misérable aura joué un grand rôle dans la fin tragique de nos pauvres compagnons.

 

L’importun continuait à agir sans cérémonie et il avait attaché son cheval derrière le chariot et était monté dedans, je trouvais plaisant de monter à sa place sur le cheval, ce qui le mit dans une fureur affreuse, il finit par sauter en bas en m’accablant d’imprécations, le chariot allait assez vite, il resta en arrière et finalement ne pu  plus nous rejoindre et nous emmenâmes son cheval, il se mit à crier, à beugler sans doute par la peur de se trouver seul à pied, et la nuit, parmi les bêtes fauves ; un peu avant le jour nous arrivâmes dans un fond où il y avait cinq à six huttes, nous y arrêtant pour faire boire et manger nos bœufs.

 

C’était précisément le village du cher Hollandais, qui arriva pendant notre séjour,et j’étais justement à prendre du lait dans sa hutte quand il y entra. Je tentais d’en sortir, l’horrible grimace qu’il fit en y entrant ne promettait rien de bon de sa société.

Nous continuâmes ainsi notre route parmi les haziers et le sable des hottentots …nous dirigeâmes sans aucune trace sur le chemin et avec une justesse extrême vers le premier lieux où nous pourrions prendre de nouveaux bœufs.

 

Nous avions fait plus de dix lieues depuis notre départ quand nous y arrivâmes, par ce que toutes les habitations, soit des Hottentots libres soit des colons, sont très éloignées, il ne pouvait y en avoir que près des lieux où il y avait de l’eau, et l’eau est fort rare dans cette colonie.

 

Nous cheminâmes encore toute la nuit car nous ne pûmes loger là, nous avions pris des bœufs bien que les loups et les lions nous escortassent souvent et que nous les entendissions rugir près de nous, ils ne nous attaquèrent pas, nos Hottentots avaient chacun une carabine d’un calibre un peu supérieur à celui de nos fusils de munition ; ils étaient suivis de cinq à six gros chiens et nous étions en tout sept personnes, assez mal armés cependant, car nous avions eu la générosité de ne pas prendre un seul fusil à nos anciens compagnons, mais l’ensemble seul de notre caravane suffit pour écarter les bêtes fauves, qui quelquefois, à ce que nous disent les Hottentots attaquent les chariots isolés et dévorent les bœufs attelés, quand au conducteur il se sauve toujours à l’aide de ce sacrifice, mais plus souvent encore, ils tuent les animaux qui les attaquent.

 

Le matin nous changeâmes encore nos bœufs, et nous continuâmes jusqu’au soir où nous atteigniment enfin une habitation de la colonie où toute notre petite troupe pu se reposer une nuit, après quoi notre officier de dragon nous souhaite bon voyage et s’en retourna à Saldhana.

 

Nous fîmes ensuite une soixantaine de lieues par tous les contours, d’habitation en habitation   couchant toutes les nuits, tantôt bien tantôt mal, reçus par des colons dont les manières avaient beaucoup d’analogie avec les hôtes naturels de ces contrées.

Nous trouvâmes cependant plusieurs fermes bien bâties, entourées de terrains cultivés fort considérables et nourrissant de nombreux troupeaux, nous rencontrions aussi, chemin faisant d’énormes troupeaux que je m’étonnais de voir paître avec tant de sérénité au milieu de ces déserts.

 

On sentait que chacun d’eux était gardé par huit à dix Hottentots domestiques qui étaient chacun armé d’une grosse carabine et avait à sa suite cinq à six chiens d’une espèce qui tient des loups pour la forme mais double ou triple de grosseur, ils se distinguaient par une gueule très allongée et des crocs fort longs et fort appropriés aux combat qu’ils ont à soutenir, dès que l’un d’eux sent un lion, tigre, hyène ou loup, il court dessus sans hésiter appelant les autres par ses cris.

En un instant la meute est rassemblée, l’animal a reculé et les bergers arrivent à leur tour, il est presque toujours tué. 

