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ORIGINES DUBURQUOIS Notes de recherches de Nicole Queyroi, née Ruault,
petite-fille aînée d'Anne Barbe, née Duburquois, et son mari Georges
ont effectué depuis une quinzaine d'années une grande quantité de recherches
d'histoire familiale, mettant de l'ordre dans les archives héritées de leurs
différentes familles, rédigeant de nombreuses notes de synthèses, et
complétant ce travail par de nombreuses séances de recherches dans les
services historiques des armées, principalement de la Marine, mais également
du Musée de la Marine, et différentes archives départementales ou
municipales. Une partie des informations de ce site d'histoire familiale
relatives aux origines Duburquois, Bourayne, Mottais, Delécluse,
Le Bescond de Coatpont
provient de leurs dossiers. Nicole est morte d'un cancer en 2005 à 71 ans, mais
Georges continue ses recherches et m'a fait parvenir en 2008 divers documents
extraits de ses dossiers, concernant principalement notre ancêtre commun le
capitaine de vaisseau baron César de Bourayne. Certains de ces
documents avaient déjà fait l'objet de consultations de la part d'Alfred et
de Maurice Duburquois et ont été en partie repris dans le livre "A l'est
du Cap des Tempêtes". Georges Queyroi a complété
cet envoi par des notices biographique concernant Jacques Noël Sané, oncle de César, Pierre Rolland, oncle de l'épouse de son frère
Baptiste, et la famille Pellegrin, belle-famille
d'une de ses tantes. Il a également joint un document tout à fait
passionnant : les mémoires de l'Enseigne de vaisseau Delarouvraye
(ou de la Rouvraye) fait malencontreusement
prisonnier par les Anglais lors de l'escale de la Canonnière à Simon Baye, à
proximité du Cap de Bonne Espérance, une semaine après son combat contre le
Tremendous en avril 1806 sous le commandement de César Bourayne. Les
multiples péripéties de sa période initiale de captivité en mer se
prolongeront malheureusement comme pour des centaines de milliers de marins
par un séjour de 5 ans en Angleterre dont une partie dans les sinistres
pontons de Plymouth, camps de la mort particulièrement barbares évoqués dans
plusieurs récits de ce site (Denis Paqué, Joseph Duburquois). Nouvel envoi de trois documents en septembre 2009 par
Georges Queyroi : une citation des mémoires du baron de Bonnefoux
concernant les conditions de captivité (cautionnement) en Angleterre, un
extrait d'une thèse de doctorat de 1901 donnant des précisions sur les
voyages à Acapulco de la Sémillante et la Canonnière, et une notice
biographique de César de Bourayne datant de 1900 environ. César Bourayne Concernant la captivité en Angleterre : extrait des
mémoires du baron de Bonnefoux Rapport du Capitaine de Vaisseau Bourayne au Général Decaen, juin 1806 Mission de la Canonnière à Acapulco 1807-1808 Lettre patente nommant César Bourayne baron – 2 mai 1811 On peut ajouter à ces
documents la longue notice consacrée à César de Bourayne dans le livre de
Joseph François Gabriel Hennequin publié en
1835 : "Biographie
Maritime ou notices historiques sur la vie et les campagnes des marins
célèbres français et étrangers" , pages 264 à 278 Famille de
César Bourayne Les frères de César et leur famille Notice
biographique de Jacques Noël Sané, "le Vauban de la Marine", cousin
issu de germains par alliance de César Bourayne Recherches sur la famille Pellegrin,
cousins issus de germains par alliance de César Bourayne L'ingénieur du génie maritime Rolland, oncle d'une belle
sœur de César Bourayne, créateur du navire qui transporta d'Egypte en France
l'obélisque de Louxor. dans la revue l’Histoire,
février 2002. Histoire de l'Enseigne de Vaisseau Delarouvraye Concernant la captivité en Angleterre : extrait
des mémoires du baron de Bonnefoux MEMOIRES DU BARON de BONNEFOUX Capitaine de vaisseau 1782-1855 La captivité en Grande Bretagne Cautionnement : petites villes où étaient les divers dépôts des
officiers prisonniers qui avaient la permission d’y résider après s’être
engagés sur leur parole d’honneur à ne pas s’en écarter à plus d’un mille de
distance, à rentrer tous les soirs chez eux au coucher du soleil et à
comparaître 2 fois par semaine devant une commission du Gouvernement . L’Angleterre accordait par
jour 18 pences ( 36 sous ) à chaque officier, quel
que fût son grade . Recherches G. Queyroi – Gallica BN – 8-2009 Fichier 727 Instructions du Capitaine général Decaen pour le capitaine de vaisseau Bourayne commandant
la Canonnière – 5 Avril 1806 Decaen – Dépêche N°89 du 5 avril 1806 An 14 Incertain du lieu où
peut-être rencontré Monsieur le Contre-Amiral Linois, ses dernières opérations au Cap de Bonne Espérance
pouvant peut-être le rappeler encore dans cet endroit, dès que vous aurez,
Monsieur, fait embarquer à bord de votre frégate l’approvisionnement de
légumes que vous devez prendre à St Paul, Ile de la Réunion où vous devez
vous diriger en sortant de l’Ile de France, vous ferez voiles sur le champ
pour vous rendre avec la plus grande célérité, dans celles des rades du Cap
de Bonne Espérance, que dans les circonstances de la saison rendent la plus
grande à la sûreté des vaisseaux. Aussitôt que vous serez
ancré, si ce général n’y était pas, vous communiquerez sans délais avec le
Gouverneur Général de cette Colonie, et l’agent de l’Empire, pour savoir
s’ils n’ont pas quelques communications à vous transmettre de la part du Contre-Amiral Linois, et vous
n’aurez dès lors qu’à suivre les instructions que vous recevrez de sa
part. Vous êtes autorisé à
ouvrir tous les paquets officiels qu’il aurait adressé à tout officier de la
marine de l’Empire. Si, alors, ces
communications vous laissaient incertain sur les probabilités de son retour
au Cap du Bonne Espérance, ou de vous rallier à son Pavillon dans un prochain
terme, l’intérêt du service de Sa Majesté exigeant l’emploi le plus actif et
le plus utile des forces navales employées dans ces mers, vous voudrez bien,
Monsieur, suivre les instructions de croisière suivantes qui m’ont parues le
mieux convenir dans ce montant : mais dans le cas cependant où les
circonstances que la plus sage combinaison ne peuvent toujours prévoir, en
empêcheraient l’exécution, m’en rapportant alors à votre expérience et à
votre dévouement au service de Sa Majesté, pour le succès des opérations de
la frégate que vous commandez. I/ Six mois de vivre
ayant été embarqués à bord de cette frégate, vous compléterez sous le plus bref délais, votre eau et le
reste de vos approvisionnement, si vous en jugez convenable et que cela soit
possible par les moyens qui pourraient être à la disposition de Monsieur
l’Agent de l’Empire, et vous prendrez un supplément d’équipage dans les
hommes provenant de la frégate et du corsaire qui ont eu le malheur de faire
naufrage au Cap de Bonne Espérance, en combinant cependant cette augmentation
d’équipage avec le temps qu’il vous faudra pour l’exécution de la croisière
que vous avez à remplir. II/ Dès que vous
aurez satisfait à ces premières dispositions, vous mettrez en mer, vous vous
dirigerez directement vers Sainte Hélène et vous établirez un mois de
croisière à 60 lieues dans le SE de cette Isle en parcourant cependant
alternativement 10 lieues au NE et 10 lieues au SO dans cette
direction : cet espace étant celui que traversent généralement les
vaisseaux de la Compagnie, pour aller à St Hélène, en faisant leur retour de
l’Inde en Europe, soit en convoi ou isolément, une grande surveillance garantit
de toute surprise de la part des vaisseaux d’escorte s’il y en a et les
vaisseaux de la Compagnie, qu’on rencontre isolément, sont des captures
d’autant plus faciles qu’ils se rendent toujours de l’Inde à St Hélène fort
mal armés. Cette relâche ayant pour motif, outre celui de renouveler leurs
provisions, celui d’échanger leur équipages Lascards
pour des européens qui y arrivent sur des vaisseaux venant d’Europe. Si dans cette
croisière vous faisiez une ou plusieurs prises assez importantes pour les
intérêts de Sa Majesté et par conséquent des captures vous feriez sur le
champ votre retour aux Isle de France et de la Réunion en escortant vos
prises sans toucher au Cap de Bonne Espérance, à moins que des circonstances
impérieuses ne vous y obligent, et s’il vous est recommandé de préférer
l’atterrage de la Rivière d’Abord de l’Isle de la Réunion d’où on vous
informera si vous pouvez tenter votre retour au port NO de l’Isle de France. III/ Après le mois
de croisière qui vous est prescrit, si vous n’avez pas eu de succès
importants vous vous rendrez le plus promptement possible vers la côte
occidentale d’Afrique en vous dirigeant de manière à atterrer au Cap Nègre,
ou très peu vers le Nord, de là, filant la côte à toute vue, favorisé de
vents presque généralement au SSO, vous remonterez vers le N en prenant
cependant connaissance d’Ambrizete, où l’on
rencontre souvent des navires en traite – continuant ensuite la direction de
la côte vers le Nord vous vous porterez dans la rade de Cabinda et de Malimba, où vous trouverez certainement plusieurs
bâtiments en traite, mais tous les renseignements relatifs à la navigation de
ces parages, qui est d’ailleurs sans danger prouvent la nécessité dès qu’on a
connaissance du Cap Padaao de s’approcher de terre
jusqu’à 10 ou 12 brasses de fond, pour y ancrer, dans le cas ou il survienne
du calme, un vent passablement frais étant indispensable pour traverser
l’ouverture du Zaïre ( Congo ) sans avoir à craindre d’être entraîné au large
par l’influence des courants qui sortent de cette rivière et qui pourraient
exposer à manquer Cabinda et Malimba. La proximité de
Cabinda et Malimba vous fera sentir la nécessité
d’une prompte expédition sur les navires de Cabinda, pour être à temps de
surprendre ceux de Malimba. Le premier de ces lieux
offre une rade sûre et commode, sous tous les rapports, la seconde, quoique
foraine est également bonne et vous
pourrez y prendre du bois et de l’eau, si vous croyez nécessaire. Ce sera à vous,
Monsieur, à juger en raison des succès que vous aurez eus, et de ceux qui
vous auraient été possibles en remontant la côte, le nombre de jours qu’il
conviendra de rester sur ces rades pour attendre des navires qui viendraient
y traiter. IV/ Vous expédierez
successivement tous les navires que vous capturerez sur la côte d’Afrique,
les dirigeant sur les Isles de France et de la
Réunion en leur ordonnant les précautions qui vous sont recommandées pour
vous-même, vous ferez transporter à bord de la frégate toutes les matières
d’or et d’argent qu’on trouvera à bord des prises, il conviendra aussi que
vous fassiez remplacer tout au moins en grande partie des hommes d’équipage
que vous destinerez pour la conduite des prises, par les plus beaux noirs
qu’elles contiendront, cette espèce d’Africains étant la plus convenable pour
les différents ateliers des arsenaux. V/ Au terme que
votre prudence vous suggérera pour votre séjour à Cabinda ou Malimba, si vos succès n’avaient pas été aussi
considérables qu’il est raisonnable de l’espérer vous feriez dès lors route
pour celles des rades du Cap de Bonne Espérance, où la saison vous
permettrait de séjourner, et toujours dans la supposition de l’absence ou
d’ordre de Monsieur le Contre-Amiral Linois, vous feriez en sorte non seulement de remplacer
votre eau et votre bois, mais aussi de vous faire fournir le complément
général de vivres et d’approvisionnement de tout genre, pour une nouvelle
campagne qui dans ce cas serait soumise à votre zèle pour le bien du service
de Sa Majesté ; mais dans tous les cas, eu égard à la quantité de
subsistance que vous aurez à votre disposition, ou que vous vous serez
trouvée au Cap de Bonne Espérance, vous déterminerez votre retour aux Isles de France ou de la Réunion. Le désir de bien vous
pénétrer, Monsieur, de la nécessité comme de l’importance de la mission que
vous avez à remplir, m’engage à vous faire part des motifs qui ont déterminé
la croisière que je vous prescris. Le premier est celui
de la possibilité de vous réunir, par les premières dispositions à Monsieur
le Contre Amiral Linois. Le second, de
procurer à l’Administration des Colonies qui sont confiées à mon
commandement par le succès que vous
pourrez avoir sur nos ennemis, les
moyens de subvenir à l’entretien des forces navales dans ces mers, pour les
tenir toujours en état d’une constante activité. Les malheureux
événements qui vous sont connus depuis votre arrivée dans ces mers, doivent
Monsieur, vous fixer sur les précautions que vous aurez à prendre, soit pour
votre séjour dans les rades du Cap de Bonne Espérance soit dans la manière
dont vous devez y aborder. Quant aux besoins
que vous aurez, à votre arrivée à l’Isle de la Réunion, si les ennemis
empêchaient votre retour au port NO de l’Isle de France, St Paul, qui est la
rade que vous devez préférer sera en mesure de satisfaire au remplacement de
vos vivres pour une nouvelle croisière et vous y trouverez sans doute des
instructions. Il conviendra,
Monsieur, de prendre à bord des prises tous les vivres qui pourraient vous
être nécessaire et dont il ne résulterait pas d’inconvénient pour celles que
vous auriez l’intention d’expédier. L’atterrage sur la Rivière d’Abord sans s’élever sur
un parallèle plus nord, est fixé sur l’expérience que j’ai, de toute la durée
de cette guerre ; que toutes les prises qui ont suivi cette direction
n’ont éprouvé aucun événement, les ennemis se tenant toujours au nord de ces
limites. Si des circonstances
décident votre retour direct du Cap à l’Isle de France, vous prendrez tout ce
qu’il sera possible du nombre de naufragés qui y seront encore, et, dans tous
les cas, ceux qui vous conviendrait et toujours en proportion des différentes
armes. Si une croisière
anglaise devant le Cap de Bonne Espérance, ou tout autre événement vous mettaient
dans l’impossibilité d’entrer dans l’une ou l’autre des rades, dans laquelle
vous seriez déterminé d’entrer, eu égard à la saison, vous exécuteriez alors
le 3ème article des présentes instructions. J’ai maintenant à
vous faire connaître, Monsieur le Capitaine, les ordres de Sa Majesté : Sa Majesté Impériale
et Royale veut que l’ennemi soit attaqué sans hésiter, partout où on le
trouve en force inférieure et dans toutes les circonstances où on peut
l’attaquer avec avantage L’Empereur rejette à jamais toute circonspection timide
dans le commandement de ses bâtiments
et ils sont prévenus qu’une grande détermination n’ a jamais besoin
d’apologie auprès de Sa Majesté ; que tout ce qui portera le caractère de
l’audace aura son approbation et donnera droit à ses grâces. J’annexe aux
présentes instructions : I/ Un tableau des
signaux de reconnaissance avec les
rades de Table- Baye, et False Baye. II/ Un tableau des
signaux pour indiquer la présence de l’ennemi devant l’Isle de France et les points
vers lesquels il croise. III/ Deux tableaux
de signaux pour annoncer la présence de l’ennemi sur les côtes de l’Isle de
la Réunion et la partie de l’Isle devant laquelle seraient les croisières
ennemies. IV/ Un tableau de
signaux avec lesquels les corsaires de l’Isle de France peuvent se faire
reconnaître avec les vaisseaux de Sa Majesté dans les mers à l’Est du Cap de
Bonne Espérance. Le paquet de
dépêches, joint à la présente en contient une à l’adresse du Contre Amiral Linois, un autre pour Monsieur le Gouverneur du Cap de
Bonne Espérance, une troisième pour le Sous Commissaire des relations
commerciales de France dans cet Etablissement et enfin une 4ème
pour Monsieur le Capitaine de Vaisseau Gandin Beauchêne.
Je vous invite à
leur remettre à chacun d’eux. A l’Isle
de France le 5 avril 1806 Le Capitaine
Général, signé Decaen. Recherches G.Queyroi –
SHM - 01/2003 –F 526 Compte rendu du combat de la frégate la Canonnière
contre le Tremendous en avril 1806 au large de Natal. Lettre de janvier 1807 Les récits de ce fameux combat
sont généralement inspirés du rapport écrit sous la dictée de César Bourayne
puis mis en forme et complété par un officier de plume. Le texte ci-dessous,
plus bref, est une lettre de la main même de César Bourayne écrite quelques
mois plus tard au Ministre de la Marine pour recommander certains hommes de
son équipage qui ont eu dans ce combat une attitude particulièrement active.
L'orthographe d'origine en a été respectée. R. le 27 Janv.1807 Bourayne,capitaine
de Vau officier de La Légion d’honneur Commandant la frégate de S M La Canonnière A l’honneur
d’adresser à Son Excellence
Monseigneur le Ministre de la Marine et des Colonies. Le résultat de
l’Engagement qu’il a soutenu le 21 avril 1806 contre le Vau du Roi
d’Angleterre le Tremendous de 74 canons escortant un convoi de douze Vaux
de compagnie armés venant des Indes et faisant son retour pour l’Europe. Par 32 d 45 de
longitude sud et 36 d 34 de latitude orient. Les vents à l’est,
la mer belle, joli frais gouvernant à l’O. sous toutes voiles à 6 h 30 m. du
matin, vu 13 voiles dans le NE ¼
rentré les bonnettes et tenu le plus près pour les approcher et les reconnaître,
à 8 h ces bâtiments nous restaient à l’E.N.E. L’un
deux fesait la tête du convoi, était séparé des
autres de deux lieues, il ma paru un bâtiment d’escorte, à 9 h ½ il a fait des signaux que je n’ai pas
compris, il a laissé arriver pour couper ma route, je l’ai alors reconnu pour
un Vau de guerre. J’ai continué de
serrer le vent pour le gagner au vent et de l’avance, mais les vigies ont au
même instant crié terre devant et au vent à nous, j’ai laisser arriver au
N.O.1/2 O. La pointe la plus
près de la terre me restait au N.1/2 O. distante de 6 lieues ; à 10 h ½
le vaisseau était par notre hanche du vent à une lieue et demie, j’ai forcé
de voiles en laissant arriver jusqu’au O. il me gagnait au plus près et
largue, à midi j’ai pris chasse vent arrière sous toutes voiles possibles,
envoyé de l’eau dans les hunes et gréé la pompe, arrosé nos voiles ;
précautions que le Vau avait prise aussi car la brise commençait à
mollir ; nous avons fait dans les cales et dans l’entrepont tous les
transports de poids et tous changements qui paroissaient
propres à accélérer notre vitesse. Les épontilles
avaient été levées dès le commencement de la chasse on avait aussi donné un
peu d’aisance au grément et bien que j’ai apperçu du mieux dans notre marche à 9 h 40 m, le Vau
était dans nos eaux à une petite portée de canon ; j’ai hissé le
Pavillon et la flamme en commençant le feu de nos deux pièces de retraite,on
a jeté à la mer la yole porte manteau à laquelle le feu venait de
prendre ; le Vau a tiré ses canons de chasse et avait déjà
son pavillon anglais et le guidon rouge au grand mat, le feu de chasse de son
côté et de retraite du nôtre s’est continué vivement jusqu’à 4 h sans que
nous nous soyons apperçu qu’aucun de nos boulets
l’ayant incommodé,mais un des siens a riflé le mât d’artimon et l’a coupé au
quart à 20 pieds au dessus du pont, j’ai fait amené les bonnettes de tribord,
le Vau m’avait tellement rapproché que le combat m’a paru à cet
instant inévitable, je suis venu au vent il en a fait autant et a gardé la
position au vent. La brise a beaucoup fraichie,
j’ai fait rentrer les bonnettes de babord et serré
le vent pour doubler le Vau mais il courait une route paralèle à la mienne et la supériorité de sa marche m’en
a bientôt ôté l’espoir ; j’ai commencé le feu par la pièce de
l’arrière,il a répondu de tout le sien, j’étais à quart de portée de canon et
toujours le vent sous toutes voiles et ce qui nous mit bientôt à demi-portée du mousquet du Vau. Sa batterie basse
jouait difficilement à cause de sa très grande inclinaison et de l’eau qui entroit en très grande quantité par ses sabords de
l’avant,cependant il l’ouvroit par section de
quatre canons en commençant par sa troisième pièce jusqu’à l’arrière, à aussi
petite distance j’ai pu facilement distinguer que c’est un Vau de
74. La vivacité d’une mousquetterie vigoureusement soutenue pendant tout le
temps qu’il a gardé notre côté,celle du feu de ses canons ne me permet pas de
douter qu’il ne soit très complet en monde, cependant il s’en faut de
beaucoup que ces coups aient été aussi bien dirigés que les nôtres qui ont
tous porté dans son bois où dans son grément, notre
batterie servie avec autant d’intelligence que de courage et d’activité n’a
pas perdu un boulet ! Les cris de Vive
l’Empereur ! à l’abordage ! l’enthousiasme de l’équipage à chaque
désemparée du Vau aurait fait croire que nous combattions plus
pour le prendre que pour lui échapper, à 5 h 20 m ses focs ses voiles d’étai
son petit hunier étaient tombés,son grand étai était coupé,un boulet à la
tête de son petit mât d’hune avait fait sauter le petit mât de perroquet, ses
cacatois et toutes ses bonnettes de tribord avaient été désemparées au
commencement de l’action son grand mât parraissoit
très maltraité, sa grande voile désemparée malgré qu’il m’ait démonté la 6ème
caronnade de l’arrière,qu’il m’ait brisé notre
grande ancre qui étoit postée sous les grands
portes haubans à babord et rompu une ancre à jet
dans les porte haubans d’artimon du même côté, que plusieurs de ses boulets
aient porté à la flotaison un peu au dessus du
cuivre et que nos voiles aient été criblées de coups de canon, plusieurs de
ces haubans d’hune et de perroquet coupés et deux bas haubans. J’ai moins souffert
que lui à 5 h 25 m je le gagnais sensiblement,aussitôt qu’il s’en est apperçu il a laissé arriver tout, pendant ce moment j’ai
serré le vent le plus possible et rangeant notre poupe extrêmement près il
m’a lâché sa bordée d’enfilade à mesure que ses canons me découvraient ;
un de ces boulets a coupé la vergue de misaine à babord
à un tiers, il a continué de tirer sur moi en venant au vent et a tenu le
plus près babord amure pour me rapprocher, à 5 h 35
j’étais hors de sa portée. Le convoi l’avait
rallié pendant le combat et parassoit vouloir
couper ou du moins inquiéter ma retraite,à 5 h ¾ une grosse frégate de la
compagnie qui avait pris la tête portant son nom ‘’Indépendant’’ m’a tiré
deux volées auxquelles je n’ai pas voulu répondre car elle a mit trois fois
différentes ses voiles de l’arrière sur le mât, elle se tenait en arrière de
notre travers tiroit de fort loin et parrassoit ne pas vouloir tenter un engagement
sérieux ; je me suis occupé à faire tenir mes mâts d’hune et de
perroquet qui fatigoient beaucoup, leur grément
était coupé en grande partie, j’ai fait
établir l’écoute du petit hunier dans la poulaine et remédié du mieux
possible le désordre de sa misaine. Le Vau de son côté travailloit
à se réparer et faisait tous ses efforts pour me joindre, à 6 h j’étais hors
de portée de l’ennemi, j’ai continué de tenir le plus près babord amures pour avoir le vent sur tout le convoi qui a
continué à me chasser, j’ai présumé que perdant l’espoir de m’atteindre, il
attendait la nuit pour reprendre sa route ; en effet à 8 h ½ le Vau
qui était loin de nous sous le vent a brûlé cinq amorces, deux autres à 10 h
ont été brûlées derrière moi et partoit sans doute
du serre- file, dès cet instant je n’ai plus eu connoissance
de ces bâtiments, au reste je puis assurer qu’à leur bonne tenue, à leurs
forces et aux très bon ordre qui régnoit parmi eux
on les auroit plutôt pris pour une escadre de Vaux
de guerre que pour un convoi de bâtiments marchands. Le grand sang froid
et le courage de mes officiers ne m’ont rien laissé à désirer, ils ont
pendant toute l’action maintenu le plus grand ordre et par leur exemple
encouragé l’équipage qui de son côté a montré beaucoup d’intrépidité et
d’audace, tous ceux dont les pièces ne pouvaient pas découvrir le Vau
demandoient l’abordage : j’ai eu quatre hommes
tués et vingt cinq blessés dont sept très gravement : je n’avoie en
commençant le combat que trois cents hommes tout compris étant partie de l’ille de France avec vingt huit hommes au dessous du
compte de mon équipage ; j’avois plusieurs
malades, tous ceux qui ont pû se tenir sur le pont
ont voulu partager avec leurs camarades les périls de l’action. Mes avaries les plus
considérables, sont un boulet dans le grand mât qui en coupe la mèche et une
jumelle et qui est cassée à 16 pouces dans le bois, la vergue de misaine
coupée au tiers, une ancre de veille de 4, 000, brisée, le mât d’artimon
coupé au quart, une ancre à jet de 1.800 brisée, une carronnade
de 32 cassée par un boulet, quinze à vingt boulets dans le côté de la frégate
dont beaucoup ont coupé des pièces de liaison. Le Lieutenant de Vau
Dubuisson mon second pour lequel j’ai sollicité de votre Excellence l’étoile
de la légion d’honneur, s’y est par sa conduite créé de nouveaux titres, j’ai
l’honneur de recommander aux grâces de Sa Majesté … …
l’enseigne de Vau Prenat
provenant de la frégate Lathalante,commandait la
batterie en l’absence du Lieut. de Vau Moreau resté malade à l’ille de France ; il a été blessé grièvement pendant
l’affaire et n’a quitté son poste qu’un instant pour se faire penser, il a
repris son service sur le champ, l’a continué jusqu’à la fin de l’action de
la manière la plus honorable ; l’aspirant Duplantes
a été blessé aussi, je suis très content de sa conduite. J’ai l’honneur de
recommander aux grâces de Sa Majesté toutes les personnes sous mes
ordres il est impossible d’avoir un
équipage plus complètement brave que le mien, je me loue surtout des hommes
de l’artillerie qui ont tiré avec une justesse, une célérité, et une
précision qui leur font le plus grand honneur. J’ai l’honneur de rappeller au souvenir de votre Excellence les Enseignes
de Vaisseau non entretenu Geffroi et Bellet qui n’ont cessé de mériter votre
Bienveillance ; l’aspirant Frédéric Berna pour lequel j’avais sollicité
près de vous de le faire de 1ère classe qui joint aujourd’hui à
une grande théorie, de la pratique dans les circonstances je l’ai employé et
emploie comme officier, il a répondu à ma confiance, je demande les grâces de
votre Excellence pour lui.
Bourayne
Recherches G. Queyroi-
Archives Nationales Paris, cote marine PD 90--Service historique de la
Défense- microfilm BB4-252 copie conforme à l’original écrit de la main du
Capitaine de Vaisseau César Bourayne (orthographe de l’époque ) Rapport du Capitaine de Vaisseau Bourayne au
Général Decaen, 5 juin 1806 Rade de St Paul – Isle de la
Réunion-5 juin 1806. Le Capitaine de vaisseau Bourayne, Officier de
la Légion d’honneur, commandant la Canonnière. A Monsieur Decaen Général de Division, Grand Officier de la Légion d’Honneur, Capitaine
Général des Ets Français à l’Est du Cap de Bonne Espérance. Monsieur le Capitaine Général, Le mauvais état de
ma santé ne m’ayant pas permis de profiter de l’occasion de l’Aviso parti de
Ste Rose, j’ai l’honneur de vous annoncer que le brick l’Ecureuil qui doit
partir incessamment de la Rivière d’Abord pour l’Isle de France, mon retour à
St Paul et de vous rendre compte des raisons qui l’ont déterminé. J’ai quitté cette
rade le 12 avril au matin, j’ai dirigé ma route vers le Cap – tout me
promettait une traversée aussi prompte que heureuse. Le 21, au jour, j’ai
eu connaissance de 13 voiles, j’ai manœuvré pour les distinguer et les
reconnaître forcé d’en venir à une action avec un vaisseau anglais de 74
canons qui escortait ce convoi, je vous adresse sous ce pli le rapport de
cette affaire. Le 22 au matin,
n’ayant plus connaissance de l’ennemi j’ai remis en route vers le Cap où je
devais trouver les moyens de me réparer et de re
compléter mes vivres et mon équipage – je me suis mis sur le champ en état de
tenir la mer et j’ai mis ma vergue de misaine sur le pont, j’ai rajusté les
deux bouts ensemble, je les ai soutenu par trois de mes épontilles en fer et
des jumelles ; j’ai aussi jumelé le mât d’artimon et le grand mât qui
fatiguait beaucoup dans les roulis
j’ai plaqué les trous des boulets dont plusieurs se trouvent à fleur
d’eau. Le 28 au soir
j’étais en vue du Cap de Bonne Espérance, le 29, dans des petits vents de NNE
au NNO me mirent à une lieue en dedans de la Baye de False où je
mouillais jusqu’au lendemain, que j’ai appareillé avec les mêmes vents et
louvoyé pour gagner le mouillage de Simon Baye à 10 heures du matin. Je découvrais bien
l’Etablissement et les forts et les bâtiments, le pavillon Hollandais
flottait à terre et en rade, je ne fis pas les signaux de reconnaissance
parce que le Gouverneur invite à s’en abstenir, lorsque cette précaution
n’est pas absolument indispensable et qu’on a aucune raison de défiance.