 

Pour la nuit on préserve les troupeaux, on les enferme dans des cours industrieusement fermées ; pour cela on commence par creuser un fossé de six pieds de profondeur et de quinze de large, on les remplis de petits fagots de longues épines noires couchées en travers qui font la fondation d’une pareille muraille qu’on élève à dix à vingt pieds de haut, la porte, aussi faites des mêmes épines moins épaisses mais aussi haute que la muraille tournant sur un pivot  et en outre défendue par deux énormes chiens attachés chacun à un des poteaux avec des chaînes très longues et vingt autres rôdant librement tout autour de l’habitation, viennent au secours au moindre bruit qui met aussi les bergers sur pieds.

 

Les Hottentots sont à peu près les seuls domestiques, donc on est servi en sorte qu’on voit quelque chose de vigoureux et mâle dans leur aspect …leurs petits sont moins ridicules, mais les privés sont chétifs, les plus grands n’ont pas cinq pieds, ils ont l’air stupide, sont laids et sales au-delà de toute expression, leur couleurs a l’air en cendre de bois et toutes leurs parties proéminentes le sont jusqu’au grotesque, on pourrait montrer la croupe d’une femme comme derrière un cabriolet !!!

 

Notre dernière station fut une très belle ferme à dix lieues du Cap, chez un ancien garçon cordonnier allemand qui quoique jeune encore, s’était déjà formé une vaste habitation parfaitement bâtie en briques dans un site au bord d’un ruisseau. Il nous reçu fort civilement, nous traita bien et pour comble de faveur il nous fit voir un sérail de Hottentots qui ne pouvait se le disputer qu’en laideur.

La sultane favorite excellait en les yeux et portait comme marque de sa dignité un réseau de clés autour de ses hanches, qui devaient bien peser au moins cinquante livres !!..

 

Le maître de ces lieux nous donna un chariot attelé de quatre vigoureux chevaux qui nous ramenèrent sains et saufs au point d’où nous étions partis trois semaines auparavant, pour notre malheureuse expédition.

 

Mais chez monsieur Delatre.. ?.. qui fut fort surpris de nous voir revenus et Frigot chez le Gouverneur où il arriva pour dîner et raconter sa piteuse aventure !!

 

 

Sir David Baires fut toutefois agréablement surpris car pendant notre absence il lui avait été rapporté que le charpentier qui avait caréné notre navire, s’était vanté qu’il était maintenant par le fond, il en voulait au propriétaire et croyait s’être vengé de lui en faisant périr son bâtiment ; il était alors en prison pour ce propos et ne dû en sortir que pour aller au gibet.

 

Un rapport que le Gouverneur me demanda n’aura pu je pense peu contribué à lui faire obtenir que justice lui fut rendue.

 

Tous les officiers de la garnison se trouvaient réunis chez le Gouverneur. Frigot y raconta son voyage tout au long et me fit sans doute une belle part dans son récit car le lendemain matin tous les colonels de la garnison vinrent me faire une visite, chacun accompagné de quatre officiers de leur régiment.

 

Le Gouverneur m’envoya chercher, il me fit dire que son Major Général le colonel Tuker, frère de celui qui commandait le 72ème, combien il était heureux que j’eusse échappé à la si mauvaise chance et combien il était désolé de m’y voir exposé.

Il me fit prier de lui indiquer comment il pourrait m’offrir quelques compensations.

Ce discours n’était pas fort clair, je répondis que son estime me suffisait, qu’au surplus je n’avais fait que ce tout autre officier de marine eut fait à ma place, alors le Colonel me dit, Son Excellence me charge de vous dire qu’il vous rend à la liberté, que dès ce moment vous cessez d’être prisonnier et qu’il a donné des ordres pour que vous soyez traité partout avec les mêmes honneurs et le même respect que les officiers anglais, et que pour son compte personnel il vous prie de considérer, sa maison, sa bourse et son écurie comme entièrement à votre service.

Je le remerciai de tant de bonté en l’assurant que le bien le plus précieux pour un officier français dans ma position, était la liberté, et que je la recevrais avec la plus profonde reconnaissance.

 

Quand on est jeune on oublie vite ses maux, plein de l’espoir de revoir sa patrie, après avoir reconquis moi-même ma liberté.

 

L’idée de donner peut-être les premières nouvelles de notre glorieux combat, la Croix de la légion qui brillait à mes yeux dans le lointain, je ne songeais qu’à m’amuser et profiter de bon cœur de toutes les occasions que m’offrirent journellement les nombreuses invitations que je reçues, en attendant une occasion de revenir en Europe.

J’aurais pu retourner dans l’Inde, mais la certitude de n’y plus retrouver ma frégate, la crainte de rester à l’Isle de France sans emploi et loin de tous me fit choisir.

 

Cette idée, qui était pourtant la meilleure, deux mois s’écoulèrent ainsi sans presque me souvenir que j’étais prisonnier, s’ils étaient toujours pleins d’attention délicates pour moi, on faisait payer par le Commissaire des prisonniers mes mois de solde, au moins par semaine, fixé sur je ne sais quel tarif – le fait est que je ne manquais pas d’argent.

 

Je ne pouvais manquer à dîner deux jours de suite, chez le Gouverneur, que toute sa maison fut à courir après moi. Il aimait me parler de la France, de nos lois, de nos batailles, de notre caractère national, il en raisonnait et trouvait de beaucoup de mérite.

Cependant quelquefois il s’amuser à me taquiner et me poussait dans ces arguments, tout anglais qui suppose qu’un anglais en vaut quatre, et riait de bon cœur de mon incrédulité exprimée poliment mais toujours militairement.

Les grenadiers d’Oudinot lui tenaient fort à cœur, il aimait les faits d’armes de ce général, quant aux grenadiers il ne paraissait pas croire qu’il y en eut 48 à la douzaine ……

 

Je pu me convaincre par mes courses fréquentes que le vaisseau avait fait fort bien d’éviter la ville du Cap et ses environs ainsi que la partie de la Colonie que j’avais parcourue, plusieurs personnes qui l’avait connu au Cap me donnèrent sur les expéditions des détails conformes à ce qu’il disait et je puis assurer que c’est alors qu’il ne jouis pas de toute la réputation de véracité qu’elle mérite, mais une chose dont il n’a pas parlé, sans doute par respect pour le caractère Hollandais, c’est de la sévérité de ceux-ci envers leurs esclaves.

Car de son temps, des bourreaux armés de fouets, de bâtons et de corde, parcouraient continuellement les rues du Cap et selon le bon plaisir de chaque habitant, fouettaient, bâtonnaient, ou allaient pendre les pauvres Hottentots qu’on mettrait entre leurs mains, à un gibet situé dans un endroit qu’on appelle la ‘’pointe aux pendus ‘’ ; un jour en me promenant à cheval, je l’aperçu de loin ce lieu de repos des Hottentots, car les pauvres diables n’ayant aucun des vices que l’on reproche aux nègres de nos Colonies ; la paresse et la saleté étaient leurs seuls péchés qui leur attirassent ce rude châtiment.

Je voulu donc voir si le nombre de victimes répondait à ce j’avais entendu dire de la cruauté des Hollandais ; en effet je n’eus occasion de rien rabattre de l’opinion que j’avais conçue car je vis une longue file de pendus dos à dos dans les … ?.. Je ne m’amusais pas à les compter mais il y en avait beaucoup, mon cheval eut une telle peur qu’il pensa me casser le cou auprès de la potence, ou dans une de ses Cab…. ?... m’accrocher aussi à l’un de ces crocs.

 

Les Anglais avaient fort humainement défendu les exécutions sans jugement, de sorte qu’on ne pendait pas, du moins les Hottentots.

 

Entre autres officiers distingués dont j’eus l’occasion de faire connaissance au Cap, je trouvai Sir Robert Wilson, Chef d’escadron de dragons, il était je crois mon rival où j’étais devenu le sien près d’une française fort aimable qui venait d’Angleterre, allait à Calcutta rejoindre le mari auquel elle était mariée ….. Cet homme instruit, aimable parlait plusieurs langues dont la française, il fut pour moi un compagnon de voyage précieux dans la traversée d’Europe que nous fîmes ensemble.

 

Après environ six semaines d’une vie qui me remit un peu des fatigues de la mer et qui n’eut probablement pas tardé à m’ennuyer autant qu’elle m’amusait, mes plaisirs furent interrompus par l’arrivée d’un vaisseau, l’Adamante, de 64 canons.

 

Sir David Baires qui savait combien je désirais mon retour en France comme je le lui disait de bonne foi, prendre ma revanche, sauta sur l’occasion à ce qu’il croyait, de m’y faire arriver.