J’étais dans ce cas, n’ayant communiqué avec personne à la mer et n’ayant
reçu de vous Monsieur le Capitaine Général, aucun avis sur la véritable
situation de cette possession Hollandaise. Vers les 2 heures
j’ai mouillé en dehors de l’Ile aux Pingouins dans le Sud de la Madeleine,
j’ai envoyé sur le champ mon canot à terre avec un officier (l’Enseigne Delarouvraye)
saluer Monsieur le Gouverneur Hollandais, le prévenir de mon arrivée, le
pressentir de mes besoins et lui demander un pilote pour me mettre
dedans ; vers 4 heures mon canot venait d’aborder à terre, un des forts
tira sur moi un coup de canon à boulet, peu après un second et dans l’instant
tous les forts tirèrent et envoyèrent des bombes qui me dépassaient ainsi que
la plupart des boulets, les forts et les bâtiments avaient arboré les
couleurs anglaises. Cette Place m’a paru
augmentée en moyens de défense et il paraissait que l’ennemi la possède
depuis quelques temps déjà puisque j’ai reçu le feu de 2 forts que je ne
connaissais pas et qui sans doute ont été construits depuis le changement de
domination de cette place quoique je n’ai remarqué en rade aucun bâtiment de
guerre. Les risques évidents
que je courrais sans but et sans apparence de succès, la crainte d’empirer ma
position déjà embarrassante depuis ma rencontre avec le vaisseau, éloigné de
toute espèces de ressources, ayant 2 ancres en moins, mon équipage affaibli,
des avaries considérables dans ma mâture et enfin dans une situation dont
vous jugerez facilement Monsieur le Capitaine Général d’après l’état des
réparations à faire que vous trouverez ci-joint. J’ai coupé mon câble
et appareillé avec la plus grande célérité, la terre n’a cessé son feu que lorsque
j’ai été absolument hors de portée, je n’ai été touché par aucun des boulets,
plusieurs bombes sont éclatées entre mes mâts sans me causer aucun dommage,
la brise très fraîche du Sud m’a forcé de louvoyer 2 jours à vue du Cap. Quelques désirs que
j’eusse de continuer ma mission, l’état de ma frégate me prescrivant
impérieusement mon retour dans un Etablissement Français, j’ai été obligé d’y
renoncer ou je devais faire mon retour pour y prendre des renseignements sur
les croisières ennemies et attendre de nouveaux ordres. A portée d’être
reconnu j’ai fait le 26 mai des signaux de reconnaissance devant la Rivière
d’Abord. Dans l’après midi
j’eu connaissance d’un bâtiment Américain au large de la baie de St Gilles et
de deux grands bâtiments qui se trouvaient au large de moi à toute vue, près
desquels on distinguait de petites embarcations. J’ai présumé que ces
bâtiments étaient des croiseurs ; toute la nuit le vent fut calme, je
manoeuvrais pour me mettre à portée d’entrer à St Paul ; le 27 à la pointe
du jour je me trouvais à 5 lieues au large de la baie de St Paul ; j’eus
connaissance à environs 2 lieues et ½ au large de moi d’un bâtiment que je
reconnus pour être de guerre et qui avait de petites embarcations, goélettes,
chasses marées et péniches autour de lui, peu après j’eus connaissance à
toutes vues d’un grand bâtiment ayant aussi de petites embarcations en son
entour. Je ne doutais
nullement que ce fussent les 2 bâtiments en croisière qui avaient approché
dans la nuit, ayant eu plus de vent que moi, le calme dura jusqu’à 9 heures
½, la brise étant venue du large je faisais route sur St Paul quoique je
crusse reconnaître le bâtiment le plus près de moi pour la Psyché avec
laquelle je ne me souciais pas de courir la chance d’un engagement et qui si
je l’avais chassé aurait rallié le vaisseau au large avec lequel elle avait
fait des signaux d’intelligence. La position de ma
frégate ne me permettait pas de risquer un engagement avec 2 bâtiments
d’autant qu’ils eussent avec la brise du large conservé le vent sur moi et
auraient pu m’empêcher de rallier St Paul. La Psyché m’a suivi
jusqu’à l’entrée de la baie, a repris le large, depuis cet instant je n’en ai
point eu connaissance. Dans ce moment je
m’occupe à réparer d’une manière plus efficace que je ne l’ai pu à la mer les
dommages que m’a causé le vaisseau et à compléter s’il est possible mes
vivres. Jusqu’à ce jour j’ai
fait peu d’ouvrage par la difficulté que mettent les raz de marées au
transport du bois. Je vous instruirais des
progrès de mon travail par la plus prochaine occasion et j’attendrais ici vos
ordres. J’ai l’honneur
d’être avec respect Monsieur le Capitaine Général, votre très humble et très
obéissant serviteur. BOURAYNE En marge : Vu,
le Capitaine Général Decaen. NB : Dans un rapport au Ministre le Capitaine
Général n’a pas manqué de se plaindre de la réflexion du Capitaine de
vaisseau Bourayne.( italiques page 1 ) Recherches G.Queyroi SHM
01/2003 –BB4. F 531. Mission de la Canonnière à Acapulco 1807-1808 MISSION EFFECTUEE POUR LE COMPTE DU CAPITAINE GENERAL DES PHILIPPINES Par le Capitaine de vaisseau Bourayne commandant la
Canonnière Appareillage en avril
1807 de Manille à destination d’Acapulco, Mexique (Nouvelle Espagne ). Escorte un galion et
une frégate Espagnols. Les vents les portent d’abord vers les Isles du Japon. Ils abordent une île inoccupée le 8 mai
1807, baptisée ‘’ île de la Canonnière ‘’. Position 24°37 de latitude nord et
129° 16 de longitude ouest. Ils se dirigent
ensuite sur les Iles Sandwich (Hawaï), et malgré les vents contraires
arrivent à Acapulco le 21 juillet 1807 après 3 mois de navigation. C’est le 23 octobre
1807, muni de l’argent nécessaire à la Colonie Espagnole des Philippines, que
César Bourayne appareille pour son voyage de retour, en passant par Hawaï et
les îles Mariannes. Ils arrivent à
Manille le 24 décembre 1807, le voyage de retour, porté par des vents favorables n’a duré que 2 mois. Pour remercier César
Bourayne, le Capitaine Général Don Mariano
Fernandez de Joqueraô offre une épée d’or enrichie
de diamants …qu’il n’accepta pas. Cette mission
terminée, la Canonnière quitte les Philippines le 22 mars 1808 pour arriver à
l’Isle de France le 13 juillet 1808, où une autre mission l’attend. A cette date, il y a
2 ans et 9 mois qu’elle a appareillé de Cherbourg. Ces traversées,
d’environ 15 000 km chacune furent effectuées en
trois mois à l’aller et deux mois seulement pour le retour. La Canonnière est
restée 4 mois au mouillage d’Acapulco. La durée totale de la mission fut donc
de 9 mois environ. NB : Nous possédons le Carnet de bord de la
frégate la ‘’Canonnière’’ tenu par l’Agent Comptable Jean Baptiste Bourdon
pour les soldes du 3ème
trimestre de 1807. Mouillée en rade d’Acapulco, Nouvelle Espagne le 20
juillet 1807. Recherches G.Queyroi – SHM
– 01 / 2003 –F 525 L'Ile de France sous Decaen (Thèse de doctorat de M. Henri Prentout
– 1901) : extraits concernant la Sémillante et la Canonnière L’Ile de France Sous
DECAEN * Essai sur et la
rivalité de par Henri Prentout Professeur
agrégé d’histoire au lycée de Caen Thèse pour
le Doctorat es lettres de Paris Hachette
1901 ************* (Extraits) Pages 478
à 482 et 498 à 500 Pour
l’histoire des frégates ………Le 7 ventôse, an XIII
(26 février 1805) , Decaen écrivait à l’Amiral Linois qu’un bâtiment qui partirait sous peu de jours
porterait à Manille la nouvelle de la guerre (entre l’Angleterre Il demandait à l’Amiral de
mettre à sa disposition, pour cette mission, la frégate "la Sémillante"
, à défaut d’Avisos. Cette frégate pourrait être
ensuite employée à croiser dans les mers de Chine . Linois accepte
cette proposition et, le 10 ventôse (1er mars), il traçait ses
instructions au Capitaine de Vaisseau Motard commandant Elle mit à la voile le 8
mars et, après une navigation assez difficile, mouilla sur la rade de Manille
le 31 mai . Le manque de numéraire se
faisait d’autant plus sentir qu’il était nécessaire de presser les
préparatifs de défense . Dans une entrevue , puis par lettres, le Gouverneur
Général , dépeignant au Capitaine français , la situation déplorable de Il crut qu’en remplissant
la mission que lui offrait le Général d’Aguilar ,
il pourrait assurer leur salut et répondrait ainsi , sinon à la lettre , du
moins aux intentions du Capitaine Général de l’Ile
de France et de l’Amiral Linois , et il accepta
cette mission . Mais il avait posé ses
conditions , demandant des vivres , un officier de la marine espagnole pour
interprète et un pilote , toutes choses qui lui furent accordées . Le 21 juillet , Motard
partait pour Acapulco ; son pilote le conduisit jusqu’à l’entrée du
détroit de San Bernardino
qu’il essaya de franchir le 28 , mais les vents alizés le repoussèrent , et
il vint mouiller dans la rade de San-Jacinto , sur la côte orientale de l’île de Ticao . Cette baie n’a d’autres
défenses qu’une batterie sur une pointe de terre près de l’église . Motard prit soin de
l’armer ; le 2 août parurent deux
navires de guerre anglais , le Phaëton , frégate de
44 , et le brick l’Harrier . Son équipage était très
affaibli . Les Anglais pouvaient avoir deviné sa mission et le poursuivre
avec des forces supérieures ou l’intercepter au retour . Il la considéra
comme trop compromise pour pouvoir être exécutée et il crut devoir y renoncer
. Le 18 thermidor (6 août) il
avertissait le Capitaine Général des Philippines de sa nouvelle résolution et
lui en fit connaître les raisons ; celui-ci les apprécia . Motard , s’il
n’avait pas cru devoir exécuter , après le combat de San
Jacinto , la mission qu’il avait d’abord acceptée
n’en avait pas moins remporté un succès signalé sur l’ennemi commun . En contraignant les Anglais
à se rendre à Macao il se trouvait qu’il avait rendu à peu près à Après une navigation
difficile , dans des mers peu connues, qui mit en lumière les qualités
professionnelles du commandant de Mais Decaen
reprocha à Motard de n’avoir pas continué sa mission , puisqu’il l’avait
acceptée C’était , disait-il avant d’entreprendre qu’il devait prévoir ,
autant que possible , les obstacles qu’il pouvait rencontrer . Motard essaya
plus tard de le faire revenir à une plus juste appréciation des choses, en
lui envoyant copie de la lettre si flatteuse du Capitaine Général des
Philippines et en réfutant les gazettes anglaises qui essayaient d’atténuer
la défaite essuyée à San Jacinto
. Decaen informa bientôt son Agent à Manille (Ducamper) de l’envoi d’une nouvelle frégate ,
la ‘’Canonnière’’ , Capitaine de Vaisseau Bourayne récemment arrivée de
France . Le 29 juin 1806 le
Capitaine Général lui ordonnant d’aller croiser dans les mers de Chine , puis
de se rendre à Manille . Bourayne partit de Saint
Paul en juin 1806 et arriva à Manille en février 1807 . Il y trouva une
situation identique à celle qui existait , deux ans auparavant , lors du
voyage de Il y avait pénurie de
numéraires, les galions du Mexique n’étant pas parvenus et deux bâtiments de L’arsenal de Cavite
manquait d’approvisionnements maritimes , les vivres faisaient défaut à cause
d’une mauvaise récolte . Il fallut tout le zèle de Ducamper
, toute la bonne volonté de don Mariano Fernandez
de Folgueras , ancien lieutenant du Roi , qui avait
remplacé d’Aguilar
décédé , pour mettre Bourayne à même de radouber sa frégate . Le nouveau Capitaine
Général demanda au Commandant , le 28 février 1807 d’escorter le galion et le
vaisseau de Il se rendrait ensuite directement à
Acapulco , où il ferait toute diligence pour informer le Vice Roi du Mexique
de son arrivée et reprendre les fonds destinés par le Roi aux Philippines . Le jour même , le Capitaine
Général acceptait cet arrangement . Le retour de Le Capitaine Général
informa le Roi du service rendu , demanda des récompenses à Decaen pour le Commandant . Le Commerce fit don d’une
somme de 30 000 piastres pour l’Etat Major et
l’équipage de Bourayne refusa d’être compris dans la
distribution de cette somme . Les Anglais savaient qu’il
n’y avait point de bâtiments de guerre Espagnols aux ¨Philippines . Deux de leurs frégates , Le souvenir du service
qu’elle avait rendu allait être oublié bientôt . Le 3 septembre 1808 , après
une croisière de dix mois dans les mers de Chine , le brick ‘’le Curieux’’ de
la marine de guerre , commandé par M. Perroud ,
mouillait dans la rade de Manille . Dès son arrivée , ce bâtiment demanda des
secours pour se mettre en état de prendre la mer . M. de Folguéras
les promit , mais deux jours plus tard , il fit savoir que les vivres ne
seraient fournis qu’après que le prix en aurait été versé .
Cette demande causa à l’Agent Commercial une grande surprise . Il remit
toutefois à M. Perroud les fonds qui lui étaient
nécessaires . Decaen , en nommant un agent aux Philippines avait espéré
établir un système d’échanges qui permettrait aux deux Colonies de se fournir
l’une à l’autre ce qui manquerait à chacune . Ducamper , très estimé à Manille , savait au dire de Mottard , faire aimer et respecter le nom français . Reçu par d’Aguilar comme Agent français et reconnu comme tel , il
s’était empressé de se mettre à la disposition de ses compatriotes . Quelques jours après
l’incident du Curieux , Folgueras apprit à Ducamper que le Roi désapprouvait le gouvernement des
Philippines pour avoir reconnu un agent commercial français et lui enjoignait
de quitter le pays l’assurant qu’il ferait cesser toute communication avec
lui . Ducamper , en informant Decaen de
cette résolution du gouvernement espagnol, faisait ressortir combien elle lui
semblait préjudiciable aux intérêts des deux Colonies , Ducamper rendait un dernier service au gouvernement de l’Ile de France , en l’avertissant des tentatives anglaises
sur Macao et du refus que Folguéras avait
opposé aux demandes de secours du gouvernement Hollandais de Batavia , Daendels . Perroud écrivant le même jour à Decaen
, lui faisait part des mêmes incidents . Comme Motard , comme
Bourayne , il rendait hommage aux talents de Ducamper
et affirmait la haute considération dont il jouissait à Manille . Il avait
aussi trouvé beaucoup de bonne volonté de la part de M. Rauly
, négociant qui s’efforçait d’acheter du salpêtre en Chine et de le faire
envoyer à l’Ile de France . *********** Dès le 8 février 1807 ,
l’infatigable ‘’Sémillante’’ reprit la mer , mais une tempête la démâta , et
ce ne fut qu’en juin qu’elle repartit pour une croisière à l’est de Ceylan . Elle y fit plusieurs prises
que ramenèrent les Enseignes Baudin et
Fournier . Le 15 mars 1807, il captura
à 25 lieues de Ceylan , Ce même jour , dans la
soirée Motard engagea un combat avec Après une heure de combat ,
presque vergue à vergue , Le Second , Duburquois prit
le commandement . En s’éloignant Il fallut la désarmer , la
transformer en navire de commerce , elle s’appela ‘’le Charles’’ , revint en
France sous le commandement de l’illustre Surcouf , ramenant à St Malo comme
passager , Motard Baudin et Fournier . Motard termina le commandement qui l’a
illustré par une fort belle lettre au Ministère de Il recommandait ses officiers , presque tous
appelés au plus bel avenir . Dans un rapport à l’Empereur Decrès demanda pour le Capitaine de vaisseau Motard le
grade de Commandant de *************** Conclusion : en fait il y eut bien deux voyages
vers Acapulco , le premier tenté par Recherches G. Queyroi –
fichier 725 8-2009 Lettre patente nommant César Bourayne baron – 2
mai 1811 Ici Armoiries Napoléon
par la grâce de Dieu Empereur
des Français, Roi d’Italie Protecteur
de la Confédération du Rhin A
tous présents et à venir Salut Par l’article treize
du premier statut du premier mars mil huit cent huit, Nous nous sommes réservé la faculté d’accorder les Titres que
Nous jugerions convenables à ceux de Nos sujets qui se seront distingués par
des Services rendus à l’Etat et à Nous. La connaissance que Nous avons du
Zèle et de la fidélité que Notre cher et amé le Sieur Bourayne a
manifestés pour Notre Service, Nous a déterminé à faire usage en sa faveur de
cette disposition. Dans cette vue, Nous avons par Notre Décret du deux mai
mil huit cent onze nommé Notre cher et amé le sieur Bourayne, Baron
de Notre Empire. En conséquence et en
vertu de ce Décret le dit sieur Bourayne s’étant retiré par devant
Notre Cousin le Prince Archi-Chancelier de l’Empire
à l’effet d’obtenir Notre grâce les Lettres patentes qui lui sont nécessaires
pour jouir de son Titre Nous avons par ces présentes signées de Notre main
Conféré et Conférons à Notre cher et amé le sieur César Joseph Bourayne,
Capitaine de vaisseau et l’un des Commandant de la Légion d’honneur né
à Brest Département du Finistère le vingt deux février mil sept cent soixante
huit, le Titre de Baron de Notre Empire. Le dit titre sera
transmissible à sa descendance directe légitime, naturelle ou adoptive, de
mâle en mâle par ordre de primogéniture. Permettrons audit
sieur Bourayne de se dire et qualifier Baron de Notre Empire,
dans tous Actes et Contrats tant en jugement que dehors ; Voulons qu’il
soit reconnu partout en la dite qualité
qu’il jouisse des honneurs attachés à ce Titre après qu’il aura prêté le
serment prescrit en l’article trente sept de notre second statut, devant
celui ou ceux par Nous délégués à cet effet, qu’il puisse porter en tous
lieux les Armoiries telles qu’elles sont figurées aux présentes : de Bourayne – d’argent au chevron
de gueules, accompagné de trois croissants d’azur 2-1,au comble d’or chargé
d’une ancre en pal de sable, en francs – quartier des barons militaires. Chargeons Notre
Cousin le Prince Archi-Chancelier de l’Empire de
donner communication des présentes au Sénat et de les faire transcrire sur
ses Registres ; Enjoignons à Notre Grand Juge Ministre de la Justice
d’en surveiller l’insertion au Bulletin des Lois ; Mandons à Nos
Procureurs Généraux près Nos Cours d’Appel et à Nos Procureurs Impériaux sur
les lieux de faire publier et enregistrer les présentes à la Cour d’Appel et
au Tribunal du domicile du Sieur Bourayne et partout où besoin sera,
Car tel est Notre bon plaisir ; Et afin que ce soit chose ferme et
stable à toujours Notre Cousin le Prince Archi- Chancelier de l’Empire y a
fait apposer, par Nos ordres, Notre Grand Sceau en présence du Conseil
des Sceaux des Titres. Donné à …le deux du
mois de mai de l’an de grâce mil huit cent onze de Notre Règne.
Napoléon Scellé le : Le Prince Archi-Chancelier de l’Empire : Cambacérès
Recherches GQ 1
Mémorial
du 1er Empire ‘ Révérend 1974 ‘ 2
Armorial
du 1er Empire ‘’ 3
Dictionnaire
des familles Françaises (Chaix) 4
Bibliographies
Bretonnes ( Kerviller ) 5
Institut
Culturel de Bretagne ( Les noms qui ont fait l’histoire de la Bretagne ) *************** CESAR JOSEPH de BOURAYNE Capitaine de vaisseau Commandeur de la Légion d’honneur, Chevalier de
Saint Louis Baron par lettres patentes du 2 mai 1811 – Donataire de l’Empire
–Lettre du Procureur Général du Conseil du Sceau des Titres, le 21 7bre
1811 : à Monsieur le Baron, Décret Impérial en date du 28 août 1811 – Donataire ( r – 4 000
) en Hanovre, détaillé dans l’état n° 436 – d’un revenu de 4003 f 92 –
Jouissance au 1er janvier 1811. Membre du Collège Electoral du Finistère Confirmé dans le titre de Baron héréditaire par lettres patentes du
25 novembre 1814. Titre de Baron héréditaire et transmission de Majorat par Ordonnance
du 15 février 1819 en faveur de César Alexandre Marie de Bourayne,
Capitaine de Frégate Recherches G.Queyroi
–Fichier 625 - 01/2006 Lettre de César de Bourayne au Ministre de la Marine pour
recommander son frère Baptiste – juillet 1814 À SON EXCELLENCE MONSEIGNEUR LE MINISTRE DE J’ai
l’honneur d’assurer à Votre Excellence la réception de sa dépêche en date du 11
courant, par laquelle elle m’annonce que Sa Majesté a bien voulu m’honorer de
C’est
à la manière obligeante avec laquelle, Votre Excellence a bien voulu
présenter mes services à Sa Majesté
que je dois cette honorable distinction et prie votre Excellence d’en agréer
ma sincère reconnaissance et de vouloir bien assurer sa Majesté que je ferai
tout ce qui dépendra de moi pour soutenir l’honneur de son Pavillon ;
que j’attends avec impatience l’occasion de lui prouver mon dévouement, de
mériter de nouvelles marques de sa bienveillance, ayant de plus vif désir
d’obtenir un commandement pour me rendre utile au service de sa Majesté. Veuillez
bien, Monseigneur, me permettre de profiter de cette occasion pour mettre sous
les yeux de Votre Excellence et recommande à sa bienveillance les services de
mon frère Jean Baptiste Bourayne Enseigne de vaisseau depuis près de douze
ans, ayant fait plusieurs campagnes, particulièrement du Général Comte de Linois, blessé grièvement dans son dernier engagement,
été détenu prisonnier de guerre pendant six ans ; il a toujours mérité
l’estime et la confiance de ses chefs ; j’ose assurer Votre Excellence, de son zèle et de son
dévouement pour le service de sa Majesté qu’il est capable par ses
connaissances et son expérience de remplir le grade de Lieutenant de vaisseau
que je prie votre Excellence de lui conférer. En
conformité des ordres de votre Excellence, le Général Préfet maritime m’a
décoré de l’ordre de Saint Louis le 21 du courant, et j’aurai eu l’honneur de
répondre plus tôt à la dépêche de votre Excellence si je n’avais pas été
occupé d’une Commission. Veuillez
bien, Monseigneur, agréer l’hommage de profond respect, avec lequel j’ai
l’honneur d’être, de Votre Excellence, Monseigneur, Le très humble et très
obéissant serviteur. Le Baron de Bourayne. A Brest le 26 juillet 1814. (en marge : M.