Je fus donc bien recommandé par lui au Capitaine de vaisseau qui me vit donc choyé par tout le monde, qu’il crut devoir se mettre de la partie : il ne quittait plus mon bras partout où il pouvait m’accrocher pendant les trois ou quatre jours qu’il passa au Cap.

J’ai quelquefois cru depuis, qu’il pouvait faire un acte de bonne politique pour lui et pour l’Angleterre, de m’enlever du Cap et à mes espérances, il promit, avec l’intention de n’en rien faire ….

 

A Sir David Baires de me mettre sur le premier bâtiment autre qu’il rencontrerait, pouvant me conduire dans un pays d’où je pusse rejoindre la France par terre et enfin son Excellence ne doutait pas que sa bonne recommandation, je ne fusse renvoyé en France. Quand même je serais assez malheureux pour arriver en Angleterre, sans trouver d’occasion favorable.

 

Le bon temps passe plus vite que le mauvais : mon bon temps finissait et la mauvais commençait pour ne pas finir de sitôt.

 

Après avoir pris congé de toutes les personnes qui m’avaient donné tant de marques d’estime et d’intérêt à la tête desquelles était Son Excellence Monsieur le Gouverneur, je me rendis à Simon Baye où était le vaisseau.

J’y arrivais presque en triomphe escorté d’une nombreuse cavalcade ; tout le monde me recommandait aux officiers du vaisseau, Sir Robert Wilson vint nous rejoindre et nous mîmes sous voiles.

Je quittai le tombeau de ma carrière militaire plein d’espérance et satisfait des souvenirs que je laissais dans ce pays. La seule chose qui me chagrinait était la nouvelle que le bâtiment qui était allé au secours de mes anciens compagnons de la ‘’Louise’’ ne les avaient  pas trouvés, ils avaient été massacrés, la cargaison pillée, et le navire démoli et emporté pièce à pièce ; je le leur avais prêché ? Que n’avaient- ils suivi mes avis une fois de plus.. !!

 

Nous étions à l’Isle de Sainte Hélène prendre l’escorte du convoi de Chine qui devait s’y trouver, les vents furent favorables et la traversée courte.

 

Jusque là tout allait bien, les officiers du vaisseau étaient aussi polis pour moi que des Anglais peuvent l’être pour des prisonniers, seulement le Commandant ne me parle pas grand plus ? Il avait déjà oublié les recommandations du Cap et les promesses qu’il avait faites au Gouverneur, et j’ai vu par le Passe Cool (?) qu’il n’avait jamais eu l’intention de les tenir, qu’il voulait au contraire faire un mérite auprès de l’Amirauté, de lui amener un officier de la frégate qui avait osé battre un vaisseau Anglais et dont la liberté au Cap pourrait être dangereuse dans le cas ou Napoléon tenterait une expédition sur ce point.

Je ne sais si cette perfidie lui fit grand bien mais il entrait très bien dans les vues de son Gouvernement, qu’il eut suffit qu’il m’eut signalé comme un officier d’espérance pour que mon arrêt eut été irrévocable, toutefois il n’eut pas la honte de manquer aux promesses qu’il avait faites au Gouverneur, car nous arrivâmes en Angleterre sans avoir rencontré un seul bâtiment neutre.

 

Il y avait à bord un autre prisonnier nommé Jary dont le père émigré français était Gouverneur de l’Ecole militaire à Coimbra   Il provenait d’un corsaire Espagnol et s’était réclamé de son père, il allait le rejoindre, il parlait fort bien l’anglais et était très jaloux des déférences que les officiers anglais avaient pour moi. Il chercha tous les moyens de me brouiller avec eux.

Il y parvint et me rendit la vie désagréable une partie de la traversée.

 

Le convoi de Chine arriva 24 heures après nous à Sainte Hélène, sous l’escorte du Lancaster, ancien vaisseau de la Compagnie qui en avait fait présent au Roi. Il était dans le plus mauvais état. C’était une bien piètre escorte pour tant de richesses. Le convoi resta une semaine au mouillage, pendant laquelle, le Gouverneur, homme de la Compagnie, il s’appelait Monsieur Fraton, donna des fêtes à la flotte.

 

Sir Robert Wilson lui fit la mauvaise plaisanterie de lui donner une ‘’galette’’ contenant un extrait de Pelles ? que Monsieur Mory de St Vincent avait faite sur sa perruque, et sur le jargon que parlait ses filles en croyant parler français.

Il fut si en colère qu’il jura que jamais Français ne remettrait les pieds dans son Isle… !!

 

Cependant au bout de quelques jours Sir Robert qui avait méchamment provoqué sa colère parvint à l’adoucir un peu et obtint que j’assisterais à un grand bal qu’il devait donner, en attendant je passais mon temps à examiner toutes les batteries dont il avait entouré la baie et l’adresse avec laquelle il avait niché ses canons, dans tous les coins des montagnes environnantes.

 

Je songeais à le bouter de cette position militaire et aux moyens de l’enlever, ce qui n’eut pas été difficile à cette époque car elle n’avait pas 100 hommes de garnison.

Je ne prévoyais guère qu’un jour le 1/3 de la France qui dictait impérativement des lois aux plus puissants Monarques de l’Europe, après des revers inouïs, viendrait y terminer si malheureusement son immense carrière.

 

Je ne m’occupais de cette Ile agreste, où Napoléon se trouva si mal et où Monsieur Fraton se trouvait si bien que comme point militaire.

 

Ouvrage de Monsieur Delarouvraye, numéroté II

 

Sir Robert qui, pour mon bon plaisir avait empêché que je ne pusse m’aller promener à terre me dédommagea en me menant à bord de tous les vaisseaux de la Compagnie, les uns après les autres, ils étaient tous de 64 ayant seulement leur seconde batterie et leur gaillard armés, je fus étonné par toutes les richesses qu’ils contenaient.

 L’un d’entre eux, commandé par le capitaine Wilson, qui avait découvert les Isle Pelew, était estimé pour 12 millions et les autres de 9 à 10.

En voyant toutes ces belles choses je n’en revenais pas que le Ministre de la Marine n’ait jamais songé à faire intercepter le si riche convoi.

 

Sir Robert avait appris à terre par des officiers et d’autres personnes appartenant à la Compagnie qui étaient dans le convoi de Madras, la déconfiture du Trémendous dont ils avaient été témoins, il m’en conta tous les détails devant les officiers du vaisseau l’Adamante qui en furent excessivement vexés.

 

Enfin quand le jour du bal arriva, j’y fus avec les officiers du vaisseau sans m’attendre le moins du monde à l’effet que j’allais produire. Car aussitôt que je parus à la porte du salon, tous les yeux se tournèrent vers moi, je fus entouré, pressé, complimenté, avec une effusion de cœur bien propre à flatter mon orgueil et à relever mon humble situation.

 

Je fus saluer le Gouverneur dont la perruque ne me parut pas plus ridicule que la personne.

J’essayais de causer un peu avec les demoiselles mais elles n’eurent la bonté de me répondre qu’en anglais, du moins si elles eussent parlé en français je ne m’en aperçu pas …

 

A minuit je quittai le bal qui avait été charmant et si je n’avais pas été peu étonné de trouver une centaine de femmes propres à orner un bal, il est vrai qu’il y avait beaucoup de passagères et que toutes les autres appartiennent à la Compagnie.

 

La veille de notre départ je fus l’un des  témoins d’un duel qui m’amusa presque autant que le bal du Gouverneur. Il eut lieu à six heures du soir entre le second Lieutenant Combell et master Watch.

 

Ces messieurs revenaient de dîner à bord d’un vaisseau de la Compagnie un peu plus ivres qu’il n’avaient coutume d’être régulièrement deux fois par jour à leur propre bord, la querelle engagée d’avance continuait après le retour dans la grande chambre du vaisseau, d’où s’ensuivit à l’instant même un duel, c'est-à-dire une boxe. Coll était le témoins de Watch et Combell me prit pour le sien, attendu que les parties ne pouvaient se tenir debout nous les assîmes sur chacun une chaise, puis les approchâmes à petite portée du poing ; ils se  lançait l’un sur l’autre, mais l’équilibre leur manqua aussitôt, ils tombaient sur le plancher qu’ils boxaient croyant frapper leur adversaire, puis nous les relevions et le combat se rengageait.

 

Cette sanglante affaire dura une bonne ½ heure, et personne n’étant mort on apporta les combattants dans leur lit ; le lendemain ils étaient aussi bien amis que de coutume !!!