Carpentier, M. Bourdon, 31 juillet - Demande d’avancement pour M. Bourayne
Enseigne de vaisseau.) Notice concernant César de Bourayne (rédigée vers 1900) BOURAYNE ( Joseph-César ,
baron), Naquit à Brest en 1768. Il débuta comme volontaire
sur l’Auguste, commandé par
l’illustre Bougainville , et assista à cinq combats pendant la guerre de
l’Indépendance américaine . Après la conclusion de la
paix , il continua de naviguer , tantôt sur les bâtiments de l’Etat , tantôt au commerce . Promu lieutenant de
vaisseau en 1773 , il embarqua sur l’Atalante
, commandant Linois , et prit part au combat
soutenu contre le vaisseau de 74 le Swiftsure , par cette frégate , qui ne succomba
qu’après une résistance héroïque . Bourayne avait reçu deux
blessures dans cet engagement mémorable. De retour en France après dix-neuf
mois de captivité et promu capitaine de frégate, il fut successivement second
du Redoutable , du Républicain , commandant de En se dirigeant vers l’Ile de France pour rallier l’escadre de Linois , Bourayne soutint , le 21 avril 1806 , une lutte
acharnée contre le vaisseau de ligne Trémendous ,
qui , malgré la supériorité de ses forces , dut
abandonner le combat . Pour reconnaître le
généreux secours des Espagnols, Bourayne alla chercher à Acapulco un navire
et un galion de cette nation , qu’il convoya , puis retourna chercher une
cargaison de 3 millions de piastres , qu’il conduisit heureusement jusqu’à
Manille . Bien qu’il ne fût rien
moins que riche, il refusa une gratification considérable offerte par les
commerçants de Luçon . En 1808, avec ce même
bâtiment , chargé de protéger les communications de l’Ile
de France , il s’empara , le 22 septembre , de la frégate anglaise le Laurel . Il reçut à cette occasion
, du commerce de la colonie , l’hommage d’une paire de pistolets de prix ,
dont la boîte est ornée d’une inscription commémorative . Il fit ensuite , dans les
mers de Chine , du Japon et de l’Inde , une campagne dans laquelle il
s’empara d’un grand nombre de navires de commerce anglais . En 1809 Pendant sa captivité , il
avait été promu commandeur de A son retour en France , en
1814, il fut fait chevalier de Saint-Louis et appelé aux fonctions de major
général , puis de commandant de la marine à Brest , où il mourut , en
activité de service , en 1817. Cette famille est
aujourd’hui représentée par M. le baron Eugène-Charles
de Bourayne , chef d’escadron d’artillerie coloniale , chevalier de Recherches G. Queyroi –
Bibliothèque Nationale- Gallica . 8-2009 Fichier 727 Notices biographiques LES FRÈRES DE CÉSAR ET LEURS FAMILLES 1 Charles Louis, né le 7
janvier 1763 à Brest, + 2 avril 1816. Commissaire de la marine.
Emigré à Bourbon en 1792. Marié le mardi 11 juillet
1797 à St Pierre avec Marie Anne
Geneviève Bardinon
. Ils ont eu 4
enfants : Jeanne Louise Charlette née le 23 juillet 1803, + 1833 Légère Augustine née le
24 octobre 1804, +1806 Charles Henry François né
le 7 avril 1806 Louise Eugénie née le 10
février 1811 2 Claude Louis, né le
dimanche 9 février 1767, décédé en 1821 à l’Ile de la Réunion SP 3 François Marie, né le 16
février 1774 à Brest. + le 24 février
1812 à Xéres (Espagne). Il était Chef de
Bataillon d’Infanterie. Il a eu 2 enfants : Casimir Eleonorin né ? Marie Léocadie
née ? 4 Olivier Louis, né le
vendredi 16 septembre 1774 à Brest, +
le mardi 19 mai 1868 à Brest Commissaire Principal de
la marine. Il a épousé Marie Waumann le 19
février 1816 à Anvers Ils ont eu 3
enfants : Augustine Marie Joseph
née en 1816, + le 27 mai 1845 SP Joséphine née en 1818 +
1832 César Marie Joseph né le
27 janvier 1822, + après 1868 à
Marseille. Chirurgien de la marine Chevalier de la Légion
d’Honneur, Ordre d’Isabelle la Catholique et de la Valeur militaire de
Sardaigne. A épousé Rosalie Jeanne Léopoldine T’Kint, 1822-1865,
fille de madame veuve T’Kint de Roodenbeck,
propriétaire à Bruxelles. SP 5 Jean Baptiste, né le
dimanche 10 mars 1782 à Brest, + le 26
février 1839 à Brest. Capitaine de Frégate.
Chevalier de l’Ordre Royal et Militaire de St Louis. A épousé le 11 novembre
1818 à Brest Catherine Perrine Rolland, née à Lorient le 17 mai 1793,
+ le 17 février 1865. Etait la fille
de Pierre Elisabeth Rolland, Ingénieur de la marine et de Marie Jeanne Deslongchamps . Elle était la nièce du Baron Rolland,
Ingénieur Général du Génie maritime. Ils ont eu 3
enfants : 5.1 Louis Pierre né le 16
décembre 1819 à Brest, + 26 août 1857 en service, noyé en Guyane. Chevalier de la Légion
d’Honneur. A épousé le lundi 6
juillet 1848 à Bréles, Athénaïs
Constance Victorine Collas, née le 3 novembre 1818. Elle était la fille de
François Nicolas Auguste Collas, Pharmacien de la marine et de Louise
Pallier. Ils ont eu 2
enfants : Louis Paul Constant, né
le 28 mars 1849 à Bréles. Déficient physique. Auguste Jean Baptiste, né
le 28 juin 1851 à Brest 13 rue JJ Rousseau. 5.2 Paul Marie, né le mercredi 5 mars 1823 à Brest, + le samedi 4 septembre 1875 à Quimper. Il était Pharmacien de la
marine. Il a épousé le mardi 2 août
1864 à Brest, Marie Mouise Thoraval née le 17 mars
1832 à Landivisiau. Son père Monsieur Thoraval
était Receveur à cheval des Contributions Indirectes, sa mère Catherine
Thérèse Lacage. SP 5.3 Adolphe Joseph, né le mercredi 27 juillet 1825 à Brest. + Après 1877. SP Particularité : a
fait 2 carrières : Engagé volontaire dans
l’infanterie de marine le 25 avril 1845. Libéré du service le 25 avril
1856 Avec certificat de bonne
conduite. Nommé Aumônier de 2ème
classe le 17 septembre 1861, après sa sortie du Séminaire de Quimper Séjour nombreux dans les Colonies et
Pénitenciers. Se retire le 5 février 1877. NB : Son mémoire de
proposition de retraite a été signé par Joseph Duburquois, Vice Amiral Préfet
maritime, Commandant en Chef à Brest. (voir dossier ) Fichier 562 –Recherches G.Queyroi – Service Historique de la Défense JACQUES NOEL SANÉ 18/2/1740 Brest /
22/8/1831 Paris Fils de Noël Sané et de Marie Jeanne Pohon.
Quatrième enfant d’une famille de neuf. Origine des ascendants
paternels : La Recouvrance – Brest – Maître Pilote. Origine des ascendants
maternels : Landerneau – Notaire. ********************************* En mars 1755, élève au
collège des Jésuites de Quimper. Retiré du Collège la même année pour être admis
comme aspirant- élève constructeur à l’Arsenal. Le 18 mai 1758, nommé
élève constructeur des vaisseaux royaux, avec 360 livres par an. Admis à
l’Ecole de Duhamel de Monceau à Paris pour accéder au titre d’ingénieur. Le 1er octobre
1765, sous ingénieur constructeur En 1769, mission de
quatre ans en Martinique. Le 1er janvier
1774 nommé ingénieur ordinaire constructeur – 2400 livres par an. Le 19 avril 1783,
mariage avec Marguerite Louise Le Vacher de Vaubrun,
fille de Marguerite Françoise Le Vacher de Vaubrun,
née Bourayne ( tante de César Joseph de Bourayne ) épouse de Jean-Baptiste Le
Vacher de Vaubrun, Trésorier de la Marine et des
Colonies à Brest. Le 15 mars 1789,
ingénieur, Sous Directeur du Port de Brest. Le 1er octobre
1792 Chef d’Administration pour les travaux à Brest. En 1793 Directeur du Port de Brest. Le 26 janvier 1794,
Ingénieur en Chef. Le 21 mars 1796
Ordonnateur de la Marine. En 1797, Membre de
l’Institut. Le 13 juillet 1798,
Inspecteur Général des Constructions en Atlantique. De St Malo à Bayonne. Le 23 septembre 1800,
Inspecteur Général du Génie Maritime. En 1807, Membre de
l’Académie des Sciences sur proposition de Napoléon. En octobre 1810, Créé
Baron de l’Empire, Membre de l’Institut et de l’Académie des Sciences. En 1811, Membre du
Conseil des Constructions navales. En 1817, retraite après
65 ans de services dans la marine dont 18 comme Inspecteur Général. Nommé Inspecteur Général
Honoraire, Ordonnance du 12 septembre 1817. En 1819, Vice – Président
de l’Institut. En 1820, Président de
l’Institut. En 1825, Président de la
Commission chargée d’établir les plans types des nouveaux bâtiments à voiles.
En 1831, le 22 août décès
à Paris à l’âge de 91 ans. Inhumé à Paris au
cimetière de Montmartre le 24 août 1831.
Monument situé Chemin Artot 19 D. 3L-11. Lors de ses funérailles,
l’éloge funèbre a été prononcé par le Baron Charles Dupin, Membre de
l’Académie des Sciences et du Conseil de l’Amirauté. ( en annexe ) Décorations :
Officier de l’Ordre de St Louis demandé le 21 mars 1791. Officier de la Légion
d’Honneur le 23 juin 1810. Cordon de l’Ordre de
Chevalier de St Michel le 31 décembre 1816. Commandeur de la
Légion d’Honneur le 19 juillet 1820. Grand Officier de la
Légion d’Honneur le 3 novembre 1828. SOURCES : Musée de la Marine à Paris Documents-Cols
bleus n° 1729 du 30 octobre 1982 Histoire de la marine –
Edition 1998 Dictionnaire des marins
français, édition 1982 Archives Historiques de
la Marine – Vincennes Archives de l’Académie
des Sciences – Quai de Conti à Paris -Surnommé
le Vauban de la Marine par Napoléon Recherches G.Queyroi 2002 Fichier
534 RECHERCHES SUR LA FAMILLE PELLEGRIN Sources
Site Internet Siège de Québec Le Sieur Gabriel Pellegrin était natif de Toulon en Provence.Le
18 novembre 1738 il épouse à Québec Madeleine Boissy.
Dans l’acte de mariage il
est dit ‘pilote du Roi ‘. Nous le voyons en effet l’année suivante occupé
comme pilote à relever les côtes de Terreneuve
(rapport archives 1904). Né vers 1706, il était en
1759 d’un âge assez mûr et Bougainville dans une de ses lettres l’appelle le
bon homme Pellegrin. En avril 1756 il repasse
de France en Canada sur la Licorne en même temps que le marquis de Montcalm
qui dans son journal parait avoir une haute opinion de son expérience comme
navigateur. Cette opinion semble avoir été partagée par plusieurs de Québec. Nous verrons plus loin
l’auteur du présent journal s’étonner que l’on emploie pas Monsieur Pellegrin . Le Sieur Pellegrin Capitaine de brûlot fut fait Chevalier de
l’Ordre Royal et Militaire de St Louis en 1770. ‘’ cet officier navigue
depuis 44 ans dit le mémoire de proposition, il a depuis près de 20 ans fait
24 campagnes et rendu des services signalés dans l’Inde ‘’ (Mazas :
l’histoire de l’ordre de St Louis ) Notre mémorialiste fait ici
la même erreur que le journal de Montcalm en désignant le sieur Pellegrin comme Capitaine de Port. Il n’était que
Lieutenant comme le marque d’ailleurs Monsieur de Foligné
dans son journal. Le Capitaine de Port
était Philippe Marie d’Aillebout d’Argenteuil de Cerry, qui fut nommé à ce poste le 24 février 1748 à la place du Sieur Macarty. Au conseil de guerre qui
précède la reddition de Québec en septembre 1759 Monsieur de Cerry signe Capitaine de Port. Il est vrai que le
Lieutenant de Port était quelques fois appelé Capitaine de Port en second. ************************** NB / Sur l’extrait du
registre de baptême du 14 octobre 1752 – naissance de Michel Pellegrin fils de Gabriel Pellegrin
et Magdeleine Boissy – le Sieur Pellegrin
est cité en tant que Lieutenant de Port à Québec. Michel Pellegrin s’est marié le 19 avril 1783 avec Marie
Françoise le Vacher de Vaubrun, SP fille de
Marguerite Françoise Bourayne,tante de César de Bourayne et Jean Baptiste le Vacher de Vaubrun,Trésorier de la marine. C’est la famille Michel Pellegrin qui a pris en charge pendant quelques temps
Fanny Bourayne, quintaïeule de Frédérique Queyroi, au décès de sa mère en 1800, dans leur propriété
de Saint Renan près Brest. Recherches
G.Queyroi – 02-2006 Le Baron Rolland , Pierre Jacques Nicolas Généalogie : Pierre Nicolas Rolland
,Ingénieur Constructeur de la Marine ,marié avec Anne Nicole Payen dont 2
fils connus : 1) Pierre Elisabeth
Rolland ,Ingénieur de la marine ,marié avec Marie Jeanne Delongchamps
,dont une fille : Catherine Perrine Rolland ,née en 1793 ,mariée avec Jean Baptiste Bourayne
,Lieutenant de vaisseau ,Chevalier de Saint Louis , frère de César de
Bourayne Capitaine de Vaisseau ,Baron de l’Empire , fils de Louis Bourayne
Ecrivain Principal de la Marine et Françoise Légère Motais . 2) Pierre Jacques
Nicolas Rolland , 1769-1837 , Baron , Inspecteur Général du Génie
Maritime . Marié en 1796 avec Louise Paule Charlotte Pouget Desmareilles née en 1775 à Luçon . Né à Brest le 15 juin
1769 , mort en fonction à Paris le 10 décembre 1837. Fils de Pierre Nicolas
Rolland Ingénieur au port de Brest et de Anne Nicole Payen . Témoins : Pierre
Elisabeth Rolland et Demoiselle Jeanne Payen veuve de Robert Séraphin Rolland
. ******************** SERVICES 50 ANS 5 MOIS 26 JOURS . Chevalier de la Légion
d’Honneur Officier de la Légion
d’Honneur en 1814 Chevalier de l’Ordre
royal et militaire de Saint Louis en 1817 (accord SANE ) Commandeur de la Légion
d’Honneur le 26 avril 1831 Créé Baron par Ordonnance
Royale le 18 septembre 1825 Nommé Inspecteur Général
du Génie Maritime le 12 novembre 1817 (remplace J .N. SANE) ******************** Mariage le 5 avril 1796
avec Pouget Desmareilles Louise Paule Charlotte née
le 5 octobre 1775 à Luçon ,Vendée . Par lettre au Ministre le
22 août 1837 , fait don à l’Etat et à sa nièce , Perrine Rolland ,(fille de
son frère Ingénieur de la Marine , marié à Jean Baptiste de Bourayne
Lieutenant de vaisseau Chevalier de St Louis , frère de César de Bourayne )
de l’ensemble de ses collections de plans et dessins . En remerciement le
Ministre accorde une gratification de 2 500 francs à sa veuve. ********************** Est le concepteur du
navire et du programme d’ensemble adoptés pour assurer le transport de
l’Obélisque de Louxor d’Egypte à Paris . Le navire fut baptisé le ‘’Luxor’’ . Voir ci-dessous l’article
de Jean Marie Homet ,Capitaine au long cours et
Docteur en Histoire dans le magazine l’Histoire N° 262 Février 2002 . Recherches G.QUEYROI – avril 2006 – fichier
642 Complément à l’étude
de Jean Marie Homet ,Capitaine au long cours et
Docteur en Histoire parue en février 2002 dans la revue l’Histoire ********************* *********************** Détails complémentaires sur ‘’La longue marche de l’obélisque ‘’ Pour l’Ingénieur Rolland
, Inspecteur Général du Génie Maritime et Baron , les précédents projets
présentés avaient donné lieu à de nombreuses spéculations , en effet trois
projets , peut-être plus , ont été mis en concurrence . A : Une lettre du
Vice Amiral Commandant en chef des forces navales de France au Levant en date
du 12 novembre 1829 ,prévient :’’ que l’obélisque vulgairement désigné
sous le nom de l’Aiguille de Cléopâtre ‘’ doit être transporté sur une
embarcation spécialement conçue ,et comparable à une espèce de radeau . C’est
les Romains dit-il , qui employant je pense un radeau puissant ,ont les
premiers transporté des monuments d’Egypte pour orner leur Capitale B : Une autre
proposition a été présentée par un certain Deloche
,en date du 23 novembre 1829 . Ce personnage connaît bien l’Egypte ,y étant
établi depuis environ 12 ans . Il est fournisseur de
bois et autres matériaux à l’Egypte (produits totalement absents du Pays ) et il est bien introduit
dans les sphères du Pouvoir ‘’ Les radeaux ne peuvent se faire à Toulon
dit-il ‘’ . Sa solution était évidemment fondée sur l’utilisation
massive du bois… C : Parmi les
nombreux projets, celui de Monsieur Besson , Capitaine de frégate au service
du Pacha d’Egypte . Il proposait la construction d’une ‘’drône
‘’ en bois de pin , qui serait remorquée par une frégate ou un bâtiment
à vapeur d’Egypte à Toulon ; puis l’obélisque serait embarqué sur un
bâtiment à construire , pour le conduire au port du Havre . Il faudrait
évidemment construire une nouvelle embarcation capable de remonter la
Seine !!. L’Ingénieur
Rolland démontra les vices de ces différents projets dans un rapport au
Ministre le 15 février 1830 .’’ j’ai
l’honneur de présenter à l’approbation du Ministre un plan pour servir à la
construction du bâtiment de transport qui devra aller prendre et amener à
Paris un des obélisques de Louxor ‘’ ; Ce bâtiment prendra comme
modèle celui des flûtes Hollandaises (tirent peu d’eau et naviguent fort mal
) . En conséquence choisir des marins de la région de Dunkerque . L’équipage sera de 120
hommes en tout . Avec peu d’artillerie . Ce bâtiment sera envoyé à
Alexandrie et attendra la crue du Nil pour remonter jusqu’à Thèbes Il s’approchera au plus
près de l’obélisque et la décrue arrivant il s’échouera , facilitant le
chargement de l’obélisque . Caractéristiques du
bateau . Longueur 40 mètres Largeur 8, 50 mètres Creux de la cale 3,50
mètres Tirant d’eau 2 mètres Il sera construit en
chêne et il aura un mât de misaine et un mât d’artimon . Le poids supposé de
l’obélisque , 200 tonneaux ? Route Alexandrie – le
Havre , remorqué par un bâtiment à voile ou à vapeur . De là il se rendrait
seul à Paris avec un arrêt à Rouen afin de décharger le maximum , leste, mâts
etc…pour diminuer le tirant d’eau – l’arche du pont
le plus étroit étant celui de l’Ecole Militaire , 8 mètres 45 . Les dimensions de
l’obélisque sont de 23 mètres 57 de longueur et 2 mètres 39 de côté ;
son poids ? Monsieur Champollion dit 400 tonneaux , Monsieur Besson dit
172 682 kg ( qui croire ? ) en réalité 250 tonnes . Monsieur Rolland indique
que c’est dans une barque assez semblable qu’on a transporté à St Petersbourg , le rocher qui sert de base à la statue de
Pierre le Grand . Concernant le chargement
de l’obélisque il est prévu que le pont sera installé de manière à pouvoir
être démonté en Egypte , pour l’embarquement et son déchargement à Paris . On
pourra utiliser des mâtures existantes à Toulon . L’utilisation ultérieure
est prévue comme ponton – Lorient et St Servan en réclament un . Cet avant projet est le
plus prompt , le plus sûr et le plus économique .’’
Rolland 29 janvier
1830 AINSI FUT FAIT . Le récit du magazine
l’Histoire est extrêmement intéressant . On peut ajouter que le voyage de
retour ne fut pas facile . Beaucoup de vents contraires . Le Sphinx , navire
remorqueur à vapeur , commandé par le Lieutenant de vaisseau Sarlat ,
consomme beaucoup de charbon . Il fallut s’arrêter pour
le ravitailler , non seulement à Rhodes , Corfou et Toulon , mais ensuite à
Gibraltar , puis à la Corogne où il chargea l’excellent charbon des Asturies
. Les vents constamment contraires ont rendus inutiles les voiles de l’allège
. Le Luxor
mit 18 jours à l’aller et 134 jours pour le retour , compte tenu de l’escale
de 43 jours à Toulon . Mouillage à Sagrès et
Lisbonne à cause des vents contraires . Le trajet le Havre –Rouen
dura un mois – trois mois après ce fut l’arrivée à Paris parfaitement décrite
par Jean Marie Homet . *********************** NB : Il était prévu
, au début des travaux , de ravitailler les hommes en liquide pour une
consommation de 5 mois , soit 80 barriques de vin , soit 100 litres par jour
pour 140 hommes . Le climat aidant , le 14
mars 1832 , 80 barriques , soit 16 000 litres , furent envoyées . Au mois d’août 1831 il
fait 55° au soleil et 38° à l’ombre !!! Remarques : lettre
classée aux archives , le 8 mars 1831 . Le responsable des Magasins de
Toulon au Ministre de la marine ,’’ Il
y a ici de nombreuses caisses contenant des momies , sarcophages, cadres ,
moules de bas relief, objets d’art , tombeau Egyptien . C’est un ensemble
très volumineux ; qu’en fait-on ? *************** Le 9 juin 1831 , le
commandant Vernina St Maur écrit :’’ le Luxor gouverne avec difficultés , il roule beaucoup .
Exige un bâtiment à vapeur pour le retour ‘’. Ce sera le Sphinx commandé par
Monsieur Sarlat . ************************* Recherches G.QUEYROI
– 2003/2006 . Voir le catalogue des
plans des bâtiments à voile conservés dans les archives de la marine .Plan
d’une allège propre à transporter directement de l’Egypte à Paris un des deux
obélisques de Louxor près de Thèbes
estimée devoir peser environ 200 tonneaux .Signé ROLLAND IGGM Paris 8 février 1830 . Plan de
construction –appareil employé pour l’embarquement de l’obélisque occidental
de Louxor . Cote BB4 -120 Cote 8 DDI -15 , n°4 . SHM Vincennes Notons que la plupart des ouvrages publiés font
mention de l’Ingénieur Le Bas chargé des opérations terrestres, le nom du
concepteur du projet étant systématiquement ignoré. Fichier 643 HISTOIRE DE L’ENSEIGNE DE
VAISSEAU DELAROUVRAYE Officier de manœuvre
sur la frégate la Canonnière le 29 avril 1806, huit jours après la
bataille victorieuse contre le Trémendous. ************ Le 29
avril 1806, lors de l’escale du Cap, prescrite par le Capitaine Général Decaen au Capitaine de vaisseau César Bourayne, il m’a
semblé que le sort de l’officier qui avait été envoyé à terre dans un canot
afin d’informer Monsieur le Gouverneur Hollandais de l’arrivée de la
Canonnière, était digne d’intérêt, du fait de son malheureux abandon entre
les mains de l’ennemi. Lorsque
les canons anglais tirèrent sur la frégate, le Capitaine de vaisseau
Bourayne, coupant son câble, a sauvé la frégate d’une destruction certaine et
par là même évité la perte de plus de 350 hommes, hélas au prix de 7 marins
et d’un Enseigne de vaisseau, monsieur Charles Louis Victor Delarouvraye. Il faut ajouter que la frégate avait
beaucoup souffert du combat du 21 avril au large de Natal. Cependant
conformément aux ordres reçus du Capitaine Général Decaen,
César Bourayne fit voiles sur Le Cap de Bonne Espérance à la recherche du Contre-Amiral Durand de Linois. Sans
méfiance particulière il mouilla dans False Baye,
près du Cap de Bonne Espérance où chacun pu voir les Pavillons Hollandais
flottants tant sur les bâtiments en rade que sur les forts environnants. C’est
donc en toute confiance que César Bourayne ordonna à l’Enseigne Delarouvraye de monter dans son canot avec 7 hommes
d’équipage afin d’aller se présenter au Gouverneur Hollandais. Ce fut le
début d’une aventure extraordinaire écrite par Monsieur Delarouvraye,
probablement pendant son séjour en Angleterre au cautionnement d’Alresford où il fut consigné de mai 1806 à juin 1811
année de sa libération (après 5 ans 1 mois et 10 jours) Il faut
cependant noter que son manuscrit est daté du 25 août 1831 à Cherbourg. NOTE
AU LECTEUR Monsieur
Delarouvraye avait une écriture très fine, très
difficile à déchiffrer, son texte est en outre agrémenté de termes marins et
de formules en usage à l’époque qui compliquent beaucoup la tâche. Il a donc
été nécessaire de passer plusieurs jours au SHM de Vincennes pour essayer de
faire la copie la plus exacte possible. Il
faut dire que le talent de conteur de Monsieur Delarouvraye
et les situations tantôt cocasses,
tantôt tragiques m’ont fort encouragé. Ajoutons
que le héros de cette histoire n’avait que 23 ans à l’époque. Ma prise dans un
canot de la frégate la Canonnière le 29 avril 1806 ‘’ événement
subséquent ‘’ Lorsque je quittai
la frégate la Canonnière dans un canot, rien ne pouvait me donner le plus
léger soupçon, qu’au lieu d’arriver chez les Hollandais, dont je voyais les
pavillons flottants en toutes parts, j’allais tout droit chez les Anglais,
tout récemment les nouveaux propriétaires de cette belle colonie. Près d’arriver à
l’embarcadère, un canot m’accosta, il portait un officier qui avait
l’uniforme hollandais. Comme il paraissait vouloir me parler, je fis lever
les rames il sembla désirer venir dans
mon canot, je lui donnais la main pour l’aider, nous échangeâmes d’abord des
politesses, à ce que je suppose, car
il en était ainsi de ma part. Pourtant un air plus
sérieux de la part de cet officier et un attouchement subit et peu mesuré sur
mon habit, à l’endroit où l’on place ordinairement des papiers dans une poche
de côté me déplut au point que je le
renversai dans mon canot et tirai mon épée, pensant qu’il allait vouloir se
servir de la sienne, ce fut l’affaire d’un clin d’œil, il se releva cependant
sans montrer beaucoup d’humeur, mais, jetant les yeux autour de moi, je me
trouvai en face d’une compagnie d’infanterie qui se démasquait à vingt pas et
longée par six canots armés qui arrivaient sur moi à force de rames ; ne
comprenant pas encore bien ce dont il était question, car tout ce qui
m’entourait portait la livrée hollandaise. Je mis pied à terre
et alors seulement, monsieur le Major Tuker
m’apprit qu’il était anglais ! ainsi que tout ceux qui m’entouraient. Certainement les
précautions étaient prises dans la supposition de l’arrivée d’une division
française que l’on croyait dans les parages et dont on supposait que nous
faisions partie ? En un mot j’étais
prisonnier de guerre !! La foudre est je crois, moins violente, que la
sensation que j’éprouvai, mais que faire ? J’étais seul au milieu de
l’ennemi, je fus donc prisonnier, mais prisonnier enragé. Sans doute mes
réponses ressemblaient peu aux choses que m’adressaient le Major Tuker, car changeant tout à coup de ton, il m’ordonna de
rendre mon épée, je la jetai loin de moi, je ne songeai pas à la baiser, elle
fut attrapée par l’officier qui était dans son rang, qui comprit ce que
j’éprouvais et qui la ramassa sans se fâcher. Je fus aussitôt conduit
entre une double haie de soldats à la caserne des officiers du 72ième Ecossais que commandait Tuker,
on y fut poli pour moi, mais qu’importaient les politesses en pareil cas, au
marin le plus fanatique de son métier qu’il y eut peut-être alors dans la
marine …. Bientôt, changeant
de pavillon, toutes les batteries firent feu sur notre frégate, je la voyais
très bien et suivais tous les mouvements, malgré tout le temps que ces
messieurs avaient ensemble vérifié leur pointage, pas un boulet ne la toucha,
elle appareilla et s’éloigna ; une fois qu’elle fut hors de danger, ne
voyant plus que moi de malheureux, j’eus assez de force d’âme pour surmonter
les vives émotions que j’éprouvais, et alors, plus traitable, je causais avec
les officiers anglais qui parlaient le français. L’heure du dîner
arrivée, je fus invité par les officiers du 72ème ; tout
allait bien jusqu’à l’arrivée du magistrat hollandais pour lequel on avait
réservé une place près de moi ; le bonhomme qui avait eu la peur de voir
tout Simon Bay rasé par la frégate s’en était guéri
en buvant plus que son cerveau en supportait, il était ivre, en s’asseyant il
tira des poches de son large habit, une paire de pistolets, et en plaqua un
de chaque côté de son assiette. Cette cérémonie me
parut assez bizarre mais elle ne m’inquiétait guère jusque là ; monsieur
Moussel me déclara qu’il était le plus cruel ennemi
de Napoléon et voulut, saisissant avec fureur un de ses pistolets, me faire
voir comment il tuerait l’Empereur au premier voyage qu’il ferait à Paris. Quoique je tiens
peut-être moins à ma vie dans ce moment, que dans beaucoup d’autres, je me
sentis néanmoins assez peu disposé à jouer le rôle de Napoléon, assassiné par
monsieur Moussel. J’écartai donc aussi vivement le
pistolet dont le bout se dirigeait sur moi, et la scène fût peut-être devenue
tragique si les officiers du 72ème n’eussent à l’instant entraîné
mon adversaire hors de la salle ou pour mieux dire l’eussent mis à la porte. Le Major Tukel arriva au second service, on lui conta la scène, il
en rit, me fit des excuses pour le docte magistrat
et à la fin du dîner il fut chercher mon épée qu’on avait apportée dans la
salle, et en son nom et celui de tous les officiers me pria de l’accepter,
comme un témoignage destiné pour le caractère que j’avais montré dans une
rencontre assez pénible pour le cœur d’un soldat. J’acceptai le
compliment, l’épée, et nous sortîmes ensemble ; il me conduisit chez
monsieur Moussel où je devais loger, et dont deux
demoiselles assez bien ne me parurent pas avoir le cœur aussi féroce que leur
père, que je ne revis plus. Le lendemain matin
de bonne heure je partis pour la ville du Cap à cheval, escorté par un
Lieutenant de vaisseau ; à mon arrivée je fus déposé chez monsieur Delâtre, français établi dans le pays qui me reçut en
compatriote malheureux. Le jour suivant on
me conduisit à la Parade où monsieur le Gouverneur Sir David Baires vint à moi et m’invita fort poliment à dîner avec
lui, il ne parlait pas le français, ni moi l’anglais, mais des aides de camp
nous servirent d’interprètes. A table je fus placé
vis-à-vis de lui et nous causâmes beaucoup. Son Excellence était très
volontiers de savoir ce que c’était que ma frégate, je lui dit volontiers, je
lui conte même le combat du vaisseau, mais en retour il m’apprit la prise du
vaisseau le Marengo et de l’Amiral Linois, que nous
étions venu chercher et à cause duquel je venais d’être fait prisonnier. Il voulut aussi
savoir des nouvelles des Divisions Willaumetz et Lhermite qu’il supposait être dans les parages. Puisque
ce fut les premières nouvelles que j’en eus moi-même je lui dit qu’il ne
devait pas attendre de moi d’autre réponse à sa question que celle qu’il
ferait lui-même s’il était à ma place et moi à la sienne, il la trouva très
judicieuse et ne demanda plus rien ; il me parla alors de la France, de
l’Empereur et de Paris. Dans l’espoir de me
faire échanger je manifestai le désir de rester le moins possible au Cap.
J’en fus pris au mot. Pendant le dîner même, il fut résolu que je partirais
trois jours après avec le Lieutenant d’Infanterie Frigot
(Ecossais comme le Général et attaché à sa personne
). Il devait aller prendre des dépêches à l’Ile de Sainte Hélène. En rentrant chez moi
on m’apprit qu’un domestique anglais et inconnu avait apporté à mon adresse
une petite malle ; elle contenait du linge, cela me fit grand plaisir
car je n’en avais pas changé depuis trois jours. Je fus sensible à ces
marques d’attention, sans avoir jamais pu savoir de qui elles venaient. J’ai
toujours pensé que c’était le résultat d’une contribution parmi les officiers
de la garnison. Je dînai encore une
fois chez le Gouverneur qui fut toujours fort aimable avec moi et le
quatrième jour après mon aventure, Frigot vint me
prendre chez monsieur Delâtre et nous nous
embarquâmes dans un petit canot qui nous conduisit à bord d’un petit sloop
d’une trentaine de tonneaux qui appareilla de suite. Ce bâtiment frété
par le Gouverneur appartenait à un négociant du Cap et était commandé par un
Américain ; l’équipage était de toutes sortes de nations, hollandais,
anglais, américains, africains, portugais … Nous étions en tout quatorze.