 

Nous achevâmes de traverser la zone torride avec des vents d’ouest ce qui m’étonna moins que les anglais, car c’était la seconde fois que j’étais trouvé de cette irrégularité des vents alizés.

 

Le convoi faisait sa route en bon ordre et moi fort tristement, quoique Sir Robert Wilson voulu bien me donner des leçons de géographie de la lune dont il avait un traité, et qu’il m’en fus à l’aide d’un télescope de poche, distinguer les continents, les mers, les rivières, les montagnes et jusques aux forêts dont il n’apercevait que les masses, son instrument étant de trop petite dimension pour bien reconnaître les espèces qui y croissent ni le plumage des oiseaux qui y perchent ( ???)

 

Une conversation de deux ou trois heures, tous les soirs avec Sir Robert m’égayait, m’instruisait et faisait pièce aux ennuis qui commençaient à m’assiéger, et était pour moi une véritable providence.

 

La seule chose qui me fâcha un peu contre lui était ses campagnes d’Egypte racontées tout à fait hostilement contre Napoléon. Mais les officiers du vaisseau m’assuraient qu’il n’était guère coupable des absurdités que contenait son livre, et qu’il ne les avaient connues lui-même que quand elles avaient été imprimées.

Car me disaient-ils, il en eut de mode qu’un gentlemen anglais qui revient voyage rapporte des notes où sont inscrits des noms de personnes, de lieux, des dates d’événements et puis ils donnent cela à d’autres gentlemen qui en font des livres imprimés sur de beau papier et distribués parmi les amis du voyageur qui le lit souvent lui-même avec beaucoup de curiosité et surtout afin de bien retenir ce qu’il contient (… ???).

 

La monotonie de notre navigation fut un jour interrompue par une chasse que l’on donna à un gros bâtiment que tout le monde reconnaissait pour la Canonnière, nous étions à dîner quand le Master vint m’annoncer l’air triomphant que j’allais bientôt revoir mes camarades, et retrouver mes effets, qu’on distinguait une frégate et qu’elle serait prise dans deux heures.

Je répondis à cette inconvenante algarade : que Dieu garde l’Adamante de pareille rencontre car je serais tous ’’rendus’’ pour en prendre possession au nom de l’Empereur.

 

Aussitôt explosion dans toute la table, on se regarde d’un air furieux, on parla beaucoup et haut, et je n’y compris rien, mais le lendemain, mon couvert qui jusque alors avait toujours été mis à la droite de Monsieur Jensen, le premier Lieutenant fut mis au bout de la table, on me servait presque par-dessus l’épaule, enfin on était généralement malhonnête et cela dura jusqu’à ce qu’une conversation qui s’était passée entre mon ancien patron des canots et moi fut rapportée au premier Lieutenant, homme violent quoique mieux élevé que ses camarades, j’avais donc répondu à mon pauvre patron qui me voyant fort triste et l’attribuant aux désagréments que me causaient les officiers du vaisseau me disait, je crois Lieutenant que si les teniez avec 18 pouces de terre sous les pièces, vous leur feriez payer leur impertinence, oui ! et l’un après l’autre. !!

 

Monsieur Jensen raconta ma conversation à table et, m’interpellant me reprocha vivement  d’avoir provoqué l’Etat Major du vaisseau, je répondis que je n’avais provoqué personne, que la conversation que l’on rapportait s’était passée entre un de mes gens et moi, mais que puisque l’on connaissait mes sentiments je ne les avouais pas et que j’espérais bien qu’à la première terre que nous toucherons, ces messieurs me feraient l’honneur de soutenir l’épée à la main le ton déplacé et peu généreux que quelques uns d’entre eux avaient pris à mon égard depuis Sainte Hélène.

 

Ceci prononcé d’un ton ferme et mesuré, tout le monde se tut et nous en restâmes pour l’avenir sur le ton de la froide politesse excepté envers 2 ou 3 personnes mieux apprises que les autres.

 

Un beau matin qui suivait une nuit calme, un brig  portugais nous dit avoir quitté la veille au soir le vaisseau français le Romulus commandé par Lhermite et accompagné de 2 frégates selon toutes apparences ils ne devaient pas être à plus d’une douzaine de lieues et sa route devait couper la nôtre, il n’en fallait pas davantage pour ‘’sufler’’ le pauvre Adamante et tout son convoi.