C’était une vraie tour de Babel, pour les langues. Le bâtiment me parut
fort mal outillé, dans les voiles et son gréement. Le capitaine fort
ignorant, et tout disposé à se laisser conduire par mes soins, ce qui me fit
concevoir le projet de lui faire manquer Saint Hélène ….et de le faire
relâcher au continent d’Amérique chez les Espagnols ou les Portugais ;
mais après un plus ample examen des objets nécessaires à la conduite du
navire, je fus bien convaincu que non seulement nous n’irions pas à Sainte
Hélène mais encore que l’Amérique n’avait pas trop d’étendue du sud au nord
pour être sûr de ne pas la manquer ; il n’existait à bord ni l’horloge,
ni bassin (?) ni quartiers (?) ni almanach, il y avait seulement un
vieux sextant dont les vis étaient détournés (?) et deux compas de route. A cet instant je ne
pus m’empêcher de rire d’un pareil équipement qui me parut je l’avoue pas trop
favorable à mes projets. J’aurais aimé connaître avec quelque approximation
notre position sur la carte, mais c’était impossible. Trois jours durant
nous fîmes bonne route, nous courrions devant le vent mais le quatrième je
trouvai que l’on poussait bien souvent. Je m’avisai de calculer combien nous
faisions d’eau par heure, je trouvais 45 pouces (12 cm). Ceci n’entrait plus
dans mes projets, il n’y avait pas moyen de s’aventurer à faire le trajet
d’Afrique en Amérique avec une pareille voie d’eau, et d’aussi faibles moyens
pour y parer que deux mauvaises pompes à main, il fallut d’abord donner de la
sûreté avant la liberté. Ainsi donc au moyen
d’un matelot américain nommé George, je m’entendis sur le pont avec Frigot qui fit appeler le capitaine dans la chambre et là
il fut maintenant résolu qu’on allait s’occuper immédiatement de rechercher
la voie d’eau, et d’y remédier s’il y avait lieu et qu’au cas où nos
recherches fussent vaines, on retournerait au Cap. En effet, tous nos
soins furent inutiles pendant 24 heures de calme que nous employâmes à cette
besogne, la voie d’eau au contraire augmentait et nous annonçait que notre
situation était grave. Frigot alors serrait de nouveau le capitaine et moi et
décacheta en notre présence une lettre du Gouverneur qui enjoignait au
capitaine et à tout le monde en cas de danger en ma présence, de suivre mon
avis en tous points … Je fus étonné de
cette précision qui venait de ce que deux autres bâtiments exposés de la même
manière n’avaient encore atteint leur destination ; je m’en prévalus
donc pour faire profiter des vents de NO qui descendirent à ceux du SE qui
nous avaient amenés, pour nous diriger à peu près sur le Cap. Au bout de deux
jours nous n’étions qu’à 6 lieues de terre, je suppose de Salot
Bay, et nous allions la prolonger lorsque le calme
nous prit et nous reporta rapidement au NO par des courants que nous pûmes
juger très violents à la manière dont la terre nous dépassait et s’éloignait.
Le soir la terre était déjà loin mais on la voyait encore très bien parce
qu’elle était haute. George vînt me
trouver et à voix basse me communiqua le projet qu’il avait formé avec trois
autres de ses camarades, de s’emparer du canot aussitôt que la capitaine
serait couché (il y mit des vivres) et d’abandonner le navire qui
probablement coulerait dans la nuit. Je remerciai Georges
d’avoir eu la bonté de me comprendre, doutant qu’il désirait ne pas se noyer,
mais je l’assurai que je brûlerais la cervelle au premier qui chercherait à
s’emparer du canot. Je lui dit qu’il fallait nous sauver ou périr tous
ensemble. J’instruisis
aussitôt Frigot et le capitaine de ce complot, et
ces messieurs promirent de veiller strictement, quant à moi, enveloppé dans
une capote avec mon épée et une paire de pistolets, je résolus de ne plus
quitter le pont et je fis fort sagement ce
qu’on croira à peine, je veillai tout droit ….. Le lendemain le
calme continua et dès le point du jour, nous ne voyions plus la terre. L’équipage murmurait
beaucoup, surtout ceux qui devaient ne pas réussir à s’échapper la veille. La voie d’eau
augmentait et les bras se fatiguaient aux pompes, enfin le troisième jour les
vents se rétablirent au SE et parfois assez fort. Dans l’un d’eux, plus
violent que les autres, le capitaine abandonna la barre, l’équipage et les
pompes, et tout le monde poussa un cri de désespoir. Heureusement la
grand voile se trouva amenée, un portugais nommé Antonio tomba près de moi à
genoux au pied du mât, je le relevai d’un grand soufflet qui lui donna du
courage, et je courus avec lui amarrer la barre dessous et rentrer le
gréement de la grande voile pendante à l’eau,
qui nous ‘enchavirait’, ou eut défoncé si
une lame se fut embarqué dedans. Pendant ce temps que
le frais se passa chacun revint à son poste, il fallut seulement pomper un
peu plus fort pour regagner le temps perdu. Malgré que nous
fissions bon chemin courant vers la terre la plus proche, nous ne la vîmes
pas au coucher du soleil, ce qui nous prouva qu’elle était encore loin.
Pendant la nuit l’équipage, lent, menaça souvent d’abandonner les pompes
prêts à notre perte, étant certain que c’était peine inutile. Je les ranimais par
mon exemple, par des caresses ou des menaces. Je veillais seul, le
capitaine était ivre, Frigot dormait …. Le lendemain matin
le temps était assez beau et il y avait de la brise mais pas de terre en vue.
Je commençais à mon tour à être sérieusement inquiet, je craignais de
prolonger la terre au lieu d’aller tout droit dessus. Nos forces étaient
épuisées, nos pompes déjà réparées dix fois menaçaient ruine, tout
m’annonçait une triste fin si nous ne voyions pas la terre avant midi. Midi
vint et pas de terre alors le capitaine et Frigot
m’envoyèrent chercher par le mousse pour manger avec eux un morceau sur le
pont. Je ne pus m’empêcher de lui répondre par un coup de pied au derrière,
en lui disant, misérable vous mangez ! car tu boiras bientôt !! A l’instant même
j’aperçus une pointe noire à l’horizon, je montai au mât et distinguai la
terre ; j’annonçai promptement la bonne nouvelle qui rendit un peu de vigueur
à tout notre monde qui néanmoins la voyait encore si loin. Les pompes en si
mauvais état, l’eau qui gagnait toujours un peu, qu’ils étaient bien
convaincus qu’ils n’arriveraient jamais jusqu’à elle. Quant à moi, je repris
courage, je mangeais et je pompais. Au soleil couchant
nous vîmes parfaitement la terre dont nous approchions rapidement, la lune
éclairant l’horizon. Un naufrage étant désormais l’unique but de nos désirs,
il ne s’agissait plus que de le rendre le moins périlleux possible. Je convins donc avec
le capitaine que nous allions continuer de courir droit à terre et qu’à
l’aide du clair de lune nous cherchions une plage de sable pour y échouer le
navire. Les choses étant convenues
ainsi, je voulu me préparer à cette nouvelle et peut-être dernière
catastrophe, en prenant un peu de repos et pour la première fois depuis huit
jours je descendis en bas. Je me jetais sur une cabane et m’endormis du plus
profond sommeil. Je dormis trop car
vers minuit je fus réveillé par un cri général de tout l’équipage qui était
sur le pont : Nous sommes perdus ! je me jetais en bas de la cabane, je
tombai sur la tête, je m’étourdis, me relevai, je fus voir si ,comme je le
croyais, la cale était entièrement pleine. elle ne l’était pas encore ; je
remontai sur le pont où régnait le plus grand désordre. L’équipage ne
pompait plus, l’une des pompes était encore cassée, le navire courait au
large la terre était plus éloignée et personne ne gouvernait car le second,
ivre mort, était tombé près de la barre ! d’abord je virai cap à terre,
moitié paix moitié guerre, je fis encore une fois réparer la pompe tant bien
que mal et m’emparai du gouvernail que je ne quittai plus. Heureusement pour nous
que le navire tirait beaucoup moins d’une tribord encore qu’il était
actuellement que bâbord, nous pûmes étaler l’eau, j’encourageais, je menaçais
et nous achevâmes la nuit. Au point du jour
j’étais près de la terre, je gouvernai entre deux pointes dans une passe qui
me conduisit à une énorme bay. Vers 9 heures du
matin j’accostai une crique sur tribord qui me parut bonne, je fis sonder et
mouilla par 3 brasses car je ne voulais abandonner le navire qu’à la dernière
extrémité pour en tirer tout le parti possible pour notre sort futur ; mais
comme si le ciel eut attendu le moment pour nous montrer l’abîme qui était
près de nous engloutir ,à peine l’ancre touchait-elle le fond que nos
deux pompes se brisèrent à la fois, d’une manière imparable. Pour nos faibles
moyens il n’y eu plus à balancer. Je fis fixer les
câbles et actionner le navire toutes voiles hautes – enfin !
enfin ! nous fûmes sauvés après la plus cruelle agonie, et de peines
innomées, nous pûmes descendre sur terre que nous croyons bien que nos pieds
ne toucheraient plus. Nous n’étions plus obligés de pomper et nous pouvions
nous reposer avec sécurité. Ce n’est peut-être
pas le mot mais nous croyions. Chacun se félicitait et rendait grâce à ma
persévérance et à ma fermeté, mais sur quelle terre étions-nous ? et
qu’allait-il nous arriver. C’était à quoi nous ne songions guère et qui
devait pourtant furieusement nous occuper le lendemain, du moins pour ce jour
là. Nous ne nous
occupâmes qu’à nous établir sur une plage qui était bordée par des dunes de
sable recouvertes de …. ?.. ; de toutes parts le terrain s’élevait
en amphithéâtre jusqu’à de hautes montagnes plus ou moins rapprochées, tout
était couvert de bois et nulle trace d’habitation ne s’offrait à nos regards.
Le temps se couvrit,
il fit mauvais temps au large, tandis que joyeux d’avoir échappé à notre
perte certaine qu’il eut causé, nous dressions à la hâte une tente avec nos
vergues et nos voiles ; nous fîmes du feu, nous rassemblâmes toutes nos
provisions fraîches consistant en trois montures, quelques poules, nous fîmes
une légère pause, nous mangeâmes et anticipant sur la nuit que le temps
couvert amenait pourtant de bonne heure, nous nous livrâmes à un sommeil
réparateur. Toutefois nous
plaçâmes un factionnaire à l’entrée de la tente avec l’intention de le
relever toutes les heures, mais le factionnaire et le poste s’endormirent si
profondément que personne ne songea à se réveiller avant que la fraîcheur du
point du jour ne vienne changer l’atmosphère dans laquelle nous reposions. J’ouvris les yeux le
premier, j’étais étouffé par un mouton qui était venu se coucher en travers
sur moi !!! Tous le monde
vomissait le factionnaire, toujours le même, qui était couché la face dans le
sable. Rien de tout cela me
surprit, mais mon attention fût vivement attirée par la vue de beaucoup de
traces autour de la tente, d’un animal dont les pattes devaient être presque
aussi large que les deux mains !!! Je me suis mis à
appeler tout le monde et chacun regardait avec une extrême surprise les
traces si voisines de nous ….Convaincus qu’il était fort heureux que deux de
nos moutons et nos poules, dont les lambeaux de laine et de plumes nous
apprenant la fin tragique, nous eussent probablement préservés du même sort. De la grande rumeur
et grande épouvante dans tous les esprits, nous eussions voulu pouvoir nous
loger à bord du bâtiment jusqu’à ce que nous eussions prit un parti, mais il
donnait une forte bande, la cale et la chambre étaient pleines d’eau et sur
le pont nous eussions été moins en défense contre toute attaque que dans une
baraque un peu éloignée. Nous parvîmes donc
de nous baraquer, malgré la fatigue dont nous n’étions encore bien remis. C’est étonnant tout
l’ouvrage qui se fit ce jour là ; je pensais que la peur d’être dévoré
fût plus puissante que celle d’être noyé, car eux-mêmes qui avaient
’’cabalé’’ vingt fois pour abandonner
les pompes étaient ici les plus diligents, ils ne songeaient plus à boire non
plus … Les uns furent prendre
à bord tout ce qui était nécessaire, d’autres se mirent à l’abri de toute
attaque semblable à celle dont nous avions couru les chances la nuit
précédente, nous avions des armes qui furent mises en bon état et nous
commençâmes à nous garder militairement ; du mouvement, du feu, et
quelques coups de fusils écartèrent probablement nos visiteurs car ils ne
revinrent plus. Une fois établis
avec quelques sécurités, tous les vivres à l’abri, la cargaison même
débarquée, elle consistait en vin, rhum et raisins secs, toutes choses qui
pouvaient nous être fort utiles dans notre position. On vint tout
naturellement à la grande question de savoir où nous étions ? comment
nous en retirer ? malgré l’incertitude de notre navigation, je supposais
que la grande bay à l’entrée de laquelle nous
avions fait côte devait être celle de Sainte Hélène (Baie de St Hélène près
de Saldanha, Afrique du sud, à environ 200 km / 300
km au nord du Cap) Alors nous étions
sur la lisière de la Colonie, dans la bande des Hottentots libres, gens assez
doux, mais d’après ce que dit le vaisseau dans son voyage, les hautes
montagnes du fond de la bay devaient être habitées
par les Gonaqwi ?? l’une des plus mauvaises
races d’hommes dans les environs D’après toutes ces
présomptions, mon avis était de prendre le plus de vivres possible et de
suivre la côte en remontant vers Saldam ? où
il y a une espèce de bourg et où nous trouverions nécessairement quelques
secours. C’était également
l’avis du Lieutenant de frégate, mais le capitaine qui était intéressé dans
la cargaison qu’on avait débarquée saine et sauve repoussait toute idée de
l’abandonner ainsi que son sloop. Dans tous les cas il
penchait pour construire une chaloupe des débris du bâtiment et s’en aller
par mer, il se supposait opiniâtrement beaucoup plus au nord que nous
n’étions. Les avis ainsi
partagés, le temps se passait et rien ne se décidait. Quand le navire fut
une fois déchargé, nous pûmes reconnaître que la cause de la voie d’eau était
tout bonnement qu’en carénant, on avait broyé bâbord et pris tout
tribord ( ?) Cela ne pouvait être
un oubli, cela avait dû et c’était effectivement une atroce méchanceté de la
part du charpentier chargé en cours d’opération et que nous ne pouvions
réparer faute de Bay ( ?) Il se trouvait parmi
nous une espèce de maître d’Ecole, escale du Cap, dont la poltronnerie nous
égayait souvent, qui pendant que nous étions à la mer était allé se blottir
dans un coin de la cale ou on n’avait pu le dénicher et y avait vécu d’un
énorme pâté dont le Gouverneur avait eu la bonté d’augmenter nos provisions
de campagne. Il parlait le
Hottentot et nous devint fort utile, car un jour l’officier anglais et moi
étions à courir dans le canot après des pingouins et de superbes pélicans,
qui se promenaient majestueusement dans la Bay,
nous avisons deux hommes armés de fusils et suivis d’une douzaine de gros
chiens qui se dirigèrent sur notre baraque ; nous revinment
au plus vite. Chacun prit ses
armes et nous expédions le Maître d’Ecole escorté de deux hommes plus braves
que lui, reconnaître les individus. C’était deux
Hottentots libres avec lesquels il s’entendit très bien. Ils déposèrent
volontiers leurs armes et vinrent à nous sans défiance, ils nous confirmèrent
dans notre position présumée( ?) et l’un d’eux moyennant de l’argent et
des effets en présents consenti à partir immédiatement pour Saldham porter une lettre dont Frigot
se chargea pour l’officier anglais qui y commandait. La suite prouva qu’ils
s’étaient bien acquitté de la commission. Mais en attendant
nous restâmes une dizaine de jours sans entendre parler de personne… Pendant ce temps là
nos vivres diminuaient, du moins de vivres frais, nous eussions bien voulu
renouveler aux dépens des boucs sauvages qui nous entouraient, mais les
rugissements fréquents des lions épouvantaient nos gens. Personne n’allait à
l’affût du soir et du matin. Un soir, pendant que deux d’entre eux s’étaient
dévoués pour la cause commune, ils furent si épouvantés de l’apparition d’un
lion qu’ils revinrent en courant de toutes leurs jambes et se précipitèrent
dans la baraque en passant sans s’arrêter au milieu de nous qui étions assis
devant la porte !!!! il faisait déjà si brun que nous ne les
distinguions pas bien, nous nous crûmes attaqués et nous précipitâmes l’épée
à la main sur ces pauvres diables que nous reconnûmes assez à temps pour ne
pas leur faire de mal, mais eux et nous avons eu bonne alerte … !!! Après une quinzaine
de jours de résidence dans ce lieu sauvage et sans nouvelles de notre lettre,
la question du départ revint plus pressante que jamais, elle était agitée
pendant le dîner que nous faisions en plein air lorsque nous vîmes venir vers
nous un chariot attelé de bœufs, conduit par deux Hottentots et escorté par
trois dragons dont un officier. Pour le moment je
crus la question tranchée et ne m’occupais comme Frigot
que de féliciter un jeune officier de dragons qui avait reçu la lettre de Frigot et qui sur les bons renseignements du Hottentot
s’était mis aussitôt lui-même à notre recherche et était venu droit sur nous. Il partagea notre
frugal repas qu’il augmenta des provisions qu’il apportait dans son chariot. Le dîner terminé, au
lieu de prendre le parti le plus sage qui était de partir tous ensemble, le
capitaine voyant une occasion assurée de communiquer avec le … ? et la
possibilité de recevoir des secours, ne voulut plus partir et engagea son
équipage à rester avec lui, prétendant qu’on enverrait un bâtiment avec tout
ce qu’il fallait pour réparer et qu’il n’y aurait rien de perdu. Dans un sens son
intention était louable, mais malheureusement nos provisions étaient justes. Frigot et moi partis, j’étais sûr qu’ils ne se garderaient
plus, que leurs armes ne seraient plus en état, qu’ils ne feraient que boire
et qu’ils seraient attaqués et massacrés sans se défendre. Je fis donc tout mon
possible pour les conserver, je montais sur un bout de table et aidé de
George je pérorais l’équipage, je leur représentais tous les dangers qu’ils
allaient courir, je les conjurais de suivre encore une fois mon avis. Le capitaine monta à
l’autre bout et pérora de son côté, il leur offrit de l’argent et du rhum
dans les barriques qui étaient devant leurs yeux, si elles eussent été vides
j’aurais gagné mon procès, mais cet argument liquide ….l’emporta !! Il fut conclu que Frigot et moi partirions seuls et ferions toutes les
démarches nécessaires pour qu’ils reçussent promptement des secours. Les militaires sont
expéditifs, aussitôt dit, aussitôt fait et nous fûmes en route, je fus comblé
de témoignages de reconnaissance, quelques uns vinrent les larmes aux yeux,
m’embrassèrent et nous nous quittions pour toujours. Nous cheminâmes de
compagnie avec un singulier visiteur qui nous était arrivé un peu avant le
dîner. C’était une espèce de Hollandais à figure de tigre, qui vivait à ce
qu’il parait depuis longtemps avec les Hottentots et probablement en
malfaiteur, son accoutrement répondait à sa physionomie, il était monté sur
un mauvais cheval mais était tout bonnement venu pour voir s’il n’y avait
rien à prendre à bord de notre bâtiment qu’il avait vu de loin, échoué à la
côte,et, si on l’eut laissé faire il aurait commencé par charger son cheval
de tout ce qui lui convenait, et de suite à table, se servit et mangea sans
invitation comme s’il eut été chez lui, je suis persuadé que le misérable
aura joué un grand rôle dans la fin tragique de nos pauvres compagnons. L’importun
continuait à agir sans cérémonie et il avait attaché son cheval derrière le
chariot et était monté dedans, je trouvais plaisant de monter à sa place sur
le cheval, ce qui le mit dans une fureur affreuse, il finit par sauter en bas
en m’accablant d’imprécations, le chariot allait assez vite, il resta en
arrière et finalement ne pu plus nous
rejoindre et nous emmenâmes son cheval, il se mit à crier, à beugler sans
doute par la peur de se trouver seul à pied, et la nuit, parmi les bêtes
fauves ; un peu avant le jour nous arrivâmes dans un fond où il y avait
cinq à six huttes, nous y arrêtant pour faire boire et manger nos bœufs. C’était précisément
le village du cher Hollandais, qui arriva pendant notre séjour,et j’étais
justement à prendre du lait dans sa hutte quand il y entra. Je tentais d’en
sortir, l’horrible grimace qu’il fit en y entrant ne promettait rien de bon de
sa société. Nous continuâmes
ainsi notre route parmi les haziers et le sable des
hottentots …nous dirigeâmes sans aucune trace sur le chemin et avec une
justesse extrême vers le premier lieux où nous pourrions prendre de nouveaux
bœufs. Nous avions fait
plus de dix lieues depuis notre départ quand nous y arrivâmes, par ce que
toutes les habitations, soit des Hottentots libres soit des colons, sont très
éloignées, il ne pouvait y en avoir que près des lieux où il y avait de
l’eau, et l’eau est fort rare dans cette colonie. Nous cheminâmes
encore toute la nuit car nous ne pûmes loger là, nous avions pris des bœufs
bien que les loups et les lions nous escortassent souvent et que nous les
entendissions rugir près de nous, ils ne nous attaquèrent pas, nos Hottentots
avaient chacun une carabine d’un calibre un peu supérieur à celui de nos
fusils de munition ; ils étaient suivis de cinq à six gros chiens et
nous étions en tout sept personnes, assez mal armés cependant, car nous
avions eu la générosité de ne pas prendre un seul fusil à nos anciens
compagnons, mais l’ensemble seul de notre caravane suffit pour écarter les
bêtes fauves, qui quelquefois, à ce que nous disent les Hottentots attaquent
les chariots isolés et dévorent les bœufs attelés, quand au conducteur il se
sauve toujours à l’aide de ce sacrifice, mais plus souvent encore, ils tuent
les animaux qui les attaquent. Le matin nous
changeâmes encore nos bœufs, et nous continuâmes jusqu’au soir où nous atteigniment enfin une habitation de la colonie où toute
notre petite troupe pu se reposer une nuit, après quoi notre officier de
dragon nous souhaite bon voyage et s’en retourna à Saldhana.
Nous fîmes ensuite
une soixantaine de lieues par tous les contours, d’habitation en
habitation couchant toutes les
nuits, tantôt bien tantôt mal, reçus par des colons dont les manières avaient
beaucoup d’analogie avec les hôtes naturels de ces contrées. Nous trouvâmes
cependant plusieurs fermes bien bâties, entourées de terrains cultivés fort
considérables et nourrissant de nombreux troupeaux, nous rencontrions aussi,
chemin faisant d’énormes troupeaux que je m’étonnais de voir paître avec tant
de sérénité au milieu de ces déserts. On sentait que
chacun d’eux était gardé par huit à dix Hottentots domestiques qui étaient
chacun armé d’une grosse carabine et avait à sa suite cinq à six chiens d’une
espèce qui tient des loups pour la forme mais double ou triple de grosseur,
ils se distinguaient par une gueule très allongée et des crocs fort longs et
fort appropriés aux combat qu’ils ont à soutenir, dès que l’un d’eux sent un
lion, tigre, hyène ou loup, il court dessus sans hésiter appelant les autres
par ses cris. En un instant la
meute est rassemblée, l’animal a reculé et les bergers arrivent à leur tour,
il est presque toujours tué. Pour la nuit on
préserve les troupeaux, on les enferme dans des cours industrieusement
fermées ; pour cela on commence par creuser un fossé de six pieds de
profondeur et de quinze de large, on les remplis de petits fagots de longues
épines noires couchées en travers qui font la fondation d’une pareille
muraille qu’on élève à dix à vingt pieds de haut, la porte, aussi faites des
mêmes épines moins épaisses mais aussi haute que la muraille tournant sur un
pivot et en outre défendue par deux
énormes chiens attachés chacun à un des poteaux avec des chaînes très longues
et vingt autres rôdant librement tout autour de l’habitation, viennent au
secours au moindre bruit qui met aussi les bergers sur pieds. Les Hottentots sont
à peu près les seuls domestiques, donc on est servi en sorte qu’on voit
quelque chose de vigoureux et mâle dans leur aspect …leurs petits sont moins
ridicules, mais les privés sont chétifs, les plus grands n’ont pas cinq
pieds, ils ont l’air stupide, sont laids et sales au-delà de toute
expression, leur couleurs a l’air en cendre de bois et toutes leurs parties
proéminentes le sont jusqu’au grotesque, on pourrait montrer la croupe d’une
femme comme derrière un cabriolet !!! Notre dernière
station fut une très belle ferme à dix lieues du Cap, chez un ancien garçon
cordonnier allemand qui quoique jeune encore, s’était déjà formé une vaste
habitation parfaitement bâtie en briques dans un site au bord d’un ruisseau.
Il nous reçu fort civilement, nous traita bien et pour comble de faveur il
nous fit voir un sérail de Hottentots qui ne pouvait se le disputer qu’en
laideur. La sultane favorite
excellait en les yeux et portait comme marque de sa dignité un réseau de clés
autour de ses hanches, qui devaient bien peser au moins cinquante
livres !!.. Le maître de ces
lieux nous donna un chariot attelé de quatre vigoureux chevaux qui nous
ramenèrent sains et saufs au point d’où nous étions partis trois semaines
auparavant, pour notre malheureuse expédition. Mais chez monsieur Delatre.. ?.. qui fut fort surpris de nous voir
revenus et Frigot chez le Gouverneur où il arriva
pour dîner et raconter sa piteuse aventure !! Sir David Baires fut toutefois agréablement surpris car pendant
notre absence il lui avait été rapporté que le charpentier qui avait caréné
notre navire, s’était vanté qu’il était maintenant par le fond, il en voulait
au propriétaire et croyait s’être vengé de lui en faisant périr son
bâtiment ; il était alors en prison pour ce propos et ne dû en sortir
que pour aller au gibet. Un rapport que le
Gouverneur me demanda n’aura pu je pense peu contribué à lui faire obtenir
que justice lui fut rendue. Tous les officiers
de la garnison se trouvaient réunis chez le Gouverneur. Frigot
y raconta son voyage tout au long et me fit sans doute une belle part dans
son récit car le lendemain matin tous les colonels de la garnison vinrent me
faire une visite, chacun accompagné de quatre officiers de leur régiment. Le Gouverneur
m’envoya chercher, il me fit dire que son Major Général le colonel Tuker, frère de celui qui commandait le 72ème,
combien il était heureux que j’eusse échappé à la si mauvaise chance et
combien il était désolé de m’y voir exposé. Il me fit prier de
lui indiquer comment il pourrait m’offrir quelques compensations. Ce discours n’était
pas fort clair, je répondis que son estime me suffisait, qu’au surplus je
n’avais fait que ce tout autre officier de marine eut fait à ma place, alors
le Colonel me dit, Son Excellence me charge de vous dire qu’il vous rend à la
liberté, que dès ce moment vous cessez d’être prisonnier et qu’il a donné des
ordres pour que vous soyez traité partout avec les mêmes honneurs et le même
respect que les officiers anglais, et que pour son compte personnel il vous
prie de considérer, sa maison, sa bourse et son écurie comme entièrement à
votre service. Je le remerciai de
tant de bonté en l’assurant que le bien le plus précieux pour un officier
français dans ma position, était la liberté, et que je la recevrais avec la
plus profonde reconnaissance. Quand on est jeune
on oublie vite ses maux, plein de l’espoir de revoir sa patrie, après avoir
reconquis moi-même ma liberté. L’idée de donner
peut-être les premières nouvelles de notre glorieux combat, la Croix de la
légion qui brillait à mes yeux dans le lointain, je ne songeais qu’à m’amuser
et profiter de bon cœur de toutes les occasions que m’offrirent journellement
les nombreuses invitations que je reçues, en attendant une occasion de
revenir en Europe. J’aurais pu
retourner dans l’Inde, mais la certitude de n’y plus retrouver ma frégate, la
crainte de rester à l’Isle de France sans emploi et loin de tous me fit
choisir. Cette idée, qui
était pourtant la meilleure, deux mois s’écoulèrent ainsi sans presque me
souvenir que j’étais prisonnier, s’ils étaient toujours pleins d’attention
délicates pour moi, on faisait payer par le Commissaire des prisonniers mes
mois de solde, au moins par semaine, fixé sur je ne sais quel tarif – le fait
est que je ne manquais pas d’argent. Je ne pouvais
manquer à dîner deux jours de suite, chez le Gouverneur, que toute sa maison
fut à courir après moi. Il aimait me parler de la France, de nos lois, de nos
batailles, de notre caractère national, il en raisonnait et trouvait de
beaucoup de mérite. Cependant
quelquefois il s’amuser à me taquiner et me poussait dans ces arguments, tout
anglais qui suppose qu’un anglais en vaut quatre, et riait de bon cœur de mon
incrédulité exprimée poliment mais toujours militairement. Les grenadiers
d’Oudinot lui tenaient fort à cœur, il aimait les faits d’armes de ce
général, quant aux grenadiers il ne paraissait pas croire qu’il y en eut 48 à
la douzaine …… Je pu me convaincre
par mes courses fréquentes que le vaisseau avait fait fort bien d’éviter la
ville du Cap et ses environs ainsi que la partie de la Colonie que j’avais
parcourue, plusieurs personnes qui l’avait connu au Cap me donnèrent sur les
expéditions des détails conformes à ce qu’il disait et je puis assurer que
c’est alors qu’il ne jouis pas de toute la réputation de véracité qu’elle
mérite, mais une chose dont il n’a pas parlé, sans doute par respect pour le
caractère Hollandais, c’est de la sévérité de ceux-ci envers leurs esclaves. Car de son temps,
des bourreaux armés de fouets, de bâtons et de corde, parcouraient
continuellement les rues du Cap et selon le bon plaisir de chaque habitant,
fouettaient, bâtonnaient, ou allaient pendre les pauvres Hottentots qu’on
mettrait entre leurs mains, à un gibet situé dans un endroit qu’on appelle la
‘’pointe aux pendus ‘’ ; un jour en me promenant à cheval, je l’aperçu
de loin ce lieu de repos des Hottentots, car les pauvres diables n’ayant
aucun des vices que l’on reproche aux nègres de nos Colonies ; la
paresse et la saleté étaient leurs seuls péchés qui leur attirassent ce rude
châtiment. Je voulu donc voir
si le nombre de victimes répondait à ce j’avais entendu dire de la cruauté
des Hollandais ; en effet je n’eus occasion de rien rabattre de
l’opinion que j’avais conçue car je vis une longue file de pendus dos à dos
dans les … ?.. Je ne m’amusais pas à les compter mais il y en avait
beaucoup, mon cheval eut une telle peur qu’il pensa me casser le cou auprès
de la potence, ou dans une de ses Cab…. ?... m’accrocher aussi à l’un de
ces crocs. Les Anglais avaient
fort humainement défendu les exécutions sans jugement, de sorte qu’on ne
pendait pas, du moins les Hottentots. Entre autres
officiers distingués dont j’eus l’occasion de faire connaissance au Cap, je
trouvai Sir Robert Wilson, Chef d’escadron de dragons, il était je crois mon
rival où j’étais devenu le sien près d’une française fort aimable qui venait
d’Angleterre, allait à Calcutta rejoindre le mari auquel elle était mariée
….. Cet homme instruit, aimable parlait plusieurs langues dont la française,
il fut pour moi un compagnon de voyage précieux dans la traversée d’Europe
que nous fîmes ensemble. Après environ six
semaines d’une vie qui me remit un peu des fatigues de la mer et qui n’eut
probablement pas tardé à m’ennuyer autant qu’elle m’amusait, mes plaisirs
furent interrompus par l’arrivée d’un vaisseau, l’Adamante,
de 64 canons. Sir David Baires qui savait combien je désirais mon retour en
France comme je le lui disait de bonne foi, prendre ma revanche, sauta sur
l’occasion à ce qu’il croyait, de m’y faire arriver. Je fus donc bien
recommandé par lui au Capitaine de vaisseau qui me vit donc choyé par tout le
monde, qu’il crut devoir se mettre de la partie : il ne quittait plus
mon bras partout où il pouvait m’accrocher pendant les trois ou quatre jours
qu’il passa au Cap. J’ai quelquefois cru
depuis, qu’il pouvait faire un acte de bonne politique pour lui et pour
l’Angleterre, de m’enlever du Cap et à mes espérances, il promit, avec
l’intention de n’en rien faire …. A Sir David Baires de me mettre sur le premier bâtiment autre qu’il
rencontrerait, pouvant me conduire dans un pays d’où je pusse rejoindre la
France par terre et enfin son Excellence ne doutait pas que sa bonne
recommandation, je ne fusse renvoyé en France. Quand même je serais assez
malheureux pour arriver en Angleterre, sans trouver d’occasion favorable. Le bon temps passe
plus vite que le mauvais : mon bon temps finissait et la mauvais
commençait pour ne pas finir de sitôt. Après avoir pris
congé de toutes les personnes qui m’avaient donné tant de marques d’estime et
d’intérêt à la tête desquelles était Son Excellence Monsieur le Gouverneur,
je me rendis à Simon Baye où était le vaisseau. J’y arrivais presque
en triomphe escorté d’une nombreuse cavalcade ; tout le monde me
recommandait aux officiers du vaisseau, Sir Robert Wilson vint nous rejoindre
et nous mîmes sous voiles. Je quittai le
tombeau de ma carrière militaire plein d’espérance et satisfait des souvenirs
que je laissais dans ce pays. La seule chose qui me chagrinait était la
nouvelle que le bâtiment qui était allé au secours de mes anciens compagnons
de la ‘’Louise’’ ne les avaient pas
trouvés, ils avaient été massacrés, la cargaison pillée, et le navire démoli
et emporté pièce à pièce ; je le leur avais prêché ? Que n’avaient-
ils suivi mes avis une fois de plus.. !! Nous étions à l’Isle
de Sainte Hélène prendre l’escorte du convoi de Chine qui devait s’y trouver,
les vents furent favorables et la traversée courte. Jusque là tout
allait bien, les officiers du vaisseau étaient aussi polis pour moi que des
Anglais peuvent l’être pour des prisonniers, seulement le Commandant ne me
parle pas grand plus ? Il avait déjà oublié les recommandations du Cap
et les promesses qu’il avait faites au Gouverneur, et j’ai vu par le Passe
Cool (?) qu’il n’avait jamais eu l’intention de les tenir, qu’il voulait
au contraire faire un mérite auprès de l’Amirauté, de lui amener un officier
de la frégate qui avait osé battre un vaisseau Anglais et dont la liberté au
Cap pourrait être dangereuse dans le cas ou Napoléon tenterait une expédition
sur ce point. Je ne sais si cette
perfidie lui fit grand bien mais il entrait très bien dans les vues de son
Gouvernement, qu’il eut suffit qu’il m’eut signalé comme un officier
d’espérance pour que mon arrêt eut été irrévocable, toutefois il n’eut pas la
honte de manquer aux promesses qu’il avait faites au Gouverneur, car nous
arrivâmes en Angleterre sans avoir rencontré un seul bâtiment neutre. Il y avait à bord un
autre prisonnier nommé Jary dont le père émigré
français était Gouverneur de l’Ecole militaire à Coimbra Il provenait d’un corsaire Espagnol et
s’était réclamé de son père, il allait le rejoindre, il parlait fort bien
l’anglais et était très jaloux des déférences que les officiers anglais
avaient pour moi. Il chercha tous les moyens de me brouiller avec eux. Il y parvint et me
rendit la vie désagréable une partie de la traversée. Le convoi de Chine
arriva 24 heures après nous à Sainte Hélène, sous l’escorte du Lancaster,
ancien vaisseau de la Compagnie qui en avait fait présent au Roi. Il était
dans le plus mauvais état. C’était une bien piètre escorte pour tant de
richesses. Le convoi resta une semaine au mouillage, pendant laquelle, le
Gouverneur, homme de la Compagnie, il s’appelait Monsieur Fraton,
donna des fêtes à la flotte. Sir Robert Wilson
lui fit la mauvaise plaisanterie de lui donner une ‘’galette’’ contenant un
extrait de Pelles ? que Monsieur Mory de St
Vincent avait faite sur sa perruque, et sur le jargon que parlait ses filles
en croyant parler français. Il fut si en colère
qu’il jura que jamais Français ne remettrait les pieds dans son Isle… !! Cependant au bout de
quelques jours Sir Robert qui avait méchamment provoqué sa colère parvint à
l’adoucir un peu et obtint que j’assisterais à un grand bal qu’il devait
donner, en attendant je passais mon temps à examiner toutes les batteries
dont il avait entouré la baie et l’adresse avec laquelle il avait niché ses canons,
dans tous les coins des montagnes environnantes. Je songeais à le
bouter de cette position militaire et aux moyens de l’enlever, ce qui n’eut
pas été difficile à cette époque car elle n’avait pas 100 hommes de garnison. Je ne prévoyais
guère qu’un jour le 1/3 de la France qui dictait impérativement des lois aux
plus puissants Monarques de l’Europe, après des revers inouïs, viendrait y
terminer si malheureusement son immense carrière. Je ne m’occupais de
cette Ile agreste, où Napoléon se trouva si mal et où Monsieur Fraton se trouvait si bien que comme point militaire. Ouvrage de
Monsieur Delarouvraye, numéroté II Sir Robert qui, pour
mon bon plaisir avait empêché que je ne pusse m’aller promener à terre me
dédommagea en me menant à bord de tous les vaisseaux de la Compagnie, les uns