Aussitôt cette nouvelle connue, grand tapage, signaux télégraphiques, ordre de bataille, préparatifs de combat, changement de route et pendant 5 ou 6 jours on manœuvre avec précautions jusqu’à l’heure du dîner où le vin et le rhum changent les choses de figures, on trouvait toujours la destruction de la Division française …au fond de la bouteille !!

 

Ainsi c’était à notre bord et je suppose qu’il en était de même dans tout le convoi, car l’ordre se rompait et l’on paraissait naviguer avec sécurité.

 

Combien cette rencontre eut été heureuse pour moi et pour la Division Lhermite, j’eusse recouvré la liberté et eux eussent fait leur fortune, mais il n’en fut pas ainsi et nous arrivâmes aux Dunnes sans avoir rencontré la Division Française ni bâtiment neutre qui me donna l’occasion de réclamer la parole du généreux Gouverneur du Cap.

 

Sir Robert Wilson, partit pour Londres, aussitôt que nous fûmes mouillés, en me faisant ses adieux il me félicita sur ce qu’on avait pas pu me mettre sur un bâtiment neutre.

 

Ce qui à son avis n’eut pas été une manière convenable de me renvoyer ; il m’assura qu’il allait s’occuper de moi dès son arrivée, que je ne tarderais pas à partir sur un  ‘’Parlementaire’’ et que certainement je ne manquerais pas d’éprouver les effets de la grandeur et de la loyauté du Gouvernement Anglais.

 

Dès lors, je n’ai plus entendu parler de Sir Robert. !!!

 

Après 48 heures de station aux Dunnes le vaisseau vint à Portsmouth, les autres prisonniers et moi nous fûmes conduits à bord du Ponton Amiral ; pour y arriver je passais entre deux rangs de pontons dont les sabords ‘’grillés’’ me laissaient entrevoir les prisonniers, comme des spectres que l’on venait d’arracher des tombeaux pour les mettre en prison.

Plusieurs nous criaient d’une voix de l’autre monde –qu’ils étaient !

Venez-vous mourir avec nous ? quel affreux spectacle se présenta tout à coup à mes yeux, j’en eu le cœur glacé, je n’avais encore rien imaginé de semblable à la vue de ces noirs pontons, si ce n’était l’idée d’une descente aux enfers, dans ce lieu qui aurait pu passer pour être une … ?...

 

Cependant ramassant mes forces je montais avec assurance à bord du ponton ou du ponton Amiral, dont tous habitants étaient accourus sur le pont pour voir nos physionomies.

 

J’y fus bien reçu, tout le monde me salua affectueusement, le calme qui régnait sur ma jeune figure et mon épée à mon côté faisait sur eux, à ce qu’on m’a assuré après, une certaine impression.

Mes pauvres matelots furent alors confondus avec les autres, notre histoire fut bientôt connue de tous les prisonniers, à mon départ plusieurs d’entre eux me souhaitèrent de ne pas vieillir prisonnier.

 

On me donna un passeport pour Adiham( ?), cautionnement à 15 lieues de… ? ; J’espérais en recevoir bientôt pour la France, mais, toutes mes réclamations furent inutiles, je n’eu jamais de réponse.

Quand je fus convaincu du sort qui m’attendait, ce qui ne tarda guère, je regrettais beaucoup de n’être pas resté dans l’Inde, mais il était trop tard.

 

J’étais pris à la fausse enseigne de la loyauté Anglaise, comme je l’avais été à la vue des Pavillons Hollandais à Simon Baye !!!

 

Je ne m’étais jamais occupé bien sérieusement du sort des prisonniers en Angleterre et j’ignorais surtout l’atroce politique de ce gouvernement à leur égard, depuis la guerre actuelle, j’eus tout le temps de l’étudier cinq ans durant dans leurs journaux, dans les discours de leurs ministres et dans ceux du Parlement et de ma convaincre qu’il y avait guerre à mort entre nos deux gouvernements et que pour l’Angleterre, de quelques manières que mourut un Français, c’était un ennemi de moins, l’important était qu’il mourut et qu’il n’ait pas l’air d’être assassiné !

 

C’est ainsi qu’il mourrait 19 à 20 mille prisonniers en Angleterre tous les ans, les uns étaient fusillés au travers des grilles des pontons sous prétexte du plus léger bruit, une quantité innombrable mourrait de faim, d’autres de froid.