après les autres, ils étaient tous de 64 ayant seulement leur seconde
batterie et leur gaillard armés, je fus étonné par toutes les richesses
qu’ils contenaient. L’un d’entre eux, commandé par le capitaine
Wilson, qui avait découvert les Isle Pelew, était
estimé pour 12 millions et les autres de 9 à 10. En voyant toutes ces
belles choses je n’en revenais pas que le Ministre de la Marine n’ait jamais
songé à faire intercepter le si riche convoi. Sir Robert avait
appris à terre par des officiers et d’autres personnes appartenant à la
Compagnie qui étaient dans le convoi de Madras, la déconfiture du Trémendous dont ils avaient été témoins, il m’en conta
tous les détails devant les officiers du vaisseau l’Adamante
qui en furent excessivement vexés. Enfin quand le jour
du bal arriva, j’y fus avec les officiers du vaisseau sans m’attendre le
moins du monde à l’effet que j’allais produire. Car aussitôt que je parus à
la porte du salon, tous les yeux se tournèrent vers moi, je fus entouré,
pressé, complimenté, avec une effusion de cœur bien propre à flatter mon
orgueil et à relever mon humble situation. Je fus saluer le
Gouverneur dont la perruque ne me parut pas plus ridicule que la personne. J’essayais de causer
un peu avec les demoiselles mais elles n’eurent la bonté de me répondre qu’en
anglais, du moins si elles eussent parlé en français je ne m’en aperçu pas … A minuit je quittai
le bal qui avait été charmant et si je n’avais pas été peu étonné de trouver
une centaine de femmes propres à orner un bal, il est vrai qu’il y avait
beaucoup de passagères et que toutes les autres appartiennent à la Compagnie. La veille de notre
départ je fus l’un des témoins d’un
duel qui m’amusa presque autant que le bal du Gouverneur. Il eut lieu à six
heures du soir entre le second Lieutenant Combell
et master Watch. Ces messieurs
revenaient de dîner à bord d’un vaisseau de la Compagnie un peu plus ivres
qu’il n’avaient coutume d’être régulièrement deux fois par jour à leur propre
bord, la querelle engagée d’avance continuait après le retour dans la grande
chambre du vaisseau, d’où s’ensuivit à l’instant même un duel, c'est-à-dire
une boxe. Coll était le témoins de Watch et Combell me prit pour
le sien, attendu que les parties ne pouvaient se tenir debout nous les
assîmes sur chacun une chaise, puis les approchâmes à petite portée du
poing ; ils se lançait l’un sur
l’autre, mais l’équilibre leur manqua aussitôt, ils tombaient sur le plancher
qu’ils boxaient croyant frapper leur adversaire, puis nous les relevions et
le combat se rengageait. Cette sanglante
affaire dura une bonne ½ heure, et personne n’étant mort on apporta les
combattants dans leur lit ; le lendemain ils étaient aussi bien amis que
de coutume !!! Nous achevâmes de
traverser la zone torride avec des vents d’ouest ce qui m’étonna moins que
les anglais, car c’était la seconde fois que j’étais trouvé de cette
irrégularité des vents alizés. Le convoi faisait sa
route en bon ordre et moi fort tristement, quoique Sir Robert Wilson voulu
bien me donner des leçons de géographie de la lune dont il avait un traité,
et qu’il m’en fus à l’aide d’un télescope de poche, distinguer les
continents, les mers, les rivières, les montagnes et jusques aux forêts dont
il n’apercevait que les masses, son instrument étant de trop petite dimension
pour bien reconnaître les espèces qui y croissent ni le plumage des oiseaux
qui y perchent ( ???) Une conversation de
deux ou trois heures, tous les soirs avec Sir Robert m’égayait, m’instruisait
et faisait pièce aux ennuis qui commençaient à m’assiéger, et était pour moi
une véritable providence. La seule chose qui
me fâcha un peu contre lui était ses campagnes d’Egypte racontées tout à fait
hostilement contre Napoléon. Mais les officiers du vaisseau m’assuraient
qu’il n’était guère coupable des absurdités que contenait son livre, et qu’il
ne les avaient connues lui-même que quand elles avaient été imprimées. Car me disaient-ils,
il en eut de mode qu’un gentlemen anglais qui revient voyage rapporte des
notes où sont inscrits des noms de personnes, de lieux, des dates
d’événements et puis ils donnent cela à d’autres gentlemen qui en font des
livres imprimés sur de beau papier et distribués parmi les amis du voyageur
qui le lit souvent lui-même avec beaucoup de curiosité et surtout afin de
bien retenir ce qu’il contient (… ???). La monotonie de
notre navigation fut un jour interrompue par une chasse que l’on donna à un
gros bâtiment que tout le monde reconnaissait pour la Canonnière, nous étions
à dîner quand le Master vint m’annoncer l’air triomphant que j’allais bientôt
revoir mes camarades, et retrouver mes effets, qu’on distinguait une frégate
et qu’elle serait prise dans deux heures. Je répondis à cette
inconvenante algarade : que Dieu garde l’Adamante
de pareille rencontre car je serais tous ’’rendus’’ pour en prendre
possession au nom de l’Empereur. Aussitôt explosion
dans toute la table, on se regarde d’un air furieux, on parla beaucoup et
haut, et je n’y compris rien, mais le lendemain, mon couvert qui jusque alors
avait toujours été mis à la droite de Monsieur Jensen, le premier Lieutenant
fut mis au bout de la table, on me servait presque par-dessus l’épaule, enfin
on était généralement malhonnête et cela dura jusqu’à ce qu’une conversation
qui s’était passée entre mon ancien patron des canots et moi fut rapportée au
premier Lieutenant, homme violent quoique mieux élevé que ses camarades,
j’avais donc répondu à mon pauvre patron qui me voyant fort triste et
l’attribuant aux désagréments que me causaient les officiers du vaisseau me
disait, je crois Lieutenant que si les teniez avec 18 pouces de terre sous
les pièces, vous leur feriez payer leur impertinence, oui ! et l’un
après l’autre. !! Monsieur Jensen
raconta ma conversation à table et, m’interpellant me reprocha vivement d’avoir provoqué l’Etat Major du vaisseau,
je répondis que je n’avais provoqué personne, que la conversation que l’on
rapportait s’était passée entre un de mes gens et moi, mais que puisque l’on
connaissait mes sentiments je ne les avouais pas et que j’espérais bien qu’à
la première terre que nous toucherons, ces messieurs me feraient l’honneur de
soutenir l’épée à la main le ton déplacé et peu généreux que quelques uns
d’entre eux avaient pris à mon égard depuis Sainte Hélène. Ceci prononcé d’un
ton ferme et mesuré, tout le monde se tut et nous en restâmes pour l’avenir
sur le ton de la froide politesse excepté envers 2 ou 3 personnes mieux
apprises que les autres. Un beau matin qui
suivait une nuit calme, un brig portugais nous dit avoir quitté la veille
au soir le vaisseau français le Romulus commandé par Lhermite
et accompagné de 2 frégates selon toutes apparences ils ne devaient pas être
à plus d’une douzaine de lieues et sa route devait couper la nôtre, il n’en
fallait pas davantage pour ‘’sufler’’ le pauvre Adamante et tout son convoi. Aussitôt cette
nouvelle connue, grand tapage, signaux télégraphiques, ordre de bataille,
préparatifs de combat, changement de route et pendant 5 ou 6 jours on
manœuvre avec précautions jusqu’à l’heure du dîner où le vin et le rhum
changent les choses de figures, on trouvait toujours la destruction de la
Division française …au fond de la bouteille !! Ainsi c’était à
notre bord et je suppose qu’il en était de même dans tout le convoi, car l’ordre
se rompait et l’on paraissait naviguer avec sécurité. Combien cette
rencontre eut été heureuse pour moi et pour la Division Lhermite,
j’eusse recouvré la liberté et eux eussent fait leur fortune, mais il n’en
fut pas ainsi et nous arrivâmes aux Dunnes sans
avoir rencontré la Division Française ni bâtiment neutre qui me donna
l’occasion de réclamer la parole du généreux Gouverneur du Cap. Sir Robert Wilson,
partit pour Londres, aussitôt que nous fûmes mouillés, en me faisant ses
adieux il me félicita sur ce qu’on avait pas pu me mettre sur un bâtiment
neutre. Ce qui à son avis
n’eut pas été une manière convenable de me renvoyer ; il m’assura qu’il
allait s’occuper de moi dès son arrivée, que je ne tarderais pas à partir sur
un ‘’Parlementaire’’ et que
certainement je ne manquerais pas d’éprouver les effets de la grandeur et de
la loyauté du Gouvernement Anglais. Dès lors, je n’ai
plus entendu parler de Sir Robert. !!! Après 48 heures de
station aux Dunnes le vaisseau vint à Portsmouth,
les autres prisonniers et moi nous fûmes conduits à bord du Ponton
Amiral ; pour y arriver je passais entre deux rangs de pontons dont les
sabords ‘’grillés’’ me laissaient entrevoir les prisonniers, comme des
spectres que l’on venait d’arracher des tombeaux pour les mettre en prison. Plusieurs nous
criaient d’une voix de l’autre monde –qu’ils étaient ! Venez-vous mourir
avec nous ? quel affreux spectacle se présenta tout à coup à mes yeux,
j’en eu le cœur glacé, je n’avais encore rien imaginé de semblable à la vue
de ces noirs pontons, si ce n’était l’idée d’une descente aux enfers, dans ce
lieu qui aurait pu passer pour être une … ?... Cependant ramassant
mes forces je montais avec assurance à bord du ponton ou du ponton Amiral,
dont tous habitants étaient accourus sur le pont pour voir nos physionomies. J’y fus bien reçu,
tout le monde me salua affectueusement, le calme qui régnait sur ma jeune
figure et mon épée à mon côté faisait sur eux, à ce qu’on m’a assuré après,
une certaine impression. Mes pauvres matelots
furent alors confondus avec les autres, notre histoire fut bientôt connue de
tous les prisonniers, à mon départ plusieurs d’entre eux me souhaitèrent de
ne pas vieillir prisonnier. On me donna un
passeport pour Adiham( ?), cautionnement à 15
lieues de… ? ; J’espérais en recevoir bientôt pour la France, mais,
toutes mes réclamations furent inutiles, je n’eu jamais de réponse. Quand je fus
convaincu du sort qui m’attendait, ce qui ne tarda guère, je regrettais
beaucoup de n’être pas resté dans l’Inde, mais il était trop tard. J’étais pris à la
fausse enseigne de la loyauté Anglaise, comme je l’avais été à la vue des
Pavillons Hollandais à Simon Baye !!! Je ne m’étais jamais
occupé bien sérieusement du sort des prisonniers en Angleterre et j’ignorais
surtout l’atroce politique de ce gouvernement à leur égard, depuis la guerre
actuelle, j’eus tout le temps de l’étudier cinq ans durant dans leurs
journaux, dans les discours de leurs ministres et dans ceux du Parlement et
de ma convaincre qu’il y avait guerre à mort entre nos deux gouvernements et
que pour l’Angleterre, de quelques manières que mourut un Français, c’était
un ennemi de moins, l’important était qu’il mourut et qu’il n’ait pas l’air
d’être assassiné ! C’est ainsi qu’il mourrait
19 à 20 mille prisonniers en Angleterre tous les ans, les uns étaient
fusillés au travers des grilles des pontons sous prétexte du plus léger
bruit, une quantité innombrable mourrait de faim, d’autres de froid. Dans les prisons de
terre on les laissait dans l’hiver jusqu’à 3 jours et 3 nuits, soit qu’ils
étaient enfermés dans les cours en plein air, sans boire ni manger, pour les
faire se remettre les intéressés dans les pontons ( ??) Comme dans les
prisons, ils étaient entassés les uns sur les autres, les hamacs étaient
pendant à triple rang, les uns adossés aux autres, en sorte que l’air fétide
qu’ils respiraient les tuaient en peu de temps. Des prisons situées
au milieu de marais pestilentiels consommaient 25 à 30 hommes par jour et on
les tenait toujours au complet. On a, pendant la
révolution, trouvé du verre pilé dans le pain des prisonniers. En un mot si
on faisait un résumé de tout ce que les anciens prisonniers pourraient
raconter de leurs souffrances pendant les guerres de la révolution et de
l’Empire on aurait le cours d’atrocité le plus complet qu’il soit possible
d’imaginer, qui pourrait être relié dans un même volume avec l’histoire des
malheureux Indous prisonniers de guerre des anglais dans l’Inde. Le mépris et les
mauvais traitements que ce peuple nous faisait éprouver dans les
cautionnements était une suite inévitable du langage que tenait leurs
journaux, sur la Nation Française qu’ils représentaient sans cesse comme une
foule de brigands, sans force physique et sans courage. Le peuple anglais
est tout aussi crédule qu’un autre, et croyait la presse, ce que lui disait
ce gouvernement qui avait besoin qu’il fit les grands sacrifices pécuniaires
et qu’il fit confiance dans la vaillance extraordinaire dont il était
persuadé qu’il était doué. Si jamais une armée
française eut passé la Manche je ne sais si les résultats eussent répondu à
la politique, mais enfin elle était bonne. Dans nos démêlés de
cautionnement nous leur apprenions souvent qu’un d’eux n’en valait pas
quatre, mais ils prenaient cela pour des exceptions à la règle. Plus la conduite des
Anglais était barbare, plus celle des prisonniers était admirable, nulle
cruauté ne pouvait altérer en eux l’amour sacré de la Patrie. Nos marins
résistèrent constamment aux séductions comme aux plus dures souffrances,
l’argent, l’abondance opposés aux plus expressifs besoins de la faim ?
rien n’a jamais pu les décider à prendre service avec l’ennemi, ils ont fait
mentir ce vieux proverbe qui dit que ventre affamé n’a point d’oreilles, leur
fidélité à leur pays fut toujours plus forte que ventre affamé, souvent
placés entre le déshonneur et la mort. Ils mourraient
fidèles à l’honneur et à la Patrie et jusqu’au dernier soupir leur louche
adversaire le plus profond mépris sur leurs cruels oppresseurs. Les mêmes de tant de
nobles victimes attendent encore leur chant funèbre, l’histoire n’a point
encore germé pour la postérité, le tableau horrible de leurs souffrances de
leur fidélité et de leur mort. !! Certes si la gloire
de la France eut monté jusques aux nuées par ses victoires, le courage
malheureux, la persistante intrépidité de ses marins ne l’honore pas moins
que les succès de ses soldats. Les mers couvertes
de forces anglaises quadruples, ne leur offraient en sortant de nos ports d’autres
perspectives qu’un trépas glorieux, qu’ils n’ont jamais hésiter à s’y
présenter, si des chefs exceptionnels ont fait des fautes, si des armées ont
été vaincues, du moins n’est-ce jamais à nombre égal et la conduite des
matelots français a toujours été héroïque, soit qu’ils aient péri à leur
poste,ou dans les tombeaux britanniques. Mais ! eux
aussi ! ont combattu, à Austerlitz, à Wagram, eux aussi ont défendu
Paris dans les jours malheureux avec une bravoure qui n’en cédait à aucune
autre, que l’histoire associe donc leurs noms à ceux des plus dignes enfants
de la France et que leurs services servent à jamais de modèle à ceux qui
seront appelés à les remplacer. ********************** Recherches G.Queyroi-
Service historique de la marine -01/2003 Copie strictement conforme, les mots illisibles sont
remplacés par des points Sur le manuscrit une mention est indiquée :
Cherbourg 25/08/1831. FICHIER 651 |