 

Dans les prisons de terre on les laissait dans l’hiver jusqu’à 3 jours et 3 nuits, soit qu’ils étaient enfermés dans les cours en plein air, sans boire ni manger, pour les faire se remettre les intéressés dans les pontons ( ??)

 

Comme dans les prisons, ils étaient entassés les uns sur les autres, les hamacs étaient pendant à triple rang, les uns adossés aux autres, en sorte que l’air fétide qu’ils respiraient les tuaient en peu de temps.

Des prisons situées au milieu de marais pestilentiels consommaient 25 à 30 hommes par jour et on les tenait toujours au complet.

On a, pendant la révolution, trouvé du verre pilé dans le pain des prisonniers. En un mot si on faisait un résumé de tout ce que les anciens prisonniers pourraient raconter de leurs souffrances pendant les guerres de la révolution et de l’Empire on aurait le cours d’atrocité le plus complet qu’il soit possible d’imaginer, qui pourrait être relié dans un même volume avec l’histoire des malheureux Indous prisonniers de guerre des anglais dans l’Inde.

 

Le mépris et les mauvais traitements que ce peuple nous faisait éprouver dans les cautionnements était une suite inévitable du langage que tenait leurs journaux, sur la Nation Française qu’ils représentaient sans cesse comme une foule de brigands, sans force physique et sans courage.

Le peuple anglais est tout aussi crédule qu’un autre, et croyait la presse, ce que lui disait ce gouvernement qui avait besoin qu’il fit les grands sacrifices pécuniaires et qu’il fit confiance dans la vaillance extraordinaire dont il était persuadé qu’il était doué.

 

Si jamais une armée française eut passé la Manche je ne sais si les résultats eussent répondu à la politique, mais enfin elle était bonne.

 

Dans nos démêlés de cautionnement nous leur apprenions souvent qu’un d’eux n’en valait pas quatre, mais ils prenaient cela pour des exceptions à la règle.

 

Plus la conduite des Anglais était barbare, plus celle des prisonniers était admirable, nulle cruauté ne pouvait altérer en eux l’amour sacré de la Patrie.

Nos marins résistèrent constamment aux séductions comme aux plus dures souffrances, l’argent, l’abondance opposés aux plus expressifs besoins de la faim ? rien n’a jamais pu les décider à prendre service avec l’ennemi, ils ont fait mentir ce vieux proverbe qui dit que ventre affamé n’a point d’oreilles, leur fidélité à leur pays fut toujours plus forte que ventre affamé, souvent placés entre le déshonneur et la mort.

Ils mourraient fidèles à l’honneur et à la Patrie et jusqu’au dernier soupir leur louche adversaire le plus profond mépris sur leurs cruels oppresseurs.

 

Les mêmes de tant de nobles victimes attendent encore leur chant funèbre, l’histoire n’a point encore germé pour la postérité, le tableau horrible de leurs souffrances de leur fidélité et de leur mort. !!

 

Certes si la gloire de la France eut monté jusques aux nuées par ses victoires, le courage malheureux, la persistante intrépidité de ses marins ne l’honore pas moins que les succès de ses soldats.

 

Les mers couvertes de forces anglaises quadruples, ne leur offraient en sortant de nos ports d’autres perspectives qu’un trépas glorieux, qu’ils n’ont jamais hésiter à s’y présenter, si des chefs exceptionnels ont fait des fautes, si des armées ont été vaincues, du moins n’est-ce jamais à nombre égal et la conduite des matelots français a toujours été héroïque, soit qu’ils aient péri à leur poste,ou dans les tombeaux britanniques.

 

Mais ! eux aussi ! ont combattu, à Austerlitz, à Wagram, eux aussi ont défendu Paris dans les jours malheureux avec une bravoure qui n’en cédait à aucune autre, que l’histoire associe donc leurs noms à ceux des plus dignes enfants de la France et que leurs services servent à jamais de modèle à ceux qui seront appelés à les remplacer.

 

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Recherches G.Queyroi- Service historique de la marine -01/2003

Copie strictement conforme, les mots illisibles sont remplacés par des points

Sur le manuscrit une mention est indiquée : Cherbourg 25/08/1831.

FICHIER 651